Friday, September 2, 2011 3:01:59 PM
Parmi les premières choses de ma vie dont je me rappelle c’est curieusement un livre qui relatait des aventures dans le « Urwald » : désignation de la forêt vierge, de la forêt pluviale ou appelée actuellement la forêt primaire. Mon imagination galopante était alors alimentée par les récits de mes oncles Marcel et Gilbert qui m’apprenaient qu’on y trouvait d’énormes serpents, des perroquets, des singes et des animaux très étranges qu’on ne voyait nulle part ailleurs au monde. Ils me décrivaient cette forêt comme n’étant pénétrable qu’en y frayant un chemin avec une machette. Ils n’avaient pas besoin de détailler beaucoup plus car mon imagination fertile faisait le reste et je créais ainsi un univers à moi, un Eden qu’un jour je me promettais de visiter. Bien sûr mes oncles m’avaient bien parlé des fameux habitants de la forêt vierge qui faisait bouillir les visiteurs étrangers dans d’énormes marmites avant de les manger…
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Friday, September 2, 2011 2:54:36 PM
Ici à Mada les différences avec la France sont parfois impressionnantes, bouleversantes, émouvantes, et parfois ahurissantes. Bien sûr il faut toujours compter ici sur le traditionnel «mora mora» qui pourrait se traduire par «doucement, doucement» et il ne servirait à rien de vouloir bousculer les habitudes insulaires car on n’y gagnerait qu’à s’énerver soi-même.
Les minibus (taxi-brousse) qui relient les grandes villes entre elles ne prennent le départ que lorsque tout a été fait pour que toutes les places soient prises. Il va sans dire que cela peut prendre des heures en ne négligeant pas de faire appel à des rabatteurs qui ratissent les alentours du stationnement pour guider les éventuels clients vers tel ou tel autre bureau des différentes compagnies de taxis-brousse.
J’ai ainsi été témoin d’une scène étonnante. Le taxi-brousse en question était presque complet en voyageurs et on chargeait le reste des bagages sur la galerie du toit. Parmi les paniers de poules, les pneus de voitures, les valises et les balles de fripes destinés à être vendues dans les villes de la province, il y avait également un quad (quadricycle) qu’une dizaine de « chargeurs » avaient hissé péniblement sur le toit du taxi-brousse. Bien sûr, quand le départ est imminent, on prévient par téléphone portable tous les voyageurs qui avaient retenus leur place à l’avance et qui ne tardent pas à arriver les uns après les autres. Mais à ma stupeur, un vif mécontentement se dégagea des voyageurs à la vue du quad sur le toit du véhicule et plusieurs d’entre eux exigèrent d’être remboursés car ils craignaient un accident à cause du surpoids. Finalement après une heure d’attente c’est le départ après avoir caché le quad sous une bâche et qu’on ait péniblement déniché d’autres clients. Le voyage qui, malgré la crainte de voir la galerie du taxi-brousse arrachée dans les nombreux virages pris à la limite de la prudence avec souvent les pneus du véhicule qui crient leur inquiétude se déroula à mon grand étonnement sans incidents majeurs. Il est évident que les très nombreux barrages de policiers, de gendarmerie ou de motards de la police qui consultent les papiers du taxi-brousse ainsi que du quad sont principalement fait pour essayer de grappiller quelques billets en raison du chargement inhabituel, voire trop élevé selon certains. Il est de coutume de laisser le journal aux forces de « l’ordre » qui peuvent en outre des vao vao (nouvelles) trouver entre les pages du journal un billet de banque. Il est vrai que le salaire des petits fonctionnaires de l’état n’est vraiment pas très élevé et en échange de ces petits « suppléments » ils ferment les yeux sur l’état déplorable des véhicules dont certains roulent avec des pneus lisses, un éclairage défectueux voire des freins ne répondant absolument pas aux normes auxquelles nous sommes habitués maintenant en dans les pays occidentaux.
Très souvent les taxis-brousse dont les chauffeurs sont experts en mécanique changent eux-mêmes les plaquettes de frein en cours de route ou alors j’ai eu la peur de ma vie quand après avoir changé tant bien que mal une roue, c’est la seconde qui commença à se dégonfler sur une piste à des centaines de kilomètres d’une agglomération qu’on a réussi à atteindre de justesse avant que le second pneu soit complètement à plat. Parfois lorsqu’on se trouve en relief montagneux, il n’est pas rare de sentir l’odeur désagréable des plaquettes de frein chauffées à blanc ou des disques d’embrayages des poids lourds qui sont très sollicités. Souvent on peut apercevoir des semi-remorques ou des taxi-brousse renversés dans le fossé, seule alternative pour s’arrêter quand les freins lâchent dans une descente. L’état déplorable des routes où les nids de poules sont parfois d’une taille telle qu’on pourrait y nicher une paire de zébus.
Certaines pistes de sable longent des routes totalement défoncées sur des centaines de kilomètres et si on a la malchance de circuler derrière un autre véhicule, on recrache le sable avalé le long du parcours. Ne parlons pas de la saison des pluies qui coupe certaines pistes et il est alors illusoire de vouloir relier certaines régions. La construction des ponts relève souvent de l’exploit en ayant recours aux aides internationales.
Bien sûr, les chinois participent beaucoup à ces aides et en contrepartie, on ferme totalement les yeux sur leurs importations de matériel peu coûteux, souvent de grandes marques mal contrefaites et le plus souvent sans aucune garantie de fonctionnement. J’ai ainsi fait l’expérience avec une mèche pour percer soit disant du métal et qui s’est simplement pliée à quatre vingt dix degrés lorsque j’ai voulu percer un trou dans un morceau de tôle.
Pour les malgaches, cela ne pose aucun problème car pour couper du métal ils emploient couramment un marteau et un burin et il en va de même pour percer un trou. Si on rencontre des difficultés, on chauffe le métal sur des fourneaux de charbon de bois pour rendre le métal plus malléable.
Le charbon de bois très couramment utilisé par tous les ménages pour faire la cuisine est produit en très grandes quantités le long des routes à partir de bois d’eucalyptus. Ces arbustes qu’on abat avec un genre de coupe-coupe à long manche ont l’avantage de repousser en multiples branches à partir de la souche. Parfois on peut distinguer plusieurs charbonnières par colline.
La méthode est simple : on creuse un trou peu profond en flanc de colline dans lequel on empile le bois coupé et on recouvre le tout de terre puis on laisse le bois se consumer lentement en ne laissant qu’un trou pour l’évacuation de la fumée. Après refroidissement, on casse le bois carbonisé en petits morceaux qui sont vendus le long des routes dans des sacs pour un prix dérisoire.
Le long de ces routes se trouvent également d’innombrables petits abris où les cultivateurs vendent leurs produits de culture voire de cueillette, d’élevage ou encore les poissons pêchés dans un des nombreux cours d’eau qui arrachent la terre dans une eau rougeâtre.
Il n’est pas rare de se voir proposer ainsi à côté d’un marchand de fruits sauvages, des produits de la pêche ou tout simplement un hérisson, ou des poulets attachés par une ficelle à un caillou ou entassés dans une corbeille et naturellement avec les pattes ficelées. La SPA et les Associations des droits de l’homme auraient vraiment beaucoup de travail ici où les hommes n’ont parfois rien à envier aux bêtes qui elles au moins sont parfois plus avantagées pour trouver de la nourriture. Les poulets se nourrissent souvent d’insectes, un peu de végétation et autres immondices rejetés par les hommes. En ajoutant à cela que dans certaines ethnies la viande de porc est fady (interdite) et chez d’autres c’est la viande de chèvre qui est impure, donc interdite à la consommation.
Les interdits populaires (fady) et les coutumes locales sont bien enracinés sur l’Île rouge couleur de la latérite qui forme son sous-sol. Parfois les membres d’une ethnie économisent pendant de longs mois, voire des années pour être en mesure d’honorer leurs morts. On ouvre les tombeaux et on enveloppe les corps ou plutôt de ce qu’il en reste dans un nouveau tissu et tout cela dans une ambiance de fête où on sacrifie les zébus qui sont réservés souvent pour ces grandes occasions. Ainsi lorsqu’il est question de circoncision, on rassemble toute la famille et les parents ayant des garçons en âge de passer ce cap et qui payent les zébus et les boissons qui vont nourrir toute la famille pendant ces jours de fête.
Il faut dire que le peuple malgache est très solidaire et partagerait son dernier grain de riz avec une personne moins fortunée. C’est un peuple qui se serre les coudes et là où on s’en rend compte physiquement et de façon spectaculaire c’est dans les taxis-bé (grands taxis), genre de mini-bus qui sillonnent les grandes villes : 1200 taxis-bé dans la capitale qui devient de la sorte une des villes les plus polluée au monde car ces véhicules souvent très vieux ne sont soumis à aucun contrôle antipollution. Ces véhicules sont limités à une dizaine de personnes en Europe et peuvent légalement charger entre vingt et trente personnes assises au coude à coude et parfois en serrant les fesses pour tenir sur des sièges minuscules.
Il faut dire que les malgaches en général ne sont pas très grands comparés aux peuples occidentaux et comme leur nourriture qui pour la plupart du temps se compose de deux ou trois bols de riz par jour laisse peu de place à un excédent de lipides dans le corps.
Pourtant certaines régions de l’île seraient favorables à une culture très variée de fruits et légumes ainsi qu’à un élevage très diversifié, mais faute à un enseignement basé principalement sur la religion et les croyances d’une autre époque, le malgache compte plus sur un éventuel miracle de Dieu que sur lui-même pour survivre. Les missionnaires de tout poil étant les principaux acteurs de cet état de choses. Bien sûr sans eux, l’illettrisme serait supérieur à ce qu’il est, mais ce n’est pas en sachant lire et écrire à Madagascar qu’on remplit son assiette de riz. De toute façon même les personnes ayant suivies leurs études supérieures ont beaucoup de peine à trouver du travail et quand ils en trouvent, ce travail est si mal rétribué qu’il est illusoire de vouloir créer une famille sereine sans problèmes d’argent.
Ainsi on peut voir à longueur de journée des hommes valides de tout âge assis le long des routes dans la capitale en attendant que le travail tombe du ciel. Donc si vous allez faire vos emplettes, on viendra vous demander de porter vos courses, on vous demandera de nettoyer ou de garder votre véhicule, on vous proposera d’acheter des babioles qui vont d’une tapette de mouches à des serviettes de bain ou encore des antennes de télévision sans compter d’innombrables articles qui se marchandent parfois à dix pour cent de la valeur annoncée et si vous n’êtes toujours pas décidé à acheter ce dont vous n’avez pas besoin, on vous demandera : « combien vous donne ? ». Dès leur plus jeune âge, on apprend à certains enfants déshérités cette phrase en français : « Monsieur, donnez moi l’argent ». Les parents installent parfois leur bébé qui ne sait pas encore marcher sur un trottoir de la capitale avec un petit pot devant lui pour collecter des « madinka » (menue monnaie).
Bien sûr le premier mai, fête du travail peut durer plusieurs mois à Madagascar pour certains qui se complaisent dans cette misère. Il est parfois très difficile pour les occidentaux de faire la part des choses entre le besoin de secourir son prochain sans encourager la mendicité.
Dans une petite agglomération de l’Est du pays en bordure de mer où affluent les citadins le week-end, certains habitants se sont spécialisés dans la confection de colliers et de bracelets avec différentes graines séchées et colorées. On peut y trouver des graines d’arbres, d’orchidées et autres plantes des tropiques et il faut avouer que le résultat est parfois très décoratif. D’autres confectionnent des sacs à main où des chapeaux avec des feuilles séchées de bananiers ou avec des fibres végétales qui apportent au produit terminé un effet naturel sans pareil.
Même les enfants vendent déjà ces « souvenirs » aux touristes.
Le bord de mer est constamment le théâtre de rassemblements quand les pêcheurs tirent leurs filets sur la plage de sable fin. Bien souvent il n’y a que du menu fretin qu’on fait griller tel quel après un lavage sommaire dans l’eau douce. Parfois pourtant de jeunes thons se laissent prendre dans les filets et ils sont plutôt réservés à la vente sur le marché local ou directement à la plage.
Pourtant c’est la pêche au harpon près de la barrière de corail qui est la plus bénéfique avec de beaux poissons qui sont pour la plupart réservés aux nombreux hôtels restaurants qui sont des clients privilégiés. Quelques pêcheurs se sont également spécialisés dans la pêche aux langoustes mais elles n’ont pas vraiment le temps de se développer car aucune mesure de protection sérieuse pour la faune sous marine n’est envisagée et des bateaux étrangers viennent jusque près des côtes pour draguer le fond marin et tant pis pour la barrière de corail qui s’étend sur plusieurs centaines de km le long de la côte-Est.
De plus en plus de retraités français viennent se retirer dans ce paradis qui offre une période d’ensoleillement optimal avec des prix défiants toute concurrence comparés aux pays occidentaux. D’autant plus que les habitants sont d’une gentillesse sans pareil au monde et malgré leur infortune, un rien les fait rire, et ce n’est pas un ventre vide qui rend malheureux mais bien plus souvent c’est ceux qui ne sont pas dans la gène qui sont les plus malheureux car ils courent après un bonheur illusoire et matériel qui exclut la convivialité et le partage.
La musique joue un grand rôle dans toutes les régions de la Grande Île. Elle est très rythmée et rares sont les jeunes des villes qui ne connaissent pas les nombreux chanteurs qui remplissent des stades quand ils viennent s’y produire.
Non loin des routes malgaches, sur les hauteurs on peut distinguer maintenant d’affreux pylônes destinés aux communications des téléphones portables et si beaucoup de personnes n’ont pas encore de chaussures, un grand nombre surtout chez les jeunes possèdent pourtant un téléphone portable. Très peu peuvent se payer le crédit qui permet de passer des communications et ils se contentent d’interrompre la sonnerie à temps avant que l’autre puisse décrocher mais suffisamment pour afficher le numéro de l’appel manqué. Ici on appelle cela biper quelqu’un pour le prévenir qu’on veut lui parler à l’occasion. On peut ainsi inventer des codes si on bipe trois fois, c’est très urgent, si on bipe deux fois on se voit à l’occasion et si on bipe une fois c’est pour dire bonjour ou lui dire qu’on pense à l’autre. Il va sans dire que le plus beau cadeau qu’on peut faire à un malgache c’est lui offrir un téléphone portable.
Souvent, si vous allez pour un petit dépannage dans un garage ou chez un des nombreux artisans qui ont « boutique sur rue », à la fin de l’intervention qui peut durer parfois plus d’une heure et quand arrive le moment de payer, on vous dit que vous pouvez donner ce que vous voulez. Quand je donne ainsi dix mille francs malgaches ce qui équivaut à deux mille Ariary ou quatre-vingt de nos centimes européens, ces artisans se confondent en remerciements car le salaire de base de bien des malgaches est d’environs un € par jour, et tous n’ont pas la chance d’avoir un travail régulier.
Il est évident qu’ici à part les fonctionnaires et quelques entreprises, les couvertures sociales sont inexistantes et si un artisan, un commerçant ou un travailleur de la terre doit faire un séjour à l’hôpital, tous les frais ainsi que la nourriture sont à sa charge. L’hygiène y est très déplorable si on n’a pas les moyens d’aller dans les rares centres médicaux privés réservés à une clientèle de luxe. Les malgaches ne sont pourtant pas dépourvus de tous moyens thérapeutiques car ils se transmettent de génération en génération les vertus de certaines plantes qui les aident tant bien que mal à enrayer biens des maux. On peut également concocter des produits de première nécessité comme le savon fabriqué avec l’aloès, une plante originaire du sud de l’île.
Ici pas de tondeuse, pas de scie, pas de hache, pas de marteau ou d’outils électriques. Tout travail est exécuté à la main avec le coupe-coupe où avec une pelle dont la largeur dépasse à peine dix centimètres. Souvent le labourage des rizières se fait par piétinement des zébus. Le riz des montagnes dans l’Est du pays est planté directement sur le brulis des versants de colline. Dans le sud j’ai vu des panneaux le long de la route indiquant un reboisement mais les éleveurs préfèrent brûler ces plantations pour y faire paître leurs troupeaux de zébus qui peuvent parfois se compter par milliers dans les zones favorables à l’élevage. Les projets sont pour la plupart réduits à néant faute de suivi efficace. Ainsi les fonds de nombreuses ONG sont dilapidés dans des efforts vains ou encore sont détournés par des opportunistes malins.
La corruption, malgré les efforts est très difficile à combattre dans un pays qui manque cruellement de personnes capables d’apporter des solutions efficaces. Le peuple malgache qui possède une espérance de vie très faible se compose en majorité de personnes mineures qui ne sont pas en mesure de voir plus loin que le contenu de leur bol de riz journalier. Les rares Don Quichote qui se débattent contre des moulins à vent se heurtent souvent à des méthodes d’un autre temps. Parfois des personnes travaillent juste le temps de toucher leur salaire, puis elles arrêtent de travailler avant de vouloir reprendre leur travail quand elles ont dépensé leur salaire.
Il existe encore de nos jours dans des régions boisées du sud ouest du pays une population mal connue, appelée les mikéa qui échappe aux recensements car elle vit en autarcie. D’autres regroupements de personnes vivent pauvrement en marge des riches éleveurs qui les considèrent comme les descendants des esclaves. L’occupation des sols se fait de façon anarchique dans les provinces loin des grandes agglomérations. Et bien souvent autour des grandes villes se serrent les uns contre les autres des baraquements faits de planches, de tôles et de tous matériaux pouvant offrir un abri sommaire. Il n’y a pas d’eau courante, ni évacuations des eaux usées dignes de ce nom. L’hygiène est un mot inconnu dans ces endroits où il faut parfois faire des centaines de mètres pour aller chercher de l’eau dans des seaux qui éclaboussent à chaque pas les pieds des enfants qui sont chargés de ces corvées. Certains d’entre eux n’ont jamais dormi sur un matelas et dorment souvent tout habillés à même le sol.
La plupart du temps la promiscuité entre les parents et les enfants est telle que très tôt ces derniers sont parfaitement informés dans le domaine de la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de tous les jours et s’en trouve ainsi banalisé. Souvent des jeunes filles ont déjà plusieurs enfants avant d’avoir atteint leur majorité. Parfois ce sont les grands parents qui gardent les enfants pendant que les parents de ces derniers commencent à travailler comme vendeuse de fruits, de légumes grappillés par ci par là. Souvent un simple bout de bâche en plastique posé sur le sol sert d’éventaire. Un tissu posé sur la tête les protège du soleil. Et quand un acheteur se présente il peut acheter un « tas » de fruits ou légumes. Pour la vente au poids, la marchande se rend en courant chez un commerçant plus aisé pour peser sa marchandise et elle va également acheter un sachet en plastique pour emballer sa vente. Tout ici est empirique à souhaits. On fait avec ce qu’on possède et personne ne s’en plaint. De toute façon ils possèdent la plus grande richesse du monde : du soleil dans le cœur.
A Madagascar, rien ne se passe comme ailleurs car ici on peut même fabriquer sa propre constitution si on est à la tête de l’état et on peut faire fi de celle-ci si on est dans l’opposition et si la majorité de la population soutient cette opposition. Et que l’Union Africaine ou l’occident désapprouve cela, ne changera en rien le comportement des malgaches qui ont leur façon de voir les choses avec le cœur et non avec la raison. Ici le chef de l’état n’est plus le chef des armées si la population en décide autrement. C’est la rue qui décide avant d’aller aux urnes pour confirmer un renouveau dans la politique du pays. Bien sûr, le malgache provincial, perdu dans sa brousse est bien loin de ces agitations des grandes villes qui disposent des informations chaudes retransmises par les médias. Ainsi dans la capitale, dans les périodes de crises, la foule se presse devant les étals de journaux pour y lire les gros titres de la première page et pouvoir en tirer leurs conclusions personnelles sans avoir besoin de lire les commentaires des pages intérieures. A choisir, pour le prix d’un journal, on peut se payer une écuelle de pâtes chinoise qui cale le ventre pour quelques heures. C’est cela le souci majeur de beaucoup de malgaches.
Les forêts primaires ont pratiquement disparu de l’île et selon certaines informations il subsisterait encore huit pour cent de biotopes particuliers qui n’ont pas encore été détruits par l’homme et qui sont les derniers sanctuaires d’espèces faunistiques et floristiques très souvent endémiques. Ici la culture intensive est encore très restreinte et c’est sur de grandes étendues d’un sol de latérite sans apport d’engrais qu’on produit de maigres récoltes. Ce n’est qu’en fond de vallée ou dans les zones humides que la production est plus importante mais à force d’y effectuer les mêmes cultures le rendement s’amenuise peu à peu au fil des ans par manque de matières organiques qui enrichiraient le sol. En effet, tout est utilisé, même la paille de riz, l’herbe et tout ce qui pourrait enrichir les sols qui peu à peu sont emportés par des rivières rouges qui saignent lentement mais sûrement la Grande Ile. Dans une ou deux générations celle-ci pourrait ressembler à une Ile déserte car une démographie galopante, un réchauffement inévitable et une pollution incontrôlée combinée à une demande de plus en plus grande des richesses végétales et animales accélèreront cet inévitable processus.
Faire marche arrière serait certainement possible avec des cultures intensives mais très diversifiées mélangées à des zones forestières avec apport d’engrais naturels et fixation des sols. Naturellement des tris très sélectifs des ordures ménagères ainsi qu’une discipline exemplaire de la répartition des richesses du pays permettraient d’avoir un niveau de vie satisfaisant. Une régulation des naissances par le droit à l’avortement mettrait certainement un frein au surpeuplement des grandes villes qui sont confrontées à un taux de naissances galopant. Un repeuplement des terres riches et aptes à des cultures pourrait aussi réduire la dépendance alimentaire. Le retraitement des déchets est certainement un maillon inévitable pour permettre dans un premier temps à enrayer cette fuite en avant qui pourrait bien avoir une fin si on ne s’engage pas dans une politique de prévention et si on persiste dans une optique opportuniste et prédatrice qui ne se soucie pas du futur.
Le taux d’ensoleillement maximal dont bénéficie Madagascar est une richesse incomparable d’énergie qui pourrait apporter une certaine indépendance énergétique dans bien des domaines. Pour la réalisation de tous ces projets, il ne manque que l’argent qui sert actuellement à enrichir sans contrôles efficaces une frange de la population au détriment de la plus grande majorité qui est trop occupée à boucler les fins de mois qui souvent sont de plus en plus longs. La bureaucratie d’une époque révolue est là aussi pour freiner des quatre fers le cadre administratif. La circulation des véhicules est au bord de l’asphyxie dans certains quartiers de la capitale. Les véhicules vétustes ainsi que les difficultés financières permettant de s’approvisionner correctement en carburant sont causes de nombreux embouteillages, sans compter les taxis-bé qui bloquent les voies de circulation en ne respectant pas les temps d’arrêts ou les endroits spécifiés. Les infrastructures routières dans la capitale ne répondent plus du tout au nombre toujours croissant de véhicules qui y circulent. Tout cela contribue à une pollution qui est souvent cause de l’affaiblissement des défenses immunitaires des habitants de la capitale.
La côte Est
Le jour du départ est arrivé et mon bateau est sur la remorque accrochée au 4 x4 et le quad est dans le bateau. Ce qui m’offre trois modes de locomotion dont un sur l’eau quand je serai arrivé près du canal de Pangalane, souvenir de la colonisation. En effet, les français ont fait creuser ce canal reliant les lagunes situées le long d’une partie de la côte Est pour éviter de transiter par la terre ferme entre les différentes lagunes. Il n’est pas aisé du tout de traverser des terres envahies soit par une végétation luxuriante soit par des zones humides, voire des marais où il est possible de tomber nez à nez avec un crocodile de quatre mètres de long. Il est encore moins aisé de longer en pirogue la côte de l’océan indien qui peut se montrer très fougueux et il faut être un pêcheur chevronné pour l’affronter dans les frêles pirogues.
La peur de ma vie
Donc arrivé au bout de la piste à l’embouchure du fleuve Mangoro, j’ai mis ma petite embarcation à l’eau et après avoir arrimé le moteur, j’ai entrepris un petit tour en prenant soin de ne pas m’aventurer trop loin du rivage car les petites vaguelettes du fleuve me semblaient déjà menaçantes. Et comme le moteur du bateau est encore en rodage, autant y aller avec la plus grande prudence. Au bout de dix minutes de navigation, il était temps pour moi de remettre mon bateau sur la remorque et de me contenter de ce début d'apprentissage. Le lendemain, je décide donc de prospecter l’autre rive du fleuve et pour ce faire, je décris un large demi-cercle pour éviter l’endroit où le fleuve se jette dans la mer et où les vagues de la mer créent des perturbations assez menaçantes à mon goût. Mon bateau n’étant pas conçu pour la haute mer, je me garde bien de ne pas m’aventurer trop près de cet endroit. Tout va bien et je rejoins l’autre bord sans encombre. Je prospecte un peu ce que je croyais être une île mais qui finalement n’est qu’une partie de terre entre le bord de mer et l’embouchure du fleuve. Je décide donc de retourner dans l’autre sens et, arrivé au milieu du fleuve, voilà que le moteur du bateau s’arrête sans raison apparente. Je tire donc sur la corde pour faire redémarrer le bateau mais à mon grand effroi, la corde se bloque en bout de course. Plus moyen donc de faire redémarrer le moteur et le courant m’emporte logiquement vers la mer. Je me décide donc à prendre les rames et à ramer vers la côte qui se trouvait en face de moi en évitant de regarder du côté de la mer. Cela fait une impression bizarre quand la terre semble fuir et qu’on se sent irrémédiablement emporté par le courant vers la mer. Pourtant il me restait moins de cinq mètres à ramer. A ce moment là, j’ai compris qu’il était vain de vouloir se mesurer avec les forces de la nature et je me sentais soulevé par les vagues déferlantes de l’océan indien. Ma coque de noix ne pesait pas lourd face à des vagues de près d’un mètre. Finalement, l’océan n’a pas voulu de moi et il m’a rejeté avec ma barque sur la plage de sable fin. Heureusement que j’avais une ancre au bout d’une chaîne que j’ai balancé le plus loin possible sur la dune et après avoir sauté hors du bateau, j’ai tiré de toutes mes forces pour faire glisser le bateau le plus haut possible sur la dune. Heureux de m’être sorti à si bon compte de cette situation, j’ai longé le bord du fleuve pour aller chercher le véhicule 4 x 4 avec la remorque pour prendre le bateau. Quand je suis arrivé non loin du véhicule, le gardien venait déjà à ma rencontre car il se doutait qu’il était arrivé quelque chose d’anormal. J’ai raconté brièvement mon aventure et pendant que j’allais vers le véhicule, il est parti vers le bateau. Je longeais donc la rive du fleuve et à mesure que je m’approchais vers la mer, le véhicule s’enfonçait dans le sable au point que les roues tournaient sans avoir de prise. Je ne savais plus à quel saint me vouer quand le gardien revenais vers moi en me disant qu’il avait réussi à débloquer la corde de démarrage du bateau et qu’il pouvait donc revenir par la voie de l’eau et qu’il était inutile de venir chercher le bateau avec la voiture. Nous avons donc trainé le bateau sur une centaine de mètres vers le fleuve et c’est avec soulagement que j’ai vu mon ange gardien repartir vers le point de départ avec mon bateau. La partie n’était pas gagnée pour autant car mon véhicule n’était pas encore sorti du sable, et la lueur du jour commençait à faiblir. La nuit tombe très rapidement sous les tropiques et les nouvelles se transmettent à la vitesse du son ici à Madagascar. Une vingtaine de badauds s’étaient donc rassemblés près du véhicule pour voir comment j’allais m’en sortir. Après plusieurs essais infructueux, un gamin s’approche du véhicule et essaie de le pousser en arrière. En voyant cela, les adultes présents sur les lieux ont aidé le gamin et petit à petit, le véhicule s’est mis à rouler en arrière jusqu’à un endroit où les roues commençaient de nouveau à avoir une prise. J’ai donc réussi grâce à cette aide précieuse à gagner l’endroit où m’attendait le bateau. Après l’avoir hissé avec le treuil sur la remorque, j’ai invité toutes les personnes présentes à prendre place sur le bateau et c’est ainsi que nous avons regagné le village au plus grand ravissement des enfants et des adultes qui m’ont été d’un grand secours.
La fête
Le lendemain matin, je suis allé au bazard bé (grand marché) de la petite ville la plus proche pour y acheter deux quintaux de viande, cent cinquante baguettes de pain et naturellement plusieurs cageots de bière et de soda pour faire la fête. Heureusement que j’avais laissé confectionner avant mon départ une grille pour faire griller la viande car je sais que ce que les malgaches aiment le plus, c’est faire la fête en n’importe quelle occasion. Que ce soit pour un décès ou pour un mariage et même la circoncision est prétexte à faire la fête. Il est vrai que les steaks de zébu par exemple ne coutent guère plus de 1,85 € le Kg. Les côtes de porc sont un peu plus chères, de l’ordre de 2€ le Kg. Et les saucisses de porc sont les plus chères avec 2,20 € le Kg. Un zébu adulte vivant coûte moins de 150€. Bien évidemment ces prix ne sont valables qu’à la campagne. Sans intermédiaires. Si on veut être bien vu, il suffit d’organiser une petite fête et le succès est assuré. Le lendemain de la fête je suis parti avec mon gardien à la pêche dans un bras mort du fleuve et nous avons eu un grand succès en attrapant une dizaine de poisson de la taille de nos gougeons, ce qui est un début prometteur. Aujourd’hui j’ai acheté un filet de pêche qu’un pêcheur du village s’est proposé de le garnir avec du plomb acheté en barrettes et de flotteurs taillés dans de vieilles sandales. Ici il est inutile de chercher du liège ou des plombs comme nous les connaissons en France. Il m’a promis que ce filet sera opérationnel dans trois jours.
L’Eden
Aujourd’hui, j’ai prospecté un peu les environs du village et j’ai découvert un grand lac avec une eau claire et en bordure de ce lac, un terrain planté de manioc et de quelques ananas. Plus loin à environs deux cents ou trois cents mètres, grondent les vagues rageuses de l’océan indien. Sur ce champs de manioc, de nombreuses souches d’arbres et sur l’une d’elle, des oreilles de Judas. Sur le sol, de nombreuses tramètes rouge-cinabre possédant un stipe qui peut avoir plusieurs centimètres avec des pores très fines et décurrentes. Je décide donc d’acheter ce champs en bordure du lac et tant que j’y suis, j’ai acheté aussi le bout de terrain qui va jusqu’à la plage qui borde l’océan indien. Le tout pour 5 millions et quatre cents mille Fmg ( 1080000 Ar), soit environs 400 €. Donc je suis maintenant « propriétaire » d’un bout de 100m de plage sur l’océan indien ainsi que d’un bord de lac de la même dimension avec un petit bout de jungle où j’ai découvert De nombreux pieds de vanille qui serpentent le long des arbrisseaux. Quand je dis acheté, cela veut dire simplement que j’ai acheté l’accord du Président du village et celui des personnes qui occupaient précédemment ces terrains avec trois témoins et qu’il tient à moi maintenant de faire borner et d’officialiser ces terrains au domaine, ce qui veut dire envers l’état malgache. Mais ce n’est pas une obligation. C’est simplement une garantie que personne ne pourra venir à l’avenir prétendre qu’il est propriétaire parce que ses parents cultivaient ce champ depuis des générations par exemple et qu’un membre de sa famille a vendu ces parcelles sans son accord. Mais cela peut attendre et de toute façon je n’emporterai pas avec moi ce morceau de paradis terrestre quand l’heure de mon départ de cette planète aura sonnée
Ma plantation.
Aujourd’hui j’ai planté mon premier palmier et demain j’irai dans la jungle chercher des bananiers, des papayers, des manguiers, des caféiers, des girofliers, des arbres de fruits à pain, des orangers, des citronniers, des corossols, des goyaviers, des ananas, de la canne à sucre, du manioc, des patates douces, des cocotiers, des lychees, des gaves chinois, des vondalana, des vovontaka, des ampale-bés, des cocos-palmes ou palmiers à huile qui sont également très envahissants dans cette région, des melons et bien d’autres fruits et légumes dont certains sont inconnus en France et poussent à l’état sauvage ici. Les bananiers se multiplient sans avoir besoin de s’en occuper ou les goyaviers qui envahissent les terrains non cultivés. Aujourd’hui j’ai goûté au fruit du cactus Raketa mena. C’est sucré et très collant et surtout de très fines épines qui garnissent les fruits sont encore plus urticants que les orties en Europe. J’ai passé au moins deux heures à retirer des centaines d’épines à la pince à épiler et celles qui se sont cassées sont restées plantées et continueront à me piquer certainement un bon bout de temps encore. Je verserai cette expérience sur le compte « pertes et profits de ma curiosité ». Je ne sais pas encore si ce sera du côté débit ou crédit… car un gardien de zébus qui passait par là m’a dit que ces fruits étaient considérés comme du poison. J’ai pourtant entendu que ces fruits étaient consommés couramment dans le sud de Madagascar où ils constituaient même la nourriture de base en période de disette Près de la côte Est en particulier c’est le « via », plein de vitamines selon les malgaches qui constitue la nourriture en cas de catastrophe naturelle, cyclone etc.
La vie dans la brousse
Maintenant je fais déjà des plans pour mon futur bungalow que je verrai bien au bord du lac car je n’ai pas envie d’être trop exposé aux cyclones qui balayent régulièrement la côte Est du pays et le grondement des vagues qui s’écrasent inlassablement contre le sable de la plage devient monotone à la longue. Les bords de ce lac ne sont pas trop occupés par l’homme et si sur l’autre rive, des dizaines d’enfants et de femmes viennent se baigner et s’ébattre dans l’eau avec de grands cris de joie, seuls quelques pêcheurs sur des radeaux de bambous tentent leur chance en jetant leurs filets dans l’eau et en essayant d’effrayer le poisson en frappant des coups de bambou dans l’eau. Les jeunes filles ou les femmes ont pris l’habitude de venir pêcher des alevins sur la rive à l’aide de moustiquaires. Ici les gens vivent simplement, en s’éclairant à la bougie et les gamins mâchonnent à longueur de journée des bouts de canne à sucre qui poussent un peu partout ici. En effet c’est comme le manioc, il suffit de planter un bout dans le sol pour qu’il prenne racines. La racine de manioc est consommée cuite dans l’eau, les feuilles de manioc (ravitoto) sont consommées un peu comme les épinards et la tige du manioc est coupée en morceaux et replantée pour donner d’autres pieds de manioc. En ce qui concerne la canne à sucre, on l’épluche, on la coupe en morceaux d’une dizaine de centimètres puis on l’écrase avec un levier en bois qui est coincé dans une espèce de récipient en bois qui est percé et d’où le jus s’écoule. Pour faire le café, on emploie ce jus et après l’avoir fait bouillir on y plonge un filtre fait avec des lanières de feuilles de palmier entrecroisées qui contient les grains de café écrasés. En ce qui concerne la « besa », boisson légèrement alcoolisée, elle ne manque à aucune fête. Les habitants de cette partie retirée de Madagascar vivent de la pêche et la culture y est très sommaire. Le peu de riz planté de façon archaïque ne suffit pas à boucler la saison et on achète donc des sacs de riz venant du Pakistan ou d’ailleurs et vendu à raison de 16 à 17€ le sac de cinquante kg, ce qui est une grosse somme d’argent pour le malgache de la campagne, mais c'est moins cher que le riz malgache. Heureusement l’entraide entre les habitants du village est très importante, ce qui permet très souvent à certains d’être secouru en période de transition. Parfois les pêcheurs reviennent bredouilles pendant de longues semaines car le poisson pêché de façon industrielle au sonar par des navires étrangers sont une rude concurrence pour les pêcheurs en pirogues avec leurs petits filets qui ne ramènent parfois que deux ou trois crevettes et du menu fretin. Les périodes de pêche ne sont pas toujours propices aux pêches miraculeuses et les maigres récoltes ne sont pas toujours à la hauteur de ce que réclament les ventres affamés. Les salaires de misère que demandent les artisans ou les ouvriers ne permettent qu’un strict nécessaire et quand dix ventres affamés par famille crient famine, les enfants souvent se contentent de sucer des cannes à sucre ou de racler un peu de riz bouilli qui attache au fond de la marmite. Curieusement les fruits poussent à volonté ici mais sont peu appréciés par la population. Elle néglige un peu cette manne qui pourrait pourtant apporter une précieuse part de vitamines et autres éléments indispensables à une alimentation de qualité. Il en va de même des légumes très variés que la population ignore parfois totalement. On a l’impression que de nombreuses personnes se laisseraient mourir de faim s’il leur manquait du riz qui est véritablement une nourriture incontournable dont les malgaches ne se lassent jamais.
La fête en province
Aujourd’hui c’est jour de fête car le ministre du tourisme s’est rendu dans la petite ville de province au bord du canal des Pangalanes. Dans un des restaurants qui bordent la mer on a mis les petits plats dans les grands et les tables ont été mises l’une contre l’autre pour festoyer. Un groupe folklorique avec un tambour et beaucoup de bonne humeur est venu pour l’occasion chanter et danser dans la ville en s’arrêtant devant chaque débit de boisson. Demain le calme sera revenu dans la petite ville qui s’assoupira de nouveau en oubliant les promesses illusoires que le ministre leur aura fait. Ici on a l’habitude des promesses qui aboutissent rarement. Il faut dire que les moyens sont très limités et quand on essaie de tenir une promesse, c’est comme si on versait de l’eau sur une pierre chauffée au soleil et avant même que les travaux soient terminés, l’argent s’est évaporé. Parfois aussi on a l’impression qu’on met l’argent dans un seau sans fond et dès qu’on veut y puiser pour réaliser un projet, il n’y a plus rien dans le seau.
Les constructions de la brousse
Les habitants de la campagne sont prêts à accepter n’importe quel travail pourvu qu’il leur permette d’améliorer leur ordinaire. Pour construire les habitations locales, on se sert de bois carré (poutres de 10 cm de côté), tiré du bois d’eucalyptus (quinine). Elles sont assemblées à l’aide de chevilles en bois et encastrées les unes dans les autres comme au bon vieux temps en France. Pour les murs, ils sont généralement fabriqués avec les nervures de feuilles de ravinala coupé dans le sens de la longueur et fixées à l’aide de tiges de bambous elles mêmes coupées dans le sens de la longueur et enfilés perpendiculairement afin de pouvoir donner une structure solide et résistante aux vents. Ces vents peuvent être très violents lors des cyclones qui ravagent périodiquement la côte Est. Les toitures sont également faites de feuilles de ravinala qui sont liées solidement sur les lattes du toit. Parfois les murs sont également faits avec l’écorce d’un arbre. Cette écorce fait environs 5mm d’épaisseur sur une longueur variable de deux mètres sur environs trente à quarante cm de large. Le plancher des habitations se trouve à environs trente cm du sol, certainement pour éviter que l’eau pénètre à l’intérieur. Il faut dire qu’ici sur la côté Est, il pleut très souvent et la végétation est très luxuriante. Les arbres fruitiers n’ont aucun mal à s’implanter sans même que l’homme ne soit obligé de faire grand-chose sinon de déterrer les jeunes plants et de les replanter à l’endroit qui lui convient.
La capitale
Les habitants sont toujours prêts à porter main-forte ou à rendre service. Sauf si vous leur demandez un renseignement. Dans ce cas, on vous indiquera vaguement une direction sans donner de précisions sur la distance ou s’il faut bifurquer à un moment ou à un autre. Il faut dire que les panneaux indiquant les directions sont souvent inexistants et comme de nombreux malgaches ne peuvent pas se permettre de voyager, ils ne connaissent pas les directions à prendre. Dans les grandes villes comme la capitale en particulier c’est souvent des ruelles qui serpentent et se croisent le long des nombreuses collines et il est difficile d’avoir une direction qui vous mènera directement vers une route nationale. Parfois il est plus simple de faire tout le tour de la capitale pour trouver une direction plutôt que de vouloir couper au plus court car vous avez toutes les chances de vous perdre dans les ruelles asphyxiées par les embouteillages. Si en province les véhicules automobiles sont encore relativement rares, dans la capitale c’est devenu infernal au point de placer cette ville comme une des plus polluée au monde en ce qui concerne la qualité de l’air. Ce n’est pas mieux pour les cours d’eau de la capitale qui sont pollués au plus haut point car tous les égouts y sont déversés directement sans fosses septiques ni bassins décanteurs-dégraisseurs. La plupart des eaux usées sont perdues dans le sol quand il n’y a pas de rivière à proximité. Selon les sources scientifiques malgaches, de plus en plus d’habitants de la campagne migrent vers la capitale à cause de l’insécurité qui règne en province, ce qui place la capitale au rang d’une ville qui se trouve au bord de l’asphyxie. Les vendeurs à la sauvette se trouvent au bord de tous les axes importants et étalent leurs marchandises jusque sur la route, ce qui oblige les innombrables piétons à emprunter les routes et la circulation y est devenue presque impossible. Des bouchons monstres sont provoqué également par les taxi-bé (minibus) qui s’arrêtent souvent en dehors des endroits qui leurs sont réservés et souvent même ils s’arrêtent plus longtemps que le temps qui leur est imparti. Souvent aussi les taxis qui sont pour la plupart de vieilles 2CV ou des R4 tombent en panne ou tout simplement n’ont plus essence dans le réservoir car ils font le plein dans une bouteille en plastique qu’ils vident au fur et à mesure des courses qu’ils ont à effectuer. Ces véhicules qui ne sont pas contraints aux contrôles anti-pollution et qui circulent avec un carburant au plomb crachent autant de nuages noirs toxiques. Peu de voitures neuves aux normes européennes mais énormément de 4 x 4 très polluants circulent en ville. Presque toute la classe politique se déplace en véhicules à quatre roues motrices.
Dans la brousse
Ici dans la brousse, les rares personnes qui possèdent une bicyclette sont privilégiées. Presque tout le monde marche à pied et ce ne sont pas les dix km qui séparent le village de la ville la plus proche qui fait peur aux gens de la campagne qui souvent, dès cinq heures du matin partent en mer pour relever les filets tendus la veille ou partent au marché pour vendre leurs poulets ou le poisson pris au filet. Parfois les gens de la brousse partent en fin d’après-midi à la ville avec un zébu ou un cochon qui sera tué une fois arrivé et présenté dès le lendemain matin sur l’étalage du boucher. Rien ne se perd car la tête ou les pieds sont sur le présentoir également. En principe, les malgaches se contentent des bas morceaux car la viande « noble » comme les steaks ou les côtes de porc sont bien trop chers pour eux, même si le kg de steak est a un prix dérisoire comparé au prix des steaks européens. Souvent les gens de la campagne viennent au marché quotidien de la ville pour vendre leur maigre récolte de manioc, de fruits ou d’autres légumes. De nombreux commerçants proposent des articles ou vêtements chinois. D’autres vendent à un prix dérisoire des outils façonnés à partir de lames de suspension de véhicules. Ainsi un coupe-coupe ou une pelle ne valent guère plus de 1,50€. Ici dans la brousse, le salaire moyen d’un ouvrier qui travaille sept jours sur sept est payé 0,74 € par jour et un verre de riz. Bien sûr les frais médicaux basiques sont prix en charge par l’employeur s'il possède un brin de moralité car à ce tarif on ne peut pas demander à l’ouvrier de payer les médicaments ou encore les points de suture s’il se blesse. Mais cela s’arrête là car s’il a une maladie longue durée, il est souvent condamné car dans la brousse les rares hôpitaux ne sont guère équipés pour des traitements coûteux comme nous les connaissons en Europe. En ce qui concerne les infractions au code de la route, c’est vraiment invraissemblable. Pour exemple une personne attrapées en flagrant délit par un policier à conduire un scooter sans casque et sans permis de conduire est condamné à payer 0,92€ à la mairie et elle peut repartir avec son scooter sans permis et sans casque.
Friday, September 2, 2011 2:50:21 PM
La vie quotidienne à Madagascar
Pour un retraité français, vivre à Madagascar c’est se sentir projeté au rang de multimillionnaire. On a droit à tous les égards de la part de la population ainsi que des autorités. En ce qui concerne les enfants ils poussent de grands cris de joie lorsqu’on passe avec la voiture ou le quad. Souvent j’attelle la remorque derrière la voiture pour aller chercher du matériel pour construire mon petit bungalow en attendant de construire une maison en dur et j’emprunte la rive du fleuve Mangoro avant de bifurquer à l’embouchure de celui-ci, puis je longe le littoral de l’océan indien pour traverser un bout de garrigue puis de brousse avant de rejoindre ma petite jungle que j’ai acquise au bord d’un lac niché dans un écrin de verdure. Je peux être assuré qu’une bonne dizaine, voire vingtaine de petits malgaches sont assis dans la remorque et poussent de grands cris de joie lorsque je traverse les petites dunes de sable qui font tressauter la remorque. J’ai embauché à plein temps quatre vigoureux jeunes malgaches que je rémunère à raison de soixante quatorze centimes d’€ chacun et naturellement s’il y en a un qui se blesse, je me sentirai obligé de fournir le désinfectant. Mais de ce côté il y a peu à craindre car depuis leur plus jeune âge les malgaches savent manier la machette mieux que personne car en très peu de temps les gamins arrivent à se confectionner des toupies qu’ils lancent sur la piste à l’aide d’une ficelle qui est embobinée sur la toupie. Le but est de faire tourner cette toupie dans un cercle tracé auparavant. J’ai vu certains gamins faire accélérer ou durer le tournoiement de la toupie à l’aide d’un petit fouet. La vie rudimentaire de ces villages de la brousse est rythmée par les jeunes qui jouent dehors toute la journée, les marins qui sont revenus de la mer où ils ont levés leurs filets dès cinq heures du matin et qui somnolent à l’ombre des cocotiers ou les femmes qui piétinent le vary (riz) pour en faire sortir les grains. D’autres font sécher leurs grains de café ou de girofle qu’ils ont récolté. Les nattes qui posées à même le sol font office de table ou tout simplement de matelas la nuit et sont tressées par les femmes âgées. Parfois aussi elles emploient des graminées séchées et teintées pour les entrelacer et après avoir fabriqué des bandes de deux centimètres de large les cousent ensemble pour faire de jolis chapeaux de soleil. La vaisselle, le linge ainsi que la baignade quotidienne se fait au bord du fleuve. L’eau du puits qui se trouve au centre du village sert à faire la cuisine ou de boisson. Le puits étant ouvert, il n’est pas exclu que des insectes ou des saletés tombent au fond. Les zébus et les cochons sont promenés avec une corde à la patte arrière afin de pouvoir facilement les rattraper au cas où ils voudraient se sauver. Même les taureaux assez impressionnants ne sont guère belliqueux et se laissent garder et guider par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Il faut dire que les enfants dès leur plus jeune âge sont obligés de participer aux travaux de la famille dans la mesure de leurs possibilités. Ainsi on voit quotidiennement des gamines de six à dix ans aller chercher de l’eau qu’elles puisent avec une corde au fond du puits communal qui se trouve au milieu du village. Les gamins de tous âges gardent les zébus ou vont couper du bois en forêt.
Les étrangers à Madagascar
De plus en plus de vazaha à la retraite viennent s’établir en bord de mer où les terrains sont bradés à près de 100€ l’hectare. Et pour construire une maison traditionnelle en bois avec toit en tôle ondulée il faut compter autour de 400€, poutres, planches, tôles et main-d’œuvre comprise pour une case de 8m sur 4m. Bien sûr si on veut l’électricité, il faut compter un groupe électrogène ou des panneaux solaires à moins d’être près de la mer et de pouvoir bénéficier du vent toute l’année avec une éolienne. Pour l’eau, il suffit de creuser un puits. Et pour les autorisations, il suffit de demander au président du village le plus proche et de le payer environs 2€ pour qu’il rédige cette autorisation. Pas besoin de permis de construire et encore moins d’un architecte car le menuisier qui va réaliser la bâtisse de A à Z connait son métier et chevillera le tout comme au moyen âge en France. Bien sûr il lui faudra au moins quinze jours pour découper et creuser à l’aide d’un ciseau rudimentaire fait à partir d’un morceau de fer à béton aplati à un bout et aiguisé et d’un maillet assez rustique qui se compose d’un manche et d’un morceau de bois carré taillé d’une seule pièce dans un bois dur. Quand tout est prêt, on fait appel à une bonne dizaine d’hommes valides qui aideront à creuser les trous pour les poteaux et à aider à l’assemblement de toutes les pièces de bois. Pour cette journée où on met un bouquet de fleur au sommet de la bâtisse, il faut compter une caisse de bière, quelques bouteilles de soda et naturellement deux bons litres de toakagasy (boisson alcoolisée issue du jus de canne à sucre fermenté). A la fin de la journée, l’ossature du bâtiment est debout mais les hommes sont couchés : maté (ivre-morts). Il faut dire qu’ici à Madagascar il existe encore des plages de sable blanc désertiques à acheter pour une bouchée de pain par exemple 100€ l’hectare et y construire son bungalow avec juste l’accord du président du village à qui on offre l’équivalent de quelques € pour la rédaction de l’autorisation et pour la modique somme de 2700€ on construit son bungalow avec les matériaux de la région : Quinine (genre d’eucalyptus) pour le bois et feuilles de ravinala pour le toit. Cela ressemble un peu à nos toits de chaume qui sont à un prix démesuré en France et dérisoire ici. Les gens sont très sympathiques et chose étonnante pour des individus qui vivent au seuil de la pauvreté : ils sont très honnêtes et pas voleurs du tout dans leur grande majorité. Mais là encore il faut bien dire que c’est spécifique à certaines régions seulement.
Puces des pieds (Paras)
Donc pour continuer les visions enchanteresses de ma vie malgache, je préciserais qu'il y a tout de même un tout petit inconvénient provoqué par les puces des sables qui ont la mauvaise habitude de pondre leurs oeufs sous le bout des ongles des doigts de pieds ou tout simplement dans les endroits des pieds où la peau est très fine. Au bout de quelques jours vous pensez avoir attrapé une minuscule ampoule au bout de votre orteil, mais en réalité c'est une petite larve qui vous parasite. J'ai eu la mauvaise surprise d'en avoir trois sous le bout de l'ongle de mon gros orteil gauche et une sous le bout de l'orteil de mon pied droit. Mais ici on a aucun mal à trouver une personne compatissante qui vous débarrassera de ces hôtes indésirables en un tour d’aiguille. Ces puces ne s'attaquent jamais aux autres parties du corps selon les malgaches.
Autres bestioles dangereuses :
En ce qui concerne les moustiques qui est l'animal le plus commun et le plus accablant à Madagascar au lever et au coucher du soleil, il suffit de bien se couvrir ou de tendre des moustiquaires sur toutes les issues. Il y aurait également de petits scorpions à piqûres douloureuses mais non toxiques. Pour ce qui est des crocodiles, c'est comme les monstres du Lockness, on n'en voit plus guère que dans des régions très isolées ou dans les parcs zoologiques. Il y a de nombreux serpents mais là encore pas de dangers réels car ils ne sont pas très dangereux. Beaucoup de jeunes requins se font manger par les malgaches qui semblent apprécier la chair de ce redoutable et dangereux prédateur.
La fibre optique dans la brousse
Ici de nombreux arbres sont en fleurs, caféiers, orangers, manguiers etc. et de nombreux fruits seront au rendez-vous au mois de décembre. Je reviendrai en France pour quelques jours seulement à la mi-octobre et je retournerai bien vite dans mon paradis sur terre où, surprise de ma part, on est en train d'enterrer la première fibre optique de l'île qui longera à moins de deux cents mètres l'endroit où je veux m'établir. A raison d'un ouvrier tous les cinq mètres pour creuser le fossé le long de la route, c'est sur des kilomètres que j'ai vu et photographié ce chapelet humain au service de l’informatique.
Matériaux de construction
J’ai entrepris tout d’abord la construction de la case du gardien car je n’ai pas l’intention de laisser sans surveillance mes affaires qui feraient l’affaire de plus d’une personne ici où la plupart sont démunis même du minimum vital parfois. Une marmite, un outil ou même une bouteille en plastique vide feraient bien des heureux. Donc pour construire la maison du gardien il me faut du Ravunpuntz (Feuilles de Ravinala madagascarensis) pour le toit, du falafa (Nervures des feuilles de Ravinala) pour les murs qui sont doublé de rapaka (écorce de Ravinala). Mais avant tout il me faut du bois carré ainsi que du bois rond.
Ma jungle.
Assis à ma table rustique taillée au coupe-coupe dans des planches non rabotées d’eucalyptus, j’entends dans le calme de la nuit tombée les vagues de l’océan indien qui s’écrasent au loin sur la plage de sable fin et à dix mètres de moi le clapotement des vaguelettes sur les berges du lac de Salehy bé. Une douce nuit caressée par une brise rafraichissante se prépare et je tient à profiter de ce calme pour savourer pleinement la chance que j’ai d’être en mesure de réaliser le rêve de ma vie : trouver un coin de la terre ou l’homme n’est pas arrivé à maîtriser entièrement la nature et où il m’est encore possible de faire des découvertes qui me font ressentir un certain émerveillement. Aujourd’hui ce fut le cas pour un champignon des tropiques Une merveille de la nature car imaginez un champignon qui porte sous sa tête une collerette assez importante d’un beau jaune d’or. Délicatement j’ai déterré l’œuf dans lequel s’est formé le carpophore afin de pouvoir le détailler plus aisément puis je l’ai remis à sa place car les piles de mon appareil photo étaient déchargées. Dix minutes plus tard je suis retourné voir ce champignon et à ma vive surprise, le voile qui était plutôt retombant s’était relevé légèrement vers le haut. Le soir alors que je suis retourné pour photographier le champignon avec un autre appareil, j’ai été déçu en constatant qu’il était totalement en état de décomposition.
Une soirée malgache
A présent que la nuit est tombée et que tout le monde dort, faute d’électricité dans le village distant de quelques centaines de mètres, je suis envahi par une nuée d’insectes qui sont attirés par la lumière de l’ordinateur. Si certains me piquent à travers la chemise, d’autres se promènent sur mon écran et je suis persuadé que beaucoup d’entre eux ne sont même pas encore répertoriés et ne sont donc pas nommés. Cela ne les gène pourtant pas le moins du monde car ils existent de la même manière et peut-être s’éteindront-ils sans que l’homme ne soupçonne un jour qu’ils aient existés à moins qu’ils survivent à l’homo sapiens et cela ne changera rien à leur niveau .Il faut dire qu’ici à Madagascar, le niveau de la recherche est pratiquement au point mort car les scientifiques ne vont à leur travail que pour s’entretenir de la politique ou du temps qu’il va faire car le manque de moyens ne leur permet pas de pousser bien loin les portes de la connaissance et le découragement est ressenti à tous les niveaux de la population.
Tracasseries
Il est pourtant trop tard pour continuer à jouir pour le moment de ce calme car dans peu de temps je devrai rejoindre l’hexagone car la durée de mon visa de trois mois est de nouveau écoulée. Cette fois je suis bien décidé à faire la demande d’un visa renouvelable qui me permettra de demander une carte de résident et dans ce cas je reviendrai quand cela me plaira. Mais avant cela, il me faut un tas de certificats, des copies certifiées avec une multitude de tampons. Oui, les malgaches adorent les tampons. Ainsi pour une simple copie de pièce d’identité, j’ai compté huit tampons différents. Il faut bien qu’ils justifient les 0,10€ qu’il faut payer pour certifier ce bout de papier. Mon dossier se compose déjà de sept photos d’identité, un justificatif de compte en banque malgache qui ne pourra être alimenté que par virement de l’étranger, un justificatif de revenus et même un certificat de changement de résidence délivré par le maire de la commune en France ainsi qu’un certificat de résidence à Madagascar délivré par le Fokontany (le sorcier du village qui connait tout le monde). C’est un véritable parcours du combattant car ce dossier est à déposer dans un premier temps à l’Ambassade de Madagascar à Paris avant de faire la demande de d’un visa de longue durée qui se fait au ministère de l’intérieur à Madagascar. Mais ce ne sont là que quelques documents car lorsque j’aurai terminé, le dossier aura presque l’épaisseur d’un bottin. Il faut rajouter des enveloppes timbrées à mon adresse malgache, certificat d’hébergement avec signature légalisée à la mairie de la personne qui vous accueille, lettre motivé au ministre de l’intérieur et j’en passe et des meilleures.
Passage éclair en France
A présent que je suis assis dans l’avion qui me ramène vers la France, je peux distinguer à travers le hublot le peu de neiges dites « éternelles »qui recouvrent encore le Kilimanjaro. Il est vraiment majestueux et domine les nuages qui semblent former une couche de ouate à son pied comme un tapis cotonneux qui cachent la terre. Nous sommes à près de onze kilomètres de hauteur avec une forte luminosité provoquée par un magnifique soleil.
Visa :
Ouf, c’est une histoire de Fou que d’essayer de faire un visa de longue durée. En effet il me faut présenter des documents à l’ambassade de Madagascar en France qui délivre un visa renouvelable avant de se présenter au ministère de l’intérieur à Madagascar avec une copie de ce visa certifiée et puis c’est la course à la préfecture de police où un double de certains de ces documents sont exigés afin d’être inscrit sur la liste de recensement des étrangers avec naturellement une lettre motivée au préfet de police… Mais après maints allers-retours en France et au Ministère de l’intérieur malgache, je crois que c’est bien parti car mon dossier semble à présent bien ficelé et je pense avoir droit à un visa de longue durée d’un an pour commencer avant de faire une autre demande et tout cela bien évidement contre des € bien sonnants et trébuchants. Même ici la monnaie locale n’a plus grande valeur car elle ne permet même pas de payer les importations qui sont parfois vitales pour la population.
Civelles
Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, ce sont de minuscules anguilles transparentes qui migrent par millions des fleuves vers la mer où elles se transformeront en anguilles adultes avant d’aller se reproduire de nouveau dans les cours d’eau douce.
Non content de pêcher facilement ces larves d’anguilles d’environ cinq centimètres de long avec des filets pour leur consommation personnelle, les malgaches ont trouvé un acheteur en une société qui est venue planter ses tentes et rachète pour un prix dérisoire ces civelles qui sont acheminée vers le port le plus proche avant d’être mis sur le marché mondial. J’ai donc moi aussi voulu gouter ces fameuses civelles qui, sous forme de beignets frits dans l’huile ont simplement une saveur de poisson sans arêtes.
Litchis
Nous sommes fin novembre et en pleine période de cueillette de litchis. De nombreux camions sillonnent les campagnes pour venir acheter des corbeilles remplis d’environs dix kilos de ces délicieux fruits. Chaque corbeille de 10 kg est payée environs 0,80€. Ce qui nous fait environs 0,08€ au kg. Je ne sais pas ce que coûte le kg de litchis en France, mais je ne crois pas que c’est le producteur malgache qui en tire le plus gros profit. Ici, en cette période de l’année, les chemins et les routes sont parsemés d’enveloppes rougeâtres de ces fruits que consomme toute la population, petits et grands.
Pour ma part, j’ai voulu donner un coup de main à transporter ces corbeilles en lanières de raphia entrecroisées et garnies de feuilles de bananiers pour boucher les trous. Cela donne une contenance assez raisonnable pour un poids minime.
J’ai donc suivi une troupe qui s’enfonce dans la brousse sur de minces passerelles de terre entre les rizières qui parfois s’écroulent si vous ne faites pas très attention et vous vous retrouvez les quatre fers en l’air à patauger dans les rizières. J’ai donc voulu montrer que porter une charge d’une vingtaine de kg était un amusement pour moi, mais dès les premiers cent mètres j’étais obligé de constater que je n’étais pas fait du tout pour ce genre de travail et les bras commençaient à fatiguer. J’ai donc opté pour le système dit de balancier en prenant un bâton et en plaçant une corbeille à chacune des extrémités, mais là encore au bout de quelques centaines de mètres, mon épaule commençait à me lanciner et j’avais beau changer d’épaule tous les cent mètres, je devais me rendre à l’évidence que j’avais sous estimé mes forces et que soit les kg devenaient plus lourds ou alors ce sont mes forces qui s’amenuisaient au fil du temps qui passe. Enfin au bout du rouleau, je vis au loin la voiture où j’allais pouvoir me débarrasser de ces maudits sacs de litchis. Il y avait encore une bonne dizaine d’autres sacs qui attendaient au fond de la brousse qu’on aille les chercher mais je n’avais plus du tout envie de recommencer cette expérience et je laissais donc le soin aux autres personnes qui récoltaient ces litchis de faire le transport à pied à travers les rizières sous un soleil accablant. Bientôt toutes les corbeilles de litchis sont dans mon pick up et en laissant la porte arrière ouverte pour gagner de la place pour deux ou trois passagers supplémentaires qui n’entraient plus dans l’habitacle du véhicule : N’Daouen( allons-y en malgache). La troupe de malgache à qui j’avais rendu ce service en transportant jusqu’au camion de collecte une bonne vingtaine de paniers de litchis ne savaient plus comment me remercier car sans mon aide ils auraient été obligés de laisser plus de la moitié des litchis sur les arbres faute de moyen de transport autre que pédestre. Je pense que cette maigre récolte de litchis va leur permettre de tenir jusqu’à la prochaine moisson de riz en fabriquant quelques chapeaux en feuilles de raphia qui sont eux aussi vendus pour moins d’une bouchée de pain.
Docteur de la brousse
Comme je suis en train de construire ma case dans la brousse, les petits bobos éraflures, échardes, coupures ne sont pas rares pour moi-même comme pour les ouvriers que j’emploie à plein temps. Comme je suis d’une nature plutôt prévoyante en ce qui concerne la santé, je préfère avoir un minimum de matériel sous la main en ce qui concerne les médicaments ainsi que le nécessaire de première urgence car les centre médicaux ou encore les médecins dignes de cette appellation sont plutôt rares. Pour les pharmacies, n’en parlons pas car ce ne sont que des dépôts de médicaments dans des épiceries ou autres gargotes à hygiène douteuse.
Donc pour chaque cas, j’applique le produit miracle qui désinfecte et j’applique consciencieusement un bout de sparadrap sur les moindres blessures. Bien sûr cette procédure peu courante dans la jungle s’est propagée comme un feu de brousse et j’ai maintenant tous les éclopés de la région qui viennent se faire soigner gratis chez moi. Heureusement que j’avais prévu quelques doses individuelle de désinfectant et quelques paquets de compresses que j’offre à chaque patient pour qu’il puisse lui-même continuer son traitement pendant quelques jours en leur recommandant de ne surtout pas laver la plaie qu’avec de l’eau bouillie. Dernièrement j’ai vu arriver en clopinant un homme avec sa machette à la main sur laquelle il s’aidait à marcher. Il avait un morceau de cinq centimètres sur deux de son mollet qui manquait. Il s’était coupé ce morceau de « viande » en voulant couper du bois. Il faut dire que les machettes qui sont enfilées sur un manche en bois ne sont pas fixées solidement et souvent la partie tranchante métallique se désolidarise du manche et s’envole.
Les guêpes tueuses
Il n’y a plus vraiment de grands dangers en ce qui concerne la faune de Madagascar, à part les requins assez nombreux sur la côte Est au bord de l’océan Indien et quelques crocodiles dans les régions vraiment très peu peuplées de l’île. Ce seraient plutôt les insectes qui sont le plus à craindre car les moustiques qui transmettent le paludisme ne sont pas à négliger et si les moustiquaires sont distribuées gratuitement dans le moindre village, ce n’est pas par hasard.
Lors d’une sortie botanique après une journée de pluie due à un cyclone qui s’est perdu au large de Madagascar, je suis attiré par le bruit d’une perche de bambou plongée violement dans l’eau du lac pour effrayer les poissons et les chasser vers un filet tendu un peu plus loin, je décide de grimper sur un tronc de badamier afin de mieux jouir du spectacle. Manque de chance pour moi, je suis attaqué par plusieurs guêpes qui avaient décidées elles aussi de se poster sur cet arbre. Après une piqûre au front et une autre au bras, je saute de l’arbre et je m’éloigne le plus vite possible de cet endroit inhospitalier. En retournant vers mon campement, je sens un étrange malaise comme si ma boîte crânienne allait être paralysée. Je me frotte vigoureusement la tête et j’essaie de bouger autant que possible afin que le venin qui venait de m’être injecté puisse se diluer au maximum en espérant ainsi qu’il perde de sa virulence. Après quelques heures, j’avais une belle bosse sur le front à l’endroit de la piqûre et la paupière de mon œil le plus proche commençait à gonfler. Le lendemain je me retrouvais avec deux belles poches sous les yeux.
Inconvénients de la brousse
Rien de neuf sous le soleil des tropiques, mais par contre sous cette pluie battante qui persiste depuis deux jours, il faut se faire une raison d’autant plus que le lanceur du démarreur de mon groupe électrogène semble avoir rendu l’âme par faute d’une vis mal serrée par le fabriquant chinois. C’est déjà la deuxième panne en moins de trois mois à cause de vis ou d’écrous mal serrés sur cet engin. Je commence sérieusement à suspecter les fabriquant chinois de faire en sorte que leur matériel se détériore le plus vite possible pour obliger les acheteurs qui ne trouveront pas de pièces de rechange à changer leur matériel le plus souvent possible. Il en va ainsi des forets à percer la ferraille qui ne supporte que le perçage d’un seul trou, puis il faut se rendre à l’évidence que même si on essaie de refaire les faces de coupe, il n’est plus possible de se servir de ce foret autrement que pour percer des trous dans le bois. Il m’est même arrivé de cintrer un foret de 6m/m à 90° en essayant de percer une tôle. Ce sont des choses irréalistes car ce matériel n’a même pas l’autorisation d’être mis en vente en Europe. Mais ici dans un des pays les plus pauvres au monde, tous est permis et les chinois inondent littéralement le marché avec ce matériel de quat’sous. Acheter français ! J’aimerai bien… A condition de trouver du matériel français qui n’a pas été contrefait en Chine. Ici il y a peu de jeunes filles qui n’ont pas dans leur garde-robe du Dior, du D&G, du Chanel etc… Chose d’autant plus étonnante qu’elles courent souvent pieds nus faute de moyens pour s’offrir une paire de sandales.
Aujourd’hui avec ce cyclone qui a frôlé la côte Est de Madagascar avant d’aller se perdre dans l’océan indien, mon éolienne tourne dans tous les sens car s’il y a un bon vent, celui-ci malheureusement est tournoyant. Ainsi si par moment les pâles ronronnent bien, elles sont freinée l’instant d’après par un vent qui vient d’une autre direction et qui oblige l’éolienne à jouer à la girouette. J’ai l’intention de remonter l’éolienne de trois mètres car il se peut également que des perturbations soient également causées par la végétation environnante. Toujours est-il que sans soleil pour charger la batterie du panneau solaire, sans démarreur au groupe et avec une éolienne qui joue les filles de l’air, j’en suis réduit à brancher mon convertisseur sur la batterie de la voiture qui est mon dernier recours pour recharger les batteries de mon ordinateur. Quoi faire d’autre quand une pluie battante vous cloue dans un petit local de trois mètres sur quatre qui m’abrite en attendant que la maison soit terminée. Pour le moment, si la charpente est debout, et si les lattes de toit sont également clouées, le charpentier a décidé qu’il était plus urgent de continuer en faisant le plancher avant de couvrir le toit. Ce qui fait que son travail prend du retard car il est évident qu’on ne peut pas travailler par ce temps de pluie dans une maison qui n’est pas couverte. Enfin, c’est lui qui s’en mordra les doigts car pas de travail, pas de paye et si on sait que chaque sou est vital ici. Pour la fin de l’année il m’a demandé un acompte et il a fêté pendant quatre jours et quand il est revenu, la première chose qu’il m’a demandé, c’est un autre acompte. Je commence à être habitué à la manière de vivre de certains malgaches qui vivent au jour le jour sans se préoccuper le moins du monde de quoi sera fait le lendemain. Il faut simplement s’adapter sans heurter personne quand on est occidental et il faut trouver des parades pour ne pas être pris pour une vache à lait. J’ai donc décidé malgré ses réticences à ne lui payer que le tarif des autres travailleurs tous les soirs et de déduire à la fin des travaux ce qu’il a déjà touché. Ainsi, tout en lui accordant un minimum journalier, il lui reste la motivation de terminer au plus vite les travaux pour pouvoir toucher une somme un peu plus importante. Heureusement qu’à Madagascar le mot syndicat est encore totalement inconnu. De toutes les façons, il n’y a guère de travail ici et la majorité de la population est obligée de se contenter de vendre les produits de la nature de la pêche ou la maigre récolte d’une agriculture balbutiante et vacillante. Seuls quelques privilégiés du fonctionnariat, héritage d’un colonialisme d’un autre siècle, peuvent compter sur un salaire qui leur permet de maintenir la tête hors de l’eau. Bien sûr il y aussi de riches malgaches qui ont réussi dans le commerce. Mais ce sont souvent des malgaches de descendance chinoise ou encore ceux que les malgaches désignent sous le terme karanes.
La rate qui se dilate
En attendant que la maison soit terminée, je suis encore obligé de « camper » dans un abri en planches peu étanche et où s’entasse toutes mes provisions, ainsi que des outils, le bateau et tous les appareils qui attendent de trouver leur place définitive dès l’achèvement de la maison. Je dors mal la nuit car on ne peut pas dire qu’un bateau, garni d’un matelas soit un lit idéal. En plus de cela, comme mon groupe électrogène tout neuf vient de me laisser tomber pour la seconde fois, je ne peux plus compter ni sur le soleil ni sur le vent pour brancher mon réfrigérateur et les aliments non consommés le jour même doivent être jeté car ici, l’humidité et la chaleur accélère le processus de dégradation. Je me suis piégé une fois en consommant le soir des haricots verts en salade qui avaient séjournés une journée à la température ambiante et deux jours plus tard j’ai consommé au dîner une omelette qui restait du déjeuner. A chaque fois, j’ai été réveillé la nuit pour rendre cette nourriture que mon estomac refusait de digérer entièrement. Bien sûr le tout accompagné d’une bonne diarrhée. Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les nuits je suis réveillé par un froissement de feuilles, des couinements, enfin, un véritable tapage nocturne qui se traduit par des courses-poursuites sur les planches en bousculant les objets qui se trouvent sur le passage. Je décide donc une nuit de me lever car dès que la lumière est éteinte et que je suis dans un demi-sommeil, le vacarme reprend. Je décide donc de poser des pièges à rats qui me permettent de capturer trois gros rats et puis c’est de nouveaux des nuits calmes… mais pas pour longtemps car quelques jours plus tard, cela recommence et cette fois, les pièges restent vides, malgré les choses appétissantes que j’y avais placé. Les rats avaient évolués et savaient déjouer le piège tout en se nourrissant de ce que j’y plaçais. Une nuit, je n’y tenais plus car dès que j’allumais la lumière, le bruit s’arrêtait pour reprendre dès que je retrouvais le sommeil. Je me lève donc cette nuit là avec l’intention de chasser l’intrus qui à mon humble avis devait être une intruse car derrière une multitude de bottes de Ravounpunts (feuilles de Ravinala séchées) destinées à confectionner la couverture de la toiture et qui étaient appuyées contre le mur de planches de mon abri sommaire je découvre un magnifique nid composé de morceaux de journaux, de feuillages et de tout ce qui peut rendre un nid douillet et sec. Je déplace donc tout ce tas de bottes de Ravounpunts et je m’empresse de mouiller le nid ainsi que le sol aux alentours afin de rendre ce lieu inhospitalier pour une rate qui se respecte. Je suis à peine entré dans mon lit que j’entends des couinements de désespoir, puis de petits grognements de rage dont je n’interprèterai pas la traduction tant ils étaient irrespectueux et grossiers. Comme cela ne suffisait pas, la rate s’est introduite par un des nombreux interstices de mon abri sommaire et recommence son tintamarre. Je suis donc obligé de me lever une fois de plus et à l’aide d’une perche fine je déloge mon squatter en le forçant à abandonner la place. Et même à l’extérieur où il s’est caché à proximité dans un buisson, je suis forcé de le chasser à grand coups de bâton sur la végétation. Enfin j’entends les grognements de désespoir s’estomper dans la nuit au fur et à mesure de l’éloignement. Il faut dire que cette rate commençait à prendre ses aises et considérait que tout ce qui était à l’abri lui appartenait car elle commençait à grignoter les vêtements ainsi que mes filets de pêche dont je ne me suis même pas servi encore en ne respectant pas même ma vie privée et mon sommeil. Sa dernière trouvaille a été de percer avec ses dents tranchantes une bouteille d’huile d’olive en plastique et naturellement au matin j’ai été contraint à un nettoyage de tout ce qui était rangé sur les étagères en-dessous y compris mes CDs et DVDs.
Téléphone de brousse (à ne pas confondre avec le téléphone arabe)
Comme je trouve que les malgaches se laissent beaucoup de temps pour la construction d’une petite maison de 64m2, je décide donc d’embaucher une seconde équipe pour commencer la construction d’un bungalow pour invités de 16m2 avec juste une chambre, des toilettes et une douche.
Après la confection des différentes pièces de charpente, voici arrivé le jour de dresser la structure et de monter la charpente, ce qui se réalisera en un jour grâce à l’aide de plusieurs bénévoles du village qui se réjouissent déjà de pouvoir faire une bonne bringue traditionnelle arrosée du fameux tokagasy (l’équivalent du schnaps de l’Est de la France).
Mais pour l’heure, c’est le traditionnel discours d’un ancien du village qui, le corps tourné vers Rano massen (la mer) invoque je ne sais quel esprit pour protéger la future construction. Pour clore cette cérémonie, il verse un peu du précieux tokagasy sur les quatre coins des poutres sommairement assemblées qui vont soutenir la construction. Puis les hommes prennent vaillamment chacun une pelle et commencent à creuser le sable aux endroits où seront enterrées une partie des poutres verticales. Vers le milieu du jour, la construction ainsi que la charpente du toit dont toutes les pièces ont été assemblées à l’aide de chevilles en bois est debout et sur le faîte de la construction on fixe un bouquet composé de la très commune mais néanmoins endémique Pervenche de Madagascar.
Un des travailleurs est attiré par la douche sommaire que j’ai installé non loin de là avec naturellement le flexible au bout duquel est vissé le pommeau de douche. Il fait une remarque à ce sujet en malgache et le mot fatal qui en ressort en français est « téléphone ». Il faut dire que tous les mots désignant des éléments « modernes » n’ont pas encore été inventé en langue malgache et sont donc désignés en français.
Ainsi la cuillère, la fourchette, l’assiette ou simplement un verre ne peuvent pas être traduits en malgache car ces mots n’existent pas et sont donc empruntés à la langue française avec parfois une petite variante sur la prononciation ou sur la terminaison du mot auquel on rajoute parfois une voyelle.
Insecte peu ordinaire.
Comme tous les matins, je profite du soleil levant pour ma cure quotidienne de luminothérapie. Assis derrière la table de mon abri de jardin qui naturellement ne comporte que quatre piliers et un toit en feuilles de Ravinala, je remarque sur la table en planches brutes une espèce de tube en bois de moins de deux cm de long sur à peine cinq mm de diamètre. Ce tube semble collé à la table et incliné à une trentaine de degrés par rapport à son support. Lorsque je décide de décoller avec mille précautions ce « tube », je découvre à l’intérieur la tête et les pattes avant d’une espèce de mille-pattes. Je n’ai pas voulu sortir de son abri par crainte de blesser cet insecte qui a trouvé un moyen astucieux pour se protéger de ses prédateurs.
Le charme fou des femmes de la brousse.
Comme il n’y a ni toilettes ni eau dans les habitations, l’hygiène corporelle est quelque peu aléatoire. Si vous rajouter à cela l’odeur persistante de la fumée produite par les petits fourneaux à bois ou charbon de bois, vous obtenez une odeur qui est loin d’être suave. Si vous adressez un regard à une femme plutôt jolie, généralement elle vous souri de toutes ses dents manquantes, ce qui lui confère le charme d’une personne qui n’a plus rien à perdre et qui lui donne un air plein de béatitude. Souvent elles se cherchent des poux sur la tête, puis avec une grande adresse, elles se tressent mutuellement les cheveux avant de les nouer sur la tête. Ce qui est amusant pour les étrangers, c’est de les voir dès le lever du soleil au bord du lac, ou du fleuve s’asperger longuement le visage, puis les jambes avant de faire deux ou trois pas dans l’eau, de lever bien haut leur robe ou l’étoffe dont elles sont ceintes et de plonger leurs fesses ainsi dénudées dans l’eau et de frotter vigoureusement leurs parties intimes. Pendant ce temps là, d’autres femmes font la vaisselle à deux pas en frottant avec un pied mouillé ou est collé du sable qui sert d’abrasif le cul des marmites noircies par la fumée. Un peu plus loin d’autres femmes battent à grands coups dans l’eau leur linge pour en sortir la crasse et la sueur accumulée.. Comme la plupart de ces femmes n’ont pas été à l’école, il ne sert à rien de leur adresser la parole à moins de leur faire plaisir en les saluant d’un cordial « accouria bé » auquel elles vous répondant par « Tsara bé » et si vous avez de la chance, par « acouria tsara bé » ce que je traduirai peut-être à tort par un grand bonjour très bon…
Si elles veulent exprimer leur grande satisfaction ou dire qu’un met est délicieux, elles font souvent entendre un claquement de la langue sur le palais, ce qui correspond au nec plus ultra doublé d’étonnement.
Pour ce qui est de leur bonheur, il correspond à un baluchon accroché au bas de leur dos et qu’elles trimballent partout avec elles dès l’âge de quinze ou seize ans. Et quand le contenu de ce baluchon à faim, qu’elles soient dans la rue ou ailleurs, elles sortent prestement un sein gonflé auquel elles accrochent un bébé dont la tête est de la grosseur d’une orange. Ces biberons maternels qu’elles appellent nono et qui produit un lait qu’on désigne sous le nom de ronono sont souvent déformés et pendent parfois jusqu’au ventre.
Peu de femmes vivent avec un homme car ces derniers n’ayant pas de travail sont souvent une charge de plus. Elles savent pêcher les civelles, les bichiques ou des alevins au bord e la mer, du fleuve ou du lac. Souvent elles vont dans la brousse cueillir des fruits sauvages qu’elles revendent parfois au bazar bé (marché) de la ville la plus proche. Elles savent également travailler les produits naturels comme les feuilles de raphia, différentes herbes ou joncs qu’elles sèchent au soleil avant de les assembler souvent par tressage pour les coudre ensemble et produire des chapeaux de soleil, des sacs à provisions ou encore des tapis de sol. Les produits naturels ont une importance capitale dans la vie rurale des malgaches. On commence pourtant à voir les nouvelles technologies occidentales faire leur apparition, en commençant par les téléphones portables. Même si ces personnes courent toute l’année pieds nus. Il faut dire que souvent les chaussures ou même les tongs sont une gène et sur la piste il n’est pas rare de croiser des personnes marchant pieds nus avec leur chaussures à la main. Pour les étrangers cela peut constituer une aberration mais pour les indigènes c’est tout à fait naturel.
Je n’ai jamais vu une femme aller à la pêche en pirogue à la mer, et cela semble être un privilège qu’i n’est accordé aux hommes que pour montrer leur virilité à combattre les vagues fougueuses de l’ Océan indien.
Pour certaines jeunes filles qui veulent échapper à cette vie campagnarde sans aucune chance d’évoluer, elles n’ont qu’une seule issue, partir vers les cinq ou six grands centres urbains de la Grande Ile. Là bas elles tenteront de se « débrouiller » comme elles disent. Cela veut dire qu’elles chercheront dans un premier temps du travail dans les entreprises, chez les commerçants ou dans la restauration, souvent pour un salaire ridiculement bas. Comme ces places sont relativement rares, elles n’ont comme choix que de revenir bredouille dans leur campagne ou alors si elles trouvent un touriste, elles resteront avec lui jusqu’à ce qu’il quitte le pays en essayant de lui faire croire qu’elles sont prêtes à l’attendre aussi longtemps qu’il le voudra à condition qu’il lui envoie régulièrement un peu d’argent par l’intermédiaire de la Western Union. Ils y a ainsi des jeunes femmes malgaches qui ont plusieurs fiancés qui leur envoient de l’argent. Certaines d’entre elles ont même la chance de tomber sur un commerçant aisé ou encore un touriste qui leur offrira des bijoux en or qu’elles revendront à moitié prix en cas de besoin. La plupart s’empressent pourtant de se faire offrir une garde robe qui rendrai jalouses beaucoup de jeunes françaises car les plus grandes marques mondiales comme par exemple Dior, Channel, D&G et bien d’autres se vendent pour une bouchée de pain à tous les coins de rue. Bien sûr il faut tourner le regard vers la Chine qui inonde littéralement le marché du tiers monde avec ces produits contrefaits. Même les montres, les lunettes et autres produits de luxe sont bradés à des prix dérisoires. Ainsi on peut se promener sans être autrement inquiété avec une rolex au poignet, des chaussures et ceinture en crocodile véritable et des vêtements avec ce même sigle du crocodile sur la poitrine.
Mai 2010
Aujourd’hui j’ai décidé que ce serait fête au village. En effet, pour créer des liens forts avec les habitants et pour l’obtention d’une certaine indulgence de la part des habitants qui voient en moi une espèce d’intrus qui peut tout se permettre car il possède ce qu’aucun autre villageois ne possède : assez d’argent pour réaliser beaucoup de ses rêves qui sont également les rêves de la majorité des malgaches.
Pourtant il ne faut pas croire que cette fête se décide tout seul. En effet il a fallu consulter les « Tangalamenas » (sortes de sorciers qui font parti des anciens et qui résouent également les problèmes de certains habitants par des palabres avec les autres Tangalamenas du village qui peuvent être très nombreux. Il faut même un document établi en bonne et due forme avec la signature du « Président fokontany » (sorte de chef du village) et naturellement l’accord du maire qui est l’autorité suprême.
Donc il s’est tenu une première réunion bien arrosée avec le célèbre tokagasy et la besa besa qui sont des alcool de canne à sucre. J’ai fait distribuer après la réunion une poignée de « madinka » (billets de banque de peu de valeur pour un étranger) à l’ensemble des personnes présentes selon la tradition malgache de cette région. Suite à cette réunion qui ne comptait pas moins de 36 Tangalamenas ou sages du village, il a été décidé qu’un « aombé mena » (taureau zébu roux) serait sacrifié au bord sud du lac où les pêcheurs passent tous les jours pour aller à la mer, et où, en cas de décès de nouveaux nés, ceux-ci étaient enterrés sous les arbres au petit matin sans aucune forme de cérémonie car ici la mortalité infantile est encore très élevée et que ce n’est que le destin qui décide si un enfant est assez fort pour résister aux dures réalités de la vie. Donc le sang du zébu sera répandu sur la terre à l’emplacement où ont été enterrés jadis ces nouveaux nés. Le zébu égorgé, il est découpé en petits morceaux à la hache puis ces petits morceaux formeront de petits tas où seront mêlés différentes parties de l’animal pour éviter le plus possible le favoritisme. Puis après d’âpres palabres, chacun se voit attribuer une poignée de viande sanguinolente. Ceux qui découpent la viande ne se gênent pas le moins du monde pour manger cru un petit morceau qui est resté accroché à la lame du couteau.
Une nuée de gamins sont sagement assis à même le sol et à part quelques jeunes qui ont un peu forcé sur les boissons alcoolisées et qui font leur possible pour se faire remarquer, cette petite fête s’est déroulée sans anicroches. De nombreuses personnes se sont déjà manifestés en m’affirmant que cela renforcera le respect pour ma personne et le fokontany dans son discours à engagé toute la population à me venir en aide en cas de besoin. Ce qui était déjà le cas auparavant. Même le commissaire de police de la petite ville proche de dix kilomètres que j’ai conduit à la station de bus m’a félicité dans mon initiative pour cette fête destinée au rapprochement de la population. Beaucoup de jeunes femmes dont certaines étaient trois fois plus jeunes que moi m’ont adressé des sourires prometteurs et m’ont clairement signifié leur intérêt pour moi… mais sachant que ce n’est que l’argent que je possède qui les intéresse, j’ai préféré après cette journée me coucher sur mon lit avec mon ordinateur pour lui confier le fil de ces événements. Comme c’est bizarre que les plus belles femmes perdent tout intérêt aux yeux des hommes quand elles s’offrent délibérément et qu’on est simplement considéré comme un objet de valeur et non une personne de valeur (Etre ou avoir..That is the question).
Le « diskjokey » du village qui possède un petit groupe électrogène s’est proposé de créer une ambiance musicale pour célébrer cette fête et les femmes du village ont déjà fait griller le jour précédent trois kilo de café local. Bien sûr il ne fallait pas compter moins d’un jerrycan de 20 litres de besa besa et deux petits bidons de 5 litres de tokagasy dont un seul litre foudroierait un cheval et naturellement des caisses de bières, de Coca Cola, de soda et la fameuse limonade au goût de bonbon anglais.
Les fruits à Madagascar
Cette année j’ai vraiment été gâté car je me suis gavé de fruits malgache dont pour certains, je ne soupçonnais même pas l’existence. Ainsi j’ai appris à connaitre et à goûter trois sortes de gaves sans compter : goyaves, oranges vertes, citrons de toutes variétés, des bongalas qui ressemblent à des citrons sucrés et beaucoup moins acides. Certains fruits comme des bananes géantes ou franpins peuvent être préparés cuits ou frits. Il y a également le long de l’océan indien de petits buissons qui font à peine quelques dizaines de cm de haut et qui portent de petits fruits qui ressemblent à nos cerises noires mais qui n’ont pas le même goût. Même les raphias qui poussent comme de la « mauvaise herbe » portent des grappes dont les petits fruits ont une saveur semblable à celle des dattes. En ce qui concerne les ananas, il suffit des détacher les feuilles du fruit et de les replanter dans le sable et un an plus tard, un nouvel ananas pourra être dégusté, puis on refait l’opération pour replanter les feuilles de ce nouveau fruit. Chaque période de l’année apporte d’autres fruits ou légumes dont certains se récoltent cependant toute l’année.
En ce qui concerne les fruits de la mer ou des eaux douces, il suffit d’attendre le retour des pêcheurs et de leur demander : « Misy loko » ? S’ils répondent par : « sisy », cela signifie qu’ils rentrent bredouille. S’ils répondent par : « kely kely », cela veut dire qu’ils ont attrapé du menu fretin. Par contre s’ils répondent par : « misy », cela signifie qu’ils ont des choses intéressantes comme des camarons (sortes de grosses crevettesque je paye ici environs 2,30€/kg), du thon, du «trois dents », du « soumpneu », des « tilapias » ou d’autres poissons frais comme le capitaine que l’on négocie à moins d’un € le kilo. Dernièrement j’ai négocié un « soumpneu » de près de quatre kilos pour environs deux € car il n’aurait plus été très frais pour le marché du lendemain dans la petite ville proche de dix km. J’ai coupé ce délicieux poisson en morceaux que j’ai immédiatement fais cuire avant de le mettre au réfrigérateur pour le déjeuner du lendemain où nous étions à une demi-douzaine de personnes à table pour le déguster.
Il est 3h du matin
Etant donné qu’il fait nuit noire vers 7h du soir et que pour économiser le courant qui est une denrée rare dans la brousse, la seule chose sensée est de se coucher tôt. Pour produire du courant, il y a bien des groupes électrogènes, très bruyants et surtout gourmands en carburant, il existe aussi les éoliennes mais il faudrait peut être les accrocher à un mât très haut pour qu’elles soient d’une certaine efficacité et en cas de cyclone, il faudrait les démâter. Mon expérience d’éolienne a été plutôt négative car à une élévation d’environs 3m au-dessus de la toiture, la douce brise qui vient de la mer ne suffit pas à faire tourner les pales assez rapidement et de façon constante pour espérer en tirer le moindre bénéfice.
Par contre, en ce qui concerne les panneaux solaires, une demi-douzaine de ces panneaux et autant de batteries de 12V ainsi qu’un bon convertisseur-inverseur est intéressant car le taux d’ensoleillement est assez constant pour une production d’énergie domestique. En ce qui concerne la rentabilité de ce matériel, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour car ce matériel possède une longévité assez limitée qui ne permet pas d’amortir son prix de revient, contrairement à ce qu’affirment les revendeurs de ce matériel.
L’aide humanitaire ou certains moyens d’avoir de l’argent à Madagascar
En France il m’arrivait de faire des dons soit en numéraires ou encore en habits qui étaient devenu trop étroits pour moi. Quand je suis arrivé à Madagascar, je me suis rendu compte que ces habits qui arrivent d’occident ne sont pas du tout distribués gratuitement aux nécessiteux mais au contraire, ils font l’objet d’un commerce qui rapporte de l’argent non seulement à des transporteurs ainsi qu’à des conditionneurs qui en font des balles de 40Kg et pour finir à des commerçants qui les vendent directement étalés sur les trottoirs ou parfois sur le sol des marchés du pays. Souvent ces balles de fripes sont attachés sur le toit des taxi-brousses qui sillonnent le pays et sont vendus jusqu’aux moindres recoins de la brousse madécasse. Bien sûr ce ne sont pas les commerçants qui sont au bout de cette chaîne qui font les plus gros bénéfices mais bien les organisations qui récoltent gratuitement ces vêtements dans les pays occidentaux car ils ont des moyens énormes pour disposer jusque dans la moindre des communes des containers destinés à la récupération de ces habits usagés dont la plupart sont pratiquement neufs. J’ai ainsi vu dans une petite ville de la brousse un tas de vêtements venus du Canada dont certains portaient encore les étiquettes de prix en Dollar canadien. Bien sûr la taille des canadiens ne correspond en rien aux mensurations de la majorité des malgaches qui pourraient entrer à trois dans un short canadien.
Ici il n’est pas besoin de faire des dons car si on donne de l’argent aux malgaches, ce ne sera pas leur venir en aide car le jour suivant ils auront dépensé cette aide et en seront réduit au même point. La meilleure aide qu’on peut leur apporter, c’est de leur fournir du travail et ils gagneront de façon respectable leur vie. Ainsi on peut embaucher un personnel nombreux car à raison de 0,77 € par jour avec une poignée de riz qui coûte environ 0,10€, il est possible pour un européen d’aider les plus démunis de la brousse sans que plus de la moitié des dons qui proviennent des occidentaux ne servent au fonctionnement des associations qui collectent ces fonds.
Ici tout est payant et une jeune personne qui désire apprendre un métier est obligée de payer les cours. Par exemple un cours pour apprendre le métier de coiffeur en cours accéléré, coûte environs trois ou quatre mois de salaire d’un employé. Pour un apprentissage complet de plusieurs mois, il faut multiplier selon la durée du stage. Donc celui qui n’a pas de travail à Madagascar et qui veut apprendre un métier, c’est pratiquement mission impossible car le peu d’argent qu’il arrivera à glaner à gauche ou à droite par de petits emplois ponctuels ne lui rapportent même pas assez pour couvrir ses besoins personnels.
La seule façon pour d’innombrables malgaches d’avoir une petite rentrée d’argent est liée la plupart du temps au commerce informel. Ce commerce s’exonère de taxes et possède l’avantage pour les marchands qui l’exercent de gagner rapidement un peu d’argent s’ils trouvent une bonne place et s’ils sont capables d’écouler une marchandise facilement renouvelable. Ainsi dans la capitale ou les grandes villes, ce qui se vend le mieux sont les tomates, les oignons, l’ail, le gingembre et dans le registre des fritures on trouve des nems, sambos, beignets de pommes de terre ou autres et naturellement à côté des tas de fripes, des chaussures et des sacs on trouve des téléphones portables d’occasion, des montres des lunettes, enfin toutes les marchandises qui se transportent dans un sac ou un panier car à la moindre alerte il faut être capable de tout remballer dès l’apparition de la police des marché qui souvent fait des rondes avec un camion et confisque tout. Il est inutile de faire de la résistance car cette police se compose généralement d’une dizaine de gros bras qui n’hésitent pas à courser les marchands à la sauvette. Il faut dire aussi que certaines rues dans le centre de la capitale sont envahie jusque sur la moitié de la voie par ces marchands qui empêchent la circulation des véhicules et obstruent entièrement certaines autres rues. Si on ajoute à cela les nombreux badauds pour qui tous ces étalages sont une distraction, cela devient un engorgement où les véhicules ne trouvent plus leur place pour circuler. Si on circule à pied dans ces rues, il est parfois difficile de se frayer un chemin sans se faire écraser un pied par un véhicule ou de trouver un passage entre les badauds qui s’arrêtent pour fouiller dans un tas de marchandises étalées sur une bâche à même le sol. Il faut en outre être attentif à ses biens car de nombreux pickpockets ont choisi justement ces endroits pour essayer maladroitement le plus souvent de subtiliser un portefeuille ou le contenu d’un sac à main. Dans l’ensemble cette population est très conviviale, ouverte au dialogue et pas du tout rancunière. Vous pouvez demander n’importe quoi et contre quelques menues monnaies vous l’obtiendrez. Ainsi si vous cherchez une place de parking dans le centre ville de la capitale ou ailleurs, il sera facile de trouver un gardien qui vous aidera à trouver et restera debout à côté de votre véhicule le temps qu’il faudra pour 0,10 ou 0,15€. Si vous avez fait des courses et pour vous éviter de faire plusieurs fois le trajet entre le véhicule et le magasin ou le domicile, il y a de nombreux porteurs qui vous proposeront leur aide. Leur sport favori reste pourtant le lavage de voiture qui les occupe un bon moment pour une rétribution un peu plus substantielle.
Il faut bien reconnaître que les femmes ou plutôt les jeunes femmes qui ont une silhouette gracieuse ont bien plus de facilités pour acquérir de l’argent car il leur suffit de faire les yeux doux à des hommes qui possèdent de l’argent et généralement elles obtiennent ce qu’elles désirent. Certaines villes comme Tamatave sur la côte Est est envahie par des scooters dont la plus grande majorité est pilotée par de belles jeunes femmes. Donc plusieurs possibilités s’offrent à celui qui veut savoir d’où provient l’argent pour acheter ces scooters : soit toutes les belles jeunes femmes sont de condition aisée et celles qui ne sont pas belles sont de condition modestes, soit la beauté de certaines jeunes femmes leur permet plus facilement d’avoir la possibilité de rencontrer des hommes qui leur font des cadeaux sous la forme de ces fameux scooters tant convoités par ces jeunes femmes… Allez donc savoir…
Il va de soi que les belles jeunes femmes sont très « débrouillardes » et qu’elles n’ont pas froid aux yeux sous les tropiques. C’est certainement cela aussi qui attire bon nombre de retraités chauves, bedonnants avec une petite retraite en France qui pourtant leur permet de passer pour Crésus à Madagascar et qui attirent les belles jeunes malgaches comme un pot de miel attirerait les abeilles. Mais tout ceci n’est que mon opinion personnelle et je ne voudrai en aucun cas généraliser car mon attention n’est peut-être guidée que par mon esprit tortueux.
Friday, September 2, 2011 2:47:31 PM
Juin 2010
Ma vie est faite de petits bonheurs que j’apprécie jour après jour. Rien de bien prodigieux mais des satisfactions personnelles, des envies, des impulsions, des surprises, des découvertes et surtout le plaisir d’être présent pour beaucoup de personnes beaucoup moins chanceuses que moi.
Ainsi les jours s’écoulent sous le soleil avec mes projets qui suffisent à combler mes rêves qui améliorent également la vie des personnes qui m’entourent. Les ouvriers que j’emploie, la femme de ménage, plusieurs commerçants trouvent en moi une personne importante à leurs yeux car je ne lésine pas sur les tarifs contrairement aux gens d’ici qui achètent leurs produits au compte-gouttes et payent les services au lance-pierres.
Bien sûr il ne faut pas être pressé car ici on prend le temps de vivre et quand on discute avec quelqu’un, on ne regarde pas l’heure. On se lève avec le jour, on se couche avec la nuit et on mange simplement quand on a faim. Pour le reste, il y a toujours le temps de faire ce qu’on a envie. Pourtant, ce qui est le plus appréciable est peut-être de pouvoir se couper du monde pour un temps et se retrouver dans sa bulle. Se déconnecter entièrement d’une vie antérieure et avoir le choix d’en reconstruire une autre à sa guise peut devenir jouissable dans la mesure où il est toujours possible de revenir en arrière ou encore de profiter pleinement de l’expérience et des richesses acquises et de les mettre à profit. Pourtant une impression de liberté, d’engagement personnel me coupe du monde que j’ai connu en France. De ce monde d’assistés où on pense injustement à mon avis que le fait d’avoir une couverture sociale nous positionne dans une situation invulnérable alors que cela nous affaibli. On pense que du fait qu’on est super protégé avec des caméras à tous les coins de rue, et qu’à l’aide d’une force de l’ordre parmi les mieux organisé au monde on est à l’abri du vol et qu’on est protégé de tous risques. Ici, paradoxalement à ce qu’on pourrait croire, on n’a même pas de verrou et la porte des cases est simplement constituée de nervures de grandes feuilles enfilées sur de fines lanières de bambous qu’on positionne devant l’entrée de la case pour indiquer qu’il n’y a personne à l’intérieur. Les vols sont rares dans les campagnes et on n’a pas besoin de faire appel aux policiers ou aux gendarmes qui créent plus de problèmes qu’ils n’en résouent car la corruption a la vie dure ici et fait partie des pratiques usuelles pour arrondir une rémunération trop faible. Et si vol il y a, c’est plutôt une marmite ou des denrées alimentaires qui seront en tête de liste parmi les choses qui seront les plus convoitées. Mais là encore si un voleur se fait pincer, il encoure de un ou deux ans de prison où il n’aura guère de loisir à part ceux d’exister et de se repentir de ce qu’il aura fait. Contrairement aux prisons françaises où les détenus disposent de télés ou d’autres avantages, ici les prisons sont crasseuses, et les détenus sont serrés comme des harengs dans une boîte et même la nourriture est apportée par la famille car en prison, le peu de nourriture qui est distribué ne suffit guère à satisfaire la faim.
Le manioc
Au mois d’août c’est la saison du manioc. On le récolte jour après jour selon les besoins et on replante des morceaux de tiges d’environs trente cm de long ces tiges supportant les feuilles vont refaire des racines qui vont supporter d’autres tubercules. Les feuilles de manioc sont également consommées et entrent dans la composition du plat national : le ravitoto, genre de pot au feu qui rappelle un peu la fameuse Rindfleichsuppe réservée jadis au déjeuner du dimanche après la messe dans l’Est de la France.
Comme j’ai acheté un champ planté de manioc dont les tubercules sont arrivé à maturité, j’en profite pour les mettre au menu de temps en temps avec d’autres légumes, du poulet, du poisson, des œufs ou de la viande, selon les opportunités qui se présentent.
Il faut savoir que le manioc fait partie de la grande famille des euphorbes qui contiennent un suc blanc et collant. Ce n’est pas mauvais et comme d’autres tubercules tels le « Saonjo », les énormes tubercules d’igname ou les patates douces cela permet de diversifier les menus car ici dans la brousse, il ne faut pas espérer trouver un présentoir de fruits et légumes qui proviennent du monde entier comme nous avons l’habitude d’en voir dans les supermarchés européens. Par contre les légumes ou fruits comme les tomates, les pommes de terre, les choux, les oignons, l’ail les haricots, les carottes, les bananes et quelques autres se retrouvent toute l’année sur les étals du marché de la petite ville la plus proche. Pour le reste, chaque période de l’année apporte d’autres fruits et légumes. L’avantage de cette nourriture, c’est qu’elle ne connait aucun traitement chimique ou autre. Si certains fruits ou légumes sont traités entre dix et vingt fois avant de se retrouver sur les assiettes dans les pays riches, ici, les cultivateurs sont si pauvres qu’ils n’ont même pas de fumier pour enrichir leurs cultures. Ceci pour mon plus grand bonheur car je reste persuadé que les pesticides, fongicides, engrais chimiques et autres traitements aux rayons permettant une plus longue conservation de la nourriture ne sont pas étrangers aux nombreux cancers des populations des pays occidentaux. Pour ce qui est de l’hygiène, je pense peut-être à tort que poussée à l’extrême elle ne peut que minimiser nos défenses immunitaires ce qui pourrait paradoxalement nous affaiblir et nous pousser de plus en plus à vivre dans des « caissons étanches » pour fuir les microbes au lieu de nous armer et nous permettre de nous renforcer face à cette multitude d’agents pathogènes auxquels nous sommes confrontés tous les jours aussi bien en occident que sous les tropiques.
Tout en coupant des centaines de bouts de tiges de manioc avec mon coupe-coupe, une mélodie m’est passée par la tête et si j’ai mis mes propres paroles sur cet air, je pense que vous trouverez aisément les notes de l’air qui va suivre :
Savez-vous planter l’manioc
A la mode, à la mode
Savez-vous planter l’manioc
A la mode des malgaches…
On le plante avec les mains
A la mode, à la mode
On le plante avec les mains
A la mode des tropiques…
Savez-vous planter l’manioc
A la mode, à la mode
Savez-vous planter l’manioc
A la mode des pays pauvres
On le plante avec les pieds
A la mode, à la mode
On le plante avec les pieds
Pour bien tasser la terre
Etc.
Pour ce qui est de l’igname, un autre tubercule des tropiques, j’ai été étonné de trouver au marché local des tubercules de plus de cinquante cm de long dont un seul spécimen pouvait nourrir une famille entière pour la modique somme de moins de cinquante cent d’€. Ceci dit, si on ne se nourrissait que de tubercules divers et de riz comme le font de nombreux malgaches, les dépenses mensuelles de nourriture pour une famille de cinq personnes par exemple ne dépasseraient guère les quinze €. Il faut dire que les malgaches de la côte Est sont plutôt privilégiés car de nombreuses plantes dites « sauvages » peuvent être consommées en bouillon, telle une espèce de fougère très commune dans certains endroits ou entre autres des fleurs ou les nouvelles pousses de certains arbrisseaux qui possède une saveur et une ressemblance avec nos asperges. Comme il pleut très souvent la nuit dans cette région, même en dehors de la saison des pluies, les plantes poussent comme des champignons. Ajoutant à cela que les enfants dès leur plus jeune âge vont à la pêche avec une moustiquaire pour attraper des civelles, des bichiques ou d’autres alevins ainsi que de petites crevettes au bord de la mer, du fleuve ou du lac. La nourriture est assez abondante sur la côte Est et malgré cela une ONG américaine distribue régulièrement de grandes boîtes de conserves contenant au moins deux ou trois litres d’huile de table à tous les élèves des écoles. Cette ONG possède également un hangar rempli de sacs de riz en prévoyance d’un cataclysme naturel causé par des cyclones qui balaieraient les frêles habitations comme des fétus de paille et inonderaient une partie de la région.
Inventaire des plantes de Salehybé.
Je me suis lancé dans un programme d’inventaire des plantes poussant sur mes terrains et à chaque occasion j’essaie d’en planter des espèces différentes en supprimant les plus communes. Pour commencer, et en moins de huit jours, j’ai déjà déterminé près d’une centaine d’espèces différentes. Actuellement j’ai un ouvrier qui part tous les jours à la recherche de plantes que je ne possède pas et qui m’aide dans cette tâche. Je me dis que d’une certaine manière cela ne peut être qu’avantageux pour la reproduction des espèces dont la niche écologique est assez restreinte au dépend d’espèces envahissantes. Naturellement il n’est pas aisé du tout de deviner le substrat idéal pour chaque plante d’autant que le sol très pauvre et parfois halophile du bord de mer ajoute une difficulté de plus. Parfois je fais plusieurs km pour trouver une terre argilo-calcaire que je mélange à l’humus avant de recouvrir de déchets organiques produits par les épluchures que je conserve pour l’enrichissement du sol de plantation.
Il faut dire aussi que la plupart des plantes d’ici sont des espèces endémiques qui n’existent nulle part ailleurs sur notre planète. En espérant attirer du même coup des espèces animales qui se sont raréfiées ou ont disparus de la région aux détriments d’autres espèces comme les serpents et les rats qui pullulent. Mais ceux-ci ne sont pas dangereux et ils sont très discrets. J’ai eu dernièrement la joie de voir un papillon magnifique de plus de quinze centimètres, ailes déployées et plus de vingt centimètres de la tête au bout de la queue. J’ai gardé cet exemplaire qui a été retrouvé mort quelques jours plus tard. Malheureusement comme je n’ai aucun moyen de le conserver, je ne crois pas qu’il se gardera longtemps.
Août 2010
Téléphones modulaires de la brousse.
Je possède un téléphone modulaire qui ne sert à rien car n’ayant pas de réseau suffisant dans ma brousse, n’ayant personne à appeler et surtout n’ayant pas envie d’être appelé, je laisse donc ce téléphone éteint dans un tiroir. Mais là ne s’arrêtent pas mes relations avec les téléphones modulaires car étant un des rares habitants de la région à générer du courant électrique grâce au soleil et à un groupe électrogène chinois qui est plus souvent en panne qu’il ne fonctionne, de nombreuses personnes viennent charger leur téléphone chez moi. Je suis donc dérangé plusieurs fois par jour pour le plus grand bonheur des indigènes qui ont bien compris qu’il était plus avantageux de recharger leur téléphone gratuitement chez moi plutôt que de payer 3500 Fmg (anciens Francs malgaches) au propriétaire de la « disco » locale qui fait tourner une vieille télé avec un groupe électrogène et charge les téléphones du village et des environs. Etant donné que ce propriétaire de disco est venu m’emprunter de l’argent pour acheter de l’essence afin de faire danser la population le jour anniversaire de l’indépendance de Madagascar et qu’il ne m’a toujours pas remboursé la totalité de cette somme, j’ai décidé de lui faire de la concurrence et de faire payer à mon tour le chargement des l’accus de ces téléphones portables d’un montant de 2000 Fmg (environs 0,15€) par appareil. Ceci, non pas pour rentabiliser ma production d’électricité mais plutôt pour freiner l’ardeur des personnes qui veulent profiter de l’aubaine pour faire charger gratuitement leur téléphone et naturellement pour faire comprendre à mon débiteur qu’il ne sert à rien d’emprunter impunément de l’argent et de ne pas le rembourser par la suite. Je ne veux surtout pas lui faire de tort, car sa survie ainsi que celle de sa famille dépend des maigres revenus produits par son groupe électrogène qui lui permet en outre de faire de la musique sur laquelle se déhanchent les jeunes des environs, ainsi que des projections vidéos et enfin le chargement des accus en tous genres. Toutes ces prestations étant rémunératrices.
Ces téléphones, quand l’accu n’est pas déchargé, quand il y a du réseau et surtout quand ils possèdent encore un crédit suffisant pour téléphoner ne servent souvent pas à grand’ chose car les communications n’aboutissent que très rarement. Souvent l’appareil de la personne appelée n’est pas en service à cause de l’accu déchargé ou alors tout simplement la personne se trouve hors zone d’appel. J’en conclu donc que cette invention est prestigieuse dans un environnement adapté mais que dans la jungle ou dans la brousse, cet appareil ne sert la plupart du temps qu’à frimer. Dernièrement le curé du village qui fait partie de la garnison de « pères » polonais venus endoctriner la région a envoyé une personne pour faire recharger l’accu d’une lampe qui devait servir à éclairer les sermons dans la petite chapelle du village.
Heureusement que justement ce jour du Seigneur, ce dernier avait omis de chasser les nuages et cela m’a permis de prétexter qu’il n’y avait pas assez de lumière pour produire du courant (ma mauvaise foi me perdra, crédon de Dieu !).
Crocons du croco
Une nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : Il y a un crocodile dans le lac de Salehy bé au bord duquel j’ai bâti mes cases. Toute la région, jusque dans la petite ville proche dix kilomètre est en émoi. Les uns prétendent que cela ne pouvait être qu’un petit crocodile d’à peine un mètre, d’autres disent que la « bête » mesure bien sept mètres du bout de ses dents redoutables à la pointe de la queue. Le chasseur de la ville la plus proche a même eu une demande de la population pour aller abattre cette bête immonde qui terrorise la région. La femme du Tangalamena (sage ou sorcier du village) est venue spécialement pour me dire qu’elle a vu de ses yeux la tête de l’animal qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de mes paillotes et que je devais me méfier, surtout la nuit. J’ai répondu qu’il était fady (interdit) de tuer les crocodiles sans autorisation spéciale délivrée par les autorités compétentes. D’autant plus que ce crocodile sera très utile un jour quand ma dernière heure aura sonnée car je n’aime pas l’idée d’être enterré dans la maison des morts (cimetière) et encore moins d’être incinéré qui d’ailleurs est une méthode de barbares selon les croyances malgaches. J’ai donc demandé à qui veut m’entendre que ma volonté serait que ma dépouille servirait à retarder l’extinction des crocodiles en les nourrissant de ma chair. Ce qui ne serait finalement qu’un juste retour des choses car j’ai bien goûté déjà à la chair de crocodile (c’est gras et cela possède une saveur de vase). Je souhaite que les crocodiles qui se partageront ma dépouille mortelle apprécieront la saveur de ma chair. D’autant plus que je prends soin de me laver tous les jours pour éviter que mon enveloppe charnelle n’ait « mauvais goût ». Même mes repas sont très épicés car je n’hésite jamais à incorporer aux aliments que j’ingurgite des fines herbes, du gingembre local, du poivre vert, des baies roses que j’achète par Kg et naturellement toutes sortes d’épices en poudre ainsi que des clous de girofle produits également au village comme le café qui peut se conserver des années à condition de ne le torréfier qu’en petites quantité pour profiter de son arôme. Avec tous ces produits sains et non traités, je pense que ma carcasse ne sera pas affectée par les maladies qui rendent la chair humaine impropre à la consommation.
La vie de tous les jours dans ma brousse
J’ai acheté dernièrement directement à un producteur de la brousse 4,5Kg de gousses de vanille séchées pour la modique somme de 13€ le kilo. Et 18,5 kg de café robusta à raison de 0,80€ le Kg. Je me suis laissé faire un pilon avec un mortier pour moudre ce café au fur et à mesure après torréfaction sur une plaque de tôle légèrement incurvée destinée spécialement à cet effet. Bien sûr il me fallait également une presse pour la canne à sucre et le devoir de l’employé qui vient en premier le matin est tout naturellement de presser assez de canne pour sucrer le café que prépare tous les matins mama’ni Kambana. C’est une femme d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain qui possède des seins qui cachent son ventre, ceci étant causé par de nombreux allaitement dont plusieurs paires de jumeaux soit en tout treize enfants. L’avantage de cette dame est qu’elle ne parle pas beaucoup et s’abstient de divulguer tout ce qui se passe au village que j’ai créé. Ceci, contrairement à mama Lita qui était une vraie commère et qui racontait tout ce qui se passe et en rajoutait encore quand il ne se passait rien. Les habitants ayant l’habitude de déformer par leurs commérages la vérité, il en sortait des histoires invraisemblables et j’ai été forcé après trois avertissements de la congédier. L’inconvénient c’est que je n’ai plus personne pour chasser les mauvais esprits… car son visage suffisait à faire fuir tous ceux qui me voulaient du mal. En plus, toujours d’après les commérages elle serait en train de préparer des gris-gris contre tous ceux qui sont en bon termes avec moi.
Je suis l’chef !
Bien sûr maman’i Kambana est irremplaçable pour surveiller la marmite dont le contenu mijote sur le petit réchaud à bois directement posé au sol. Elle peut rester des heures avec la louche dans la main, accroupie à même le sol en ne se levant que pour alimenter le feu avec des morceaux de bois que les ouvriers préparent à l’intérieur lorsqu’il pleut. Elle est imbattable aussi pour frotter le cul des marmites noircies, mais elle a beaucoup plus de mal à s’adapter à la nouvelle cuisine que j’ai conçu spécialement pour elle car elle doit se tenir debout devant un évier pour la première fois de sa vie et se servir d’un robinet pour laver la vaisselle. Elle qui avait coutume d’économiser l’eau et de s’en servir pour plusieurs usages par exemple laver les légumes, puis les mains et enfin y faire la vaisselle. Maintenant j’ai exigé qu’elle se lave les mains avant de faire quoi que ce soit, directement sous le robinet. Au début elle posait une bassine dans l’évier en inox pour éviter que l’eau ne s’évacue, et j’ai été obligé de lui confisquer cette bassine pour qu’elle se résigne à se servir de l’évier étincelant neuf. Par contre pour préparer des pâtes, maman’i Kambana est encore à son coup d’essai car elle ne connait pas vraiment la quantité d’eau qu’il faut pour faire cuire un paquet de spaghettis par exemple et ne lui demandez surtout pas de préparer des pâtes andante… Quand à la sauce tomate, je la prépare une fois par mois avec une dizaine de Kg de tomates que je fais mijoter à feu doux avec tous les ingrédients indispensables pour en agrémenter la saveur ainsi que de l’huile d’olive pour en favoriser la conservation. Je verse donc cette sauce bouillante dans des pots avec des couvercles qui se vissent (genre pots de moutarde) en prenant la précaution de les remplir jusqu’au bord et en y apposant un film alimentaire pour éviter toute bulle d’air entre le couvercle et la sauce. Cette opération me prend toute une après-midi sans compter que le matin même je dois me rendre à la petite ville la plus proche pour acheter mes tomates au bazard bé (grand marché).
J’ai appris également à maman’i Kambana à faire des frites et à calibrer les pommes de terre non pas en les coupant en quatre comme elle avait l’habitude de le faire. Je pense que la façon que j’ai de cuisiner convient aussi bien aux ouvriers qui ne manquent jamais de se resservir une seconde fois à chaque repas, quant au restes de la marmite, maman’i Kambana les emmène dans un sachet en plastique pour les réchauffer chez elle le soir, et certainement partager ces mets avec sa nombreuse famille. Aujourd’hui j’ai acheté directement à un pêcheur un poisson (capitaine) de plus de cinq Kg pour la modique somme de 3,50€. Il était délicieux car il n’en restait plus à la fin du repas.D'autant plus que contrairement aux habitudes des malgache qui coupent le poisson en tranches, j'ai appris à lever les filets et du même coup Maman'i Kambana a retenu la leçon pour les prochains poissons.
Tonga et Razaka
Ce sont deux ouvriers polyvalents qui m’aident dans mes travaux journaliers et si Razaka est assez habile de ses mains et qu’il est capable de reproduire de façon satisfaisante ce que je lui montre une fois, Tonga par contre n’a pas eu la chance d’avoir le moindre bon sens et s’il est capable de creuser des trous ou s’il est imbattable pour abattre des arbres, il le fait sans le moindre raisonnement. Ainsi dernièrement il a coupé un câble électrique enterré en pensant que c’était une racine d’arbre, et cela à deux endroits différents car il creusait des trous pour y enterrer les poteaux d’une palissade autour d’un jardinet. Donc Tonga et Razaka travaillent tous les jours de l’année car ici il n’y a ni dimanches, ni jours fériés ni vacances ni même une retraite. Ils sont privilégiés car ils touchent un salaire d’environs 1€ par jour et j’ai proposé le double pour les dimanches travaillés. Le tarif usuel dans la brousse pour planter le riz toute la journée les pieds dans l’eau boueuse où se trouvent des quantités de sangsues et des moustiques à foison est d’environs 0,60€ par jour pour un homme et un peu moins pour une femme. En ce moment les français sont mécontents de la réforme des retraites alors qu’ici on ne sait même pas ce que c’est qu’une retraite et les vieux travaillent jusqu’au jour de leur mort. Il faut dire aussi que l’espérance de vie atteint rarement soixante ans ici à Madagascar car dans la campagne les médecins sont très rares et les moyens de locomotions inexistants si on considère que les rares bicyclettes ne sont pas vraiment adaptées pour transporter un blessé ou un malade. Ici la retraite des vieux se conjugue avec de nombreux enfants. Plus on a d’enfants, plus on cotise pour sa caisse de retraite personnelle en espérant qu’un ou plusieurs d’entre eux vous aideront à améliorer votre retraite.
Décembre 2010
Dernières nouvelles malgaches
Tandis que l’Est de la France se blotti contre ses radiateurs en ce début décembre, ici, dans la brousse malgache un soleil de plomb écrase les plantes qui commencent à laisser pendre leurs feuilles et dans un dernier effort à faire éclore leurs fleurs pour permettre aux graines de perpétuer le cycle de la vie.
Les litchis dont la vente permet d’habitude aux indigènes de mettre un peu de beurre dans les brèdes (genre d’épinards malgaches) ont plusieurs semaines de retard et ont du mal à mûrir. Les zébus ont de plus en plus de mal à trouver de l’herbe verte et doivent se contenter de brouter çà et là quelques touffes préservées à l’ombre des broussailles.
Les autres années, la fin de l’année fait débuter la saison des pluies, mais le réchauffement climatique a l’air de se manifester également paradoxalement dans ces zones dites « pluviales »…
J’ai été obligé de creuser un peu plus profond mon puits qui était à sec, mais je n’ai rien pu faire pour le niveau du lac qui a baissé d’au moins cinquante cm.
D’habitude les habitants du village voisin venaient très souvent avec du poisson ou des camarons à vendre, mais en cette période de disette, même les poissons de la mer, du lac et du fleuve se font rares.
Pourtant des fruits sauvages sont au rendez-vous et si les gaves ne sont pas encore vraiment mûrs, d’autres fruits comme les « vosindririna » les « vôtronaka » ou les « vombarazana » permettent de se gâver à longueur de journée avec des fruits totalement inconnus dans les pays occidentaux. Ceci pour dire qu’il y a bien d’autres fruits sauvages encore mais je ne parle que ceux qui poussent autour de chez moi.
Dernièrement j’étais dans la capitale et je me suis offert quelques plantes comme le fameux Ylang ylang dont les fleurs permettent la fabrication d’un fixateur pour les plus grands parfums mondiaux.
Bien sûr, en plus de quelques succulentes je n’ai pas résisté à m’offrir un plant « d’oliva » qui serait le sosie de nos oliviers mêmes si les feuilles de cet arbre sont totalement différentes. Par contre l’eucalyptus « gunny » avec ses feuilles bleutées m’a séduit et comme il n’a pas résisté jadis au climat rude de l’Est de la France, j’ai décidé de lui offrir une nouvelle chance ici au pays des eucalyptus.
J’ai eu de nombreuses pertes car les plantes n’ont pas toutes résistées aux chaleurs de ces dernières semaines en mon absence et au manque d’eau.
Aujourd’hui, le groupe électrogène qui me permet d’alimenter mon château d’eau par l’intermédiaire de ma pompe électrique a décidé de me lâcher. Aux dernières nouvelles, c’est le vilebrequin qui a bloqué car un roulement n’a pas résisté au manque d’huile. En effet ces machines ont besoin elles aussi d’être « arrosées » de temps en temps, même si ce n’est pas avec le même liquide.
Pourtant, je ne peux m’en prendre qu’à moi car le matériel pur chinois que je me suis offert il y a moins d’un an m’a déjà coûté plus cher en réparations que si j’avais acheté du matériel sérieux made in France et dont le sigle « C E » n’est pas « CE » car même ce sigle a été « piraté » par des entreprises chinoises qui inondent le marché mondial de leurs marchandises à quat’sous. Bien sûr ils vont offrir en contrepartie des hôpitaux ultra modernes, une cimenterie gigantesque, un tramway moderne pour la capitale. Cette capitale est paralysée à cause des milliers de taxis vétustes et des minibus qui crachent d’énormes nuages noirs et bloquent les voies de circulations avec des arrêts sur la voie publiques sous l’œil indifférent des forces de l’ordre qui n’ont qu’un seul objectif pour la plupart : prendre en faute les automobilistes imprudents qui préfèreront cracher au bassinet plutôt que de courir après leurs papiers.
Les économistes du monde entier s’accordent à dire que les pays « émergents » ne seront pas en mesure de rembourser leurs dettes et plutôt que de s’encombrer de garanties, les chinois investissent dans ces pays, en sachant pertinemment que cela appauvrira encore plus ces pays qui produiront de moins en moins. Pour Madagascar, cela parait être une aubaine de se voir doter d’un peu de modernisme, mais si cette goutte d’eau semble apporter un peu de bien-être au pays, cela ne fera qu’enfoncer un peu plus dans la pauvreté la majorité des habitants qui de toutes façons n’ont pas besoin de cimenterie ou d’hôpitaux car ils n’ont pas les moyens de se déplacer pour aller à l’hôpital ou encore de construire des habitations en « durs ». Quasiment toutes les habitations hors des villes ou à la périphérie de celles-ci sont en matériaux naturels, Paille de riz, planches, latérite, feuilles de ravinala, bambou etc. et le seul moyen de locomotion pour la majorité des malgaches est la marche à pieds.
Nouvelles alarmantes.
En revenant de la capitale malgache, parmi les inéluctables auto-stoppeurs et stoppeuses je reconnais une dame du village qui vient régulièrement marchander des atoudi (œufs de poules et de canards). Elle ne parle quasiment pas français mais j’arrive tout de même à comprendre qu’il s’est passé un évènement terrible en mon absence. Je craignais déjà que mon campement qui comprend tout de même une demi-douzaine de bâtisses en matériaux naturels soit parti en fumée. Je la dépose donc à l’entrée de l’agglomération et je continue seul en longeant la plage de l’océan indien avant de me rabattre à travers la brousse jusqu’au campement. J’arrête mon véhicule avant le portail et j’attends un peu pour que les surveillants qui se hâtent d’habitude viennent m’ouvrir le portail mais à ma grande surprise, tout parait abandonné. Le temps de décharger le matériel que j’ai apporté de la capitale et voici que le gardien de nuit apparait car du village il a entendu le bruit inhabituel du véhicule. Les seuls véhicules qui passent par le village étant ceux qui prennent le bac pour aller plus vers le sud de l’île en traversant le fleuve Mangoro large de plus d’un km à l’embouchure.
J’essaie de savoir ce qui s’est passé en mon absence et on m’apprend qu’un crocodile avait mordu à la jambe une jeune femme qui pêchait des alevins au bord du lac à peu de distance de mon campement et qu’elle était hospitalisée dans la ville la plus proche. Bien sûr le jour suivant plusieurs blancs ainsi qu’un malgache armés jusqu’aux dents avec des fusils sont venus pour occire le monstre du lac. Pourtant un détail sur lequel ils ne comptaient pas est venu apporter quelques difficultés à la chose. En effet il est « fady » (interdit) de naviguer sur le lac en pirogue ou en bateau et c’est sur un radeau de fortune en bambous que notre équipe a donc longé le lac en scrutant les berges et la surface de l’eau. Au bout d’une ou deux heures j’entends claquer un coup de feu puis après un long moment, un second coup de feu. Je croyais qu’ils avaient aperçu quelques canards ou poules d’eau et avaient profité de la situation pour ne pas rentrer bredouille mais après les avoir questionné, ils m’ont répondu qu’ils avaient vu deux crocodiles. Affabulations pour sauver la face ou réalités, en tout cas le, ou les crocodiles sont toujours dans le lac et la faculté d’apnée des crocodiles est certainement supérieure à la patience des pseudo-chasseurs.
Une chose me réjouit pourtant c’est le répit dont disposeront les alevins pour pouvoir devenir de beaux poissons sans que les bords du lac soient systématiquement ratissés avec des moustiquaires pour attraper la moindre blanchaille.
La fin d’un monde
Et non pas la fin du monde comme nous le prédisent les soi-disant prédicateurs et autres voyant aveugles. Bien sûr nous en sommes conscients car notre civilisation et la multiplication démographique ne repose que sur une seule chose principale: le pétrole.
Imaginons que dans quelques décennies ou peut-être moins il vienne à manquer. En effet, les besoins sont toujours plus grands et les pays émergeants qui se passaient de pétrole ou de ses dérivés commencent à vouloir eux aussi leur part du gâteau.
Il n’y aurait plus de déplacements en avion, en bateau ou en voiture. Les rayons des denrées alimentaires venant des quatre coins du monde actuellement laisseraient les rayons des supermarchés et des détaillants désespérément vides. Plus de viande, plus de fruits et légumes, plus de pain, plus de machines agricoles, plus de ramassages scolaires, plus de chauffage au fuel etc. Le travail commencerait à manquer sérieusement car la plupart des usines ne peuvent se passer de cette énergie. Imaginons un monde sans plastiques et dérivés, sans peintures ou vernis, sans certaines colles, sans déplacements autres que les bicyclettes. Bien sûr il resterait l’électricité, mais là aussi les composants des générateurs qui servent à fabriquer de l’électricité utilisent des matières dérivées du pétrole ou ont besoin de transporteurs qui vont chercher les matières premières pour fabriquer ces générateurs quand ce n’est pas tout simplement du charbon servant à alimenter les nombreuses centrales thermiques.
Il nous resterait le loisir d’aller braconner pour mettre un peu de protéines dans les pissenlits ou dans le panais qui pousse parfois en bordure de certaines routes. Ceux qui ont des connaissances en mycologie et en botanique seraient certainement privilégiés mais pour combien de temps ? Il reste le jardin pour cultiver quelques légumes mais avant tout il faudrait creuser un puits pour être en mesure d’arroser son jardin en été. Il faudrait penser aussi à éliminer ses déchets car le ramassage des détritus serait sérieusement compromis. Donc le tri des déchets serait une priorité car il faudrait une poubelle pour les détritus organiques qui serviraient comme engrais au jardin, une poubelle pour les détritus qui ne se dégradent pas mais qui sont inflammables et qu’on pourrait brûler pour s’en débarrasser et naturellement les métaux qui peuvent être recyclés. Il ne serait plus question de se brancher sur le tout-à-l’égout qui serait bientôt bouché et comme les entreprises qui s’occupent d’entretenir ces réseaux ont déjà mis la clef sous le paillasson, il faut faire une fosse septique et naturellement un bassin dégraisseur-décanteur personnel…
L’électricité venant à manquer dans l’éclairage des villes, la criminalité augmenterait de façon spectaculaire. Les communications tomberaient en panne les unes après les autres car les satellites de communication ne pourraient plus être remplacés ou réparés. Les armées et les forces de l’ordre deviendraient beaucoup plus faibles sans aviation, sans chars sans bateaux sans transporteurs de troupes.
Par contre la planète pourrait se régénérer et l’air deviendrait plus pur, les cours d’eau, les mers et océan ne seraient plus souillés, et comme l’homme redeviendrait chasseur-cueilleur, les mammifères et les poissons deviendraient une denrée rare. Dans certaines contrées du monde on trouve déjà de nombreux insectes ou reptiles au menu des restaurants ou sur les étals de marchés, et cette denrée serait particulièrement prisée également car chez les chinois, les rat, les chiens, les chats, les sauterelles les cafards et même les scorpions font partie du régime alimentaire. Ici à Madagascar j’ai vu également des insectes sur les étals de certains marchands et de nombreuses personnes ont déjà mangé du boa, du crocodile, des oiseaux sauvages ou du porc-épic. J’ai également goûté à la viande de crocodile qui, si elle sent fortement la vase, est assez grasse. Même la viande de requin se vend sur les marchés et il n’en reste plus à la fin de la journée car il n’y a pas de frigo et ce que les mouches n’ont pas dévoré, la population se le partage le soir.
Donc ici dans la brousse, je me prépare déjà pour cette fin programmée car j’essaie par tous les moyens de me passer d’énergie fossile, même si c’est très difficile et surtout très onéreux. Pourtant le soleil me permet déjà de produire assez d’énergie pour regarder la télé, charger mon ordinateur ou même pour brancher un ventilateur sur pied quand il fait trop chaud ainsi que de me servir d’un robot de cuisine pour faire des jus de fruits ou autres soupes et légumes hachés. Par contre, en ce qui concerne le suppresseur pour faire l’appoint de mon château d’eau et pour le chauffe-eau j’ai encore besoin d’un groupe électrogène avant d'augmenter la surface de mes panneaux solaires. Bien sûr, je ne produit pas encore assez pour être indépendant en ce qui concerne l’approvisionnement de nourriture mais j’ai l’intention de m’équiper en grillage assez fin pour faire de la pisciculture au bord du lac et également de faire un élevage de volaille de caprin et de lapins car la superficie des terrains n’est pas limitée et pour très peu d’argent on peut en louer ou en acheter. Pour l’instant les arbres que j’ai plantés ou ceux qui étaient déjà sur les terrains me donnent assez de satisfactions car certains portent déjà des fruits que je consomme avec délices. En ce qui concerne les légumes, c’est un peu plus difficile car je suis obligé d’aller chercher de la terre cultivable avec la remorque que je tracte avec le 4x4. Le sable n’étant guère favorable qu’à la plantation du manioc qui est une plante très appréciée car elle se prépare de différentes façons et parmi les nombreuses recettes j’apprécie beaucoup des chips comparée à celles vendues dans nos supermarchés mais faites avec des pommes de terre. La saveur est presque la même. Ce que j’aime beaucoup également se sont les petites bananes trempées dans une pâte à crêpes et frites dans l’huile. Les sambos, les nems et autres fritures qu’on trouve sur les étals des marchés locaux sont pour la plupart des coupe-faim efficaces et surtout très bon marché (environs 0,40€ les dix) mais il faut déjà avoir très faim pour être capable d’en avaler autant. Ce qui est très bon marché et très prisé également sont les pâtes de marque « Appolo ». Ce sont des pâtes chinoises vendues séchées en briquettes avec un sachet de poudre à diluer dans un peu d’eau et chauffé pendant quelques minutes. C’est juste la quantité pour calmer une grande faim et c’est également très bon marché (Environs 0,14€ le sachet individuel). Bien sûr tout cela ne vaut pas la cuisine française mais pour ceux qui ne sont pas trop difficile, on peut s’en satisfaire, surtout dans une ambiance conviviale. Bien entendu la bière est amère et ceux qui en boivent régulièrement ont certainement des papilles en mauvais état. Pour ma part, je préfère de loin une espèce de panaché vendu en bouteille avec 1% d’alcool auquel j’ajoute un peu de sirop de fraise ou de grenadine pour atténuer l’amertume. Les sodas étant trop sucrés et les jus de fruits ne se conservant pas plus de quelques heures sans réfrigérateur et à peine une journée dans un réfrigérateur. Je trouve que l’eau en bouteille est également un peu amère et j’y ajoute également du sirop de menthe ou autre. Je préfère réserver l’eau du puits pour les autres usages même si les habitants locaux la boivent quotidiennement sans problèmes. Voici donc une fin d’un monde comme je me l’imagine, mais l’imagination humaine n’ayant pas de bornes, des solutions de rechange sont certainement déjà programmées, du moins je l’espère.
Février 2011
Hôte de la nuit
Comme tous les soirs, dès la nuit tombée je me jette sur mon lit avec la fatigue provoquée par une journée bien remplie. Les chaînes de télé dont les programmes sont décalés de deux heures par rapport à la France métropolitaine passent pour la plupart des navets genre séries américaines pour mémés en recherche de sensations fortes du genre : « je t’aime, moi non plus ».
Les émissions sur la nature dont on ressasse inlassablement les mêmes reportages commencent à saturer eux aussi. Mais qu’importe le programme, pourvu qu’il fasse dormir. J’étais donc ce soir là dans mon premier sommeil quand je suis réveillé par une douleur inhabituelle dans le dos. Je pensais m’être cogné quelque part dans la journée et que la douleur se soit « réveillée ». Je me lève alors et le mal ressemble de plus en plus à la douleur d’une piqûre de guêpe. Pourtant nul insecte volant dans la pièce. Je pense aussitôt au petit scorpion que j’ai découvert le jour avant dans le compartiment réservé aux pommes de terre dans la cuisine et qui s’est caché entre les légumes quand j’ai voulu le prendre pour le remettre dehors.
Puis je commence à inspecter le lit en déplaçant les oreillers et je distingue alors une scolopendre de près de 15 cm de long muni de redoutables dards au bout de la queue. Avant d’avoir eu le temps de chercher mes savates pour lui taper dessus en lui rendant la monnaie de sa pièce, il avait disparu et j’ai eu beau retourner le matelas, secouer les draps et les taies d’oreillers, mon hôte indésirable s’est volatilisé, certainement à travers les planches du parquet dont les joints sont tout, sauf étanches. J’avais l’intention de couler une dalle en béton sur ces planches afin de rendre ce sol étanche aux petite bêtes qui ne se privent pas de me rendre une petite visite de temps en temps. Mon expérience des insectes de Madagascar s’est ainsi enrichie et après avoir eu une piqûre de guêpe tueuse, mon corps s’est vaillamment défendu cette fois encore contre le venin de scolopendre. A quand la prochaine expérience ? En tout cas si je vois presque journellement des serpents de toutes tailles, ils sont tout à fait inoffensifs et se cachent dans la végétation dès qu’on s’approche d’eux. Il est même difficile de les photographier car ils s’aventurent rarement en terrain découvert. Il y a également des lézards dont la taille adulte peut avoisiner les trente à quarante cm. Ils sont effrayants car ils n’ont pas leur pareil pour remuer les feuilles en se sauvant et souvent on les entend avant de les entrevoir, mais là encore ils sont totalement inoffensifs. Les animaux vraiment dangereux sont des moustiques femelles d’une certaine espèce (anophèles) qui peuvent transmettre le virus du paludisme. Mais là encore, tous les dépôts de médicaments sont fournis en médicaments et un traitement de trois jours avec des injections permet d’être remis sur pied. Le propriétaire du logement de Tana qui est anthropologue a un remède de grand-mère assez efficace d’après lui et qui consiste simplement à boire de la tisane de feuilles de goyaves qu’on trouve partout ici et même dans la capitale.
L’extraterrestre
Imaginons que nous soyons en mesure de faire fonctionner une machine à remonter le temps et que nous nous retrouvions à l’âge du fer. Mais comme il n’est pas rentable de chercher du fer dans le sol malgache, ce métal il arrive par bateaux entiers sous forme de voitures démodées ou autres marchandises à bas prix qui souvent ne passent pas le cap de quelques utilisations. Mais tout est recyclé avantageusement et les pièces les plus recherchées sont sans nul doute les lames de suspension des véhicules qui permettent, après un passage dans le feu et sous le marteau du forgeron local de devenir des genres de machettes servant à débroussailler, couper du bois, ouvrir une noix de coco, peler la canne à sucre, tuer un poulet et le débiter en morceaux ou tout simplement comme arme. Mais là ne s’arrête pas la transformation des objets importés. Les tonneaux de 200 litres vides sont souvent recyclés en brouettes, ou tout simplement comme renfort métallique sur les portes ou les volets des maisons d’habitation ou des petites boutiques. Les boîtes genre « Nestlé » servent de mesure pour les céréales comme le riz ou autres marchandise de petite taille ainsi on a le gobelet ou madicot fait dans une boîte de lait condensé et le kapok qui a la contenance d’une petite boîte de sauce tomate concentrée. Ainsi on vend par exemple les arachides dans une boîte de sauce tomate ou dans une boîte de lait concentré selon la quantité demandée. Il en va ainsi du sucre, de la farine des haricots secs, du riz et bien d’autres marchandises difficiles à détailler. D’autres fruits et légumes sont souvent vendues au tas. Par exemple un tas de tomates consiste en trois tomates de base et une au-dessus ce qui forme une pyramide. Ces tas se négocient le plus souvent à raison de mille francs le tas (0,07 à 0,08€)
Peu de commerçants possèdent des balances et contournent ainsi la difficulté à vendre au poids.
Je suis actuellement en train d'agrandir ma vision dans un des derniers sanctuaires de la nature où des milliers d'hectares de forêts primaires sont irrémédiablement détruits sans arrêt par le feu pour la culture sur brulis et naturellement pour produire du charbon de bois qui est le seul moyen de chauffer les aliments même chez les foyers aisés de la capitale.
Le bois se fait de plus en plus rare et il se vend de plus en plus cher ici alors que paradoxalement j'ai testé moi-même avec succès un four solaire en entonnoir que j'ai fabriqué de façon empirique avec un bout de tôle galvanisée très fine et trois vis Parker.
Ainsi le logement que j'occupe actuellement à Antananarivo (Madagascar) appartient à une famille de sept personnes dont le père est anthropologue au Centre de Recherche pour l'Environnement et la mère travaille en tant qu'inspecteur du travail. Pourtant ils ont pris l'habitude de faire cuire leur riz journalier avec du charbon de bois produit avec une espèce d'Eucalyptus qui pousse assez rapidement mais qui appauvrit le sol. Les salaires sont très bas, ainsi un prof de fac perçoit un salaire inférieur à 400€ par mois. Un employé peut s'estimer heureux avec un salaire de 100€ mensuels pour un travail hebdomadaire de 40 heures. De nombreuses personnes vivent avec une ressource ne dépassant guère un € par jour. Ainsi dans le journal local j'ai lu aujourd'hui un article disant qu'une femme de ménage est payée en moyenne 11€ par mois dans la capitale mais elle est nourrie et logée et les frais médicaux sont généralement pris en charge par l'employeur sans que cela soit une obligation. Quand je dis "nourrie", cela veut dire du riz tous les jours et si elle a de la chance, trois ou quatre fois par mois un peu de viande ou de poisson s'il y a des restes. Bien sûr le travail ne manque pas car elle est debout de quatre ou cinq heures du matin à huit ou neuf heures du soir à faire toutes les lessives à la main, la corvée d'eau qu'elle doit aller chercher à la fontaine du quartier où elle en profite pour se laver les pieds en les frottant contre le bord du trottoir. Les pieds sont souvent parcourus de larges gerçures car de nombreuses personnes courent pieds nus toute l'année. Faire à manger pour toute la famille, le nettoyage, le gardiennage et souvent ces jeunes personnes doivent subir les colères de l'employeur quand elles ne deviennent pas tout simplement l'objet sur lequel leur employeur rejette ses propres frustrations. D'après les statistiques, 82% des enfants âgés de 5 à 17 ans économiquement actifs; soit 1 534 000 enfants, effectuent des travaux qualifiés selon les textes en vigueur de travail dommageable. La plus grande majorité de ces enfants sont employés dans l'agriculture, l'élevage et la pêche, surtout en zone rurale. En milieu urbain, ils sont employés comme domestiques (certains malgaches appellent eux-mêmes cela «l’esclavage moderne").
Le découragement se sent partout et les efforts de replantations d'arbres (grâce aux aides étrangères) sont systématiquement réduits à néant par des éleveurs de zébus qui brûlent tout pour gagner des pâturages. Ou encore coupent des arbres (dont le bois de rose) très recherchés pour l'exportation par conteneurs. Les forces de l'ordre n'ont aucun moyen pour poursuivre les incendiaires ou les destructeurs de la forêt car ils sont bien trop occupés à récolter des koli koli (pots de vin) pour mettre un peu de beurre dans les épinards, quand ils ne sont pas simplement de mèche avec les destructeurs de la nature ou d'autres bandits de grands chemins.
La Grande Île comme l'appellent les malgache est condamnée à un phénomène de désertification, et avec elle tout le patrimoine faunistique et floristique qui est un des plus important au monde sur le plan de l'endémisme.
J'essaie dans la mesure de mes moyens de découvrir quelques unes de ces richesses de la nature avant leur disparition pure et simple.
Essayer de sauver ce qui reste serait donner un coup d'épée dans l'eau car un niveau d'instruction minimum est réservé à 25% de la population de l'ile qui compte tout de même 18 000 000 d'habitants. Chacun étant trop occupé par n'importe quel moyen à remplir son bol de riz journalier plutôt que de se préoccuper de l'avenir de leur environnement.
L'économie du pays se trouve dans une dégradation continue et le petit commerce se trouve en pole position. Ces petits métiers que sont la vente à l'étalage souvent à même le sol. La vente d'aliments cuits reste très répandue. Des fruits et légumes, des produits souvent contrefaits venant de Chine se vendent partout encombrant les trottoirs de la capitale et obligeant les piétons à marcher entre la circulation routière. Des véhicules des années cinquante ou soixante (2CV ou R4) fumants et crachant des métaux lourds à volonté en créant d'immenses embouteillages font de la capitale une des villes les plus polluées au monde. Il faut y compter environs six mille taxis (2CV et R4 en majorité) et 1200 minibus qui transportent des passagers, tout cela sans compter d'innombrables 4 X 4 retapés qui crachent des nuages de fumée noire. Et tout cela sans un seul feu rouge aux nombreux carrefours des villes et les panneaux de circulation sont directement coupés à la base avec un marteau et un burin pour récupérer la ferraille ou la tôle. La police essaye tant bien que mal à accélérer le flux des véhicules pour éviter les bouchons, mais c'est sans compter sur les nombreux véhicules qui tombent en panne sèche ou encore à cause des charrettes à bras qui transportent des sacs de riz, des briques ou d'autres marchandises.
La végétation est systématiquement rasée et l'herbe, quand il n'y a pas de zébus qui paissent est coupée à la faucille et transportée dans des sacs. Même la récolte de riz se fait encore à la faucille et la paille de riz sert à couvrir les toitures des fermettes jusqu’aux abords immédiats de la capitale.
Telle est une partie de la triste constatation que j'ai faite sur ce pays qui pourrait être un Eden s'il n'y avait pas le plus grand des prédateurs que la terre n'ait connu: Homo sapiens qu'on devrait très justement renommer en Homo diabolicus.
C’est vraiment dans une posture très inconfortable que je reçois mes courriels actuellement car du haut de mon château d’eau j’ai de plus en plus de mal à rester connecté. Peut être à cause du cyclone qui est passé la semaine dernière et qui provoquait des perturbations atmosphériques. Mais après trois jours il s’est essoufflé et le calme avec le soleil est revenu. Pourtant la réception n’est pas parfaite alors j’ai trouvé une combine car en tapant simultanément sur la touche « alt gr »qui se trouve à gauche de la « barre espace » et sur une des touches de direction je peux changer l’affichage du bureau en passant de l’affichage paysage en affichage portrait et ainsi la clé USB qui me sert d’antenne pour capter le réseau se trouve à la verticale au-dessus de l’ordinateur. Donc je place mon ordinateur sur le toit de la voiture en me branchant sur la batterie par l’intermédiaire d’un convertisseur et debout sur le marchepied du véhicule je reçois mes courriels au bord de l’océan Indien qui n’a pas volé son nom avec un indien comme moi…
Ici, je me couche vers vingt heures car le matin je suis éveillé dès quatre ou cinq heures. Je prends une douche à mon réveil, puis un bon café et j’attends Maman’i Kambana qui vient faire la cuisine sous un abri près du garage que j’ai aménagé avec un évier en inox avec de l’eau courante et un plan de travail, mais elle persiste à éplucher les légumes assise par terre dans le sable avec devant elle une grande coupole tressée où elle pose les épluchures. Pour faire la vaisselle c’est identique, elle prend de l’eau dans une bassine en plastique et lave le tout dans l’eau de la bassine assise à même le sol. Je n’essaie plus de lui faire comprendre que ce n’est pas de cette façon qu’on fait la vaisselle car il est plus simple pour moi d’attendre qu’elle soit partie et de refaire la vaisselle à ma manière. Pour l’ail, les oignons et les tomates, je la soupçonne d’en grappiller un peu pour emmener chez elle dans un des nombreux plis de ses habits alors je lui demande juste d’éplucher les légumes très prisés comme les oignons et le gingembre quant à l’ail, j’ai trouvé une astuce qui me fait gagner beaucoup de temps car je sépare les bulbilles et je ne coupe que l’extrémité qui les lient pour former la gousse d’ail. Puis je place le tout dans mon mixer et quand les aulx sont bien mixés, il ne me reste plus qu’à y rajouter de l’eau et les épluchures qui sont plus légères que l’ail en lui-même flottent à la surface. Il ne me reste plus qu’a les récupérer avec une petite passoire pour les jeter.
Vers huit heures les deux ouvriers arrivent et leur donner du travail alors qu’ils ne parlent pas français n’est pas toujours chose aisée, mais je me débrouille en leur faisant un dessin si je n’y parviens pas avec des gestes. Bien sûr ce n’est pas toujours facile.
Ainsi dernièrement j’ai demandé à l’un d’eux de me ranger au sec les planches inutilisées qui étaient empilées dehors. Au bout d’un moment l’autre ouvrier est venu m’appeler et je l’ai accompagné au tas de planche et j’ai découvert une espèce de porc épic agonisant que les malgaches considèrent comme un gibier. Finalement j’ai constaté que le porc épic avait des traces de coups et en plus sous le reste des planches il y avait un nid avec cinq petits. Pour punir l’ouvrier et lui montrer que je n’aimais pas du tout ses manières j’ai demandé à ce qu’il jette l’animal le plus loin possible dans le lac car si je lui avais demandé de l’enterrer il aurait été capable de le déterrer dès que j’avais le dos tourné pour l’emmener chez lui. Quant aux cinq petits, ils dorment sagement toute la journée blottis les uns contre les autres et le soir venu je leur donne une assiette de lait ainsi que quelques vers de terre dont ils raffolent. Ils ne semblent pas trop traumatisés par l’absence de leur mère.
Je passe beaucoup de temps ici aussi à planter, nettoyer, semer et il faut que j’avoue que c’est très difficile car lorsque les graines lèvent le soleil implacable les brûle sans leur laisser de chance alors j’ai confectionné un jardin sous abri, mais quand les graines lèvent elles ont des tiges démesurées qui cherchent la lumière. Et pour d’autres graines, cela ne doit pas leur convenir d’avoir trop chaud. Mais je trouverai car ce n’est certainement pas le climat qui va se plier à mes volontés. Il ne faut parfois que savoir comprendre la langue de la nature pour trouver en elle une alliée.
J’ai confectionné aussi un poulailler car tous les jours on vient me proposer d’acheter des poulets. Cela fait presque huit jours qu’on mange du poulet tous les jours et j’en ai encore une bonne dizaine en réserve dans mon poulailler. C’est toujours mieux que la viande de zébu ou de porc qui est dure comme de la semelle car elle n’est pas passée en chambre froide de deux à trois jours comme c’est le cas en France, ce qui a pour effet de rendre la viande plus tendre.
Aujourd’hui on a mangé un gros poisson de 50cm de long qui venait d’être pêché dans le fleuve car il frétillait encore. Il faisait deux kg et j’ai payé en tout 1,10€. Il faut dire que pas plus tard qu’hier j’ai soigné ce pêcheur en désinfectant une plaie de près de 5cm au niveau du tibia. Je pense qu’il s’est fait cela avec sa machette dont l’outil se désolidarise assez facilement du manche.
Ca y est, comme plus personne n’a revu le crocodile du lac, la pêche aux alevins a repris son droit et ce n’est pas moins d’une dizaine de couples avec leur moustiquaires qui ratissaient les bords du lac hier avec parfois de l’eau jusqu’à la poitrine.
Je trouve ici des satisfactions qui étaient impossible à trouver en France car le mauvais temps, le froid et la vie chère y rendait la vie difficile. Ici tout est facile et bon marché pour les étrangers qui touchent une retraite de la France. Bien sûr pour les malgaches la vie est très dure et je pense qu’ils ne doivent pas se coucher tous les jours avec un ventre bien rempli. D’ailleurs il est rare de voir un malgache obèse. Jusqu’à présent je crois me souvenir d’en avoir vu deux. Par contre des malgaches maigres et petits il y en a des millions.
Friday, September 2, 2011 2:42:52 PM
30_ La vie de tous les jours
30.1_ Les gamins arrivent à se confectionner des toupies qu’ils lancent sur la piste à l’aide d’une ficelle qui est embobinée sur la toupie. Le but est de faire tourner cette toupie dans un cercle tracé auparavant. J’ai vu certains enfants faire accélérer ou durer le tournoiement de la toupie à l’aide d’un petit fouet. La vie rudimentaire de ces villages de la brousse est rythmée par les jeunes qui jouent dehors quand il ne fait pas trop chaud, les marins qui sont revenus de la mer où ils ont levés leurs filets dès cinq heures du matin et qui somnolent à l’ombre des cocotiers ou les femmes qui piétinent le vary (riz) pour en faire sortir les grains. D’autres font sécher leurs grains de café ou de girofle qu’ils ont récolté. Les nattes qui posées à même le sol dans les habitations font office de table ou tout simplement de matelas la nuit et sont tressées par les femmes âgées. Parfois aussi elles emploient des graminées séchées et teintées pour les entrelacer et après avoir fabriqué des bandes de deux cent centimètres de large les cousent ensemble pour faire de jolis chapeaux de soleil. La vaisselle, le linge ainsi que la baignade quotidienne se fait au bord du fleuve. L’eau du puits qui se trouve au centre du village sert à faire la cuisine ou de boisson. Le puits étant ouvert, il n’est pas exclu que des insectes ou des saletés tombent au fond. Les zébus et les cochons sont promenés avec une corde à la patte arrière afin de pouvoir facilement les rattraper au cas où ils voudraient se sauver. Même les taureaux assez impressionnants ne sont guère belliqueux et se laissent garder et guider par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Il faut dire que les enfants dès leur plus jeune âge sont obligés de participer aux travaux de la famille dans la mesure de leurs possibilités. Ainsi on voit quotidiennement des gamines de six à dix ans aller chercher de l’eau qu’elles puisent avec une corde au fond du puits communal qui se trouve au milieu du village. Les gamins de tous âges gardent les zébus ou vont couper du bois en forêt.
31_ Puces des pieds (Paras)
31.1_ Donc pour continuer les visions enchanteresses de la vie malgache, je préciserais qu'il y a tout de même un tout petit inconvénient provoqué par les puces des sables qui ont la mauvaise habitude de pondre leurs oeufs sous le bout des ongles des doigts de pieds ou tout simplement dans les endroits des pieds où la peau est très fine. Au bout de quelques jours vous pensez avoir attrapé une minuscule ampoule au bout de votre orteil, mais en réalité ce sont des oeufs qui vous parasitent. J'ai eu la mauvaise surprise d'en avoir trois sous le bout de l'ongle de mon gros orteil gauche et une sous le bout de l'orteil de mon pied droit. Les habitants qui marchent pieds nus ou portent des tongs à longueur d'année savent comment opérer sans douleur à l'aide d'une aiguille ou d’une épine et se débarrasser de ces hôtes indésirables, ce qui est fait en deux temps et trois mouvements. Ces puces ne s'attaquent jamais aux autres parties du corps selon les malgaches.
32_ Autres bestioles
32.1_ En ce qui concerne les moustiques surtout les anophèles, qui est l'animal le plus accablant à Madagascar au lever et au coucher du soleil, il suffit de bien se couvrir ou de tendre des moustiquaires sur toutes les issues. Il y aurait également de petits scorpions à piqûres douloureuses mais non toxiques.
32.2_ Pour ce qui est des crocodiles, c'est comme les monstres du Lockness, on n'en voit plus guère que dans des régions très isolées ou dans les parcs zoologiques. Il y a de nombreux serpents mais là encore pas de dangers réels car ils ne sont pas très dangereux. Beaucoup de jeunes requins se font manger par les malgaches qui semblent apprécier la chair de ce redoutable et dangereux prédateur.
33.3_ Il n’y a plus vraiment de grands dangers en ce qui concerne la faune de Madagascar, à part les requins assez nombreux sur la côte Est dans l’océan Indien et quelques crocodiles dans les régions vraiment très peu peuplées de l’île. Ce seraient plutôt les insectes qui sont le plus à craindre car les moustiques qui transmettent le paludisme ne sont pas à négliger et si les moustiquaires sont distribuées gratuitement dans le moindre village, ce n’est pas par hasard.
33.4_ Lors d’une sortie botanique après une journée de pluie due à un cyclone qui s’est perdu au large de Madagascar, je suis attiré par le bruit d’une perche de bambou plongée violement dans l’eau du lac pour effrayer les poissons et les chasser vers un filet tendu un peu plus loin, je décide de grimper sur un tronc de badamier afin de mieux jouir du spectacle. Manque de chance pour moi, je suis attaqué par plusieurs guêpes qui avaient décidées elles aussi de se poster sur cet arbre. Après une piqûre au front et une autre au bras, je saute de l’arbre et je m’éloigne le plus vite possible de cet endroit inhospitalier. En retournant vers mon campement, je sens un étrange malaise comme si ma boîte crânienne allait être paralysée. Je me frotte vigoureusement la tête et j’essaie de bouger autant que possible afin que le venin qui venait de m’être injecté puisse se diluer au maximum en espérant ainsi qu’il perde de sa virulence. Après quelques heures, j’avais une belle bosse sur le front à l’endroit de la piqûre et la paupière de mon œil le plus proche commençait à gonfler. Le lendemain je me retrouvais avec deux belles poches sous les yeux.
33.5_ Aujourd’hui je profite du soleil levant pour ma cure quotidienne de luminothérapie. Assis derrière la table de mon abri de jardin qui naturellement ne comporte que quatre piliers et un toit en feuilles de Ravinala, je remarque sur la table en planches brutes une espèce de tube en bois de moins de deux cm de long sur à peine cinq mm de diamètre. Ce tube semble collé à la table et incliné à une trentaine de degrés par rapport à son support. Lorsque je décide de décoller avec mille précautions ce « tube », je découvre à l’intérieur la tête et les pattes avant d’une espèce de mille-pattes. Je n’ai pas voulu sortir de son abri par crainte de blesser cet insecte qui a trouvé un moyen astucieux pour se protéger de ses prédateurs.
33_ La fibre optique dans la brousse
33.1_ Une entreprise est en train d'enterrer la première fibre optique de l'île qui passera à 200m de l'endroit où je veux m'établir. A raison d'un ouvrier tous les cinq mètres pour creuser le fossé le long de la route, c'est sur des kilomètres que j'ai vu et photographié ce chapelet humain au service des Télécoms Malagasy.
34_ Matériaux de construction
34.1_ J’ai entrepris tout d’abord la construction de la case du gardien car je n’ai pas l’intention de laisser sans surveillance mes affaires qui feraient l’affaire de plus d’une personne ici où la plupart sont démunis même du minimum vital parfois. Une marmite, un outil ou même une bouteille en plastique vide feraient bien des heureux.
34.2_ Donc pour construire une case il me faut du Ravunpuntz (Feuilles de Ravinala madagascarensis) pour le toit, du falafa (Nervures des feuilles de Ravinala) pour les murs qui sont doublé de rapaka (écorce de Ravinala). Mais avant tout il me faut du bois carré ainsi que du bois rond. Ces matériaux se trouvent facilement dans la brousse où de nombreuses personnes se garantissent ainsi un maigre revenu.
35_ Ma jungle.
35.1_ Aujourd’hui j’ai découvert un champignon des tropiques Une merveille de la nature car imaginez un champignon qui porte sous sa tête une collerette assez importante d’un beau jaune d’or. Délicatement j’ai déterré l’œuf dans lequel s’est formé le carpophore afin de pouvoir le détailler plus aisément puis je l’ai remis à sa place car les piles de mon appareil photo étaient déchargées. Dix minutes plus tard je suis retourné voir ce champignon et à ma vive surprise, le voile qui était plutôt retombant s’était relevé légèrement vers le haut. Le soir alors que je suis retourné pour photographier le champignon avec un autre appareil, j’ai été déçu en constatant qu’il était totalement en état de décomposition.
36_ Une soirée malgache
36.1_ Assis à ma table rustique taillée au coupe-coupe dans des planches non rabotées d’eucalyptus, j’entends dans le calme de la nuit tombée les vagues de l’océan indien qui s’écrasent au loin sur la plage de sable fin et à dix mètres de moi le clapotement des vaguelettes sur les berges du lac de Salehy. Une douce nuit caressée par une brise rafraichissante se prépare et je tient à profiter de ce calme pour savourer pleinement la chance que j’ai d’être en mesure de réaliser le rêve de ma vie : trouver un coin de la terre ou l’homme n’est pas arrivé à maîtriser entièrement la nature et où il m’est encore possible de faire des découvertes qui me font ressentir un certain émerveillement.
36.2_ A présent que la nuit est tombée et que tout le monde dort, faute d’électricité dans le village distant de quelques centaines de mètres, je suis envahi par une nuée d’insectes qui sont attirés par la lumière de l’ordinateur. Si certains me piquent à travers la chemise, d’autres se promènent sur mon écran et je suis persuadé que beaucoup d’entre eux ne sont même pas encore répertoriés et ne sont donc pas nommés. Cela ne les gêne pourtant pas le moins du monde car ils existent de la même manière et peut-être s’éteindront-ils sans que l’homme ne soupçonne un jour qu’ils aient existés à moins qu’ils survivent à l’homo sapiens et cela ne changera rien à leur niveau.
37_ Tracasseries
37.1_ Il est pourtant trop tard pour continuer à jouir pour le moment de ce calme car dans peu de temps je devrai rejoindre l’hexagone car la durée de mon visa de trois mois est de nouveau écoulée.
37.2_ Cette fois je suis bien décidé à faire la demande d’un visa renouvelable qui me permettra de demander une carte de résident et dans ce cas je reviendrai quand cela me plaira. Mais avant cela, il me faut un tas de certificats, des copies certifiées avec une multitude de tampons.
37.3_ Oui, les malgaches adorent les tampons. Ainsi pour une simple copie de pièce d’identité, j’ai compté huit tampons différents. Il faut bien qu’ils justifient les 0,10€ qu’il faut payer pour certifier ce bout de papier. Mon dossier se compose déjà de sept photos d’identité, un justificatif de compte en banque malgache qui ne pourra être alimenté que par virement de l’étranger, un justificatif de revenus et même un certificat de changement de résidence délivré par le maire de la commune en France ainsi qu’un certificat de résidence à Madagascar délivré par le Fokontany (le sorcier du village qui connait tout le monde).
37.4_ C’est un véritable parcours du combattant car ce dossier est à déposer dans un premier temps à l’Ambassade de Madagascar à Paris avant de faire la demande de d’un visa de longue durée qui se fait au ministère de l’intérieur à Madagascar. Mais ce ne sont là que quelques documents dont je vous parle car lorsque j’aurai terminé, le dossier aura presque l’épaisseur d’un bottin. Il faut rajouter des enveloppes timbrées à mon adresse malgache, certificat d’hébergement avec signature légalisée à la mairie de la personne qui vous accueille, lettre motivé au ministre de l’intérieur et j’en passe et des meilleures.
38_Passage éclair en France
38.1_ A présent que je suis assis dans l’avion qui me ramène vers la France, je peux distinguer à travers le hublot le peu de neiges dites « éternelles »qui recouvrent encore le Kilimanjaro. Il est vraiment majestueux et domine les nuages qui semblent former une couche de ouate à son pied comme un tapis cotonneux qui cache la terre. Nous sommes à près de onze kilomètres de hauteur avec une forte luminosité provoquée par un magnifique soleil.
39_ Visa
39.1_ Ouf, c’est une histoire de Fou que d’essayer de faire un visa de longue durée. En effet il me faut présenter des documents à l’ambassade de Madagascar en France qui délivre un visa renouvelable avant de se présenter au ministère de l’intérieur à Madagascar avec une copie de ce visa certifiée et puis c’est la course à la préfecture de police où un double de certains de ces documents sont exigés afin d’être inscrit sur la liste de recensement des étrangers avec naturellement une lettre motivée au préfet de police… Mais après maints allers-retours en France et au Ministère de l’intérieur malgache, je crois que c’est bien parti car mon dossier semble à présent bien ficelé et je pense avoir droit à un visa de longue durée d’un an pour commencer avant de faire une autre demande et tout cela bien évidement contre des € bien sonnants et trébuchants.
40_ La recherche scientifique
40.1_ Il faut dire qu’ici à Madagascar, le niveau de la recherche est pratiquement au point mort car de nombreux scientifiques ne vont à leur travail que pour s’entretenir de la politique ou du temps qu’il va faire car le manque de moyens ne leur permet pas de pousser bien loin les portes de la connaissance et le découragement est ressenti à tous les niveaux.
41_ Produits de consommation
41.1_ Les civelles sont de minuscules anguilles transparentes qui migrent par millions des fleuves vers la mer où elles se transformeront en anguilles adultes avant d’aller se reproduire de nouveau dans les cours d’eau douce. Non content de pêcher facilement ces alevins d’anguilles d’environ cinq centimètres de long avec des filets pour leur consommation personnelle, les malgaches ont trouvé un acheteur en une société qui est venue planter ses tentes et rachète pour un prix dérisoire ces civelles qui sont acheminée vers le port le plus proche avant d’être mis sur le marché mondial. J’ai donc moi aussi voulu gouter ces fameuses civelles qui, sous forme de beignets frits dans l’huile ont simplement une saveur de poisson sans arêtes.
41.2_ Nous sommes fin novembre et en pleine période de cueillette de litchis. De nombreux camions sillonnent les campagnes pour venir acheter des corbeilles remplis d’environs dix kilos de ces délicieux fruits. Chaque corbeille de 10 kg est payée environs 0,80€. Ce qui nous fait environs 0,08€ au kg. A l’île de la Réunion le coût du kg de litchis varie entre deux et trois € le g actuellement, le producteur malgache n’en tire qu’un maigre profit. Ici les chemins et les routes sont parsemés d’enveloppes rougeâtres de ces fruits que consomme toute la population, petits et grands.
41.3_ J’ai voulu donner un coup de main à transporter ces corbeilles en lanières de raphia entrecroisées et garnies de feuilles de bananiers pour boucher les trous. Cela donne une contenance assez raisonnable pour un poids minime. J’ai donc suivi une troupe qui s’enfonce dans la brousse sur de minces passerelles de terre entre les rizières qui parfois s’écroulent si vous ne faites pas très attention et vous vous retrouvez les quatre fers en l’air à patauger dans les rizières.
41.4_ J’ai donc voulu montrer que porter une charge d’une vingtaine de kg était un amusement pour moi, mais dès les premiers cent mètres j’étais obligé de constater que je n’étais pas fait du tout pour ce genre de travail et les bras commençaient à fatiguer. J’ai donc opté pour le système dit de balancier en prenant un bâton et en plaçant une corbeille à chacune des extrémités, mais là encore au bout de quelques centaines de mètres, mon épaule commençait à me lanciner et j’avais beau changer d’épaule tous les cent mètres, je devais me rendre à l’évidence que j’avais sous estimé mes forces et que soit les kg devenaient plus lourds ou alors ce sont mes forces qui s’amenuisaient au fil du temps qui passe. Enfin au bout du rouleau, je vis au loin la voiture où j’allais pouvoir me débarrasser de ces maudits sacs de litchis. Il y avait encore une bonne dizaine d’autres sacs qui attendaient au fond de la brousse qu’on aille les chercher mais je n’avais plus du tout envie de recommencer cette expérience et je laissais donc le soin aux autres personnes qui récoltaient ces litchis de faire le transport à pied à travers les rizières sous un soleil accablant.
41.5_ Bientôt toutes les corbeilles de litchis sont dans mon pick up et en laissant la porte arrière ouverte pour gagner de la place pour deux ou trois passagers supplémentaires qui n’entraient plus dans l’habitacle du véhicule : N’Daouen( allons-y en malgache). La troupe de malgache à qui j’avais rendu ce service en transportant jusqu’au camion de collecte une bonne vingtaine de paniers de litchis ne savaient plus comment me remercier car sans mon aide ils auraient été obligés de laisser plus de la moitié des litchis sur les arbres faute de moyen de transport autre que pédestre.
41.6_ Je pense que cette maigre récolte de litchis va leur permettre de tenir jusqu’à la prochaine moisson de riz en fabriquant quelques chapeaux en feuilles de raphia qui sont eux aussi vendus pour moins d’une bouchée de pain.
42_ Docteur de la brousse
42.1_ Comme je suis en train de construire ma case dans la brousse, les petits bobos éraflures, échardes, coupures ne sont pas rares pour moi-même comme pour les ouvriers que j’emploie à plein temps. Comme je suis d’une nature plutôt prévoyante en ce qui concerne la santé, je préfère avoir un minimum de matériel sous la main en ce qui concerne les médicaments ainsi que le nécessaire de première urgence car les centre médicaux ou encore les médecins dignes de cette appellation sont plutôt rares. Pour les pharmacies, n’en parlons pas car ce ne sont que des dépôts de médicaments dans des épiceries ou autres gargotes à hygiène douteuse.
42.2_ Donc pour chaque cas, j’applique le produit miracle qui désinfecte et j’applique consciencieusement un bout de sparadrap sur les moindres blessures. Bien sûr cette procédure peu courante dans la jungle s’est propagée comme un feu de brousse et j’ai maintenant tous les éclopés de la région qui viennent se faire soigner gratis chez moi. Heureusement que j’avais prévu quelques doses individuelle de désinfectant et quelques paquets de compresses que j’offre à chaque patient pour qu’il puisse lui-même continuer son traitement pendant quelques jours.
42.3_ Dernièrement j’ai vu arriver en clopinant un homme avec sa machette à la main sur laquelle il s’aidait à marcher. Il avait un morceau de cinq centimètres sur deux de son mollet qui manquait. Il s’était coupé ce morceau de « viande » en voulant couper du bois. Il faut dire que les machettes qui sont enfilées sur un manche en bois ne sont pas fixées solidement et souvent la partie tranchante métallique se désolidarise du manche et s’envole.
43_ Téléphone de brousse (à ne pas confondre avec le téléphone arabe)
43.1_ Comme je trouve que les malgaches se laissent beaucoup de temps pour la construction d’une petite maison de 64m2, je décide donc d’embaucher une seconde équipe pour commencer la construction d’un bungalow pour invités de 16m2 avec juste une chambre, des toilettes et une douche.
41.2_ Après la confection des différentes pièces de charpente, voici arrivé le jour de dresser la structure et de monter la charpente, ce qui se réalisera en un jour grâce à l’aide de plusieurs bénévoles du village qui se réjouissent déjà de pouvoir faire une bonne bringue traditionnelle arrosée du fameux tokagasy (l’équivalent du schnaps de l’Est de la France).
41.3_ Mais pour l’heure, c’est le traditionnel discours d’un ancien du village qui, le corps tourné vers Rano massen (la mer) invoque je ne sais quel esprit pour protéger la future construction. Pour clore cette cérémonie, il verse un peu du précieux tokagasy sur les quatre coins des poutres sommairement assemblées qui vont soutenir la construction.
41.4_ Un peu plus tard, les hommes prennent vaillamment chacun une pelle et commencent à creuser le sable aux endroits où seront enterrées une partie des poutres verticales. Vers le milieu du jour, la construction ainsi que la charpente du toit dont toutes les pièces ont été assemblées à l’aide de chevilles en bois est debout et sur le faîte de la construction on fixe un bouquet composé de la très commune mais néanmoins endémique Pervenche de Madagascar.
41.5_ Un des travailleurs est attiré par la douche sommaire que j’ai installé non loin de là avec naturellement le flexible au bout duquel est vissé le pommeau de douche. Il fait une remarque à ce sujet en malgache et le mot fatal qui en ressort en français est « téléphone ». Il faut dire que tous les mots désignant des éléments « modernes » n’ont pas encore été inventé en langue malgache et sont donc désignés en français.
41.6_ Ainsi la cuillère, la fourchette, l’assiette ou simplement un verre ne peuvent pas être traduits en malgache car ces mots n’existent pas et sont donc empruntés à la langue française avec parfois une petite variante sur la prononciation ou sur la terminaison du mot auquel on rajoute parfois une voyelle.
42_ Le charme fou des femmes de la brousse.
42.1_ Comme il n’y a ni toilettes ni eau dans les habitations, l’hygiène corporelle est quelque peu aléatoire. Si vous rajouter à cela l’odeur persistante de la fumée produite par les petits fourneaux à bois ou charbon de bois, ainsi qu’une mixture à base de noix de coco dont elles enduisent leurs cheveux, vous obtenez une odeur qui est loin d’être suave. Si vous adressez un regard à une femme plutôt jolie, généralement elle vous souri de toutes ses dents manquantes, ce qui lui confère le charme d’une personne qui n’a plus rien à perdre et qui lui donne un air plein de béatitude.
42.2_ Souvent elles se cherchent des poux sur la tête, puis avec une grande adresse, elles se tressent mutuellement les cheveux avant de les nouer sur la tête.
42.3_ Ce qui est amusant pour les étrangers, c’est de les voir dès le lever du soleil au bord du lac, ou du fleuve s’asperger longuement le visage, puis les jambes avant de faire deux ou trois pas dans l’eau, de lever bien haut leur robe ou l’étoffe dont elles sont ceintes et de plonger leurs fesses ainsi dénudées dans l’eau et de frotter vigoureusement leurs parties intimes.
42.4_ Pendant ce temps là, d’autres femmes font la vaisselle à deux pas en frottant avec un pied mouillé ou est collé du sable qui sert d’abrasif le cul des marmites noircies par la fumée.
42.5_ Pour les hommes, la toilette matinale se résume à se frotter vigoureusement le visage à grand renfort d'eau puis les avant bras et basta. Un peu plus loin d’autres femmes battent à grands coups dans l’eau leur linge pour en sortir la crasse et la sueur accumulée.
42.6_ Comme la plupart de ces femmes n’ont pas été à l’école, il ne sert à rien de leur adresser la parole à moins de leur faire plaisir en les saluant d’un cordial "accouria bé" auquel elles vous répondent par "tsara bé" et si vous avez de la chance, par "acouria tsara bé" ce que je traduirai peut-être à tort par un grand bonjour très bon.
43.7_ Parfois si elles veulent exprimer leur grande satisfaction ou dire qu’un met est délicieux, elles font souvent entendre un claquement de la langue sur le palais, ce qui correspond au nec plus ultra.
43.8_ Pour ce qui est de leur bonheur, il correspond à un baluchon accroché au bas de leur dos et qu’elles trimballent partout avec elles dès l’âge de quinze ou seize ans. Et quand le contenu de ce baluchon à faim, qu’elles soient dans la rue ou ailleurs, elles sortent prestement un sein gonflé auquel elles accrochent un bébé dont la tête est de la grosseur d’une orange. Ces biberons maternels qu’elles appellent nono et qui produit un lait qu’on désigne sous le nom de ronono sont souvent déformés et pendent parfois jusqu’au ventre.
43.9_ Peu de femmes vivent avec un homme car ces derniers n’ayant pas de travail sont souvent une charge de plus. Elles savent pêcher les civelles, les bichiques ou des alevins au bord de la mer, du fleuve ou du lac. Souvent elles vont dans la brousse cueillir des fruits sauvages qu’elles revendent parfois au bazar bé (marché) de la ville la plus proche. Elles savent également travailler les produits naturels comme les feuilles de raphia, différentes herbes ou joncs qu’elles sèchent au soleil avant de les assembler souvent par tressage pour les coudre ensemble et produire des chapeaux de soleil, des sacs à provisions ou encore des tapis de sol.
43.10_ Les produits naturels ont une importance capitale dans la vie rurale des malgaches. On commence pourtant à voir les nouvelles technologies occidentales faire leur apparition, en commençant par les téléphones portables. Même si ces personnes courent toute l’année pieds nus. Il faut dire que souvent les chaussures ou même les tongs sont une gêne et sur la piste il n’est pas rare de croiser des personnes marchant pieds nus avec leur chaussures à la main. Pour les étrangers cela peut constituer une aberration mais pour les indigènes c’est tout à fait naturel.
43.11_ Je n’ai jamais vu une femme aller à la pêche en pirogue à la mer, et cela semble être un privilège qui n’est accordé aux hommes que pour montrer leur virilité à combattre les vagues du fougueux océan indien.
43.12_ Pour certaines jeunes filles qui veulent échapper à cette vie campagnarde sans aucune chance d’évoluer, elles n’ont qu’une seule issue, partir vers les cinq ou six grands centres urbains de la Grande Ile. Là bas elles tenteront de se « débrouiller » comme elles disent. Cela veut dire qu’elles chercheront dans un premier temps du travail dans les entreprises, chez les commerçants ou dans la restauration, souvent pour un salaire ridiculement bas.
43.13_ Comme le travail est relativement rare, elles n’ont comme choix que de revenir bredouille dans leur campagne ou alors si elles trouvent un touriste, elles resteront avec lui jusqu’à ce qu’il quitte le pays en essayant de lui faire croire qu’elles sont prêtes à l’attendre aussi longtemps qu’il le voudra à condition qu’il lui envoie régulièrement un peu d’argent par l’intermédiaire de la Western Union.
43.14_ Ils y a ainsi des jeunes femmes malgaches qui ont plusieurs fiancés qui leur envoient de l’argent. Certaines d’entre elles ont même la chance de tomber sur un commerçant aisé ou encore un touriste qui leur offrira des bijoux en or qu’elles revendront à moitié prix en cas de besoin.
43.15_ La plupart s’empressent pourtant de se faire offrir une garde robe qui rendrai jalouses beaucoup de jeunes françaises car les plus grandes marques mondiales comme par exemple Dior, Channel, D&G et bien d’autres se vendent pour une bouchée de pain à tous les coins de rue. Bien sûr il faut tourner le regard vers la Chine qui inonde littéralement le marché des pays émergeants avec ces produits contrefaits. Même les montres, les lunettes et autres produits de luxe sont bradés à des prix dérisoires. Ainsi on peut se promener sans être autrement inquiété avec une Rolex à quat’sous au poignet, des chaussures et ceinture en crocodile véritable et des vêtements avec ce même sigle du crocodile sur la poitrine.
44_La fête au village
44.1_ Aujourd’hui j’ai décidé que ce serait fête au village. En effet, ceci pour créer des liens forts avec les habitants et pour l’obtention d’une certaine indulgence de la part des habitants qui voient en moi une espèce d’intrus qui peut tout se permettre car il possède ce qu’aucun autre villageois ne possède : assez d’argent pour réaliser beaucoup de ses rêves qui sont également les rêves de la majorité des malgaches.
44.2_ Pourtant il ne faut pas croire que cette fête se décide tout seul. En effet il a fallu consulter les « Tangalamena » (sortes de sorciers ou de sages qui font parti des anciens et qui aident à trouver des solutions aux problèmes des habitants par des palabres. Il faut même un document établi en bonne et due forme avec la signature du « Président fokontany » (sorte de chef du village) et naturellement l’accord du maire qui est l’autorité suprême.
44.3_ Donc il s’est tenu une première réunion bien arrosée avec le célèbre "tokagasy" et la "besa besa" qui sont des alcool de canne à sucre. J’ai fait distribuer après la réunion une poignée de «madinka» (billets de banque de peu de valeur pour un étranger) à l’ensemble des personnes présentes selon la tradition malgache de cette région.
44.4_ Suite à cette réunion qui ne comptait pas moins de 36 Tangalamenas ou sages du village, il a été décidé qu’un « aombé mena » (taureau zébu roux) serait sacrifié au bord sud du lac où les pêcheurs passent tous les jours pour aller à la mer, et où, en cas de décès de nouveaux nés, ceux-ci étaient enterrés sous les arbres au petit matin sans aucune forme de cérémonie car ici la mortalité infantile est encore très élevée et que ce n’est que le destin qui décide si un enfant est assez fort pour résister aux dures réalités de la vie.
44.5_ Donc le sang du zébu sera répandu sur la terre à l’emplacement où ont été enterrés jadis ces nouveaux nés. Le zébu égorgé, il est découpé en petits morceaux à la hache puis ces petits morceaux formeront de petits tas où seront mêlés différentes parties de l’animal pour éviter le plus possible le favoritisme. Puis après d’âpres palabres, chacun se voit attribuer une poignée de viande sanguinolente. Ceux qui découpent la viande ne se gênent pas le moins du monde pour manger cru un petit morceau qui est resté accroché à la lame du couteau.
44.6_ Une nuée de gamins sont sagement assis à même le sol et à part quelques jeunes qui ont un peu forcé sur les boissons alcoolisées et qui font leur possible pour se faire remarquer, cette petite fête s’est déroulée sans anicroches. De nombreuses personnes se sont déjà manifestés en m’affirmant que cela renforcera le respect pour ma personne et le "Tangalamena" dans son discours à engagé toute la population à me venir en aide en cas de besoin. Ce qui était déjà le cas auparavant. Même le commissaire de police de la petite ville proche de dix kilomètres que j’ai conduit à la station de bus m’a félicité dans mon initiative pour cette fête destinée au rapprochement de la population.
44.7_ Beaucoup de jeunes femmes dont certaines étaient trois fois plus jeunes que moi m’ont adressé des sourires prometteurs et m’ont clairement signifié leur intérêt, mais sachant que ce n’est que l’argent que je possède qui les intéresse, j’ai préféré après cette journée me coucher sur mon lit avec mon ordinateur pour lui confier le fil de ces événements.
44.8_ Comme c’est bizarre que les plus belles femmes perdent tout intérêt aux yeux des hommes quand elles s’offrent délibérément et qu’on est simplement considéré comme un objet de valeur et non une personne de valeur (Etre ou avoir..That is the question).
44.9_ Le « diskjokey » du village qui possède un petit groupe électrogène s’est proposé de créer une ambiance musicale pour célébrer cette fête et les femmes du village ont déjà fait griller le jour précédent trois kilo de café local. Bien sûr il ne fallait pas compter moins d’un jerrycan de 20 litres de "besa besa" et deux petits bidons de 5 litres de "tokagasy" dont un seul litre foudroierait un cheval et naturellement des caisses de bières, de Coca Cola, de soda et la fameuse limonade au goût de bonbon anglais.
45_ Les fruits à Madagascar
45.1_ Cette année j’ai vraiment été gâté car je me suis gavé de fruits malgache dont pour certains, je ne soupçonnais même pas l’existence. Ainsi j’ai appris à connaitre et à goûter trois sortes de gaves sans compter : goyaves, oranges vertes, citrons de toutes variétés, des vongalas qui ressemblent à des citrons sucrés et beaucoup moins acides.
45.2_ Certains fruits comme des bananes géantes ou franpins peuvent être préparés cuits ou frits. Il y a également le long de l’océan indien de petits buissons qui font à peine quelques dizaines de cm de haut et qui portent de petits fruits qui ressemblent à nos cerises noires mais qui n’ont pas le même goût. Même les palmiers à grandes épines qui poussent comme de la « mauvaise herbe » portent des grappes dont les petits fruits ont une saveur semblable à celle des dattes. En ce qui concerne les ananas, il suffit des détacher les feuilles du fruit et de les replanter dans le sable et deux an plus tard, un nouvel ananas pourra être dégusté, puis on refait l’opération pour replanter les feuilles de ce nouveau fruit.
45.3_ Chaque période de l’année apporte d’autres fruits ou légumes dont certains se récoltent cependant toute l’année.
45.4_ En ce qui concerne les fruits de la mer ou des eaux douces, il suffit d’attendre le retour des pêcheurs et de leur demander : « Misy loko » ? S’ils répondent par : « sisy », cela signifie qu’ils rentrent bredouille. S’ils répondent par : « kely kely », cela veut dire qu’ils ont attrapé du menu fretin. Par contre s’ils répondent par : « misy », cela signifie qu’ils ont des choses intéressantes comme des camarons (sortes de grosses crevettesque qui se négocient ici environs 2,30€/kg), du thon, du «trois dents », du « soumpneu », des « tilapias » ou d’autres poissons frais que l’on négocie à moins d’un € le kilo.
45.5_ Dernièrement j’ai négocié un « soumpneu » de près de quatre kilos pour environs deux € car il n’aurait plus été très frais pour le marché du lendemain dans la petite ville proche de dix km. J’ai coupé ce délicieux poisson en morceaux que j’ai immédiatement fais cuire avant de le mettre au réfrigérateur pour le déjeuner du lendemain où nous étions à une demi-douzaine de personnes à table pour le déguster.
46_ L’énergie dans la brousse
46.1_ Etant donné qu’il fait nuit noire vers 7h du soir et que pour économiser le courant qui est une denrée rare dans la brousse, la seule chose sensée est de se coucher tôt. Pour produire du courant, il y a bien des groupes électrogènes, très bruyants et surtout gourmands en carburant, il existe aussi les éoliennes mais il faudrait peut être les accrocher à un mât très haut pour qu’elles soient d’une certaine efficacité et en cas de cyclone, il faudrait les démâter. Mon expérience d’éolienne a été plutôt négative car à une élévation d’environs 3m au-dessus de la toiture, la douce brise qui vient de la mer ne suffit pas à faire tourner les pales assez rapidement et de façon constante pour espérer en tirer le moindre bénéfice.
Par contre, en ce qui concerne les panneaux solaires, une demi-douzaine de ces panneaux et autant de batteries de 12V ainsi qu’un bon convertisseur-inverseur est intéressant car le taux d’ensoleillement est assez constant pour une production d’énergie domestique. En ce qui concerne la rentabilité de ce matériel, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour car ce matériel possède une longévité assez limitée qui ne permet pas d’amortir son prix de revient, contrairement à ce qu’affirment les revendeurs de ce matériel.
47_L’aide humanitaire ou certains moyens d’avoir de l’argent à Madagascar
47.1_ En France il m’arrivait de faire des dons soit en numéraires ou encore en habits qui étaient devenu trop étroits pour moi. Quand je suis arrivé à Madagascar, je me suis rendu compte que ces habits qui arrivent d’occident ne sont pas du tout distribués gratuitement aux nécessiteux mais au contraire, ils font l’objet d’un commerce qui rapporte de l’argent non seulement à des transporteurs ainsi qu’à des conditionneurs qui en font des balles de 40Kg et pour finir à des commerçants qui les vendent directement étalés sur les trottoirs ou parfois sur le sol des marchés du pays.
47.2_ Souvent ces balles de fripes sont attachés sur le toit des taxi-brousses qui sillonnent le pays et sont vendus jusqu’aux moindres recoins de la brousse madécasse. Bien sûr ce ne sont pas les commerçants qui sont au bout de cette chaîne qui font les plus gros bénéfices mais bien les organisations qui récoltent gratuitement ces vêtements dans les pays occidentaux car ils ont des moyens énormes pour disposer jusque dans la moindre des communes des containers destinés à la récupération de ces habits usagés dont la plupart sont pratiquement neufs. Ces organisations prélèvent pour certaines jusqu'à plus de soixante pour cent en frais de fonctionnement.
47.3_ J’ai ainsi vu dans une petite ville de la brousse un tas de vêtements venus du Canada dont certains portaient encore les étiquettes de prix en Dollar canadien. Bien sûr la taille des canadiens ne correspond en rien aux mensurations de la majorité des malgaches qui pourraient entrer à trois dans un short canadien.
47.4_ Ici il n’est pas besoin de faire des dons car si on donne de l’argent aux malgaches, ce ne sera pas leur venir en aide car le jour suivant ils auront dépensé cette aide et en seront réduit au même point.
47.5_ Si vous achetez une canne à pêche à un malgache, il va la vendre et faire la fête en invitant sa famille et le lendemain il aura de nouveau faim. La meilleure aide qu’on peut leur apporter, c’est de leur fournir du travail et ils gagneront de façon respectable leur vie. Ainsi on peut embaucher un personnel nombreux car à raison de 0,77 € par jour avec une poignée de riz qui coûte environ 0,10€, il est ainsi possible pour un vazaha d’aider les plus démunis de la brousse sans que plus de la moitié des dons qui proviennent de l’étranger ne serve qu’au fonctionnement des associations qui collectent ces fonds.
47.6_ Ici tout est payant et une jeune personne qui désire apprendre un métier est obligée de payer les cours. Par exemple un cours pour apprendre le métier de coiffeur en cours accéléré, coûte environs trois ou quatre mois de salaire d’un employé. Pour un apprentissage complet de plusieurs mois, il faut multiplier selon la durée du stage. Donc celui qui n’a pas de travail à Madagascar et qui veut apprendre un métier, c’est pratiquement mission impossible car le peu d’argent qu’il arrivera à glaner à gauche ou à droite par de petits emplois ponctuels ne lui rapportent même pas assez pour couvrir ses besoins personnels.
47.8_ La seule façon pour d’innombrables malgaches d’avoir une petite rentrée d’argent est liée la plupart du temps au commerce informel. Ce commerce s’exonère de taxes et possède l’avantage pour les marchands qui l’exercent de gagner rapidement un peu d’argent s’ils trouvent une bonne place et s’ils sont capables d’écouler une marchandise facilement renouvelable.
47.9_ Ainsi dans la capitale ou les grandes villes, ce qui se vend le mieux sont les tomates, les oignons, l’ail, le gingembre et dans le registre des fritures on trouve des nems, sambos, beignets de pommes de terre ou autres et naturellement à côté des tas de fripes, des chaussures et des sacs on trouve des téléphones portables d’occasion, des montres des lunettes, enfin toutes les marchandises qui se transportent dans un sac ou un panier car à la moindre alerte il faut être capable de tout remballer dès l’apparition de la police des marché qui souvent fait des rondes avec un camion et confisque tout. Il est inutile de faire de la résistance car cette police se compose généralement d’une dizaine de gros bras qui n’hésitent pas à courser les marchands à la sauvette.
47.10_ Il faut dire aussi que certaines rues dans le centre de la capitale sont envahie jusque sur la moitié de la voie par ces marchands qui empêchent la circulation des véhicules et obstruent entièrement certaines autres rues. Si on ajoute à cela les nombreux badauds pour qui tous ces étalages sont une distraction, cela devient un engorgement où les véhicules ne trouvent plus leur place pour circuler.
47.11_ Si on circule à pied dans ces rues, il est parfois difficile de se frayer un chemin sans se faire écraser un pied par un véhicule ou de trouver un passage entre les badauds qui s’arrêtent pour fouiller dans un tas de marchandises étalées sur une bâche à même le sol. Il faut en outre être attentif à ses biens car de nombreux pickpockets ont choisi justement ces endroits pour essayer maladroitement le plus souvent de subtiliser un portefeuille ou le contenu d’un sac à main.
47.12_ Dans l’ensemble cette population est très conviviale, ouverte au dialogue et pas du tout rancunière. Vous pouvez demander n’importe quoi et contre quelques menues monnaies vous l’obtiendrez. Ainsi si vous cherchez une place de parking dans le centre ville de la capitale ou ailleurs, il sera facile de trouver un gardien qui vous aidera à trouver et restera debout à côté de votre véhicule le temps qu’il faudra pour 0,10 ou 0,15€.
47.13_ Si vous avez fait des courses et pour vous éviter de faire plusieurs fois le trajet entre le véhicule et le magasin ou le domicile, il y a de nombreux porteurs qui vous proposeront leur aide. Leur sport favori reste pourtant le lavage de voiture qui les occupe un bon moment pour une rétribution un peu plus substantielle.
47.14_ Il faut bien reconnaître que les femmes ou plutôt les jeunes femmes qui ont une silhouette gracieuse ont bien plus de facilités pour acquérir de l’argent car il leur suffit de faire les yeux doux à des hommes qui possèdent de l’argent et généralement elles obtiennent ce qu’elles désirent.
47.15_ Certaines villes comme Tamatave sur la côte Est est envahie par des scooters dont la plus grande majorité est pilotée par de belles jeunes femmes. Donc plusieurs possibilités s’offrent à celui qui veut savoir d’où provient l’argent pour acheter ces scooters : soit toutes les belles jeunes femmes sont de condition aisée et celles qui ne sont pas belles sont de condition modestes, soit la beauté de certaines jeunes femmes leur permet plus facilement d’avoir la possibilité de rencontrer des hommes qui leur font des cadeaux sous la forme de ces fameux scooters tant convoités par ces jeunes femmes… Allez donc savoir…
47.16_ Il va de soi que les belles jeunes femmes sont très « débrouillardes » et qu’elles n’ont pas froid aux yeux sous les tropiques. C’est certainement cela aussi qui attire bon nombre de retraités chauves, bedonnants avec une petite retraite en France qui pourtant leur permet de passer pour Crésus à Madagascar et qui attirent les belles jeunes malgaches comme un pot de miel attirerait les abeilles. Mais tout ceci n’est que mon opinion personnelle et je ne voudrai en aucun cas généraliser car mon attention n’est peut-être guidée que par mon esprit tortueux.
48_Juin 2010
48.1_ Ma vie est faite de petits bonheurs que j’apprécie jour après jour. Rien de bien prodigieux mais des satisfactions personnelles, des envies, des impulsions, des surprises, des découvertes et surtout le plaisir d’être présent pour beaucoup de personnes beaucoup moins chanceuses que moi.
Ainsi les jours s’écoulent sous le soleil avec mes projets qui suffisent à combler mes rêves qui améliorent également la vie des personnes qui m’entourent.
48.2_ Les ouvriers que j’emploie, la femme de ménage, plusieurs commerçants trouvent en moi une personne importante à leurs yeux car je ne lésine pas sur les tarifs contrairement aux gens d’ici qui achètent leurs produits au compte-gouttes et payent les services au lance-pierres.
48.3_ Bien sûr il ne faut pas être pressé car ici on prend le temps de vivre et quand on discute avec quelqu’un, on ne regarde pas l’heure. On se lève avec le jour, on se couche avec la nuit et on mange simplement quand on a faim. Pour le reste, il y a toujours le temps de faire ce qu’on a envie. Pourtant, ce qui est le plus appréciable est peut-être de pouvoir se couper du monde pour un temps et se retrouver dans sa bulle. Se déconnecter entièrement d’une vie antérieure et avoir le choix d’en reconstruire une autre à sa guise peut devenir jouissable dans la mesure où il est toujours possible de revenir en arrière ou encore de profiter pleinement de l’expérience et des richesses acquises et de les mettre à profit.
48.4_ Pourtant une impression de liberté, d’engagement personnel me coupe du monde que j’ai connu en France. De ce monde d’assistés où on pense injustement à mon avis que le fait d’avoir une couverture sociale nous positionne dans une situation invulnérable alors que cela nous affaibli. On pense que du fait qu’on est super protégé avec des caméras à tous les coins de rue, et qu’à l’aide d’une force de l’ordre parmi les mieux organisé au monde on est à l’abri du vol et qu’on est protégé de tous risques.
48.5_ Ici, paradoxalement à ce qu’on pourrait croire, on n’a même pas de verrou et la porte des cases est simplement constituée de nervures de grandes feuilles enfilées sur de fines lanières de bambous qu’on positionne devant l’entrée de la case pour indiquer qu’il n’y a personne à l’intérieur.
48.6_ Les vols sont rares dans les campagnes et on n’a pas besoin de faire appel aux policiers ou aux gendarmes qui créent plus de problèmes qu’ils n’en résoudraient car la corruption a la vie dure ici et fait partie des pratiques usuelles pour arrondir une rémunération trop faible. Et si vol il y a, c’est plutôt une marmite ou des denrées alimentaires qui seront en tête de liste parmi les choses qui seront les plus convoitées. Mais là encore si un voleur se fait pincer, il encoure de un ou deux ans de prison où il n’aura guère de loisir à part ceux d’exister et de se repentir de ce qu’il aura fait.
48.7_ Contrairement aux prisons françaises où les détenus disposent de télés ou d’autres avantages, ici les prisons sont crasseuses, et les détenus sont serrés comme des harengs dans une boîte et même la nourriture est apportée par la famille car en prison, le peu de nourriture qui est distribué ne suffit guère à satisfaire la faim.
Friday, September 2, 2011 2:38:41 PM
49_ Le manioc
49.1_ Au mois d’août c’est la saison du manioc. On le récolte jour après jour selon les besoins et on replante des morceaux de tiges d’environs trente cm de long ces tiges supportant les feuilles vont refaire des racines qui vont supporter d’autres tubercules. Les feuilles de manioc sont également consommées et entrent dans la composition du plat national : le ravitoto, genre de pot au feu qui rappelle un peu la fameuse Rindfleichsuppe réservée jadis au déjeuner du dimanche après la messe dans l’Est de la France.
49.2_ Comme j’ai acheté un champ planté de manioc dont les tubercules sont arrivé à maturité, j’en profite pour les mettre au menu de temps en temps avec d’autres légumes, du poulet, du poisson, des œufs ou de la viande, selon les opportunités qui se présentent.
49.3_ Il faut savoir que le manioc fait partie de la grande famille des euphorbes qui contiennent un suc blanc et collant. Ce n’est pas mauvais et comme d’autres tubercules tels le « Saonjo », les énormes tubercules d’igname ou les patates douces cela permet de diversifier les menus car ici dans la brousse, il ne faut pas espérer trouver un présentoir de fruits et légumes qui proviennent du monde entier comme nous avons l’habitude d’en voir dans les supermarchés européens.
49.4_ Par contre les légumes ou fruits comme les tomates, les pommes de terre, les choux, les oignons, l’ail les haricots, les carottes, les bananes et quelques autres se retrouvent toute l’année sur les étals du marché de la petite ville la plus proche. Pour le reste, chaque période de l’année apporte d’autres fruits et légumes. L’avantage de cette nourriture, c’est qu’elle ne connait aucun traitement chimique ou autre.
49.5_ Si certains fruits ou légumes sont traités entre dix et vingt fois avant de se retrouver sur les assiettes dans les pays riches, ici, les cultivateurs sont si pauvres qu’ils n’ont même pas de fumier pour enrichir leurs cultures.
49.6_ Ceci pour mon plus grand bonheur car je reste persuadé que les pesticides, fongicides, engrais chimiques et autres traitements aux rayons permettant une plus longue conservation de la nourriture ne sont pas étrangers aux nombreux cancers des populations des pays occidentaux. Pour ce qui est de l’hygiène, je pense peut-être à tort que poussée à l’extrême elle ne peut que minimiser nos défenses immunitaires ce qui pourrait paradoxalement nous affaiblir et nous pousser de plus en plus à vivre dans des « caissons étanches » pour fuir les microbes au lieu de nous armer et nous permettre de nous renforcer face à cette multitude d’agents pathogènes auxquels nous sommes confrontés tous les jours aussi bien en occident que sous les tropiques.
49.7_ Tout en coupant des centaines de bouts de tiges de manioc avec mon coupe-coupe, une mélodie m’est passée par la tête et si j’ai mis mes propres paroles sur cet air, je pense que vous trouverez aisément les notes de l’air qui va suivre :
49.8_ Savez-vous planter l’manioc
A la mode, à la mode
Savez-vous planter l’manioc
A la mode des malgaches…
On le plante avec les mains
A la mode, à la mode
On le plante avec les mains
A la mode des tropiques…
Savez-vous planter l’manioc
A la mode, à la mode
Savez-vous planter l’manioc
A la mode des pays pauvres
On le plante avec les pieds
A la mode, à la mode
On le plante avec les pieds
Pour bien tasser la terre
Etc.
49.9_ Pour ce qui est de l’igname, un autre tubercule des tropiques, j’ai été étonné de trouver au marché local des tubercules de plus de cinquante cm de long dont un seul spécimen de plusieurs kg pouvait nourrir une famille entière pour la modique somme de moins de 0,50€. Ceci dit, si on ne se nourrissait que de tubercules divers et de riz comme le font de nombreux malgaches, les dépenses mensuelles de nourriture pour une famille de cinq personnes par exemple ne dépasseraient guère les quinze €.
49.10_ Il faut dire que les malgaches de la côte Est sont plutôt privilégiés car de nombreuses plantes dites « sauvages » peuvent être consommées en bouillon, telle une espèce de fougère très commune dans certains endroits ou entre autres des fleurs ou les nouvelles pousses de certains arbrisseaux qui possède une saveur et une ressemblance avec nos asperges. Comme il pleut très souvent la nuit dans cette région, même en dehors de la saison des pluies, les plantes poussent comme des champignons.
49.11_ Ajoutant à cela que les enfants dès leur plus jeune âge vont à la pêche avec une moustiquaire pour attraper des civelles, des bichiques ou d’autres alevins ainsi que de petites crevettes au bord de la mer, du fleuve ou du lac.
49.12_ La nourriture est assez abondante sur la côte Est et malgré cela une ONG américaine distribue régulièrement de grandes boîtes de conserves contenant au moins deux ou trois litres d’huile de table à tous les élèves des écoles. Cette ONG possède également un hangar rempli de sacs de riz en prévoyance d’un cataclysme naturel causé par des cyclones qui balaieraient les frêles habitations comme des fétus de paille et inonderaient une partie de la région.
50_Inventaire des plantes de Salehybé.
50.1_ Je me suis lancé dans un programme d’inventaire des plantes poussant sur mes terrains et à chaque occasion j’essaie d’en planter des espèces différentes en supprimant les plus communes. Pour commencer, et en moins de huit jours, j’ai déjà déterminé près d’une centaine d’espèces différentes.
50.2_ Actuellement j’ai un ouvrier qui part tous les jours à la recherche de plantes que je ne possède pas et qui m’aide dans cette tâche. Je me dis que d’une certaine manière cela ne peut être qu’avantageux pour la reproduction des espèces dont la niche écologique est assez restreinte au dépend d’espèces envahissantes.
50.3_ Naturellement il n’est pas aisé du tout de deviner le substrat idéal pour chaque plante d’autant que le sol très pauvre et parfois halophile du bord de mer ajoute une difficulté de plus.
50.4_ Parfois je fais plusieurs km pour trouver une terre argilo-calcaire que je mélange à l’humus avant de recouvrir de déchets organiques produits par les épluchures que je conserve pour l’enrichissement du sol de plantation.
50.5_ Il faut dire aussi que la plupart des plantes d’ici sont des espèces endémiques qui n’existent nulle part ailleurs sur notre planète. En espérant attirer du même coup des espèces animales qui se sont raréfiées ou ont disparus de la région aux détriments d’autres espèces comme les serpents et les rats qui pullulent. Mais ceux-ci ne sont pas dangereux et ils sont très discrets.
50.6_ J’ai eu dernièrement la joie de voir un papillon magnifique de plus de quinze centimètres, ailes déployées et plus de vingt centimètres de la tête au bout de la queue. Il fait partie des espèces les plus grandes au monde. J’ai gardé cet exemplaire qui avait été retrouvé mort. Je ne sais pas si j’arriverai à le conserver, en tout cas je l’ai épinglé sur un support en ayant pris la précaution de vaporiser un insecticide afin que d’autres insectes ne viennent pas le détériorer.
51_ Téléphones modulaires de la brousse.
51.1_ Je possède un téléphone modulaire qui ne sert à rien car n’ayant pas de réseau suffisant dans ma brousse, n’ayant personne à appeler et surtout n’ayant pas envie d’être appelé, je laisse donc ce téléphone éteint dans un tiroir.
51.2_ Mais là ne s’arrêtent pas mes relations avec les téléphones modulaires car étant un des rares habitants de la région à générer du courant électrique grâce au soleil et à un groupe électrogène chinois qui est plus souvent en panne qu’il ne fonctionne, de nombreuses personnes viennent charger leur téléphone chez moi.
51.3_ Je suis donc dérangé plusieurs fois par jour pour le plus grand bonheur des indigènes qui ont bien compris qu’il était plus avantageux de recharger leur téléphone chez moi plutôt que de payer 3500 Fmg (anciens Francs malgaches) au propriétaire de la « disco » locale qui fait tourner une vieille télé avec un groupe électrogène et charge les téléphones du village et des environs.
51.4_ Etant donné que ce propriétaire de la disco est venu m’emprunter de l’argent pour acheter de l’essence afin de faire danser la population le jour anniversaire de l’indépendance de Madagascar et qu’il ne m’a toujours pas remboursé la totalité de cette somme, j’ai décidé de lui faire de la concurrence et de faire payer à mon tour le chargement des l’accus de ces téléphones portables d’un montant de 2000 Fmg (environs 0,15€) par appareil. Ceci, non pas pour rentabiliser ma production d’électricité mais plutôt pour freiner l’ardeur des personnes qui veulent profiter de l’aubaine pour faire charger gratuitement leur téléphone et naturellement pour faire comprendre à mon débiteur qu’il ne sert à rien d’emprunter impunément de l’argent et de ne pas le rembourser par la suite.
51.5_ Je ne veux surtout pas lui faire de tort, car sa survie ainsi que celle de sa famille dépend des maigres revenus produits par son groupe électrogène qui lui permet en outre de faire de la musique sur laquelle se déhanchent les jeunes des environs, ainsi que des projections vidéos et enfin le chargement des accus en tous genres. Toutes ces prestations étant rémunératrices bien entendu.
51.6_ Ces téléphones, quand l’accu n’est pas déchargé, quand il y a du réseau et surtout quand ils possèdent encore un crédit suffisant pour téléphoner ne servent souvent pas à grand’ chose car les communications n’aboutissent que très rarement. Souvent l’appareil de la personne appelée n’est pas en service à cause de l’accu déchargé ou alors tout simplement la personne se trouve hors zone d’appel.
51.7_ J’en conclu donc que cette invention est prestigieuse dans un environnement adapté mais que dans la jungle ou dans la brousse, cet appareil ne sert la plupart du temps qu’à frimer.
51.8_ Dernièrement le curé du village qui fait partie de la garnison de « pères » polonais venus endoctriner la région a envoyé une personne pour faire recharger l’accu d’une lampe qui devait servir à éclairer les sermons dans la petite chapelle du village.
51.9_ Heureusement que justement ce jour du Seigneur, ce dernier avait omis de chasser les nuages et cela m’a permis de prétexter qu’il n’y avait pas assez de lumière pour produire du courant (ma mauvaise foi me perdra, crédon de Dieu !).
52_ Crocons du croco
52.1_ Une nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : Il y a un crocodile dans le lac de Salehy bé au bord duquel j’ai bâti mes cases. Toute la région, jusque dans la petite ville proche dix kilomètre est en émoi. Les uns prétendent que cela ne pouvait être qu’un petit crocodile d’à peine un mètre, d’autres disent que la « bête » mesure bien sept mètres du bout de ses dents redoutables à la pointe de la queue.
52.2_ Le chasseur de la ville la plus proche a même eu une demande de la population pour aller abattre cette bête immonde qui terrorise la région. La femme du Tangalamena (sage ou sorcier du village) est venue spécialement pour me dire qu’elle a vu de ses yeux la tête de l’animal qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de mes paillotes et que je devais me méfier, surtout la nuit.
52.3_ J’ai répondu qu’il était fady (interdit) de tuer les crocodiles sans autorisation spéciale délivrée par les autorités compétentes. D’autant plus que ce crocodile me sera très utile un jour quand ma dernière heure aura sonnée.
52.4_ Je n’aime pas l’idée d’être enterré dans la maison des morts (cimetière) et encore moins d’être incinéré qui d’ailleurs est une méthode de barbares selon les croyances malgaches. J’ai donc demandé à qui veut m’entendre que ma volonté serait que ma dépouille servirait à retarder l’extinction des crocodiles en les nourrissant de ma chair. Ce qui ne serait finalement qu’un juste retour des choses car j’ai bien goûté déjà à la chair de crocodile (c’est gras et cela possède une saveur de vase).
52.5_ Je souhaite simplement que les crocodiles qui se partageront ma dépouille mortelle apprécieront la saveur de ma chair. D’autant plus que je prends soin de me laver tous les jours pour éviter que mon enveloppe charnelle n’ait « mauvais goût ».
52.6_ Même mes repas sont très épicés car je n’hésite jamais à incorporer aux aliments que j’ingurgite des fines herbes, du gingembre local, du poivre vert, des baies roses que j’achète par Kg et naturellement toutes sortes d’épices en poudre ainsi que des clous de girofle produits également au village, de la vraie vanille en gousses ou simplement du café qui peut se conserver des années à condition de ne le torréfier qu’en petites quantité pour profiter de son arôme. Avec tous ces produits sains et non traités, je pense que ma carcasse ne sera pas affectée par les maladies qui rendent la chair humaine impropre à la consommation.
53_ La modicité du prix des produits locaux.
53.1_ J’ai acheté dernièrement directement à un producteur de la brousse 4,5Kg de gousses de vanille séchées pour la modique somme de 13€ le kilo. Et 18,5 kg de café robusta à raison de 0,80€ le Kg. Je me suis laissé faire un pilon avec un mortier pour moudre ce café au fur et à mesure après torréfaction sur une plaque de tôle légèrement incurvée destinée spécialement à cet effet.
53.2_ Bien sûr il me fallait également une presse pour la canne à sucre et le devoir de l’employé qui vient en premier le matin est tout naturellement de presser assez de canne pour sucrer le café.
54_ Mama’ni Kambana
54.1_ Mama’ni Kambana est une femme d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain qui possède dune poitrine qui cache son ventre, ceci étant causé par de nombreux allaitement dont plusieurs paires de jumeaux soit en tout treize enfants. L’avantage de cette dame est qu’elle ne parle pas beaucoup et s’abstient de divulguer tout ce qui se passe au petit village que j’ai créé.
54.2_ Contrairement à mama Lita qui était une vraie commère et qui racontait tout ce qui se passe et en rajoutait encore quand il ne se passait rien.
54.3_ Les habitants ayant l’habitude de déformer par leurs commérages la vérité, il en sortait des histoires invraisemblables et j’ai été forcé après trois avertissements de la congédier.
54.4_ L’inconvénient c’est que je n’ai plus personne pour chasser les mauvais esprits… car le visage de mama Lita suffisait à faire fuir tous ceux qui me voulaient du mal. En plus, toujours d’après les commérages elle serait en train de préparer des gris-gris contre tous ceux qui sont en bons termes avec moi.
54.5_ Bien sûr maman’i Kambana est irremplaçable pour surveiller la marmite dont le contenu mijote sur le petit réchaud à bois directement posé au sol. Elle peut rester des heures avec la louche dans la main, accroupie à même le sol en ne se levant que pour alimenter le feu avec des morceaux de bois que les ouvriers préparent à l’intérieur lorsqu’il pleut.
54.6_ Elle est imbattable aussi pour frotter le cul des marmites noircies, mais elle a beaucoup plus de mal à s’adapter à la nouvelle cuisine que j’ai conçu spécialement pour elle car elle doit se tenir debout devant un évier pour la première fois de sa vie et se servir d’un robinet pour laver la vaisselle.
54.7_ Elle qui avait coutume d’économiser l’eau et de s’en servir pour plusieurs usages par exemple laver les légumes, puis les mains et enfin y faire la vaisselle. Maintenant j’ai exigé qu’elle se lave les mains avant de faire quoi que ce soit, directement sous le robinet. Au début elle posait une bassine dans l’évier en inox pour éviter que l’eau ne s’évacue, et j’ai été obligé de lui confisquer cette bassine pour qu’elle se résigne à se servir de l’évier étincelant neuf.
54.8_ Par contre pour préparer des pâtes, maman’i Kambana est encore à son coup d’essai car elle ne connaît pas vraiment la quantité d’eau qu’il faut pour faire cuire un paquet de spaghettis par exemple et ne lui demandez surtout pas de préparer des pâtes andante…
54.9_ Quand à la sauce tomate, je la prépare une fois par mois avec une dizaine de Kg de tomates que je fais mijoter à feu doux avec tous les ingrédients indispensables pour en agrémenter la saveur ainsi que de l’huile pour en favoriser la conservation. Je verse donc cette sauce bouillante dans des pots avec des couvercles qui se vissent (genre pots de moutarde) en prenant la précaution de les remplir jusqu’au bord et en y apposant un film alimentaire pour éviter toute bulle d’air entre le couvercle et la sauce. Cette opération me prend toute une après-midi sans compter que le matin même je dois me rendre à la petite ville la plus proche pour acheter mes tomates au bazard bé (grand marché).
54.10_ J’ai appris également à maman’i Kambana à faire des frites et à calibrer les pommes de terre non pas en les coupant en quatre comme elle avait l’habitude de le faire. Je pense que la façon que j’ai de cuisiner convient aussi bien aux ouvriers qui ne manquent jamais de se resservir une seconde fois à chaque repas.
54.11_ Pour les restes de la marmite, maman’i Kambana les emmène dans un sachet en plastique pour les réchauffer chez elle le soir, et certainement partager ces mets avec sa nombreuse famille.
54.12_ Aujourd’hui j’ai acheté directement à un pêcheur un poisson (capitaine) de plus de cinq Kg pour la modique somme de 3,50€. Il était délicieux car il n’en restait plus à la fin du repas. D'autant plus que contrairement aux habitudes des malgache qui coupent le poisson en tranches, j'ai appris à lever les filets et du même coup Maman'i Kambana a retenu la leçon pour les prochains poissons.
55_ Tonga et Razaka
55.1_ Ce sont deux ouvriers polyvalents qui m’aident dans mes travaux journaliers et si Razaka est assez habile de ses mains et qu’il est capable de reproduire de façon satisfaisante ce que je lui montre une fois, Tonga par contre n’a pas eu la chance d’avoir le moindre bon sens et s’il est capable de creuser des trous ou s’il est imbattable pour abattre des arbres, il le fait sans le moindre raisonnement.
55.2_ Ainsi dernièrement Tonga a coupé un câble électrique enterré en pensant que c’était une racine d’arbre, et cela à deux endroits différents car il creusait des trous pour y enterrer les poteaux d’une palissade autour d’un jardinet.
55.3_ Donc Tonga et Razaka travaillent tous les jours de l’année car ici il n’y a ni dimanches, ni jours fériés ni vacances ni même une retraite. Ils sont privilégiés car ils touchent un salaire d’environs 1€ par jour et j’ai proposé le double pour les dimanches travaillés.
55.4_ Le tarif usuel dans la brousse pour planter le riz toute la journée les pieds dans l’eau boueuse où se trouvent des quantités de sangsues et des moustiques à foison est d’environs 0,60€ par jour pour un homme et un peu moins pour une femme.
55.5_ En ce moment les français sont mécontents de la réforme des retraites alors qu’ici on ne sait même pas ce que c’est qu’une retraite et les vieux travaillent jusqu’au jour de leur mort.
55.6_ Il faut dire aussi que l’espérance de vie atteint rarement soixante ans ici à Madagascar car dans la campagne les médecins sont très rares et les moyens de locomotions inexistants si on considère que les rares bicyclettes ne sont pas vraiment adaptées pour transporter un blessé ou un malade.
55.7_ Ici la retraite des vieux se conjugue avec de nombreux enfants. Plus on a d’enfants, plus on cotise pour sa caisse de retraite personnelle en espérant qu’un ou plusieurs d’entre eux vous aideront à améliorer votre retraite.
56_ Dernières nouvelles malgaches
56.1_ Tandis que l’Est de la France se blotti contre ses radiateurs en ce début décembre, ici, dans la brousse malgache un soleil de plomb écrase les plantes qui commencent à laisser pendre leurs feuilles et dans un dernier effort à faire éclore leurs fleurs pour permettre aux graines de perpétuer le cycle de la vie.
56.2_ Les litchis dont la vente permet d’habitude aux indigènes de mettre un peu de beurre dans les brèdes (genre d’épinards malgaches) ont plusieurs semaines de retard et ont du mal à mûrir.
56.3_ Les zébus ont de plus en plus de mal à trouver de l’herbe verte et doivent se contenter de brouter çà et là quelques touffes préservées à l’ombre des broussailles.
56.4_ Les autres années, la fin de l’année fait débuter la saison des pluies, mais le réchauffement climatique a l’air de se manifester également paradoxalement dans ces zones dites « pluviales »…
56.5_ J’ai été obligé de creuser un peu plus profond mon puits qui était à sec, mais je n’ai rien pu faire pour le niveau du lac qui a baissé d’au moins cinquante cm.
56.6_ D’habitude les habitants du village voisin venaient très souvent avec du poisson ou des grosses crevettes à vendre, mais en cette période de disette, même les poissons de la mer, du lac et du fleuve se font rares.
56.7_ Pourtant des fruits sauvages sont au rendez-vous et si les gaves ne sont pas encore vraiment mûres, d’autres fruits comme les « vosindririna », les « vôtronaka », les "vonantindriaka", les bongam-piso ou les « vombarazana » permettent de se gaver à longueur de journée.
56.8_ Ces fruits sont totalement inconnus dans les pays occidentaux. Ceci pour dire qu’il y a bien d’autres fruits sauvages encore mais je ne parle que ceux qui poussent autour de chez moi.
56.9_ Dernièrement j’étais dans la capitale et je me suis offert quelques plantes comme le fameux Ylang ylang dont les fleurs permettent la fabrication d’un fixateur pour les plus grands parfums mondiaux.
56.10_ Bien sûr, en plus de quelques succulentes je n’ai pas résisté à m’offrir un plant « d’oliva » qui serait le sosie de nos oliviers mêmes si les feuilles de cet arbre sont totalement différentes. Par contre l’eucalyptus « gunny » avec ses feuilles bleutées m’a séduit et comme il n’a pas résisté jadis au climat rude de l’Est de la France, j’ai décidé de lui offrir une nouvelle chance ici au pays des eucalyptus.
56.11_ J’ai eu de nombreuses pertes car les plantes n’ont pas toutes résistées aux chaleurs de ces dernières semaines en mon absence et au manque d’eau.
57_ La technologie à Madagascar
57.1_ Aujourd’hui, le groupe électrogène qui me permet d’alimenter mon château d’eau par l’intermédiaire de ma pompe électrique a décidé de me lâcher. Aux dernières nouvelles, c’est le vilebrequin qui a bloqué car un roulement n’a pas résisté au manque d’huile. En effet ces machines ont besoin elles aussi d’être « arrosées » de temps en temps, même si ce n’est pas avec le même liquide.
57.3_ Pourtant, je ne peux m’en prendre qu’à moi car le matériel "pur chinois" que je me suis offert il y a moins d’un an m’a déjà coûté plus cher en réparations que si j’avais acheté du matériel sérieux made in France et dont le sigle « C E » n’est pas le « CE » chinois car même ce sigle a été « piraté » par des entreprises chinoises qui inondent le marché mondial de leurs marchandises à quat’sous.
57.4_ Bien sûr ils vont offrir en contrepartie des hôpitaux ultra modernes, une cimenterie gigantesque, un tramway moderne pour la capitale.
57.5_ Cette capitale est paralysée à cause des milliers de taxis vétustes et des minibus qui crachent d’énormes nuages noirs et bloquent les voies de circulations avec des arrêts sur la voie publiques sous l’œil indifférent des forces de l’ordre qui n’ont qu’un seul objectif pour la plupart : prendre en faute les automobilistes imprudents qui préfèreront cracher au bassinet plutôt que de courir après leurs papiers.
57.6_ Les économistes du monde entier s’accordent à dire que les pays « émergents » ne seront pas en mesure de rembourser leurs dettes et plutôt que de s’encombrer de garanties, les chinois investissent dans ces pays, en sachant pertinemment que cela appauvrira encore plus ces pays qui produiront de moins en moins.
57.7_ Pour Madagascar, cela parait être une aubaine de se voir doter d’un peu de modernisme, mais si cette goutte d’eau semble apporter un peu de bien-être au pays, cela ne fera qu’enfoncer un peu plus dans la pauvreté la majorité des habitants qui de toutes façons n’ont pas besoin de cimenterie ou d’hôpitaux car ils n’ont pas les moyens financiers pour payer les frais d'hospitalisation ou de se déplacer pour aller à l’hôpital ou encore de construire des habitations en « durs ».
57.8_ Quasiment toutes les habitations hors des villes ou à la périphérie de celles-ci sont en matériaux naturels, Paille de riz, planches, latérite, feuilles de ravinala, bambou etc. et le seul moyen de locomotion pour la majorité des malgaches est la marche à pieds.
58_ Nouvelles alarmantes.
58.1_ En revenant de la capitale malgache, parmi les inéluctables auto-stoppeurs et stoppeuses je reconnais une dame du village qui vient régulièrement marchander des « atoudi » (œufs de poules et de canards).
58.2_ Elle ne parle quasiment pas français mais j’arrive tout de même à comprendre qu’il s’est passé un évènement terrible en mon absence.
58.3_ Je craignais déjà que mon campement qui comprend tout de même une demi-douzaine de bâtisses en matériaux naturels soit parti en fumée. Je la dépose donc à l’entrée de l’agglomération et je continue seul en longeant la plage de l’océan indien avant de me rabattre à travers la brousse jusqu’au campement.
58.4_ J’arrête mon véhicule devant le portail et j’attends un peu pour que les surveillants qui se hâtent d’habitude viennent m’ouvrir le portail mais à ma grande surprise, tout parait abandonné.
58.5_ Le temps de décharger le matériel que j’ai apporté de la capitale et voici que le gardien de nuit apparait car du village il a entendu le bruit inhabituel du véhicule. Les seuls véhicules qui passent par le village étant ceux qui prennent le bac pour aller plus vers le sud de l’île en traversant le fleuve Mangoro large de plus d’un km à l’embouchure.
58.6_ J’essaie de savoir ce qui s’est passé en mon absence et on m’apprend qu’un crocodile avait mordu à la jambe une jeune femme qui pêchait des alevins au bord du lac à peu de distance de mon campement et qu’elle était hospitalisée dans la ville la plus proche.
58.7_ Bien sûr le jour suivant plusieurs blancs ainsi qu’un malgache armés jusqu’aux dents avec des fusils sont venus pour occire le monstre du lac.
58.8_ Pourtant un détail sur lequel ils ne comptaient pas est venu apporter quelques difficultés à la chose. En effet il est « fady » (interdit) de naviguer sur le lac en pirogue ou en bateau et c’est sur un radeau de fortune en bambous que notre équipe a donc longé le lac en scrutant les berges et la surface de l’eau.
58.9_ Au bout d’une ou deux heures j’entends claquer un coup de feu puis après un long moment, un second coup de feu. Je croyais qu’ils avaient aperçu quelques canards ou poules d’eau et avaient profité de la situation pour ne pas rentrer bredouille mais après les avoir questionné, ils m’ont répondu qu’ils avaient vu deux crocodiles. Affabulations pour sauver la face ou réalités, en tout cas le, ou les crocodiles sont toujours dans le lac et la faculté d’apnée des crocodiles est certainement supérieure à la patience des pseudo-chasseurs.
58.10_ Une chose me réjouit pourtant c’est le répit dont disposeront les alevins pour pouvoir devenir de beaux poissons sans que les bords du lac soient systématiquement ratissés avec des moustiquaires pour attraper la moindre blanchaille.
59_ La fin d’un monde
59.1_ Et non pas la fin du monde comme nous le prédisent les soi-disant prédicateurs et autres voyant aveugles. Bien sûr nous en sommes conscients car notre civilisation et la multiplication démographique repose sur une seule chose très importante: le pétrole.
59.2_
Imaginons que dans quelques décennies ou peut-être moins le pétrole devienne très rare. En effet, les besoins sont toujours plus grands et les pays émergeants qui se passaient de pétrole ou de ses dérivés commencent à vouloir eux aussi leur part du gâteau.
59.3_ Dans ce cas, il n’y aurait plus de déplacements en avion, en bateau ou en voiture. Les rayons des denrées alimentaires venant des quatre coins du monde actuellement laisseraient les rayons des supermarchés et des détaillants désespérément vides. Plus de viande, plus de fruits et légumes, plus de pain, plus de machines agricoles, plus de ramassages scolaires, plus de chauffage au fuel etc.
59.4_ Le travail commencerait à manquer sérieusement car la plupart des usines ne peuvent se passer de cette énergie. Imaginons un monde sans plastiques et dérivés, sans peintures ou vernis, sans certaines colles, sans déplacements autres que les bicyclettes.
59.5_ Bien sûr il resterait l’électricité, mais là aussi les composants des générateurs qui servent à fabriquer de l’électricité utilisent des matières dérivées du pétrole ou ont besoin de transporteurs qui vont chercher les matières premières pour fabriquer ces générateurs quand ce n’est pas tout simplement du charbon servant à alimenter les nombreuses centrales thermiques.
59.6 Pour la nourriture, il nous resterait le loisir d’aller braconner pour mettre un peu de protéines dans les pissenlits ou dans le panais qui pousse parfois en bordure de certaines routes.
59.7_ Ceux qui ont des connaissances en mycologie et en botanique seraient certainement privilégiés mais pour combien de temps ?
59.8_ Il reste le jardin pour cultiver quelques légumes mais avant tout il faudrait creuser un puits pour être en mesure d’arroser son jardin en été.
59.9_ Il faudrait penser aussi à éliminer ses déchets car le ramassage des détritus serait sérieusement compromis. Donc le tri des déchets serait une priorité car il faudrait une poubelle pour les détritus organiques qui serviraient comme engrais au jardin, une poubelle pour les détritus qui ne se dégradent pas mais qui sont inflammables et qu’on pourrait brûler pour s’en débarrasser et naturellement les métaux qui peuvent être recyclés. Il ne serait plus question de se brancher sur le tout-à-l’égout qui serait bientôt bouché et comme les entreprises qui s’occupent d’entretenir ces réseaux ont déjà mis la clef sous le paillasson, il faut faire une fosse septique et naturellement un bassin dégraisseur-décanteur personnel…
59.10_ L’électricité venant à manquer dans l’éclairage des villes, la criminalité augmenterait de façon spectaculaire. Les communications tomberaient en panne les unes après les autres car les satellites de communication ne pourraient plus être remplacés ou réparés. Les armées et les forces de l’ordre deviendraient beaucoup plus faibles sans aviation, sans chars sans bateaux sans transporteurs de troupes.
59.11_ Par contre la planète pourrait se régénérer et l’air deviendrait plus pur, les cours d’eau, les mers et océan ne seraient plus souillés, et comme l’homme redeviendrait chasseur-cueilleur, les mammifères et les poissons deviendraient une denrée rare.
59.12_ Dans certaines contrées du monde on trouve déjà de nombreux insectes ou reptiles au menu des restaurants ou sur les étals de marchés, et cette denrée serait particulièrement prisée également car chez les chinois, les rat, les chiens, les chats, les sauterelles les cafards et même les scorpions font partie du régime alimentaire. Ici à Madagascar j’ai vu également des insectes sur les étals de certains marchands et de nombreuses personnes ont déjà mangé du boa, du crocodile, des oiseaux sauvages ou du porc-épic. J’ai également goûté à la viande de crocodile qui, si elle sent fortement la vase, est assez grasse. Même la viande de requin se vend sur les marchés et il n’en reste plus à la fin de la journée car il n’y a pas de frigo et ce que les mouches n’ont pas dévoré, la population se le partage le soir.
59.13_ Donc ici dans la brousse, je me prépare déjà pour cette fin programmée car j’essaie par tous les moyens de me passer d’énergie fossile, même si c’est très difficile et surtout très onéreux.
59.14_ Pourtant le soleil me permet déjà de produire assez d’énergie pour regarder la télé, charger mon ordinateur ou même pour brancher un ventilateur sur pied quand il fait trop chaud ainsi que de me servir d’un robot de cuisine pour faire des jus de fruits ou autres soupes et légumes hachés. Par contre, en ce qui concerne le suppresseur pour faire l’appoint de mon château d’eau et pour le chauffe-eau j’ai encore besoin d’un groupe électrogène avant d'augmenter la surface de mes panneaux solaires.
59.15_ Bien sûr, je ne produit pas encore assez pour être indépendant en ce qui concerne l’approvisionnement de nourriture mais j’ai l’intention de m’équiper en grillage assez fin pour faire de la pisciculture au bord du lac et également de faire un élevage de volaille de caprin et de lapins car la superficie des terrains n’est pas limitée et pour très peu d’argent on peut en louer ou en acheter.
59.16_ Pour l’instant les arbres que j’ai plantés ou ceux qui étaient déjà sur les terrains me donnent assez de satisfactions car certains portent déjà des fruits que je consomme avec délices. En ce qui concerne les légumes, c’est un peu plus difficile car je suis obligé d’aller chercher de la terre cultivable avec la remorque que je tracte avec le 4x4.
59.17_ Voici donc une fin d’un monde comme je me l’imagine, mais l’imagination humaine n’ayant pas de bornes, des solutions de rechange sont certainement déjà programmées, du moins je l’espère.
60_ Les aliments de la brousse.
60.1_ Le sable n’étant guère favorable qu’à la plantation du manioc par exemple qui est une plante très appréciée car elle se prépare de différentes façons et parmi les nombreuses recettes j’apprécie beaucoup des chips comparée à celles vendues dans nos supermarchés mais faites avec des pommes de terre. La saveur est presque la même.
60.2_ Ce que j’aime beaucoup également se sont les petites bananes trempées dans une pâte à crêpes et frites dans l’huile. Les sambos, les nems et autres fritures qu’on trouve sur les étals des marchés locaux sont pour la plupart des coupe-faim efficaces et surtout très bon marché (environs 0,40€ les dix) mais il faut déjà avoir très faim pour être capable d’en avaler autant.
60.3_ Ce qui n’est pas cher mais très prisé également sont les pâtes de marque « Appolo ». Ce sont des pâtes chinoises vendues séchées en briquettes avec un sachet de poudre à diluer dans un peu d’eau et chauffé pendant quelques minutes. C’est juste la quantité pour calmer une grande faim et c’est également très bon marché (Environs 0,10€ le sachet individuel). Bien sûr tout cela ne vaut pas la cuisine française mais pour ceux qui ne sont pas trop difficile, on peut s’en satisfaire, surtout dans une ambiance conviviale.
60.4_ La bière quant à elle est plutôt amère et ceux qui en boivent régulièrement ont certainement des papilles en mauvais état. Pour ma part, je préfère de loin une espèce de panaché vendu en bouteille avec 1% d’alcool auquel j’ajoute un peu de sirop de fraise ou de grenadine pour atténuer l’amertume.
60.5_ Les sodas étant trop sucrés et les jus de fruits ne se conservant pas plus de quelques heures sans réfrigérateur et à peine une journée dans un réfrigérateur.
60.6_ Je trouve que l’eau en bouteille du commerce est également un peu amère et j’y ajoute également du sirop de menthe ou autre. Je préfère réserver l’eau du puits pour les autres usages même si les habitants locaux la boivent quotidiennement sans problèmes.
61_ Hôte de la nuit
61.1_ Comme tous les soirs, dès la nuit tombée je me jette sur mon lit avec la fatigue provoquée par une journée bien remplie. Les chaînes de télé dont les programmes sont décalés de deux heures par rapport à la France métropolitaine passent pour la plupart des navets genre séries américaines pour mémés en recherche de sensations fortes du genre : « je t’aime, moi non plus ».
Les émissions sur la nature dont on ressasse inlassablement les mêmes reportages commencent à saturer eux aussi. Mais qu’importe le programme, pourvu qu’il fasse dormir.
61.2_ J’étais donc ce soir là dans mon premier sommeil quand je suis réveillé par une douleur inhabituelle dans le dos. Je pensais m’être cogné quelque part dans la journée et que la douleur se soit « réveillée ». Je me lève alors et le mal ressemble de plus en plus à la douleur d’une piqûre de guêpe.
61.3_ Pourtant nul insecte volant dans la pièce. Je pense aussitôt au petit scorpion que j’ai découvert le jour avant dans le compartiment réservé aux pommes de terre dans la cuisine et qui s’est caché entre les légumes quand j’ai voulu le prendre pour le remettre dehors.
61.4_ Puis je commence à inspecter le lit en déplaçant les oreillers et je distingue alors une scolopendre de près de 15 cm de long muni de redoutables dards au bout de la queue. Avant d’avoir eu le temps de chercher mes savates pour lui taper dessus en lui rendant la monnaie de sa pièce, il avait disparu et j’ai eu beau retourner le matelas, secouer les draps et les taies d’oreillers, mon hôte indésirable s’est volatilisé, certainement à travers les planches du parquet dont les joints sont tout, sauf étanches.
61.5_ J’avais l’intention de couler une dalle en béton sur ces planches afin de rendre ce sol étanche aux petite bêtes qui ne se privent pas de me rendre une petite visite de temps en temps.
61.6_ Mon expérience des insectes de Madagascar s’est ainsi enrichie et après avoir eu une piqûre de guêpe tueuse, mon corps s’est vaillamment défendu cette fois encore contre le venin de scolopendre.
61.7_ A quand la prochaine expérience ? En tout cas si je vois presque journellement des serpents de toutes tailles, ils sont tout à fait inoffensifs et se cachent dans la végétation dès qu’on s’approche d’eux. Il est même difficile de les photographier car ils s’aventurent rarement en terrain découvert.
61.8_ Il y a également des lézards dont la taille adulte peut avoisiner les trente à quarante cm. Ils sont effrayants car ils n’ont pas leur pareil pour remuer les feuilles en se sauvant et souvent on les entend avant de les entrevoir, mais là encore ils sont totalement inoffensifs.
61.9_ Les animaux vraiment dangereux sont des moustiques femelles d’une certaine espèce (anophèles) qui peuvent transmettre le virus du paludisme. Mais là encore, tous les dépôts de médicaments sont fournis en médicaments et un traitement de trois jours avec des injections permet d’être remis sur pied. Le propriétaire du logement de Tana qui est anthropologue a un remède de grand-mère assez efficace d’après lui et qui consiste simplement à boire de la tisane de feuilles de goyaves qu’on trouve partout ici et même dans la capitale.
62_ L’extraterrestre
62.1_ Imaginons que nous soyons en mesure de faire fonctionner une machine à remonter le temps et que nous nous retrouvions à l’âge du fer.
62.2_ Mais comme il n’est pas rentable de chercher du fer dans le sol malgache, ce métal il arrive par bateaux entiers sous forme de voitures démodées ou autres marchandises à bas prix qui souvent ne passent pas le cap de quelques utilisations.
62.3_ Mais tout est recyclé avantageusement et les pièces les plus recherchées sont sans nul doute les lames de suspension des véhicules qui permettent, après un passage dans le feu et sous le marteau du forgeron local de devenir des genres de machettes servant à débroussailler, couper du bois, ouvrir une noix de coco, peler la canne à sucre, tuer un poulet et le débiter en morceaux ou tout simplement comme arme.
62.4_ Mais là ne s’arrête pas la transformation des objets importés. Les tonneaux de 200 litres vides sont souvent recyclés en brouettes, ou tout simplement comme renfort métallique sur les portes ou les volets des maisons d’habitation ou des petites boutiques.
62.5_ Les boîtes vides de lait condensé servent de mesure pour les céréales comme le riz ou autres marchandise de petite taille ainsi on a le gobelet ou madicot fait dans une boîte de lait condensé et le kapok qui a la contenance d’une petite boîte de sauce tomate concentrée. Ainsi on vend par exemple un volume d’arachides contenu dans une boîte de sauce tomate ou dans une boîte de lait concentré selon la quantité demandée.
62.6_ Il en va ainsi du sucre, de la farine des haricots secs, du riz et bien d’autres marchandises difficiles à détailler. D’autres fruits et légumes sont souvent vendues au tas. Par exemple un tas de tomates consiste en trois tomates de base et une au-dessus ce qui forme une pyramide. Ces tas se négocient le plus souvent à raison de mille francs le tas (0,07 à 0,08€).
62.7_ Peu de commerçants possèdent des balances et contournent ainsi la difficulté à vendre au poids.
63_ Et la nature dans tout çà ?
63.1_ Je suis actuellement en train d'agrandir ma vision dans un des derniers sanctuaires de la nature où des milliers d'hectares de forêts primaires sont irrémédiablement détruits sans arrêt par le feu pour la culture sur brulis et naturellement pour produire du charbon de bois qui est le seul moyen de chauffer les aliments même chez les foyers aisés de la capitale.
63.2_ Le bois se fait de plus en plus rare et il se vend de plus en plus cher ici alors que paradoxalement j'ai testé moi-même avec succès un four solaire en entonnoir que j'ai fabriqué de façon empirique avec un bout de tôle galvanisée très fine et trois vis Parker.
63.3_ Ainsi de nombreuses familles dans la capitale ont pris l'habitude de faire cuire leur nourriture avec du charbon de bois produit avec une espèce d'Eucalyptus qui pousse assez rapidement mais qui appauvrit le sol.
64.4_ Les efforts de replantations d'arbres (grâce aux aides étrangères) sont systématiquement réduits à néant par des éleveurs de zébus qui brûlent tout pour gagner des pâturages. Ou encore coupent des arbres (dont le bois de rose) très recherchés pour l'exportation par conteneurs.
64.5_ Les forces de l'ordre n'ont aucun moyen pour poursuivre les incendiaires ou les destructeurs de la forêt car beaucoup d’entre eux sont bien trop occupés à récolter des koli koli (pots de vin) pour mettre un peu de beurre dans les épinards, quand ils ne sont pas simplement de mèche avec les destructeurs de la nature ou d'autres bandits de grands chemins.
64.6_ La Grande Île comme l'appellent les malgache est condamnée à un phénomène de désertification, et avec elle tout le patrimoine faunistique et floristique qui est un des plus important au monde sur le plan de l'endémisme.
64.7_ J'essaie dans la mesure de mes moyens de découvrir quelques unes de ces richesses de la nature avant leur disparition pure et simple. Essayer de sauver ce qui reste serait donner un coup d'épée dans l'eau car un niveau d'instruction minimum est réservé à 25% de la population de l'ile qui compte tout de même près de 20 000 000 d'habitants.
64.8_ Chacun étant trop occupé par n'importe quel moyen à remplir son bol de riz journalier plutôt que de se préoccuper de l'avenir de leur environnement. L'économie du pays se trouve dans une dégradation continue et le petit commerce se trouve en pole position.
65_ Commerce et agriculture
65.1_ Les petits métiers que sont la vente à l'étalage souvent à même le sol ou la vente d'aliments cuits reste très répandue. Des fruits et légumes ou des produits souvent contrefaits venant de Chine se vendent partout encombrant les trottoirs de la capitale et obligeant les piétons à marcher entre la circulation routière. La végétation est systématiquement rasée et l'herbe, quand il n'y a pas de zébus qui paissent est coupée à la faucille et transportée dans des sacs. Même la récolte de riz se fait encore à la faucille et la paille de riz sert à couvrir les toitures des fermettes jusqu’aux abords immédiats de la capitale. Telle est une partie de la triste constatation que j'ai faite sur ce pays qui pourrait être un Eden s'il n'y avait pas le plus grand des prédateurs que la terre n'ait connu: Homo sapiens qu'on devrait très justement renommer en Homo diabolicus.
66_ Le pouvoir d’achat
66.1_ Les salaires sont très bas, ainsi un prof de fac perçoit un salaire inférieur à 400€ par mois. Un employé peut s'estimer heureux avec un salaire de 100€ mensuels pour un travail hebdomadaire de 40 heures. De nombreuses personnes vivent avec une ressource ne dépassant guère un € par jour. Ainsi dans le journal local j'ai lu aujourd'hui un article disant qu'une femme de ménage est payée en moyenne 11€ par mois dans la capitale mais elle est nourrie et logée et les frais médicaux sont généralement pris en charge par l'employeur sans que cela soit une obligation. Quand je dis "nourrie", cela veut dire du riz tous les jours et si elle a de la chance, trois ou quatre fois par mois un peu de viande ou de poisson s'il y a des restes. Bien sûr le travail ne manque pas car elle est debout de quatre ou cinq heures du matin à huit ou neuf heures du soir à faire toutes les lessives à la main, la corvée d'eau qu'elle doit aller chercher à la fontaine du quartier où elle en profite pour se laver les pieds en les frottant contre le bord du trottoir. Les pieds sont souvent parcourus de larges gerçures car de nombreuses personnes courent pieds nus toute l'année. Faire à manger pour toute la famille, le nettoyage, le gardiennage et souvent ces jeunes personnes doivent subir les colères de l'employeur quand elles ne deviennent pas tout simplement l'objet sur lequel leur employeur rejette ses propres frustrations. D'après les statistiques, 82% des enfants âgés de 5 à 17 ans économiquement actifs; soit 1 534 000 enfants, effectuent des travaux qualifiés selon les textes en vigueur de travail dommageable. La plus grande majorité de ces enfants sont employés dans l'agriculture, l'élevage et la pêche, surtout en zone rurale. En milieu urbain, ils sont employés comme domestiques (certains malgaches appellent eux-mêmes cela «l’esclavage moderne"). Le découragement se sent partout et malgré cela, les sourires se lisent sur les visages car autant la vie peut être difficile, il y a quelque chose au fond du cœur qui est plus fort que tout : la certitude qu’un jour tout ira mieux.
67_ Internet
C’est vraiment dans une posture très inconfortable que je reçois mes courriels actuellement car du haut de mon château d’eau j’ai de plus en plus de mal à rester connecté. Peut être à cause du cyclone qui est passé la semaine dernière et qui provoquait des perturbations atmosphériques. Mais après trois jours il s’est essoufflé et le calme avec le soleil est revenu. Pourtant la réception n’est pas parfaite alors j’ai trouvé une combine car en tapant simultanément sur la touche « alt gr »qui se trouve à gauche de la « barre espace » et sur une des touches de direction je peux changer l’affichage du bureau en passant de l’affichage paysage en affichage portrait et ainsi la clé USB qui me sert d’antenne pour capter le réseau se trouve à la verticale au-dessus de l’ordinateur. Donc je place mon ordinateur sur le toit de la voiture en me branchant sur la batterie par l’intermédiaire d’un convertisseur et debout sur le marchepied du véhicule je reçois mes courriels au bord de l’océan Indien qui n’a pas volé son nom avec un indien comme moi…
68_ Maman’i Kambana (la maman qui a eu des jumeaux « deux fois »)
68.1_ Ici, je me couche vers vingt heures car le matin je suis éveillé dès quatre ou cinq heures. Je prends une douche à mon réveil, puis un bon café et j’attends Maman’i Cambana qui vient faire la cuisine sous un abri près du garage que j’ai aménagé avec un évier en inox avec de l’eau courante et un plan de travail, mais elle persiste à éplucher les légumes assise par terre dans le sable avec devant elle une grande coupole tressée où elle pose les épluchures. Pour faire la vaisselle c’est identique, elle prend de l’eau dans une bassine en plastique et lave le tout dans l’eau de la bassine assise à même le sol. Je n’essaie plus de lui faire comprendre que ce n’est pas de cette façon qu’on fait la vaisselle car il est plus simple pour moi d’attendre qu’elle soit partie et de refaire la vaisselle à ma manière. Pour l’ail, les oignons et les tomates, je la soupçonne d’en grappiller un peu pour emmener chez elle dans un des nombreux plis de ses habits alors je lui demande juste d’éplucher les légumes très prisés comme les oignons et le gingembre quant à l’ail, j’ai trouvé une astuce qui me fait gagner beaucoup de temps car je sépare les bulbilles et je ne coupe que l’extrémité qui les lient pour former la gousse d’ail. Puis je place le tout dans mon mixer et quand les aulx sont bien mixés, il ne me reste plus qu’à y rajouter de l’eau et les épluchures qui sont plus légères que l’ail en lui-même flottent à la surface. Il ne me reste plus qu’a les récupérer avec une petite passoire pour les jeter.
69_ Les porcs-épics
69.1_ Vers huit heures les deux ouvriers arrivent et leur donner du travail alors qu’ils ne parlent pas français n’est pas toujours chose aisée, mais je me débrouille en leur faisant un dessin si je n’y parviens pas avec des gestes. Bien sûr ce n’est pas toujours facile.
69.2_ Ainsi dernièrement j’ai demandé à l’un d’eux de me ranger au sec les planches inutilisées qui étaient empilées dehors. Au bout d’un moment l’autre ouvrier est venu m’appeler et je l’ai accompagné au tas de planche et j’ai découvert une espèce de porc épic agonisant que les malgaches considèrent comme un gibier. Finalement j’ai constaté que le porc épic avait des traces de coups et en plus sous le reste des planches il y avait un nid avec cinq petits. Pour punir l’ouvrier et lui montrer que je n’aimais pas du tout ses manières j’ai demandé à ce qu’il jette l’animal le plus loin possible dans le lac car si je lui avais demandé de l’enterrer il aurait été capable de le déterrer dès que j’avais le dos tourné pour l’emmener chez lui. Quant aux cinq petits, ils dorment sagement toute la journée blottis les uns contre les autres et le soir venu je leur donne une assiette de lait ainsi que quelques vers de terre dont ils raffolent. Ils ne semblent pas trop traumatisés par l’absence de leur mère.
70_ Jardinage et élevage
70.1_ Je passe beaucoup de temps ici aussi à planter, nettoyer, semer et il faut que j’avoue que c’est très difficile car lorsque les graines lèvent le soleil implacable les brûle sans leur laisser de chance alors j’ai confectionné un jardin sous abri, mais quand les graines lèvent elles ont des tiges démesurées qui cherchent la lumière. Et pour d’autres graines, cela ne doit pas leur convenir d’avoir trop chaud. Mais je trouverai car ce n’est certainement pas le climat qui va se plier à mes volontés. Il ne faut parfois que savoir comprendre la langue de la nature pour trouver en elle une alliée.
70.2_ J’ai confectionné aussi un poulailler car tous les jours on vient me proposer d’acheter des poulets. Cela fait presque huit jours qu’on mange du poulet tous les jours et j’en ai encore une bonne dizaine en réserve dans mon poulailler. C’est toujours mieux que la viande de zébu ou de porc qui est dure comme de la semelle car elle n’est pas passée en chambre froide de deux à trois jours comme c’est le cas en France, ce qui a pour effet de rendre la viande plus tendre.
70.3_ Aujourd’hui on a mangé un gros poisson de 50cm de long qui venait d’être pêché dans le fleuve car il frétillait encore. Il faisait deux kg et j’ai payé en tout 1,10€. Il faut dire que pas plus tard qu’hier j’ai soigné ce pêcheur en désinfectant une plaie de près de 5cm au niveau du tibia. Je pense qu’il s’est fait cela avec sa machette dont l’outil se désolidarise assez facilement du manche.
70.4_ Ca y est, comme plus personne n’a revu le crocodile du lac, la pêche aux alevins a repris son droit et ce n’est pas moins d’une dizaine de couples avec leur moustiquaires qui ratissaient les bords du lac hier avec parfois de l’eau jusqu’à la poitrine.
70.5_ Je trouve ici des satisfactions qui étaient impossible à trouver en France car le mauvais temps, le froid et la vie chère y rendait la vie difficile. Ici tout est facile et bon marché pour les étrangers qui touchent une retraite de la France. Bien sûr pour les malgaches la vie est très dure et je pense qu’ils ne doivent pas se coucher tous les jours avec un ventre bien rempli. D’ailleurs il est rare de voir un malgache obèse. Jusqu’à présent je crois me souvenir d’en avoir vu deux. Par contre des malgaches maigres et petits il y en a des millions.
71_ Les produits saisonniers
71.1_ Les autochtones de la brousse n’ont pas vraiment de métier bien défini pour la majeure partie d’entre eux. Ils se contentent d’attendre que les saisons leur permettent de mettre un peu d’épinards dans leur menu quotidien. Ainsi quand la saison des litchis débute, les camions de ramassage viennent distribuer des paniers et chacun se perd dans la brousse pour aller cueillir des litchis et les transporter à dos d’homme jusqu’au village le plus proche où le camion viendra collecter les paniers remplis pour une poignée de petits billets qui ne représentent même pas 10% de la valeur de revente du produit dans les pays occidentaux. Pourtant après avoir vendu quelques paniers pendants cette saison, cela permet de rassembler un petit pécule qui va servir principalement à acheter du riz.
71.2_ En ce qui concerne les œufs que pondent les poules qui courent en toute liberté autour des maisons en picorant les restes et en grattant la terre pour y déterrer quelques vermisseaux, ils servent surtout à la reproduction afin de vendre les poules dès qu’elles ont le poids requis. Malheureusement les maladies comme celle de Newcastle emportent souvent la plus grande partie des volailles en quelques jours faute d’avoir été vaccinées. Généralement cette maladie se propage par un virus en période de vent pendant la saison des pluies. Il n’y a pas de danger pour l’homme ou les mammifères en ce qui concerne cette maladie qui ne concerne que les oiseaux.
71.3_ Mais là encore une autre saison débute avec la pêche aux camarons, qui sont de grosses crevettes pêchées en mer avec des filets manœuvrés à partir de frêles pirogues et le pêcheur doit en même temps lutter contre un océan tumultueux dont les vagues peuvent donner des creux d’un mètre et si avec un moment d’inattention une vague s’écrase dans la pirogue, il ne reste plus qu’au pêcheur de retourner à la plage en nageant. La pirogue sera de toute façon charriée sur la plage avec la houle.
71.4_ En ce qui concerne la saison du riz qui se récolte deux fois l’an sur la côte Est, les méthodes de production sont si archaïques qu’il ne faut pas s’attendre à des récoltes convenables. Ainsi dans les périodes de transition, il faut donc acheter du riz importé.
71.5_ Les bananes n’ayant pas de saisons particulières, on peut donc en vendre toute l’année. En général on trouve des ananas également une grande partie de l’année tout comme la canne à sucre par exemple. Mais le long des fleuves, près des lacs et surtout le long des côtes, c’est surtout la pêche qui apporte aux habitants des protéines et d’autres éléments indispensables.
72_ L’éducation sexuelle
72.1_ Les habitations étant très petite et ne comportant la plupart du temps qu’une seule pièce, la promiscuité entre les parents et les enfants est telle que très tôt ces derniers sont parfaitement informés dans le domaine de la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de tous les jours et s’en trouve ainsi banalisé. Il en résulte que très souvent des jeunes filles ont déjà plusieurs enfants avant d’avoir atteint leur majorité. La contraception est inconnue ou trop onéreuse dans la brousse et l’avortement est considéré comme un crime par la législation malgache. Les jeunes filles à peine sorti de la puberté commencent à avoir des relations sexuelles et elles ont compris que cette manière d’agir peut leur permettre d’accéder à un certain confort de vie qu’elles n’auraient pas autrement car très tôt elles savent comment améliorer leur ordinaire grâce à leur physique avantageux.
73_ Conclusion
Ainsi va la vie à Madagascar qui est tout de même en pleine évolution et de plus en plus la technologie permet d’entrer dans le 21ème siècle, même si dans les campagnes beaucoup de monde en est encore à la préhistoire et que parfois les hommes politiques s’étripent encore comme au bon vieux temps où régnait la loi du plus fort…