Pour mettre à jour, redémarrez votre ordinateur
Wednesday, January 9, 2008 8:04:28 AM
Boarding Gate de Olivier Assayas avec Asia Argento, Michael Madsen (France - 2006) C'est pour voir Kim Gordon au cinéma. Mais franchement, on aurait pu s'en passer. Je comprends qu'Assayas, grand fan de rock, ait envie de mettre une telle icône sur un grand écran, mais bon, je suis pas convaincu par le résultat... Pas vraiment à l'aise l'égérie de notre jeunesse sonique... Mais sortons de l'anecdotique: ce film est chiant. A part quelques morceaux de bravoure (les scènes avec Michael Madsen notamment) lors desquels la mise en scène et la réalisation d'Assayas sont à couper le souffle, il y a un sévère problème de rythme dans ce film, pas aidé par un scénario qui semble plus servir d'excuse à faire apparaître et disparaître des protagonistes ou à changer de lieu de tournage qu'à réellement construire une histoire dans laquelle on puisse se plonger ou des personnages qui nous fassent fantasmer. Dommage...
Les Amours d'Astrée et de Céladon de Eric Rohmer avec Andy Gillet, Stéphanie de Crayencour (France - 2006) C'est du romantique classique. Situées dans une Gaule mythique, pleine de druides et de nymphes, imaginée début 17ème par Honoré d'Urfé dans Astrée, petit roman pastoral de 5000 pages à peine, Les Amours... contrariées d'une bergère et d'un berger avaient tout pour m'endormir avant la fin du premier quart d'heure de film. Que nenni! Il faisait froid dans la salle et je n'eus aucun mal à m'intéresser à ce truc bizarre qu'est un film de Rohmer, à la fois théâtral et sensuel, où le sérieux du ridicule assumé s'accompagne d'un petit sourire en coin qui nous retient de tomber dans le ricanement moqueur. L'histoire n'est pas désagréable non plus, avec un quiproquo suivi d'un serment terrible à honorer à tout prix, suivi d'une longue plage de souffrance et de ratages en tout genre, suivi d'un travestissement salvateur. Fin. Lyrique à tout bout de champ, il n'est pas dit non plus que ce film n'ennuie pas sévèrement, malgré son charme bucolique certain et son intrigue pas si linéaire...
Control de Anton Corbijn avec Sam Riley, Samantha Morton (GB - 2007) C'est du biopic rock'n'roll. 1ère remarque: quel plaisir facile et jouissif d'entendre et de voir Joy Division en live sur scène, même (fidèlement) reconstitué, même (brillament) réinterprété, impossible de bouder ça pour peu qu'on soit sensible à leur musique. 2ème remarque: quel tragique farceur a décidé d'écrire un scénario centré sur le suicide de Ian Curtis comme conséquence de sa vie sentimentale pas simple. Sûr qu'elle (sa vie sentimentale) n'a pas du l'aider à surmonter tout le reste mais de là à en faire la pièce à conviction numéro un... C'est quand même l'aspect le moins intéressant dans la vie météorique d'un artiste de cette dimension, doté d'une personnalité particulièrement complexe; je dirais même qu'on n'en à rien à foutre. Donc forcément, la déception est là, la frustration même, le film référence sur Ian Curtis/Joy Divison reste à faire.
A Very British Gangster de Donal McIntyre avec Dominic Noonan (GB - 2007) C'est du docu putassier. On ne peut que reconnaître le travail titanesque accompli par Donal McIntyre qui a mis 2 ans (il me semble) à réunir les images qui composent ce documentaire, sans doute plus si on tient compte du travail en amont, ne serait-ce que pour convaincre la première famille du crime de Manchester à l'accueillir, à répondre à ses questions et à le laisser filmer en leur sein. On reste donc sans voix devant quelques séquences ahurissantes, affligeantes ou tragi-comiques, mais pour ce qui est de la forme on est dans de la pure production télé et là on est réellement affligés. Effets de montage, musique hors-sujet, voix off insupportable, il n'y a rien à sauver. On serre donc les dents, tout en se délectant de notre position de voyeur immiscé dans la société parallèle mancunienne. Pas facile quand même...
Joyeuses Funérailles de Frank Oz avec Matthew MacFadyen, Rupert Graves (US/GB - 2007) C'est une comédie anglaise, ça?. OK j'avoue j'ai pas pu rester jusqu'au bout de cette bouffonnerie pitoyable. Scénario écrit à la va-vite, gags pas drôles qui s'étirent jusqu'à la nausée, j'ai vainement attendu qu'il se passe quelquechose, mais non rien, à part un père de famille décédé qui s'avère avoir été l'amant d'un nain vénal (putain le choc), et un beau-frère qui prend de l'ecsta maison sans le savoir qui le transforme en poulet névrotique (mort de rire). Bon OK, dit comme ça, ça pourrait le faire, mais traité sur un mode proto-réac (rire gras et premier degré), ça donne plutôt envie d'aller perdre son temps ailleurs.
L'histoire de Richard O. de Damien Odoul Avec Mathieu Amalric, Stéphane Terpereau (France - 2007) C'est du cinéma sauvage. Urbain, mais sauvage quand même. Tourné à l'arrache dans Paris, financé avec trois bouts de ficelle, cette fable érotique transpire l'urgence et la frénésie du désir hors de contrôle. Mathieu Amalric en est à la fois l'instigateur et la victime puisque dérouté par autant de fantasmes et aussi peu de repères amoureux. C'est à la limite du film expérimental, c'est décousu, confus, irrégulier, mais le tout détient une cohérence qui fait honneur au propos forcément passionnant sur le tourbillon cosmique qui sépare, rejoint, déchire, recolle, oppose et réunit sexualité et amour. Fatch!
La Question Humaine de Nicolas Klotz avec Mathieu Amalric, Michael Lonsdale (France - 2007) C'est tout un programme. Encore Mathieu Amalric... mais qui jouerait tous ces rôles bizarroïdes s'il n'était pas là? Tous ces films se feraient-ils, même? A part ça, difficile de parler de ce film particulièrement riche et remuant, et dont le titre n'est pas usurpé, loin de là. Car la Shoah tout comme l'entreprise, et le formatage de masse des hommes et la perte de sens du langage qui en sont les produits dérivés inévitables (ou bien les ingrédients indispensables?), sont profondément humains, désespérément humains peut-être, et ce n'est pas drôle de faire ce constat mais le nier serait encore pire. On ne passe pas un bon moment devant ce film sombre, à la limite de la misanthropie (le mot est faible) et de l'aigreur, mais la force de la mise en scène qui sort quasiment l'histoire du temps et de l'espace, ainsi que celui du propos (ého, la question humaine, quand même...), est à couper le souffle.
La Part animale de Sébastien Jaudeau avec Anne Alvaro, Niels Arestrup (France - 2007) C'est de l'OVNI. Et en plus c'est un premier film. Ce qui n'est pas anodin, vu le sujet et le scénario (de Sébastien Jaudeau également), et vu qu'en général les premiers films de réalisateurs français essaient plus de montrer ce dont ils sont capables de faire au lieu de montrer ce qu'ils ont envie de faire. Quand même fallait oser: faire une sorte de fable métaphysique autour d'un élevage de dindons, où ces animaux à la chair apparente fascinent et font peu à peu disjoncter les humains qui s'en occupent, au point de rendre le film quasiment irréel, alors qu'il est en grande partie d'une rigueur totalement documentaire... peu de réalisateurs confirmés auraient osé le faire, alors un débutant... Et même s'il n'est pas convaincant de bout en bout, certains passages étant plombés par des rebondissments improbables, c'est tellement bon d'ouvrir de grands yeux sur une folie pareille, tournée en décors naturels magnifiques, et rehaussée d'un Niels Arestrup toujours splendide.
Les Trois brigands (Die drei Räuber) de Hayo Freitag, Bettine von Borries, Achim von Borries avec Tomi Ungerer, Said Amadis (Allemagne - 2007) C'est du film d'animation pour (petits) enfants. Qui ne connait pas le génial livre éponyme de Toni Ungerer au graphisme si stylisé? Le tromblon, le soufflet à poivre et la grande hache rouge... ça évoque quelquechose? Les grands chapeaux noirs, le clair de lune, non? Toujours pas? Peu importe, le film qui s'en inspire est d'excellente facture (postproduit et distribué par Wild Side, garant de qualité), drôle, plein de petites surprises. Très beau aussi, le dessin original étant respecté et même embelli, de même que l'histoire, puisque tout ce qui n'est pas dans le livre est à la fois rigolo et touchant. Une très belle réussite, pas gagnée d'avance pourtant, car on pouvait quand même craindre qu'une adaptation d'un vrai livre pour enfants tourne à la boucherie.
I am Josh Polonski's brother de Raphaël Nadjari avec Richard Edson, Jeff Ware (France/USA - 2001) C'est du polar lo-fi. Non pas au niveau du scénario, excellent, mais plutôt au niveau de l'image et ce gros grain de super8 gonflé, et des moyens généralement mis en oeuvre ($80.000). A part ça, pour raconter une bonne petite histoire (celle d'un homme qui découvre puis se réapproprie la vie cachée de son frère, abattu sous ses yeux au début du film), pas besoin de plus de moyens, surtout quand on dispose de très bons acteurs et de New York en fond sonore et visuel.
La Nuit nous appartient (We Own The Night) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg (USA - 2007) C'est de l'histoire de familles. C'est vrai qu'il est un peu bizarre ce James Gray, faire des films policiers à la fois métaphysiques (encore une fois ici sur les liens familiaux, réels ou d'adoption) et réacs (la religion est omniprésente, la fin est à vomir de bêtise, au point d'être sifflée à Cannes, à croire que quelquechose m'a échappé, ou peut-être Gray est-il tout simplement dépressif). En tout cas, jusqu'à cette fin pénible, ce film est un réel délice, avec un rythme excellent, sans esbroufe ni effets, une maîtrise impressionnante de la tension et de la violence, des séquences d'anthologie (une poursuite en voiture notamment, à vitesse réduite, sous une pluie battante, filmée essentiellement de l'intérieur, étouffante, décomposée et floue comme un cauchemar, bref sublime), Eva Mendes à la fois vamp et housewife, bref sublime. Reste le dénouement, déprimant, dégoutant presque, qui laisse un sale goût dans la bouche (à moins qu'il y ait quelquechose de volontaire là-dessous?), mais qui n'empêche tout de même pas le reste du film de s'imposer comme un polar de très grande qualité.































