Une seule vie, plusieurs existences ?

drôle de truc métaversant

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Au commencement...

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[/ALIGN]Je me souviens que dans les années 68/69, les gars des PTT avaient trouvé une combine pour créer des réseaux très particuliers où l'on se retrouvait à plusieurs, sur une seule et même ligne téléphonique. On avait obtenu le numéro par "connaissances" et l'on pouvait alors chater des heures avec des inconnus. C'était là l'ancêtre de nos réseaux sociaux d'ajourd'hui, bien avant le minitel. Et bien entendu, le cul dominait tout puisqu'il domine le monde. Mais étant plutôt intellectuel, ce qui me passionnait le plus était cette espèce de virtualité anonyme alors peu connue, elle-même descendante à la fois du bal masqué, du carnaval, du théâtre et de la conspiration, mais cette fois dématéralisée.
Encore trop timide,je ne faisais guère qu'écouter. Certains, cependant, afin d'être mieux reconnus se donnaient des pseudos. On les entendait plus ou moins bien selon qu'ils étaient proches ou lointains sur la ligne et cela exigeait un certain "jeu de relai" où il fallait passer à son voisin pour contacter "Bebert" et relayer son message à "Turlupine", qui donnait alors la dimension de son tour de poitrine.Et voir plus si affinités.

La chose a tout de même duré quelques temps puisque le minitel n'a imposé sa démocratie que dans les années 80 (1982, précisément).

Je commence avec cette anecdote pour traiter du virtuel parce que finalement ce n'est pas une notion si facile à saisir étant amalgamée a un tas de fantasmes sur la non-existence et l'irréalité. Il me semble qu'il faille d'abord "faire le ménage".

Premièrement : qu'est-ce qui est réel ?
Pour ne pas entrer dans la polémique spiritualistes-matérialistes, on peut dire que :
"Est réel ce que l'on croit réel", en définitive.
Cette notion de "Réalité" se modifie sans cesse selon les époques et les lieux, selon la compréhension de chacun. Des milliards de personnes croient réel qu'une vierge ait eu un enfant. D'autres pensent que tout commence avec un big bang ou que les squelettes de dinosaures ont été mis là par Dieu pour éprouver l'Homme. Très bien. Pourquoi pas ? Le réel, ici est pris comme synonyme de Vérité. Mais le virtuel ne s'oppose ni à la vérité, ni à la réalité. Il s'oppose à la matérialité, et encore plus à l'actualité. La chose est en puissance, opposée à l'actualisation (selon Aristote) qui, pour nous, est synonyme de matérialisation (rendu visible à nos perceptions). On dira par exemple qu'un écrivain possède virtuellement son roman tant qu'il est dans son esprit, et le rendra réel en l'écrivant. Une partition musicale est une musique virtuelle, qui sera actualisée lorsqu'elle sera jouée. Évidemment, il faut que le lecteur sache lire et que le musicien sache déchiffrer pour s'en rendre compte, sinon écrit ou pas, le roman reste dans sa virtualité et la belle musique aussi. Lol. Ainsi les symboles sont-ils virtuels dans la mesure où il faut posseder la culture adéquate pour pouvoir les actualiser.

La vraie relativité - donc la vérité - des choses est que tout dépend de qui regarde quoi. Ce qui veut dire, en clair, que ce monde est une auberge espagnole où l'on ne considère que ce qu'on y apporte. Qu'on y projette aussi bien son vide que son intelligence, sa propre bétise ou son désespoir, ou ses rêves ou son désir de croire. Le monde tel que chacun le voit est une projection de lui-même, une interprétation particulière ou collective qui n'a strictement aucun caractère de réalité au sens où on l'entend comme absolu.

En tant que peintre, je le sais fort bien : si l'on considère mon oeuvre du point de vue matériel, c'est vite fait : du bois, de la toile, de l'enduit et des pigments.
Ce n'est pas exactement par ce biais là qu'on verra quelque chose. La vision que chaque personne aura de cette oeuvre dépendra se sa sensibilité, de sa culture, du lieu de sa culture, de son intelligence - ou son absence-...et de la lumière du local.

Par conséquent, j'en ai terminé avec cette idée qu'il y ait d'un côté le virtuel qui ne serait pas réel, et de l'autre une réalité qui serait pour tout le monde. Chacun voit midi à sa porte. Ce n'est pas pour autant que l'heure soit fausse, du moment qu'elle permet la communication. Elle est simplement relative au lieu spirituel où l'on se trouve sur l'échelle de Jacob, bien plus précise que celle de Richter.

Donc on nait, on "arrive au monde"...

Et dans le meilleur des cas on réalise que tout, absolument tout dans ce monde a été pensé, inventé et créé par quelqu'un. Tout. Du premier dessin dans une caverne à la plus haute des pyramides, du premier grafiti à l'écriture la plus sublime, depuis toujours c'est l'Esprit qui conduit toute création. Pas l'Esprit des Dieux. L'esprit Humain, cette faculté de jongler avec des idées, des concepts pour ensuite mettre en oeuvre une technique qui permettra de concrétiser la chose. Il est la forme subtile et supérieure de la puissance de la vie. Parce que la vie crée, elle ne peut que créer. Et elle créera aussi bien la mort si quelque chose l'empèche de passer, d'aller vers l'avenir en dépit de tout.
Cette Puisance, cette force forte de tout, cette source unique dont parlait Jean-de-la croix, glorifiée par les Alchimistes est ce qui a tout fait dans ce monde. Ce monde est, il faut vraiment le réaliser, une pure création de l'Esprit et n'a jamais eu d'autre "réalité" que relative. Relative à celui qui l'expérimente, la nomme, s'y heurte, la découvre, l'utilise, la détourne, la sert en lui donnant un avenir, ou la bloque en stagnant. Ce monde est en perpétuelle création. Il est infini. In-fini. jamais fini. Il se crée chaque seconde, dans chacune des créatures et des choses qui le constitue. Et cela est une merveille totale.

Mais bien plus encore. Une chose - n'importe laquelle - n'existe (du latin ex-statuere-, se tenir au dehors) n'existe pour l'humain qu'à partir du moment où elle a été nommée. Lorsqu'on donne un nom on crée la chose qu'on nomme. On la distingue du néant précédent, où elle était confuse et confondue. C'est en ce sens que le verbe est créateur. Rien de mystérieux là. Ce que nous ne voyons pas est ce que nous n'avons pas encore distingué et nommé. Cette chose est virtuelle, potentielle, pas encore actualisée, pas encore vécue ni expérimentée.

Alors pourquoi Second Life ?


Depuis trois ans à présent, j'explore les mondes virtuels, dits "metaverses" (univers paralleles informatiques). Le mot virtuel ne s'applique pas réellement puisqu'il signifie une chose non actualisée. Ces univers le sont bel et bien. Ils sont plutôt immatériels. Mais ils ont une très grande qualité à mes yeux : ils ne contiennent que de la création et sont, par définition, des oeuvres d'Art.
Je ne parle pas d'esthetique mais du fait qu'à partir d'un matériau de base très simple appelé "primitive" on puisse créer et rendre visible pratiquement tout ce que l'on veut, que ce soit beau ou non en vertu des critères propres à chacun (Et à sa culture).

Lorsqu'on nait dans le monde réel, on arrive dans un monde déjà fait, structuré, qu'on nous présente comme incontournable et définitif, qu'il va falloir servir et continuer. C'est à peine si on se pose la question de savoir qui a fait ce qu'on y voit. C'est là et cela nous parait normal. On n'a aucune idée ni aucune interrogation sur ce qu'on pense, pourquoi on le pense et qui a été pensé pour nous il y a des siècles, voire des millénaires, sur des bases culturelles, sociales, historiques et scientifiques très différentes. Ainsi les textes fondateurs de l'Humanité sont-ils également dépendants des conditions historiques et sociales du moment dans lesquels ils ont été établis, souvent très adéquats à la période, mais plus du tout à une autre.

Le Metaverse tel que Second Life est un instrument particulièrement intéressant. Quoiqu'il tente de reproduire le monde "réel", il ne peut y parvenir, à la fois pour des raisons techniques et pour des motifs psychologiues. Certes il y a une identification immédiate à l'avatar. Ce corps de pixels est le représentant de notre personne dans ce nouveau monde. On le veut à notre resemblance et augmenté tout naturellement de ce que nous aurions voulus être. On est vite confronté au fait que notre personne réelle n'est pas qu'une apparence, mais la somme de désirs et de caractéristiques voulues par le milieu ordinaire de notre première vie ordinaire. Un simple exemple : si vous aimez le 18e siècle et que vous voudriez vous habiller comme sous Louis XV, vous allez vous heurter immédiatement au concensus social qui ne le permet pas. Alors que dans le monde virtuel, on y sera accepté sans problème.
Qu'est-ce qui fait que ce qui est valable ici ne l'est plus là, pour des mêmes personnes ? Qui sont les vraies personnes ? Celles qui sont contraintes par leur milieu de s'habiller et se comporter "comme il se doit", ou bien celles qui suivent leur goût et leur envie ? Quite à se déguiser en lapin ou se prendre pour une fée clochette ?
Ainsi, j'ai appris très vite que beaucoup de femmes croisées en virtuel sont en réalité des hommes, l'inverse étant plus rares. Mais qu'importe, finalement, puisqu'on ne se reproduit pas...et que ce n'est qu'un jeu !

Le théâtre de soi-même, la claire mise en scène de sa vie. Il suffit d'un tout petit peu de recul pour comprendre qu'on est en vérité le créateur de son existence et qu'il nous arrive ce qui nous resemble.
J'ai tout de suite imaginé l'instrument incroyable que pourrait être un metaverse pour la connaissance de soi, pour l'encadrement et la reconstruction des déliquants, la conduite d'une psychanalyse, une reflexion philosophique, un apprentissage social, l'organisation d'une pensée autourd'un projet...etc..etc.