Jeter un œil critique sur la Grande Île ou contribution à la connaissance de Madagascar
Thursday, 26. March 2009, 07:42:37
Ici à Mada les différences avec la France sont parfois impressionnantes, bouleversantes, émouvantes, et parfois ahurissantes. Bien sûr il faut toujours compter ici sur le traditionnel «mora mora» qui pourrait se traduire par «doucement, doucement» et il ne servirait à rien de vouloir bousculer les habitudes insulaires car on n’y gagnerait qu’à s’énerver soi-même.
Les minibus (taxi-brousse) qui relient les grandes villes entre elles ne prennent le départ que lorsque tout a été fait pour que toutes les places soient prises. Il va sans dire que cela peut prendre des heures en ne négligeant pas de faire appel à des rabatteurs qui ratissent les alentours du stationnement pour guider les éventuels clients vers tel ou tel autre bureau des différentes compagnies de taxis-brousse.
J’ai ainsi été témoin d’une scène étonnante. Le taxi-brousse en question était presque complet en voyageurs et on chargeait le reste des bagages sur la galerie du toit. Parmi les paniers de poules, les pneus de voitures, les valises et les balles de fripes destinés à être vendues dans les villes de la province, il y avait également un quad qu’une dizaine de « chargeurs » avaient hissé péniblement sur le toit du taxi-brousse. Bien sûr, quand le départ est imminent, on prévient par téléphone portable tous les voyageurs qui ne tardent pas à arriver les uns après les autres. Mais à ma stupeur, un vif mécontentement se dégagea des voyageurs à la vue du quad sur le toit du véhicule et plusieurs d’entre eux exigèrent d’être remboursés car ils craignaient un accident à cause du surpoids. Finalement après une heure d’attente c’est le départ après avoir caché le quad sous une bâche et qu’on ait péniblement déniché d’autres clients. Le voyage qui, malgré la crainte de voir la galerie du taxi-brousse arrachée dans les nombreux virages pris à la limite de la prudence avec souvent les pneus du véhicule qui crient leur inquiétude se déroula à mon grand étonnement sans incidents majeurs. Il est évident que les très nombreux barrages de policiers, de gendarmerie ou de motards de la police qui consultent les papiers du taxi-brousse ainsi que du quad sont principalement fait pour essayer de grappiller quelques billets en raison du chargement inhabituel, voire trop élevé selon certains. Il est de coutume de laisser le journal aux forces de « l’ordre » qui peuvent en outre des vao vao (nouvelles) trouver entre les pages du journal un billet de banque. Il est vrai que le salaire des petits fonctionnaires de l’état n’est vraiment pas très élevé et en échange de ces petits « suppléments » ils ferment les yeux sur l’état déplorable des véhicules dont certains roulent avec des pneus lisses, un éclairage défectueux voire des freins ne répondant absolument pas aux normes auxquelles nous sommes habitués maintenant en Europe. Très souvent les taxis-brousse dont les chauffeurs sont experts en mécanique changent eux-mêmes les plaquettes de frein en cours de route ou alors j’ai eu la peur de ma vie quand après avoir changé tant bien que mal une roue, c’est la seconde qui commença à se dégonfler sur une piste à des centaines de kilomètres d’une agglomération qu’on a réussi à atteindre de justesse avant que le second pneu soit complètement à plat. Parfois lorsqu’on se trouve en relief montagneux, il n’est pas rare de sentir l’odeur désagréable des plaquettes de frein chauffées à blanc ou des disques d’embrayages des poids lourds qui sont très sollicités. Souvent on peut apercevoir des semi-remorques ou des taxi-brousse renversés dans le fossé, seule alternative pour s’arrêter quand les freins lâchent dans une descente. L’état déplorable des routes où les nids de poules sont parfois d’une taille telle qu’on pourrait y nicher une paire de zébus. Certaines pistes de sable longent des routes totalement défoncées sur des centaines de kilomètres et si on a la malchance de circuler derrière un autre véhicule, on recrache le sable avalé le long du parcours. Ne parlons pas de la saison des pluies qui coupe certaines pistes et il est alors illusoire de vouloir relier certaines grandes villes. La construction des ponts relève souvent de l’exploit en ayant recours aux aides internationales.
Bien sûr, les chinois participent beaucoup à ces aides et en contrepartie, on ferme totalement les yeux sur leurs importations de matériel peu coûteux, souvent de grandes marques mal contrefaites et le plus souvent sans aucune garantie de fonctionnement. J’ai ainsi fait l’expérience avec une mèche pour percer soit disant du métal et qui s’est simplement pliée à quatre vingt dix degrés lorsque j’ai voulu percer un trou dans un morceau de tôle.
Pour les malgaches, cela ne pose aucun problème car pour couper du métal ils emploient couramment un marteau et un burin et il en va de même pour percer un trou. Si on rencontre des difficultés, on chauffe le métal sur des fourneaux de charbon de bois pour rendre le métal plus malléable.
Le charbon de bois très couramment utilisé par tous les ménages pour faire la cuisine est produit en très grandes quantités le long des routes à partir de bois d’eucalyptus. Ces arbustes qu’on abat avec un genre de coupe-coupe à long manche ont l’avantage de repousser en multiples branches à partir de la souche. Parfois on peut distinguer plusieurs charbonnières par colline. La méthode est simple : on creuse un trou peu profond en flanc de colline dans lequel on empile le bois coupé et on recouvre le tout de terre puis on laisse le bois se consumer lentement en ne laissant qu’un trou pour l’évacuation de la fumée. Après refroidissement, on casse le bois carbonisé en petits morceaux qui sont vendus le long des routes dans des sacs pour un prix dérisoire.
Le long de ces routes se trouvent également d’innombrables petits abris où les cultivateurs vendent leurs produits de culture voire de cueillette, d’élevage ou encore les poissons pêchés dans un des nombreux cours d’eau qui arrachent la terre dans une eau rougeâtre. Il n’est pas rare de se voir proposer ainsi à côté d’un marchand de fruits sauvages, des produits de la pêche ou tout simplement un hérisson, ou des poulets attachés par une ficelle à un caillou ou entassés dans une corbeille et naturellement avec les pattes ficelées. La SPA et les Associations des droits de l’homme auraient vraiment beaucoup de travail ici où les hommes n’ont parfois rien à envier aux bêtes qui elles au moins sont parfois plus avantagées pour trouver de la nourriture. Les poulets se nourrissent souvent d’insectes, un peu de végétation et autres immondices rejetés par les hommes. En ajoutant à cela que dans certaines ethnies la viande de porc est fady (interdite) et chez d’autres c’est la viande de chèvre qui est impure, donc interdite à la consommation.
Les interdits populaires et les coutumes locales sont bien enracinés sur l’Île rouge couleur de la latérite qui forme son sous-sol. Parfois les membres d’une ethnie économisent pendant de longs mois, voire des années pour être en mesure d’honorer leurs morts. On ouvre les tombeaux et on enveloppe les corps dans un nouveau tissu et tout cela dans une ambiance de fête où on sacrifie les zébus qui sont réservés souvent pour ces grandes occasions. Ainsi lorsqu’il est question de circoncision, on rassemble toute la famille et les parents ayant des garçons en âge de passer ce cap et qui payent les zébus et les boissons qui vont nourrir toute la famille pendant ces jours de fête.
Il faut dire que le peuple malgache est très solidaire et partagerait son dernier grain de riz avec une personne moins fortunée. C’est un peuple qui se serre les coudes et là où on s’en rend compte physiquement et de façon spectaculaire c’est dans les taxis-bé (grands taxis), genre de mini-bus qui sillonnent les grandes villes : 1200 taxis-bé dans la capitale qui devient de la sorte une des villes les plus polluée au monde car ces véhicules souvent très vieux ne sont soumis à aucun contrôle antipollution. Ces véhicules sont limités à une dizaine de personnes en Europe et peuvent légalement charger entre vingt et trente personnes assises au coude à coude et parfois en serrant les fesses pour tenir sur des sièges minuscules.
Il faut dire que les malgaches en général ne sont pas très grands comparés aux peuples occidentaux et comme leur nourriture qui pour la plupart du temps se compose de deux ou trois bols de riz par jour laisse peu de place à un excédent de lipides dans le corps.
Pourtant certaines régions de l’île seraient favorables à une culture très variée de fruits et légumes ainsi qu’à un élevage très diversifié, mais faute à un enseignement basé principalement sur la religion et les croyances d’une autre époque, le malgache compte plus sur un éventuel miracle de Dieu que sur lui-même pour survivre. Les missionnaires de tout poil étant les principaux acteurs de cet état de choses. Bien sûr sans eux, l’illettrisme serait supérieur à ce qu’il est, mais ce n’est pas en sachant lire et écrire à Madagascar qu’on remplit son assiette de riz. De toute façon même les personnes ayant suivies leurs études supérieures ont beaucoup de peine à trouver du travail et quand ils en trouvent, ce travail est si mal rétribué qu’il est illusoire de vouloir créer une famille sereine sans problèmes d’argent.
Ainsi on peut voir à longueur de journée des hommes valides de tout âge assis le long des routes en ville en attendant que le travail tombe du ciel. Donc si vous allez faire vos emplettes, on viendra vous demander de porter vos courses, on vous demandera de nettoyer ou de garder votre véhicule, on vous proposera d’acheter des babioles qui vont d’une tapette de mouches à des serviettes de bain ou encore des antennes de télévision sans compter d’innombrables articles qui se marchandent parfois à dix pour cent de la valeur annoncée et si vous n’êtes toujours pas décidé à acheter ce dont vous n’avez pas besoin, on vous demandera : « combien vous donne ? ». Dès leur plus jeune âge, on apprend à certains enfants déshérités cette phrase en français : « Monsieur, donnez moi l’argent ». Les parents installent parfois leur bébé qui ne sait pas encore marcher sur un trottoir de la capitale avec un petit pot devant lui pour collecter des « madinka » (menue monnaie). Bien sûr le premier mai, fête du travail peut durer plusieurs mois à Madagascar pour certains qui se complaisent dans cette misère. Il est parfois très difficile pour les occidentaux de faire la part des choses entre le besoin de secourir son prochain sans encourager la mendicité.
Dans une petite agglomération de l’Est du pays en bordure de mer où affluent les citadins le week-end, certains habitants se sont spécialisés dans la confection de colliers et de bracelets avec différentes graines séchées et colorées. On peut y trouver des graines d’arbres, d’orchidées et autres plantes des tropiques et il faut avouer que le résultat est parfois très décoratif. D’autres confectionnent des sacs à main où des chapeaux avec des feuilles séchées de bananiers ou avec des fibres végétales qui apportent au produit terminé un effet naturel sans pareil.
Même les enfants vendent déjà ces « souvenirs » aux touristes.
Le bord de mer est constamment le théâtre de rassemblements quand les pêcheurs tirent leurs filets sur la plage de sable fin. Bien souvent il n’y a que du menu fretin qu’on fait griller tel quel après un lavage sommaire dans l’eau douce. Parfois pourtant de jeunes thons se laissent prendre dans les filets et ils sont plutôt réservés à la vente sur le marché local ou directement à la plage. Pourtant c’est la pêche au harpon près de la barrière de corail qui est la plus bénéfique avec de beaux poissons qui sont pour la plupart réservés aux nombreux hôtels restaurants qui sont des clients privilégiés. Quelques pêcheurs se sont également spécialisés dans la pêche aux langoustes mais elles n’ont pas vraiment le temps de se développer car aucune mesure de protection pour la faune sous marine n’est envisagée.
De plus en plus de retraités français viennent se retirer dans ce paradis qui offre une période d’ensoleillement optimal avec des prix défiants toute concurrence avec les pays occidentaux. D’autant plus que les habitants sont d’une gentillesse sans pareil au monde et malgré leur infortune, un rien les fait rire, et ce n’est pas un ventre vide qui rend malheureux mais bien plus souvent c’est ceux qui ne sont pas dans la gène qui sont les plus malheureux car ils courent après un bonheur illusoire et matériel qui exclut la convivialité et le partage.
La musique joue un grand rôle dans toutes les régions de la Grande Île. Elle est très rythmée et rares sont les jeunes des villes qui ne connaissent pas les nombreux chanteurs qui remplissent des stades quand ils viennent s’y produire.
Non loin des routes malgaches, sur les hauteurs on peut distinguer maintenant d’affreux pylônes destinés aux communications des téléphones portables et si beaucoup de personnes n’ont pas encore de chaussures, un grand nombre surtout chez les jeunes possèdent pourtant un téléphone portable. Très peu peuvent se payer le crédit qui permet de passer des communications et ils se contentent d’interrompre la sonnerie à temps avant que l’autre puisse décrocher mais suffisamment pour afficher le numéro de l’appel manqué. Ici on appelle cela biper quelqu’un pour le prévenir qu’on veut lui parler à l’occasion. On peut ainsi inventer des codes si on bipe trois fois, c’est très urgent, si on bipe deux fois on se voit à l’occasion et si on bipe une fois c’est pour dire bonjour ou lui dire qu’on pense à l’autre. Il va sans dire que le plus beau cadeau qu’on peut faire à un malgache c’est lui offrir un téléphone portable.
Souvent, si vous allez pour un petit dépannage dans un garage ou chez un des nombreux artisans qui ont « boutique sur rue », à la fin de l’intervention qui peut durer parfois plus d’une heure et quand arrive le moment de payer, on vous dit que vous pouvez donner ce que vous voulez. Quand je donne ainsi dix mille francs malgaches ce qui équivaut à deux mille Ariary ou quatre-vingt de nos centimes européens, ces artisans se confondent en remerciements car le salaire de base de bien des malgaches est d’environs un € par jour, et tous n’ont pas la chance d’avoir un travail régulier. Il est évident qu’ici à part les fonctionnaires et quelques entreprises, les couvertures sociales sont inexistantes et si un artisan, un commerçant ou un travailleur de la terre doit faire un séjour à l’hôpital, tous les frais ainsi que la nourriture sont à sa charge. L’hygiène y est très déplorable si on n’a pas les moyens d’aller dans les rares centres médicaux privés réservés à une clientèle de luxe. Les malgaches ne sont pourtant pas dépourvus de tous moyens thérapeutiques car ils se transmettent de génération en génération les vertus de certaines plantes qui les aident tant bien que mal à enrayer biens des maux. On peut également concocter des produits de première nécessité comme le savon fabriqué avec l’aloès, une plante originaire du sud de l’île.
Ici pas de tondeuse, pas de scie, pas de hache, pas de marteau ou d’outils électriques. Tout travail est exécuté à la main avec le coupe-coupe où avec une pelle dont la largeur dépasse à peine dix centimètres. Souvent le labourage des rizières se fait par piétinement des zébus. Le riz des montagnes dans l’Est du pays est planté directement sur le brulis des versants de colline. Dans le sud j’ai vu des panneaux le long de la route indiquant un reboisement mais les éleveurs préfèrent brûler ces plantations pour y faire paître leurs troupeaux de zébus qui peuvent parfois se compter par milliers dans les zones favorables à l’élevage. Les projets sont pour la plupart réduits à néant faute de suivi efficace. Ainsi les fonds de nombreuses ONG sont dilapidés dans des efforts vains ou encore sont détournés par des opportunistes malins.
La corruption, malgré les efforts est très difficile à combattre dans un pays qui manque cruellement de personnes capables d’apporter des solutions efficaces. Le peuple malgache qui possède une espérance de vie très faible se compose en majorité de personnes mineures qui ne sont pas en mesure de voir plus loin que le contenu de leur bol de riz journalier. Les rares Don Quichote qui se débattent contre des moulins à vent se heurtent souvent à des méthodes d’un autre temps. Parfois des personnes travaillent juste le temps de toucher leur salaire, puis elles arrêtent de travailler avant de vouloir reprendre leur travail quand elles ont dépensé leur salaire.
Il existe encore de nos jours dans des régions boisées du sud ouest du pays une population mal connue, appelée les mikéa qui échappe aux recensements car elle vit en autarcie. D’autres regroupements de personnes vivent pauvrement en marge des riches éleveurs qui les considèrent comme les descendants des esclaves. L’occupation des sols se fait de façon anarchique dans les provinces loin des grandes agglomérations. Et bien souvent autour des grandes villes se serrent les uns contre les autres des baraquements faits de planches, de tôles et de tous matériaux pouvant offrir un abri sommaire. Il n’y a pas d’eau courante, ni évacuations des eaux usées dignes de ce nom. L’hygiène est un mot inconnu dans ces endroits où il faut parfois faire des centaines de mètres pour aller chercher de l’eau dans des seaux qui éclaboussent à chaque pas les pieds des enfants qui sont chargés de ces corvées. Certains d’entre eux n’ont jamais dormi sur un matelas et dorment souvent tout habillés à même le sol.
La plupart du temps la promiscuité entre les parents et les enfants est telle que très tôt ces derniers sont parfaitement informés dans le domaine de la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de tous les jours et s’en trouve ainsi banalisé. Souvent des jeunes filles ont déjà plusieurs enfants avant d’avoir atteint leur majorité. Parfois ce sont les grands parents qui gardent les enfants pendant que les parents de ces derniers commencent à travailler comme vendeuse de fruits, de légumes grappillés par ci par là. Souvent un simple bout de bâche en plastique posé sur le sol sert d’éventaire. Un tissu posé sur la tête les protège du soleil. Et quand un acheteur se présente il peut acheter un « tas » de fruits ou légumes. Pour la vente au poids, la marchande se rend en courant chez un commerçant plus aisé pour peser sa marchandise et elle va également acheter un sachet en plastique pour emballer sa vente. Tout ici est empirique à souhaits. On fait avec ce qu’on possède et personne ne s’en plaint. De toute façon ils possèdent la plus grande richesse du monde : du soleil dans le cœur.
A Madagascar, rien ne se passe comme ailleurs car ici on peut même fabriquer sa propre constitution si on est à la tête de l’état et on peut faire fi de celle-ci si on est dans l’opposition et si la majorité de la population soutient cette opposition. Et que l’Union Africaine ou l’occident désapprouve cela, ne changera en rien le comportement des malgaches qui ont leur façon de voir les choses avec le cœur et non avec la raison. Ici le chef de l’état n’est plus le chef des armées si la population en décide autrement. C’est la rue qui décide avant d’aller aux urnes pour confirmer un renouveau dans la politique du pays. Bien sûr, le malgache provincial, perdu dans sa brousse est bien loin de ces agitations des grandes villes qui disposent des informations chaudes retransmises par les médias. Ainsi dans la capitale, dans les périodes de crises, la foule se presse devant les étals de journaux pour y lire les gros titres de la première page et pouvoir en tirer leurs conclusions personnelles sans avoir besoin de lire les commentaires des pages intérieures. A choisir, pour le prix d’un journal, on peut se payer une écuelle de pâtes chinoise qui cale le ventre pour quelques heures. C’est cela le souci majeur de beaucoup de malgaches.
Les forêts primaires ont pratiquement disparu de l’île et selon certaines informations il subsisterait encore huit pour cent de biotopes particuliers qui n’ont pas encore été détruits par l’homme et qui sont les derniers sanctuaires d’espèces faunistiques et floristiques très souvent endémiques. Ici la culture intensive est encore très restreinte et c’est sur de grandes étendues d’un sol de latérite sans apport d’engrais qu’on produit de maigres récoltes. Ce n’est qu’en fond de vallée ou dans les zones humides que la production est plus importante mais à force d’y effectuer les mêmes cultures le rendement s’amenuise peu à peu au fil des ans par manque de matières organiques qui enrichiraient le sol. En effet, tout est utilisé, même la paille de riz, l’herbe et tout ce qui pourrait enrichir les sols qui peu à peu sont emportés par des rivières rouges qui saignent lentement mais sûrement la Grande Ile. Dans une ou deux générations celle-ci pourrait ressembler à une Ile déserte car une démographie galopante, un réchauffement inévitable et une pollution incontrôlée combinée à une demande de plus en plus grande des richesses végétales et animales accélèreront cet inévitable processus.
Faire marche arrière serait certainement possible avec des cultures intensives mais très diversifiées mélangées à des zones forestières avec apport d’engrais naturels et fixation des sols. Naturellement des tris très sélectifs des ordures ménagères ainsi qu’une discipline exemplaire de la répartition des richesses du pays permettraient d’avoir un niveau de vie satisfaisant. Une régulation des naissances par le droit à l’avortement mettrait certainement un frein au surpeuplement des grandes villes qui sont confrontées à un taux de naissances galopant. Un repeuplement des terres riches et aptes à des cultures pourrait aussi réduire la dépendance alimentaire. Le retraitement des déchets est certainement un maillon inévitable pour permettre dans un premier temps à enrayer cette fuite en avant qui pourrait bien avoir une fin si on ne s’engage pas dans une politique de prévention et si on persiste dans une optique opportuniste et prédatrice qui ne se soucie pas du futur.
Le taux d’ensoleillement maximal dont bénéficie Madagascar est une richesse incomparable d’énergie qui pourrait apporter une certaine indépendance énergétique dans bien des domaines. Pour la réalisation de tous ces projets, il ne manque que l’argent qui sert actuellement à enrichir sans contrôles efficaces une frange de la population au détriment de la plus grande majorité qui est trop occupée à boucler les fins de mois qui souvent sont de plus en plus longs. La bureaucratie d’une époque révolue est là aussi pour freiner des quatre fers le cadre administratif. La circulation des véhicules est au bord de l’asphyxie dans certains quartiers de la capitale. Les véhicules vétustes ainsi que les difficultés financières permettant de s’approvisionner correctement en carburant sont causes de nombreux embouteillages, sans compter les taxis-bé qui bloquent les voies de circulation en ne respectant pas les temps d’arrêts ou les endroits spécifiés. Les infrastructures routières dans la capitale ne répondent plus du tout au nombre toujours croissant de véhicules qui y circulent. Tout cela contribue à une pollution qui est souvent cause de l’affaiblissement des défenses immunitaires des habitants de la capitale.
Les minibus (taxi-brousse) qui relient les grandes villes entre elles ne prennent le départ que lorsque tout a été fait pour que toutes les places soient prises. Il va sans dire que cela peut prendre des heures en ne négligeant pas de faire appel à des rabatteurs qui ratissent les alentours du stationnement pour guider les éventuels clients vers tel ou tel autre bureau des différentes compagnies de taxis-brousse.
J’ai ainsi été témoin d’une scène étonnante. Le taxi-brousse en question était presque complet en voyageurs et on chargeait le reste des bagages sur la galerie du toit. Parmi les paniers de poules, les pneus de voitures, les valises et les balles de fripes destinés à être vendues dans les villes de la province, il y avait également un quad qu’une dizaine de « chargeurs » avaient hissé péniblement sur le toit du taxi-brousse. Bien sûr, quand le départ est imminent, on prévient par téléphone portable tous les voyageurs qui ne tardent pas à arriver les uns après les autres. Mais à ma stupeur, un vif mécontentement se dégagea des voyageurs à la vue du quad sur le toit du véhicule et plusieurs d’entre eux exigèrent d’être remboursés car ils craignaient un accident à cause du surpoids. Finalement après une heure d’attente c’est le départ après avoir caché le quad sous une bâche et qu’on ait péniblement déniché d’autres clients. Le voyage qui, malgré la crainte de voir la galerie du taxi-brousse arrachée dans les nombreux virages pris à la limite de la prudence avec souvent les pneus du véhicule qui crient leur inquiétude se déroula à mon grand étonnement sans incidents majeurs. Il est évident que les très nombreux barrages de policiers, de gendarmerie ou de motards de la police qui consultent les papiers du taxi-brousse ainsi que du quad sont principalement fait pour essayer de grappiller quelques billets en raison du chargement inhabituel, voire trop élevé selon certains. Il est de coutume de laisser le journal aux forces de « l’ordre » qui peuvent en outre des vao vao (nouvelles) trouver entre les pages du journal un billet de banque. Il est vrai que le salaire des petits fonctionnaires de l’état n’est vraiment pas très élevé et en échange de ces petits « suppléments » ils ferment les yeux sur l’état déplorable des véhicules dont certains roulent avec des pneus lisses, un éclairage défectueux voire des freins ne répondant absolument pas aux normes auxquelles nous sommes habitués maintenant en Europe. Très souvent les taxis-brousse dont les chauffeurs sont experts en mécanique changent eux-mêmes les plaquettes de frein en cours de route ou alors j’ai eu la peur de ma vie quand après avoir changé tant bien que mal une roue, c’est la seconde qui commença à se dégonfler sur une piste à des centaines de kilomètres d’une agglomération qu’on a réussi à atteindre de justesse avant que le second pneu soit complètement à plat. Parfois lorsqu’on se trouve en relief montagneux, il n’est pas rare de sentir l’odeur désagréable des plaquettes de frein chauffées à blanc ou des disques d’embrayages des poids lourds qui sont très sollicités. Souvent on peut apercevoir des semi-remorques ou des taxi-brousse renversés dans le fossé, seule alternative pour s’arrêter quand les freins lâchent dans une descente. L’état déplorable des routes où les nids de poules sont parfois d’une taille telle qu’on pourrait y nicher une paire de zébus. Certaines pistes de sable longent des routes totalement défoncées sur des centaines de kilomètres et si on a la malchance de circuler derrière un autre véhicule, on recrache le sable avalé le long du parcours. Ne parlons pas de la saison des pluies qui coupe certaines pistes et il est alors illusoire de vouloir relier certaines grandes villes. La construction des ponts relève souvent de l’exploit en ayant recours aux aides internationales.
Bien sûr, les chinois participent beaucoup à ces aides et en contrepartie, on ferme totalement les yeux sur leurs importations de matériel peu coûteux, souvent de grandes marques mal contrefaites et le plus souvent sans aucune garantie de fonctionnement. J’ai ainsi fait l’expérience avec une mèche pour percer soit disant du métal et qui s’est simplement pliée à quatre vingt dix degrés lorsque j’ai voulu percer un trou dans un morceau de tôle.
Pour les malgaches, cela ne pose aucun problème car pour couper du métal ils emploient couramment un marteau et un burin et il en va de même pour percer un trou. Si on rencontre des difficultés, on chauffe le métal sur des fourneaux de charbon de bois pour rendre le métal plus malléable.
Le charbon de bois très couramment utilisé par tous les ménages pour faire la cuisine est produit en très grandes quantités le long des routes à partir de bois d’eucalyptus. Ces arbustes qu’on abat avec un genre de coupe-coupe à long manche ont l’avantage de repousser en multiples branches à partir de la souche. Parfois on peut distinguer plusieurs charbonnières par colline. La méthode est simple : on creuse un trou peu profond en flanc de colline dans lequel on empile le bois coupé et on recouvre le tout de terre puis on laisse le bois se consumer lentement en ne laissant qu’un trou pour l’évacuation de la fumée. Après refroidissement, on casse le bois carbonisé en petits morceaux qui sont vendus le long des routes dans des sacs pour un prix dérisoire.
Le long de ces routes se trouvent également d’innombrables petits abris où les cultivateurs vendent leurs produits de culture voire de cueillette, d’élevage ou encore les poissons pêchés dans un des nombreux cours d’eau qui arrachent la terre dans une eau rougeâtre. Il n’est pas rare de se voir proposer ainsi à côté d’un marchand de fruits sauvages, des produits de la pêche ou tout simplement un hérisson, ou des poulets attachés par une ficelle à un caillou ou entassés dans une corbeille et naturellement avec les pattes ficelées. La SPA et les Associations des droits de l’homme auraient vraiment beaucoup de travail ici où les hommes n’ont parfois rien à envier aux bêtes qui elles au moins sont parfois plus avantagées pour trouver de la nourriture. Les poulets se nourrissent souvent d’insectes, un peu de végétation et autres immondices rejetés par les hommes. En ajoutant à cela que dans certaines ethnies la viande de porc est fady (interdite) et chez d’autres c’est la viande de chèvre qui est impure, donc interdite à la consommation.
Les interdits populaires et les coutumes locales sont bien enracinés sur l’Île rouge couleur de la latérite qui forme son sous-sol. Parfois les membres d’une ethnie économisent pendant de longs mois, voire des années pour être en mesure d’honorer leurs morts. On ouvre les tombeaux et on enveloppe les corps dans un nouveau tissu et tout cela dans une ambiance de fête où on sacrifie les zébus qui sont réservés souvent pour ces grandes occasions. Ainsi lorsqu’il est question de circoncision, on rassemble toute la famille et les parents ayant des garçons en âge de passer ce cap et qui payent les zébus et les boissons qui vont nourrir toute la famille pendant ces jours de fête.
Il faut dire que le peuple malgache est très solidaire et partagerait son dernier grain de riz avec une personne moins fortunée. C’est un peuple qui se serre les coudes et là où on s’en rend compte physiquement et de façon spectaculaire c’est dans les taxis-bé (grands taxis), genre de mini-bus qui sillonnent les grandes villes : 1200 taxis-bé dans la capitale qui devient de la sorte une des villes les plus polluée au monde car ces véhicules souvent très vieux ne sont soumis à aucun contrôle antipollution. Ces véhicules sont limités à une dizaine de personnes en Europe et peuvent légalement charger entre vingt et trente personnes assises au coude à coude et parfois en serrant les fesses pour tenir sur des sièges minuscules.
Il faut dire que les malgaches en général ne sont pas très grands comparés aux peuples occidentaux et comme leur nourriture qui pour la plupart du temps se compose de deux ou trois bols de riz par jour laisse peu de place à un excédent de lipides dans le corps.
Pourtant certaines régions de l’île seraient favorables à une culture très variée de fruits et légumes ainsi qu’à un élevage très diversifié, mais faute à un enseignement basé principalement sur la religion et les croyances d’une autre époque, le malgache compte plus sur un éventuel miracle de Dieu que sur lui-même pour survivre. Les missionnaires de tout poil étant les principaux acteurs de cet état de choses. Bien sûr sans eux, l’illettrisme serait supérieur à ce qu’il est, mais ce n’est pas en sachant lire et écrire à Madagascar qu’on remplit son assiette de riz. De toute façon même les personnes ayant suivies leurs études supérieures ont beaucoup de peine à trouver du travail et quand ils en trouvent, ce travail est si mal rétribué qu’il est illusoire de vouloir créer une famille sereine sans problèmes d’argent.
Ainsi on peut voir à longueur de journée des hommes valides de tout âge assis le long des routes en ville en attendant que le travail tombe du ciel. Donc si vous allez faire vos emplettes, on viendra vous demander de porter vos courses, on vous demandera de nettoyer ou de garder votre véhicule, on vous proposera d’acheter des babioles qui vont d’une tapette de mouches à des serviettes de bain ou encore des antennes de télévision sans compter d’innombrables articles qui se marchandent parfois à dix pour cent de la valeur annoncée et si vous n’êtes toujours pas décidé à acheter ce dont vous n’avez pas besoin, on vous demandera : « combien vous donne ? ». Dès leur plus jeune âge, on apprend à certains enfants déshérités cette phrase en français : « Monsieur, donnez moi l’argent ». Les parents installent parfois leur bébé qui ne sait pas encore marcher sur un trottoir de la capitale avec un petit pot devant lui pour collecter des « madinka » (menue monnaie). Bien sûr le premier mai, fête du travail peut durer plusieurs mois à Madagascar pour certains qui se complaisent dans cette misère. Il est parfois très difficile pour les occidentaux de faire la part des choses entre le besoin de secourir son prochain sans encourager la mendicité.
Dans une petite agglomération de l’Est du pays en bordure de mer où affluent les citadins le week-end, certains habitants se sont spécialisés dans la confection de colliers et de bracelets avec différentes graines séchées et colorées. On peut y trouver des graines d’arbres, d’orchidées et autres plantes des tropiques et il faut avouer que le résultat est parfois très décoratif. D’autres confectionnent des sacs à main où des chapeaux avec des feuilles séchées de bananiers ou avec des fibres végétales qui apportent au produit terminé un effet naturel sans pareil.
Même les enfants vendent déjà ces « souvenirs » aux touristes.
Le bord de mer est constamment le théâtre de rassemblements quand les pêcheurs tirent leurs filets sur la plage de sable fin. Bien souvent il n’y a que du menu fretin qu’on fait griller tel quel après un lavage sommaire dans l’eau douce. Parfois pourtant de jeunes thons se laissent prendre dans les filets et ils sont plutôt réservés à la vente sur le marché local ou directement à la plage. Pourtant c’est la pêche au harpon près de la barrière de corail qui est la plus bénéfique avec de beaux poissons qui sont pour la plupart réservés aux nombreux hôtels restaurants qui sont des clients privilégiés. Quelques pêcheurs se sont également spécialisés dans la pêche aux langoustes mais elles n’ont pas vraiment le temps de se développer car aucune mesure de protection pour la faune sous marine n’est envisagée.
De plus en plus de retraités français viennent se retirer dans ce paradis qui offre une période d’ensoleillement optimal avec des prix défiants toute concurrence avec les pays occidentaux. D’autant plus que les habitants sont d’une gentillesse sans pareil au monde et malgré leur infortune, un rien les fait rire, et ce n’est pas un ventre vide qui rend malheureux mais bien plus souvent c’est ceux qui ne sont pas dans la gène qui sont les plus malheureux car ils courent après un bonheur illusoire et matériel qui exclut la convivialité et le partage.
La musique joue un grand rôle dans toutes les régions de la Grande Île. Elle est très rythmée et rares sont les jeunes des villes qui ne connaissent pas les nombreux chanteurs qui remplissent des stades quand ils viennent s’y produire.
Non loin des routes malgaches, sur les hauteurs on peut distinguer maintenant d’affreux pylônes destinés aux communications des téléphones portables et si beaucoup de personnes n’ont pas encore de chaussures, un grand nombre surtout chez les jeunes possèdent pourtant un téléphone portable. Très peu peuvent se payer le crédit qui permet de passer des communications et ils se contentent d’interrompre la sonnerie à temps avant que l’autre puisse décrocher mais suffisamment pour afficher le numéro de l’appel manqué. Ici on appelle cela biper quelqu’un pour le prévenir qu’on veut lui parler à l’occasion. On peut ainsi inventer des codes si on bipe trois fois, c’est très urgent, si on bipe deux fois on se voit à l’occasion et si on bipe une fois c’est pour dire bonjour ou lui dire qu’on pense à l’autre. Il va sans dire que le plus beau cadeau qu’on peut faire à un malgache c’est lui offrir un téléphone portable.
Souvent, si vous allez pour un petit dépannage dans un garage ou chez un des nombreux artisans qui ont « boutique sur rue », à la fin de l’intervention qui peut durer parfois plus d’une heure et quand arrive le moment de payer, on vous dit que vous pouvez donner ce que vous voulez. Quand je donne ainsi dix mille francs malgaches ce qui équivaut à deux mille Ariary ou quatre-vingt de nos centimes européens, ces artisans se confondent en remerciements car le salaire de base de bien des malgaches est d’environs un € par jour, et tous n’ont pas la chance d’avoir un travail régulier. Il est évident qu’ici à part les fonctionnaires et quelques entreprises, les couvertures sociales sont inexistantes et si un artisan, un commerçant ou un travailleur de la terre doit faire un séjour à l’hôpital, tous les frais ainsi que la nourriture sont à sa charge. L’hygiène y est très déplorable si on n’a pas les moyens d’aller dans les rares centres médicaux privés réservés à une clientèle de luxe. Les malgaches ne sont pourtant pas dépourvus de tous moyens thérapeutiques car ils se transmettent de génération en génération les vertus de certaines plantes qui les aident tant bien que mal à enrayer biens des maux. On peut également concocter des produits de première nécessité comme le savon fabriqué avec l’aloès, une plante originaire du sud de l’île.
Ici pas de tondeuse, pas de scie, pas de hache, pas de marteau ou d’outils électriques. Tout travail est exécuté à la main avec le coupe-coupe où avec une pelle dont la largeur dépasse à peine dix centimètres. Souvent le labourage des rizières se fait par piétinement des zébus. Le riz des montagnes dans l’Est du pays est planté directement sur le brulis des versants de colline. Dans le sud j’ai vu des panneaux le long de la route indiquant un reboisement mais les éleveurs préfèrent brûler ces plantations pour y faire paître leurs troupeaux de zébus qui peuvent parfois se compter par milliers dans les zones favorables à l’élevage. Les projets sont pour la plupart réduits à néant faute de suivi efficace. Ainsi les fonds de nombreuses ONG sont dilapidés dans des efforts vains ou encore sont détournés par des opportunistes malins.
La corruption, malgré les efforts est très difficile à combattre dans un pays qui manque cruellement de personnes capables d’apporter des solutions efficaces. Le peuple malgache qui possède une espérance de vie très faible se compose en majorité de personnes mineures qui ne sont pas en mesure de voir plus loin que le contenu de leur bol de riz journalier. Les rares Don Quichote qui se débattent contre des moulins à vent se heurtent souvent à des méthodes d’un autre temps. Parfois des personnes travaillent juste le temps de toucher leur salaire, puis elles arrêtent de travailler avant de vouloir reprendre leur travail quand elles ont dépensé leur salaire.
Il existe encore de nos jours dans des régions boisées du sud ouest du pays une population mal connue, appelée les mikéa qui échappe aux recensements car elle vit en autarcie. D’autres regroupements de personnes vivent pauvrement en marge des riches éleveurs qui les considèrent comme les descendants des esclaves. L’occupation des sols se fait de façon anarchique dans les provinces loin des grandes agglomérations. Et bien souvent autour des grandes villes se serrent les uns contre les autres des baraquements faits de planches, de tôles et de tous matériaux pouvant offrir un abri sommaire. Il n’y a pas d’eau courante, ni évacuations des eaux usées dignes de ce nom. L’hygiène est un mot inconnu dans ces endroits où il faut parfois faire des centaines de mètres pour aller chercher de l’eau dans des seaux qui éclaboussent à chaque pas les pieds des enfants qui sont chargés de ces corvées. Certains d’entre eux n’ont jamais dormi sur un matelas et dorment souvent tout habillés à même le sol.
La plupart du temps la promiscuité entre les parents et les enfants est telle que très tôt ces derniers sont parfaitement informés dans le domaine de la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de tous les jours et s’en trouve ainsi banalisé. Souvent des jeunes filles ont déjà plusieurs enfants avant d’avoir atteint leur majorité. Parfois ce sont les grands parents qui gardent les enfants pendant que les parents de ces derniers commencent à travailler comme vendeuse de fruits, de légumes grappillés par ci par là. Souvent un simple bout de bâche en plastique posé sur le sol sert d’éventaire. Un tissu posé sur la tête les protège du soleil. Et quand un acheteur se présente il peut acheter un « tas » de fruits ou légumes. Pour la vente au poids, la marchande se rend en courant chez un commerçant plus aisé pour peser sa marchandise et elle va également acheter un sachet en plastique pour emballer sa vente. Tout ici est empirique à souhaits. On fait avec ce qu’on possède et personne ne s’en plaint. De toute façon ils possèdent la plus grande richesse du monde : du soleil dans le cœur.
A Madagascar, rien ne se passe comme ailleurs car ici on peut même fabriquer sa propre constitution si on est à la tête de l’état et on peut faire fi de celle-ci si on est dans l’opposition et si la majorité de la population soutient cette opposition. Et que l’Union Africaine ou l’occident désapprouve cela, ne changera en rien le comportement des malgaches qui ont leur façon de voir les choses avec le cœur et non avec la raison. Ici le chef de l’état n’est plus le chef des armées si la population en décide autrement. C’est la rue qui décide avant d’aller aux urnes pour confirmer un renouveau dans la politique du pays. Bien sûr, le malgache provincial, perdu dans sa brousse est bien loin de ces agitations des grandes villes qui disposent des informations chaudes retransmises par les médias. Ainsi dans la capitale, dans les périodes de crises, la foule se presse devant les étals de journaux pour y lire les gros titres de la première page et pouvoir en tirer leurs conclusions personnelles sans avoir besoin de lire les commentaires des pages intérieures. A choisir, pour le prix d’un journal, on peut se payer une écuelle de pâtes chinoise qui cale le ventre pour quelques heures. C’est cela le souci majeur de beaucoup de malgaches.
Les forêts primaires ont pratiquement disparu de l’île et selon certaines informations il subsisterait encore huit pour cent de biotopes particuliers qui n’ont pas encore été détruits par l’homme et qui sont les derniers sanctuaires d’espèces faunistiques et floristiques très souvent endémiques. Ici la culture intensive est encore très restreinte et c’est sur de grandes étendues d’un sol de latérite sans apport d’engrais qu’on produit de maigres récoltes. Ce n’est qu’en fond de vallée ou dans les zones humides que la production est plus importante mais à force d’y effectuer les mêmes cultures le rendement s’amenuise peu à peu au fil des ans par manque de matières organiques qui enrichiraient le sol. En effet, tout est utilisé, même la paille de riz, l’herbe et tout ce qui pourrait enrichir les sols qui peu à peu sont emportés par des rivières rouges qui saignent lentement mais sûrement la Grande Ile. Dans une ou deux générations celle-ci pourrait ressembler à une Ile déserte car une démographie galopante, un réchauffement inévitable et une pollution incontrôlée combinée à une demande de plus en plus grande des richesses végétales et animales accélèreront cet inévitable processus.
Faire marche arrière serait certainement possible avec des cultures intensives mais très diversifiées mélangées à des zones forestières avec apport d’engrais naturels et fixation des sols. Naturellement des tris très sélectifs des ordures ménagères ainsi qu’une discipline exemplaire de la répartition des richesses du pays permettraient d’avoir un niveau de vie satisfaisant. Une régulation des naissances par le droit à l’avortement mettrait certainement un frein au surpeuplement des grandes villes qui sont confrontées à un taux de naissances galopant. Un repeuplement des terres riches et aptes à des cultures pourrait aussi réduire la dépendance alimentaire. Le retraitement des déchets est certainement un maillon inévitable pour permettre dans un premier temps à enrayer cette fuite en avant qui pourrait bien avoir une fin si on ne s’engage pas dans une politique de prévention et si on persiste dans une optique opportuniste et prédatrice qui ne se soucie pas du futur.
Le taux d’ensoleillement maximal dont bénéficie Madagascar est une richesse incomparable d’énergie qui pourrait apporter une certaine indépendance énergétique dans bien des domaines. Pour la réalisation de tous ces projets, il ne manque que l’argent qui sert actuellement à enrichir sans contrôles efficaces une frange de la population au détriment de la plus grande majorité qui est trop occupée à boucler les fins de mois qui souvent sont de plus en plus longs. La bureaucratie d’une époque révolue est là aussi pour freiner des quatre fers le cadre administratif. La circulation des véhicules est au bord de l’asphyxie dans certains quartiers de la capitale. Les véhicules vétustes ainsi que les difficultés financières permettant de s’approvisionner correctement en carburant sont causes de nombreux embouteillages, sans compter les taxis-bé qui bloquent les voies de circulation en ne respectant pas les temps d’arrêts ou les endroits spécifiés. Les infrastructures routières dans la capitale ne répondent plus du tout au nombre toujours croissant de véhicules qui y circulent. Tout cela contribue à une pollution qui est souvent cause de l’affaiblissement des défenses immunitaires des habitants de la capitale.















Simone # 31. March 2009, 14:57
Bravo pour ce récit si vivant