Jeter un œil critique sur la Grande Île ou contribution à la connaissance de Madagascar
Friday, September 2, 2011 2:54:36 PM
Les minibus (taxi-brousse) qui relient les grandes villes entre elles ne prennent le départ que lorsque tout a été fait pour que toutes les places soient prises. Il va sans dire que cela peut prendre des heures en ne négligeant pas de faire appel à des rabatteurs qui ratissent les alentours du stationnement pour guider les éventuels clients vers tel ou tel autre bureau des différentes compagnies de taxis-brousse.
J’ai ainsi été témoin d’une scène étonnante. Le taxi-brousse en question était presque complet en voyageurs et on chargeait le reste des bagages sur la galerie du toit. Parmi les paniers de poules, les pneus de voitures, les valises et les balles de fripes destinés à être vendues dans les villes de la province, il y avait également un quad (quadricycle) qu’une dizaine de « chargeurs » avaient hissé péniblement sur le toit du taxi-brousse. Bien sûr, quand le départ est imminent, on prévient par téléphone portable tous les voyageurs qui avaient retenus leur place à l’avance et qui ne tardent pas à arriver les uns après les autres. Mais à ma stupeur, un vif mécontentement se dégagea des voyageurs à la vue du quad sur le toit du véhicule et plusieurs d’entre eux exigèrent d’être remboursés car ils craignaient un accident à cause du surpoids. Finalement après une heure d’attente c’est le départ après avoir caché le quad sous une bâche et qu’on ait péniblement déniché d’autres clients. Le voyage qui, malgré la crainte de voir la galerie du taxi-brousse arrachée dans les nombreux virages pris à la limite de la prudence avec souvent les pneus du véhicule qui crient leur inquiétude se déroula à mon grand étonnement sans incidents majeurs. Il est évident que les très nombreux barrages de policiers, de gendarmerie ou de motards de la police qui consultent les papiers du taxi-brousse ainsi que du quad sont principalement fait pour essayer de grappiller quelques billets en raison du chargement inhabituel, voire trop élevé selon certains. Il est de coutume de laisser le journal aux forces de « l’ordre » qui peuvent en outre des vao vao (nouvelles) trouver entre les pages du journal un billet de banque. Il est vrai que le salaire des petits fonctionnaires de l’état n’est vraiment pas très élevé et en échange de ces petits « suppléments » ils ferment les yeux sur l’état déplorable des véhicules dont certains roulent avec des pneus lisses, un éclairage défectueux voire des freins ne répondant absolument pas aux normes auxquelles nous sommes habitués maintenant en dans les pays occidentaux.
Très souvent les taxis-brousse dont les chauffeurs sont experts en mécanique changent eux-mêmes les plaquettes de frein en cours de route ou alors j’ai eu la peur de ma vie quand après avoir changé tant bien que mal une roue, c’est la seconde qui commença à se dégonfler sur une piste à des centaines de kilomètres d’une agglomération qu’on a réussi à atteindre de justesse avant que le second pneu soit complètement à plat. Parfois lorsqu’on se trouve en relief montagneux, il n’est pas rare de sentir l’odeur désagréable des plaquettes de frein chauffées à blanc ou des disques d’embrayages des poids lourds qui sont très sollicités. Souvent on peut apercevoir des semi-remorques ou des taxi-brousse renversés dans le fossé, seule alternative pour s’arrêter quand les freins lâchent dans une descente. L’état déplorable des routes où les nids de poules sont parfois d’une taille telle qu’on pourrait y nicher une paire de zébus.
Certaines pistes de sable longent des routes totalement défoncées sur des centaines de kilomètres et si on a la malchance de circuler derrière un autre véhicule, on recrache le sable avalé le long du parcours. Ne parlons pas de la saison des pluies qui coupe certaines pistes et il est alors illusoire de vouloir relier certaines régions. La construction des ponts relève souvent de l’exploit en ayant recours aux aides internationales.
Bien sûr, les chinois participent beaucoup à ces aides et en contrepartie, on ferme totalement les yeux sur leurs importations de matériel peu coûteux, souvent de grandes marques mal contrefaites et le plus souvent sans aucune garantie de fonctionnement. J’ai ainsi fait l’expérience avec une mèche pour percer soit disant du métal et qui s’est simplement pliée à quatre vingt dix degrés lorsque j’ai voulu percer un trou dans un morceau de tôle.
Pour les malgaches, cela ne pose aucun problème car pour couper du métal ils emploient couramment un marteau et un burin et il en va de même pour percer un trou. Si on rencontre des difficultés, on chauffe le métal sur des fourneaux de charbon de bois pour rendre le métal plus malléable.
Le charbon de bois très couramment utilisé par tous les ménages pour faire la cuisine est produit en très grandes quantités le long des routes à partir de bois d’eucalyptus. Ces arbustes qu’on abat avec un genre de coupe-coupe à long manche ont l’avantage de repousser en multiples branches à partir de la souche. Parfois on peut distinguer plusieurs charbonnières par colline.
La méthode est simple : on creuse un trou peu profond en flanc de colline dans lequel on empile le bois coupé et on recouvre le tout de terre puis on laisse le bois se consumer lentement en ne laissant qu’un trou pour l’évacuation de la fumée. Après refroidissement, on casse le bois carbonisé en petits morceaux qui sont vendus le long des routes dans des sacs pour un prix dérisoire.
Le long de ces routes se trouvent également d’innombrables petits abris où les cultivateurs vendent leurs produits de culture voire de cueillette, d’élevage ou encore les poissons pêchés dans un des nombreux cours d’eau qui arrachent la terre dans une eau rougeâtre.
Il n’est pas rare de se voir proposer ainsi à côté d’un marchand de fruits sauvages, des produits de la pêche ou tout simplement un hérisson, ou des poulets attachés par une ficelle à un caillou ou entassés dans une corbeille et naturellement avec les pattes ficelées. La SPA et les Associations des droits de l’homme auraient vraiment beaucoup de travail ici où les hommes n’ont parfois rien à envier aux bêtes qui elles au moins sont parfois plus avantagées pour trouver de la nourriture. Les poulets se nourrissent souvent d’insectes, un peu de végétation et autres immondices rejetés par les hommes. En ajoutant à cela que dans certaines ethnies la viande de porc est fady (interdite) et chez d’autres c’est la viande de chèvre qui est impure, donc interdite à la consommation.
Les interdits populaires (fady) et les coutumes locales sont bien enracinés sur l’Île rouge couleur de la latérite qui forme son sous-sol. Parfois les membres d’une ethnie économisent pendant de longs mois, voire des années pour être en mesure d’honorer leurs morts. On ouvre les tombeaux et on enveloppe les corps ou plutôt de ce qu’il en reste dans un nouveau tissu et tout cela dans une ambiance de fête où on sacrifie les zébus qui sont réservés souvent pour ces grandes occasions. Ainsi lorsqu’il est question de circoncision, on rassemble toute la famille et les parents ayant des garçons en âge de passer ce cap et qui payent les zébus et les boissons qui vont nourrir toute la famille pendant ces jours de fête.
Il faut dire que le peuple malgache est très solidaire et partagerait son dernier grain de riz avec une personne moins fortunée. C’est un peuple qui se serre les coudes et là où on s’en rend compte physiquement et de façon spectaculaire c’est dans les taxis-bé (grands taxis), genre de mini-bus qui sillonnent les grandes villes : 1200 taxis-bé dans la capitale qui devient de la sorte une des villes les plus polluée au monde car ces véhicules souvent très vieux ne sont soumis à aucun contrôle antipollution. Ces véhicules sont limités à une dizaine de personnes en Europe et peuvent légalement charger entre vingt et trente personnes assises au coude à coude et parfois en serrant les fesses pour tenir sur des sièges minuscules.
Il faut dire que les malgaches en général ne sont pas très grands comparés aux peuples occidentaux et comme leur nourriture qui pour la plupart du temps se compose de deux ou trois bols de riz par jour laisse peu de place à un excédent de lipides dans le corps.
Pourtant certaines régions de l’île seraient favorables à une culture très variée de fruits et légumes ainsi qu’à un élevage très diversifié, mais faute à un enseignement basé principalement sur la religion et les croyances d’une autre époque, le malgache compte plus sur un éventuel miracle de Dieu que sur lui-même pour survivre. Les missionnaires de tout poil étant les principaux acteurs de cet état de choses. Bien sûr sans eux, l’illettrisme serait supérieur à ce qu’il est, mais ce n’est pas en sachant lire et écrire à Madagascar qu’on remplit son assiette de riz. De toute façon même les personnes ayant suivies leurs études supérieures ont beaucoup de peine à trouver du travail et quand ils en trouvent, ce travail est si mal rétribué qu’il est illusoire de vouloir créer une famille sereine sans problèmes d’argent.
Ainsi on peut voir à longueur de journée des hommes valides de tout âge assis le long des routes dans la capitale en attendant que le travail tombe du ciel. Donc si vous allez faire vos emplettes, on viendra vous demander de porter vos courses, on vous demandera de nettoyer ou de garder votre véhicule, on vous proposera d’acheter des babioles qui vont d’une tapette de mouches à des serviettes de bain ou encore des antennes de télévision sans compter d’innombrables articles qui se marchandent parfois à dix pour cent de la valeur annoncée et si vous n’êtes toujours pas décidé à acheter ce dont vous n’avez pas besoin, on vous demandera : « combien vous donne ? ». Dès leur plus jeune âge, on apprend à certains enfants déshérités cette phrase en français : « Monsieur, donnez moi l’argent ». Les parents installent parfois leur bébé qui ne sait pas encore marcher sur un trottoir de la capitale avec un petit pot devant lui pour collecter des « madinka » (menue monnaie).
Bien sûr le premier mai, fête du travail peut durer plusieurs mois à Madagascar pour certains qui se complaisent dans cette misère. Il est parfois très difficile pour les occidentaux de faire la part des choses entre le besoin de secourir son prochain sans encourager la mendicité.
Dans une petite agglomération de l’Est du pays en bordure de mer où affluent les citadins le week-end, certains habitants se sont spécialisés dans la confection de colliers et de bracelets avec différentes graines séchées et colorées. On peut y trouver des graines d’arbres, d’orchidées et autres plantes des tropiques et il faut avouer que le résultat est parfois très décoratif. D’autres confectionnent des sacs à main où des chapeaux avec des feuilles séchées de bananiers ou avec des fibres végétales qui apportent au produit terminé un effet naturel sans pareil.
Même les enfants vendent déjà ces « souvenirs » aux touristes.
Le bord de mer est constamment le théâtre de rassemblements quand les pêcheurs tirent leurs filets sur la plage de sable fin. Bien souvent il n’y a que du menu fretin qu’on fait griller tel quel après un lavage sommaire dans l’eau douce. Parfois pourtant de jeunes thons se laissent prendre dans les filets et ils sont plutôt réservés à la vente sur le marché local ou directement à la plage.
Pourtant c’est la pêche au harpon près de la barrière de corail qui est la plus bénéfique avec de beaux poissons qui sont pour la plupart réservés aux nombreux hôtels restaurants qui sont des clients privilégiés. Quelques pêcheurs se sont également spécialisés dans la pêche aux langoustes mais elles n’ont pas vraiment le temps de se développer car aucune mesure de protection sérieuse pour la faune sous marine n’est envisagée et des bateaux étrangers viennent jusque près des côtes pour draguer le fond marin et tant pis pour la barrière de corail qui s’étend sur plusieurs centaines de km le long de la côte-Est.
De plus en plus de retraités français viennent se retirer dans ce paradis qui offre une période d’ensoleillement optimal avec des prix défiants toute concurrence comparés aux pays occidentaux. D’autant plus que les habitants sont d’une gentillesse sans pareil au monde et malgré leur infortune, un rien les fait rire, et ce n’est pas un ventre vide qui rend malheureux mais bien plus souvent c’est ceux qui ne sont pas dans la gène qui sont les plus malheureux car ils courent après un bonheur illusoire et matériel qui exclut la convivialité et le partage.
La musique joue un grand rôle dans toutes les régions de la Grande Île. Elle est très rythmée et rares sont les jeunes des villes qui ne connaissent pas les nombreux chanteurs qui remplissent des stades quand ils viennent s’y produire.
Non loin des routes malgaches, sur les hauteurs on peut distinguer maintenant d’affreux pylônes destinés aux communications des téléphones portables et si beaucoup de personnes n’ont pas encore de chaussures, un grand nombre surtout chez les jeunes possèdent pourtant un téléphone portable. Très peu peuvent se payer le crédit qui permet de passer des communications et ils se contentent d’interrompre la sonnerie à temps avant que l’autre puisse décrocher mais suffisamment pour afficher le numéro de l’appel manqué. Ici on appelle cela biper quelqu’un pour le prévenir qu’on veut lui parler à l’occasion. On peut ainsi inventer des codes si on bipe trois fois, c’est très urgent, si on bipe deux fois on se voit à l’occasion et si on bipe une fois c’est pour dire bonjour ou lui dire qu’on pense à l’autre. Il va sans dire que le plus beau cadeau qu’on peut faire à un malgache c’est lui offrir un téléphone portable.
Souvent, si vous allez pour un petit dépannage dans un garage ou chez un des nombreux artisans qui ont « boutique sur rue », à la fin de l’intervention qui peut durer parfois plus d’une heure et quand arrive le moment de payer, on vous dit que vous pouvez donner ce que vous voulez. Quand je donne ainsi dix mille francs malgaches ce qui équivaut à deux mille Ariary ou quatre-vingt de nos centimes européens, ces artisans se confondent en remerciements car le salaire de base de bien des malgaches est d’environs un € par jour, et tous n’ont pas la chance d’avoir un travail régulier.
Il est évident qu’ici à part les fonctionnaires et quelques entreprises, les couvertures sociales sont inexistantes et si un artisan, un commerçant ou un travailleur de la terre doit faire un séjour à l’hôpital, tous les frais ainsi que la nourriture sont à sa charge. L’hygiène y est très déplorable si on n’a pas les moyens d’aller dans les rares centres médicaux privés réservés à une clientèle de luxe. Les malgaches ne sont pourtant pas dépourvus de tous moyens thérapeutiques car ils se transmettent de génération en génération les vertus de certaines plantes qui les aident tant bien que mal à enrayer biens des maux. On peut également concocter des produits de première nécessité comme le savon fabriqué avec l’aloès, une plante originaire du sud de l’île.
Ici pas de tondeuse, pas de scie, pas de hache, pas de marteau ou d’outils électriques. Tout travail est exécuté à la main avec le coupe-coupe où avec une pelle dont la largeur dépasse à peine dix centimètres. Souvent le labourage des rizières se fait par piétinement des zébus. Le riz des montagnes dans l’Est du pays est planté directement sur le brulis des versants de colline. Dans le sud j’ai vu des panneaux le long de la route indiquant un reboisement mais les éleveurs préfèrent brûler ces plantations pour y faire paître leurs troupeaux de zébus qui peuvent parfois se compter par milliers dans les zones favorables à l’élevage. Les projets sont pour la plupart réduits à néant faute de suivi efficace. Ainsi les fonds de nombreuses ONG sont dilapidés dans des efforts vains ou encore sont détournés par des opportunistes malins.
La corruption, malgré les efforts est très difficile à combattre dans un pays qui manque cruellement de personnes capables d’apporter des solutions efficaces. Le peuple malgache qui possède une espérance de vie très faible se compose en majorité de personnes mineures qui ne sont pas en mesure de voir plus loin que le contenu de leur bol de riz journalier. Les rares Don Quichote qui se débattent contre des moulins à vent se heurtent souvent à des méthodes d’un autre temps. Parfois des personnes travaillent juste le temps de toucher leur salaire, puis elles arrêtent de travailler avant de vouloir reprendre leur travail quand elles ont dépensé leur salaire.
Il existe encore de nos jours dans des régions boisées du sud ouest du pays une population mal connue, appelée les mikéa qui échappe aux recensements car elle vit en autarcie. D’autres regroupements de personnes vivent pauvrement en marge des riches éleveurs qui les considèrent comme les descendants des esclaves. L’occupation des sols se fait de façon anarchique dans les provinces loin des grandes agglomérations. Et bien souvent autour des grandes villes se serrent les uns contre les autres des baraquements faits de planches, de tôles et de tous matériaux pouvant offrir un abri sommaire. Il n’y a pas d’eau courante, ni évacuations des eaux usées dignes de ce nom. L’hygiène est un mot inconnu dans ces endroits où il faut parfois faire des centaines de mètres pour aller chercher de l’eau dans des seaux qui éclaboussent à chaque pas les pieds des enfants qui sont chargés de ces corvées. Certains d’entre eux n’ont jamais dormi sur un matelas et dorment souvent tout habillés à même le sol.
La plupart du temps la promiscuité entre les parents et les enfants est telle que très tôt ces derniers sont parfaitement informés dans le domaine de la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de tous les jours et s’en trouve ainsi banalisé. Souvent des jeunes filles ont déjà plusieurs enfants avant d’avoir atteint leur majorité. Parfois ce sont les grands parents qui gardent les enfants pendant que les parents de ces derniers commencent à travailler comme vendeuse de fruits, de légumes grappillés par ci par là. Souvent un simple bout de bâche en plastique posé sur le sol sert d’éventaire. Un tissu posé sur la tête les protège du soleil. Et quand un acheteur se présente il peut acheter un « tas » de fruits ou légumes. Pour la vente au poids, la marchande se rend en courant chez un commerçant plus aisé pour peser sa marchandise et elle va également acheter un sachet en plastique pour emballer sa vente. Tout ici est empirique à souhaits. On fait avec ce qu’on possède et personne ne s’en plaint. De toute façon ils possèdent la plus grande richesse du monde : du soleil dans le cœur.
A Madagascar, rien ne se passe comme ailleurs car ici on peut même fabriquer sa propre constitution si on est à la tête de l’état et on peut faire fi de celle-ci si on est dans l’opposition et si la majorité de la population soutient cette opposition. Et que l’Union Africaine ou l’occident désapprouve cela, ne changera en rien le comportement des malgaches qui ont leur façon de voir les choses avec le cœur et non avec la raison. Ici le chef de l’état n’est plus le chef des armées si la population en décide autrement. C’est la rue qui décide avant d’aller aux urnes pour confirmer un renouveau dans la politique du pays. Bien sûr, le malgache provincial, perdu dans sa brousse est bien loin de ces agitations des grandes villes qui disposent des informations chaudes retransmises par les médias. Ainsi dans la capitale, dans les périodes de crises, la foule se presse devant les étals de journaux pour y lire les gros titres de la première page et pouvoir en tirer leurs conclusions personnelles sans avoir besoin de lire les commentaires des pages intérieures. A choisir, pour le prix d’un journal, on peut se payer une écuelle de pâtes chinoise qui cale le ventre pour quelques heures. C’est cela le souci majeur de beaucoup de malgaches.
Les forêts primaires ont pratiquement disparu de l’île et selon certaines informations il subsisterait encore huit pour cent de biotopes particuliers qui n’ont pas encore été détruits par l’homme et qui sont les derniers sanctuaires d’espèces faunistiques et floristiques très souvent endémiques. Ici la culture intensive est encore très restreinte et c’est sur de grandes étendues d’un sol de latérite sans apport d’engrais qu’on produit de maigres récoltes. Ce n’est qu’en fond de vallée ou dans les zones humides que la production est plus importante mais à force d’y effectuer les mêmes cultures le rendement s’amenuise peu à peu au fil des ans par manque de matières organiques qui enrichiraient le sol. En effet, tout est utilisé, même la paille de riz, l’herbe et tout ce qui pourrait enrichir les sols qui peu à peu sont emportés par des rivières rouges qui saignent lentement mais sûrement la Grande Ile. Dans une ou deux générations celle-ci pourrait ressembler à une Ile déserte car une démographie galopante, un réchauffement inévitable et une pollution incontrôlée combinée à une demande de plus en plus grande des richesses végétales et animales accélèreront cet inévitable processus.
Faire marche arrière serait certainement possible avec des cultures intensives mais très diversifiées mélangées à des zones forestières avec apport d’engrais naturels et fixation des sols. Naturellement des tris très sélectifs des ordures ménagères ainsi qu’une discipline exemplaire de la répartition des richesses du pays permettraient d’avoir un niveau de vie satisfaisant. Une régulation des naissances par le droit à l’avortement mettrait certainement un frein au surpeuplement des grandes villes qui sont confrontées à un taux de naissances galopant. Un repeuplement des terres riches et aptes à des cultures pourrait aussi réduire la dépendance alimentaire. Le retraitement des déchets est certainement un maillon inévitable pour permettre dans un premier temps à enrayer cette fuite en avant qui pourrait bien avoir une fin si on ne s’engage pas dans une politique de prévention et si on persiste dans une optique opportuniste et prédatrice qui ne se soucie pas du futur.
Le taux d’ensoleillement maximal dont bénéficie Madagascar est une richesse incomparable d’énergie qui pourrait apporter une certaine indépendance énergétique dans bien des domaines. Pour la réalisation de tous ces projets, il ne manque que l’argent qui sert actuellement à enrichir sans contrôles efficaces une frange de la population au détriment de la plus grande majorité qui est trop occupée à boucler les fins de mois qui souvent sont de plus en plus longs. La bureaucratie d’une époque révolue est là aussi pour freiner des quatre fers le cadre administratif. La circulation des véhicules est au bord de l’asphyxie dans certains quartiers de la capitale. Les véhicules vétustes ainsi que les difficultés financières permettant de s’approvisionner correctement en carburant sont causes de nombreux embouteillages, sans compter les taxis-bé qui bloquent les voies de circulation en ne respectant pas les temps d’arrêts ou les endroits spécifiés. Les infrastructures routières dans la capitale ne répondent plus du tout au nombre toujours croissant de véhicules qui y circulent. Tout cela contribue à une pollution qui est souvent cause de l’affaiblissement des défenses immunitaires des habitants de la capitale.
La côte Est
Le jour du départ est arrivé et mon bateau est sur la remorque accrochée au 4 x4 et le quad est dans le bateau. Ce qui m’offre trois modes de locomotion dont un sur l’eau quand je serai arrivé près du canal de Pangalane, souvenir de la colonisation. En effet, les français ont fait creuser ce canal reliant les lagunes situées le long d’une partie de la côte Est pour éviter de transiter par la terre ferme entre les différentes lagunes. Il n’est pas aisé du tout de traverser des terres envahies soit par une végétation luxuriante soit par des zones humides, voire des marais où il est possible de tomber nez à nez avec un crocodile de quatre mètres de long. Il est encore moins aisé de longer en pirogue la côte de l’océan indien qui peut se montrer très fougueux et il faut être un pêcheur chevronné pour l’affronter dans les frêles pirogues.
La peur de ma vie
Donc arrivé au bout de la piste à l’embouchure du fleuve Mangoro, j’ai mis ma petite embarcation à l’eau et après avoir arrimé le moteur, j’ai entrepris un petit tour en prenant soin de ne pas m’aventurer trop loin du rivage car les petites vaguelettes du fleuve me semblaient déjà menaçantes. Et comme le moteur du bateau est encore en rodage, autant y aller avec la plus grande prudence. Au bout de dix minutes de navigation, il était temps pour moi de remettre mon bateau sur la remorque et de me contenter de ce début d'apprentissage. Le lendemain, je décide donc de prospecter l’autre rive du fleuve et pour ce faire, je décris un large demi-cercle pour éviter l’endroit où le fleuve se jette dans la mer et où les vagues de la mer créent des perturbations assez menaçantes à mon goût. Mon bateau n’étant pas conçu pour la haute mer, je me garde bien de ne pas m’aventurer trop près de cet endroit. Tout va bien et je rejoins l’autre bord sans encombre. Je prospecte un peu ce que je croyais être une île mais qui finalement n’est qu’une partie de terre entre le bord de mer et l’embouchure du fleuve. Je décide donc de retourner dans l’autre sens et, arrivé au milieu du fleuve, voilà que le moteur du bateau s’arrête sans raison apparente. Je tire donc sur la corde pour faire redémarrer le bateau mais à mon grand effroi, la corde se bloque en bout de course. Plus moyen donc de faire redémarrer le moteur et le courant m’emporte logiquement vers la mer. Je me décide donc à prendre les rames et à ramer vers la côte qui se trouvait en face de moi en évitant de regarder du côté de la mer. Cela fait une impression bizarre quand la terre semble fuir et qu’on se sent irrémédiablement emporté par le courant vers la mer. Pourtant il me restait moins de cinq mètres à ramer. A ce moment là, j’ai compris qu’il était vain de vouloir se mesurer avec les forces de la nature et je me sentais soulevé par les vagues déferlantes de l’océan indien. Ma coque de noix ne pesait pas lourd face à des vagues de près d’un mètre. Finalement, l’océan n’a pas voulu de moi et il m’a rejeté avec ma barque sur la plage de sable fin. Heureusement que j’avais une ancre au bout d’une chaîne que j’ai balancé le plus loin possible sur la dune et après avoir sauté hors du bateau, j’ai tiré de toutes mes forces pour faire glisser le bateau le plus haut possible sur la dune. Heureux de m’être sorti à si bon compte de cette situation, j’ai longé le bord du fleuve pour aller chercher le véhicule 4 x 4 avec la remorque pour prendre le bateau. Quand je suis arrivé non loin du véhicule, le gardien venait déjà à ma rencontre car il se doutait qu’il était arrivé quelque chose d’anormal. J’ai raconté brièvement mon aventure et pendant que j’allais vers le véhicule, il est parti vers le bateau. Je longeais donc la rive du fleuve et à mesure que je m’approchais vers la mer, le véhicule s’enfonçait dans le sable au point que les roues tournaient sans avoir de prise. Je ne savais plus à quel saint me vouer quand le gardien revenais vers moi en me disant qu’il avait réussi à débloquer la corde de démarrage du bateau et qu’il pouvait donc revenir par la voie de l’eau et qu’il était inutile de venir chercher le bateau avec la voiture. Nous avons donc trainé le bateau sur une centaine de mètres vers le fleuve et c’est avec soulagement que j’ai vu mon ange gardien repartir vers le point de départ avec mon bateau. La partie n’était pas gagnée pour autant car mon véhicule n’était pas encore sorti du sable, et la lueur du jour commençait à faiblir. La nuit tombe très rapidement sous les tropiques et les nouvelles se transmettent à la vitesse du son ici à Madagascar. Une vingtaine de badauds s’étaient donc rassemblés près du véhicule pour voir comment j’allais m’en sortir. Après plusieurs essais infructueux, un gamin s’approche du véhicule et essaie de le pousser en arrière. En voyant cela, les adultes présents sur les lieux ont aidé le gamin et petit à petit, le véhicule s’est mis à rouler en arrière jusqu’à un endroit où les roues commençaient de nouveau à avoir une prise. J’ai donc réussi grâce à cette aide précieuse à gagner l’endroit où m’attendait le bateau. Après l’avoir hissé avec le treuil sur la remorque, j’ai invité toutes les personnes présentes à prendre place sur le bateau et c’est ainsi que nous avons regagné le village au plus grand ravissement des enfants et des adultes qui m’ont été d’un grand secours.
La fête
Le lendemain matin, je suis allé au bazard bé (grand marché) de la petite ville la plus proche pour y acheter deux quintaux de viande, cent cinquante baguettes de pain et naturellement plusieurs cageots de bière et de soda pour faire la fête. Heureusement que j’avais laissé confectionner avant mon départ une grille pour faire griller la viande car je sais que ce que les malgaches aiment le plus, c’est faire la fête en n’importe quelle occasion. Que ce soit pour un décès ou pour un mariage et même la circoncision est prétexte à faire la fête. Il est vrai que les steaks de zébu par exemple ne coutent guère plus de 1,85 € le Kg. Les côtes de porc sont un peu plus chères, de l’ordre de 2€ le Kg. Et les saucisses de porc sont les plus chères avec 2,20 € le Kg. Un zébu adulte vivant coûte moins de 150€. Bien évidemment ces prix ne sont valables qu’à la campagne. Sans intermédiaires. Si on veut être bien vu, il suffit d’organiser une petite fête et le succès est assuré. Le lendemain de la fête je suis parti avec mon gardien à la pêche dans un bras mort du fleuve et nous avons eu un grand succès en attrapant une dizaine de poisson de la taille de nos gougeons, ce qui est un début prometteur. Aujourd’hui j’ai acheté un filet de pêche qu’un pêcheur du village s’est proposé de le garnir avec du plomb acheté en barrettes et de flotteurs taillés dans de vieilles sandales. Ici il est inutile de chercher du liège ou des plombs comme nous les connaissons en France. Il m’a promis que ce filet sera opérationnel dans trois jours.
L’Eden
Aujourd’hui, j’ai prospecté un peu les environs du village et j’ai découvert un grand lac avec une eau claire et en bordure de ce lac, un terrain planté de manioc et de quelques ananas. Plus loin à environs deux cents ou trois cents mètres, grondent les vagues rageuses de l’océan indien. Sur ce champs de manioc, de nombreuses souches d’arbres et sur l’une d’elle, des oreilles de Judas. Sur le sol, de nombreuses tramètes rouge-cinabre possédant un stipe qui peut avoir plusieurs centimètres avec des pores très fines et décurrentes. Je décide donc d’acheter ce champs en bordure du lac et tant que j’y suis, j’ai acheté aussi le bout de terrain qui va jusqu’à la plage qui borde l’océan indien. Le tout pour 5 millions et quatre cents mille Fmg ( 1080000 Ar), soit environs 400 €. Donc je suis maintenant « propriétaire » d’un bout de 100m de plage sur l’océan indien ainsi que d’un bord de lac de la même dimension avec un petit bout de jungle où j’ai découvert De nombreux pieds de vanille qui serpentent le long des arbrisseaux. Quand je dis acheté, cela veut dire simplement que j’ai acheté l’accord du Président du village et celui des personnes qui occupaient précédemment ces terrains avec trois témoins et qu’il tient à moi maintenant de faire borner et d’officialiser ces terrains au domaine, ce qui veut dire envers l’état malgache. Mais ce n’est pas une obligation. C’est simplement une garantie que personne ne pourra venir à l’avenir prétendre qu’il est propriétaire parce que ses parents cultivaient ce champ depuis des générations par exemple et qu’un membre de sa famille a vendu ces parcelles sans son accord. Mais cela peut attendre et de toute façon je n’emporterai pas avec moi ce morceau de paradis terrestre quand l’heure de mon départ de cette planète aura sonnée
Ma plantation.
Aujourd’hui j’ai planté mon premier palmier et demain j’irai dans la jungle chercher des bananiers, des papayers, des manguiers, des caféiers, des girofliers, des arbres de fruits à pain, des orangers, des citronniers, des corossols, des goyaviers, des ananas, de la canne à sucre, du manioc, des patates douces, des cocotiers, des lychees, des gaves chinois, des vondalana, des vovontaka, des ampale-bés, des cocos-palmes ou palmiers à huile qui sont également très envahissants dans cette région, des melons et bien d’autres fruits et légumes dont certains sont inconnus en France et poussent à l’état sauvage ici. Les bananiers se multiplient sans avoir besoin de s’en occuper ou les goyaviers qui envahissent les terrains non cultivés. Aujourd’hui j’ai goûté au fruit du cactus Raketa mena. C’est sucré et très collant et surtout de très fines épines qui garnissent les fruits sont encore plus urticants que les orties en Europe. J’ai passé au moins deux heures à retirer des centaines d’épines à la pince à épiler et celles qui se sont cassées sont restées plantées et continueront à me piquer certainement un bon bout de temps encore. Je verserai cette expérience sur le compte « pertes et profits de ma curiosité ». Je ne sais pas encore si ce sera du côté débit ou crédit… car un gardien de zébus qui passait par là m’a dit que ces fruits étaient considérés comme du poison. J’ai pourtant entendu que ces fruits étaient consommés couramment dans le sud de Madagascar où ils constituaient même la nourriture de base en période de disette Près de la côte Est en particulier c’est le « via », plein de vitamines selon les malgaches qui constitue la nourriture en cas de catastrophe naturelle, cyclone etc.
La vie dans la brousse
Maintenant je fais déjà des plans pour mon futur bungalow que je verrai bien au bord du lac car je n’ai pas envie d’être trop exposé aux cyclones qui balayent régulièrement la côte Est du pays et le grondement des vagues qui s’écrasent inlassablement contre le sable de la plage devient monotone à la longue. Les bords de ce lac ne sont pas trop occupés par l’homme et si sur l’autre rive, des dizaines d’enfants et de femmes viennent se baigner et s’ébattre dans l’eau avec de grands cris de joie, seuls quelques pêcheurs sur des radeaux de bambous tentent leur chance en jetant leurs filets dans l’eau et en essayant d’effrayer le poisson en frappant des coups de bambou dans l’eau. Les jeunes filles ou les femmes ont pris l’habitude de venir pêcher des alevins sur la rive à l’aide de moustiquaires. Ici les gens vivent simplement, en s’éclairant à la bougie et les gamins mâchonnent à longueur de journée des bouts de canne à sucre qui poussent un peu partout ici. En effet c’est comme le manioc, il suffit de planter un bout dans le sol pour qu’il prenne racines. La racine de manioc est consommée cuite dans l’eau, les feuilles de manioc (ravitoto) sont consommées un peu comme les épinards et la tige du manioc est coupée en morceaux et replantée pour donner d’autres pieds de manioc. En ce qui concerne la canne à sucre, on l’épluche, on la coupe en morceaux d’une dizaine de centimètres puis on l’écrase avec un levier en bois qui est coincé dans une espèce de récipient en bois qui est percé et d’où le jus s’écoule. Pour faire le café, on emploie ce jus et après l’avoir fait bouillir on y plonge un filtre fait avec des lanières de feuilles de palmier entrecroisées qui contient les grains de café écrasés. En ce qui concerne la « besa », boisson légèrement alcoolisée, elle ne manque à aucune fête. Les habitants de cette partie retirée de Madagascar vivent de la pêche et la culture y est très sommaire. Le peu de riz planté de façon archaïque ne suffit pas à boucler la saison et on achète donc des sacs de riz venant du Pakistan ou d’ailleurs et vendu à raison de 16 à 17€ le sac de cinquante kg, ce qui est une grosse somme d’argent pour le malgache de la campagne, mais c'est moins cher que le riz malgache. Heureusement l’entraide entre les habitants du village est très importante, ce qui permet très souvent à certains d’être secouru en période de transition. Parfois les pêcheurs reviennent bredouilles pendant de longues semaines car le poisson pêché de façon industrielle au sonar par des navires étrangers sont une rude concurrence pour les pêcheurs en pirogues avec leurs petits filets qui ne ramènent parfois que deux ou trois crevettes et du menu fretin. Les périodes de pêche ne sont pas toujours propices aux pêches miraculeuses et les maigres récoltes ne sont pas toujours à la hauteur de ce que réclament les ventres affamés. Les salaires de misère que demandent les artisans ou les ouvriers ne permettent qu’un strict nécessaire et quand dix ventres affamés par famille crient famine, les enfants souvent se contentent de sucer des cannes à sucre ou de racler un peu de riz bouilli qui attache au fond de la marmite. Curieusement les fruits poussent à volonté ici mais sont peu appréciés par la population. Elle néglige un peu cette manne qui pourrait pourtant apporter une précieuse part de vitamines et autres éléments indispensables à une alimentation de qualité. Il en va de même des légumes très variés que la population ignore parfois totalement. On a l’impression que de nombreuses personnes se laisseraient mourir de faim s’il leur manquait du riz qui est véritablement une nourriture incontournable dont les malgaches ne se lassent jamais.
La fête en province
Aujourd’hui c’est jour de fête car le ministre du tourisme s’est rendu dans la petite ville de province au bord du canal des Pangalanes. Dans un des restaurants qui bordent la mer on a mis les petits plats dans les grands et les tables ont été mises l’une contre l’autre pour festoyer. Un groupe folklorique avec un tambour et beaucoup de bonne humeur est venu pour l’occasion chanter et danser dans la ville en s’arrêtant devant chaque débit de boisson. Demain le calme sera revenu dans la petite ville qui s’assoupira de nouveau en oubliant les promesses illusoires que le ministre leur aura fait. Ici on a l’habitude des promesses qui aboutissent rarement. Il faut dire que les moyens sont très limités et quand on essaie de tenir une promesse, c’est comme si on versait de l’eau sur une pierre chauffée au soleil et avant même que les travaux soient terminés, l’argent s’est évaporé. Parfois aussi on a l’impression qu’on met l’argent dans un seau sans fond et dès qu’on veut y puiser pour réaliser un projet, il n’y a plus rien dans le seau.
Les constructions de la brousse
Les habitants de la campagne sont prêts à accepter n’importe quel travail pourvu qu’il leur permette d’améliorer leur ordinaire. Pour construire les habitations locales, on se sert de bois carré (poutres de 10 cm de côté), tiré du bois d’eucalyptus (quinine). Elles sont assemblées à l’aide de chevilles en bois et encastrées les unes dans les autres comme au bon vieux temps en France. Pour les murs, ils sont généralement fabriqués avec les nervures de feuilles de ravinala coupé dans le sens de la longueur et fixées à l’aide de tiges de bambous elles mêmes coupées dans le sens de la longueur et enfilés perpendiculairement afin de pouvoir donner une structure solide et résistante aux vents. Ces vents peuvent être très violents lors des cyclones qui ravagent périodiquement la côte Est. Les toitures sont également faites de feuilles de ravinala qui sont liées solidement sur les lattes du toit. Parfois les murs sont également faits avec l’écorce d’un arbre. Cette écorce fait environs 5mm d’épaisseur sur une longueur variable de deux mètres sur environs trente à quarante cm de large. Le plancher des habitations se trouve à environs trente cm du sol, certainement pour éviter que l’eau pénètre à l’intérieur. Il faut dire qu’ici sur la côté Est, il pleut très souvent et la végétation est très luxuriante. Les arbres fruitiers n’ont aucun mal à s’implanter sans même que l’homme ne soit obligé de faire grand-chose sinon de déterrer les jeunes plants et de les replanter à l’endroit qui lui convient.
La capitale
Les habitants sont toujours prêts à porter main-forte ou à rendre service. Sauf si vous leur demandez un renseignement. Dans ce cas, on vous indiquera vaguement une direction sans donner de précisions sur la distance ou s’il faut bifurquer à un moment ou à un autre. Il faut dire que les panneaux indiquant les directions sont souvent inexistants et comme de nombreux malgaches ne peuvent pas se permettre de voyager, ils ne connaissent pas les directions à prendre. Dans les grandes villes comme la capitale en particulier c’est souvent des ruelles qui serpentent et se croisent le long des nombreuses collines et il est difficile d’avoir une direction qui vous mènera directement vers une route nationale. Parfois il est plus simple de faire tout le tour de la capitale pour trouver une direction plutôt que de vouloir couper au plus court car vous avez toutes les chances de vous perdre dans les ruelles asphyxiées par les embouteillages. Si en province les véhicules automobiles sont encore relativement rares, dans la capitale c’est devenu infernal au point de placer cette ville comme une des plus polluée au monde en ce qui concerne la qualité de l’air. Ce n’est pas mieux pour les cours d’eau de la capitale qui sont pollués au plus haut point car tous les égouts y sont déversés directement sans fosses septiques ni bassins décanteurs-dégraisseurs. La plupart des eaux usées sont perdues dans le sol quand il n’y a pas de rivière à proximité. Selon les sources scientifiques malgaches, de plus en plus d’habitants de la campagne migrent vers la capitale à cause de l’insécurité qui règne en province, ce qui place la capitale au rang d’une ville qui se trouve au bord de l’asphyxie. Les vendeurs à la sauvette se trouvent au bord de tous les axes importants et étalent leurs marchandises jusque sur la route, ce qui oblige les innombrables piétons à emprunter les routes et la circulation y est devenue presque impossible. Des bouchons monstres sont provoqué également par les taxi-bé (minibus) qui s’arrêtent souvent en dehors des endroits qui leurs sont réservés et souvent même ils s’arrêtent plus longtemps que le temps qui leur est imparti. Souvent aussi les taxis qui sont pour la plupart de vieilles 2CV ou des R4 tombent en panne ou tout simplement n’ont plus essence dans le réservoir car ils font le plein dans une bouteille en plastique qu’ils vident au fur et à mesure des courses qu’ils ont à effectuer. Ces véhicules qui ne sont pas contraints aux contrôles anti-pollution et qui circulent avec un carburant au plomb crachent autant de nuages noirs toxiques. Peu de voitures neuves aux normes européennes mais énormément de 4 x 4 très polluants circulent en ville. Presque toute la classe politique se déplace en véhicules à quatre roues motrices.
Dans la brousse
Ici dans la brousse, les rares personnes qui possèdent une bicyclette sont privilégiées. Presque tout le monde marche à pied et ce ne sont pas les dix km qui séparent le village de la ville la plus proche qui fait peur aux gens de la campagne qui souvent, dès cinq heures du matin partent en mer pour relever les filets tendus la veille ou partent au marché pour vendre leurs poulets ou le poisson pris au filet. Parfois les gens de la brousse partent en fin d’après-midi à la ville avec un zébu ou un cochon qui sera tué une fois arrivé et présenté dès le lendemain matin sur l’étalage du boucher. Rien ne se perd car la tête ou les pieds sont sur le présentoir également. En principe, les malgaches se contentent des bas morceaux car la viande « noble » comme les steaks ou les côtes de porc sont bien trop chers pour eux, même si le kg de steak est a un prix dérisoire comparé au prix des steaks européens. Souvent les gens de la campagne viennent au marché quotidien de la ville pour vendre leur maigre récolte de manioc, de fruits ou d’autres légumes. De nombreux commerçants proposent des articles ou vêtements chinois. D’autres vendent à un prix dérisoire des outils façonnés à partir de lames de suspension de véhicules. Ainsi un coupe-coupe ou une pelle ne valent guère plus de 1,50€. Ici dans la brousse, le salaire moyen d’un ouvrier qui travaille sept jours sur sept est payé 0,74 € par jour et un verre de riz. Bien sûr les frais médicaux basiques sont prix en charge par l’employeur s'il possède un brin de moralité car à ce tarif on ne peut pas demander à l’ouvrier de payer les médicaments ou encore les points de suture s’il se blesse. Mais cela s’arrête là car s’il a une maladie longue durée, il est souvent condamné car dans la brousse les rares hôpitaux ne sont guère équipés pour des traitements coûteux comme nous les connaissons en Europe. En ce qui concerne les infractions au code de la route, c’est vraiment invraissemblable. Pour exemple une personne attrapées en flagrant délit par un policier à conduire un scooter sans casque et sans permis de conduire est condamné à payer 0,92€ à la mairie et elle peut repartir avec son scooter sans permis et sans casque.













