*** MADAGASCAR *** (Texte et Photos)

Thiel Gaston

La vie de tous les jours à Madagascar

30_ La vie de tous les jours

30.1_ Les gamins arrivent à se confectionner des toupies qu’ils lancent sur la piste à l’aide d’une ficelle qui est embobinée sur la toupie. Le but est de faire tourner cette toupie dans un cercle tracé auparavant. J’ai vu certains enfants faire accélérer ou durer le tournoiement de la toupie à l’aide d’un petit fouet. La vie rudimentaire de ces villages de la brousse est rythmée par les jeunes qui jouent dehors quand il ne fait pas trop chaud, les marins qui sont revenus de la mer où ils ont levés leurs filets dès cinq heures du matin et qui somnolent à l’ombre des cocotiers ou les femmes qui piétinent le vary (riz) pour en faire sortir les grains. D’autres font sécher leurs grains de café ou de girofle qu’ils ont récolté. Les nattes qui posées à même le sol dans les habitations font office de table ou tout simplement de matelas la nuit et sont tressées par les femmes âgées. Parfois aussi elles emploient des graminées séchées et teintées pour les entrelacer et après avoir fabriqué des bandes de deux cent centimètres de large les cousent ensemble pour faire de jolis chapeaux de soleil. La vaisselle, le linge ainsi que la baignade quotidienne se fait au bord du fleuve. L’eau du puits qui se trouve au centre du village sert à faire la cuisine ou de boisson. Le puits étant ouvert, il n’est pas exclu que des insectes ou des saletés tombent au fond. Les zébus et les cochons sont promenés avec une corde à la patte arrière afin de pouvoir facilement les rattraper au cas où ils voudraient se sauver. Même les taureaux assez impressionnants ne sont guère belliqueux et se laissent garder et guider par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Il faut dire que les enfants dès leur plus jeune âge sont obligés de participer aux travaux de la famille dans la mesure de leurs possibilités. Ainsi on voit quotidiennement des gamines de six à dix ans aller chercher de l’eau qu’elles puisent avec une corde au fond du puits communal qui se trouve au milieu du village. Les gamins de tous âges gardent les zébus ou vont couper du bois en forêt.

31_ Puces des pieds (Paras)

31.1_ Donc pour continuer les visions enchanteresses de la vie malgache, je préciserais qu'il y a tout de même un tout petit inconvénient provoqué par les puces des sables qui ont la mauvaise habitude de pondre leurs oeufs sous le bout des ongles des doigts de pieds ou tout simplement dans les endroits des pieds où la peau est très fine. Au bout de quelques jours vous pensez avoir attrapé une minuscule ampoule au bout de votre orteil, mais en réalité ce sont des oeufs qui vous parasitent. J'ai eu la mauvaise surprise d'en avoir trois sous le bout de l'ongle de mon gros orteil gauche et une sous le bout de l'orteil de mon pied droit. Les habitants qui marchent pieds nus ou portent des tongs à longueur d'année savent comment opérer sans douleur à l'aide d'une aiguille ou d’une épine et se débarrasser de ces hôtes indésirables, ce qui est fait en deux temps et trois mouvements. Ces puces ne s'attaquent jamais aux autres parties du corps selon les malgaches.

32_ Autres bestioles

32.1_ En ce qui concerne les moustiques surtout les anophèles, qui est l'animal le plus accablant à Madagascar au lever et au coucher du soleil, il suffit de bien se couvrir ou de tendre des moustiquaires sur toutes les issues. Il y aurait également de petits scorpions à piqûres douloureuses mais non toxiques.

32.2_ Pour ce qui est des crocodiles, c'est comme les monstres du Lockness, on n'en voit plus guère que dans des régions très isolées ou dans les parcs zoologiques. Il y a de nombreux serpents mais là encore pas de dangers réels car ils ne sont pas très dangereux. Beaucoup de jeunes requins se font manger par les malgaches qui semblent apprécier la chair de ce redoutable et dangereux prédateur.

33.3_ Il n’y a plus vraiment de grands dangers en ce qui concerne la faune de Madagascar, à part les requins assez nombreux sur la côte Est dans l’océan Indien et quelques crocodiles dans les régions vraiment très peu peuplées de l’île. Ce seraient plutôt les insectes qui sont le plus à craindre car les moustiques qui transmettent le paludisme ne sont pas à négliger et si les moustiquaires sont distribuées gratuitement dans le moindre village, ce n’est pas par hasard.

33.4_ Lors d’une sortie botanique après une journée de pluie due à un cyclone qui s’est perdu au large de Madagascar, je suis attiré par le bruit d’une perche de bambou plongée violement dans l’eau du lac pour effrayer les poissons et les chasser vers un filet tendu un peu plus loin, je décide de grimper sur un tronc de badamier afin de mieux jouir du spectacle. Manque de chance pour moi, je suis attaqué par plusieurs guêpes qui avaient décidées elles aussi de se poster sur cet arbre. Après une piqûre au front et une autre au bras, je saute de l’arbre et je m’éloigne le plus vite possible de cet endroit inhospitalier. En retournant vers mon campement, je sens un étrange malaise comme si ma boîte crânienne allait être paralysée. Je me frotte vigoureusement la tête et j’essaie de bouger autant que possible afin que le venin qui venait de m’être injecté puisse se diluer au maximum en espérant ainsi qu’il perde de sa virulence. Après quelques heures, j’avais une belle bosse sur le front à l’endroit de la piqûre et la paupière de mon œil le plus proche commençait à gonfler. Le lendemain je me retrouvais avec deux belles poches sous les yeux.

33.5_ Aujourd’hui je profite du soleil levant pour ma cure quotidienne de luminothérapie. Assis derrière la table de mon abri de jardin qui naturellement ne comporte que quatre piliers et un toit en feuilles de Ravinala, je remarque sur la table en planches brutes une espèce de tube en bois de moins de deux cm de long sur à peine cinq mm de diamètre. Ce tube semble collé à la table et incliné à une trentaine de degrés par rapport à son support. Lorsque je décide de décoller avec mille précautions ce « tube », je découvre à l’intérieur la tête et les pattes avant d’une espèce de mille-pattes. Je n’ai pas voulu sortir de son abri par crainte de blesser cet insecte qui a trouvé un moyen astucieux pour se protéger de ses prédateurs.


33_ La fibre optique dans la brousse

33.1_ Une entreprise est en train d'enterrer la première fibre optique de l'île qui passera à 200m de l'endroit où je veux m'établir. A raison d'un ouvrier tous les cinq mètres pour creuser le fossé le long de la route, c'est sur des kilomètres que j'ai vu et photographié ce chapelet humain au service des Télécoms Malagasy.

34_ Matériaux de construction

34.1_ J’ai entrepris tout d’abord la construction de la case du gardien car je n’ai pas l’intention de laisser sans surveillance mes affaires qui feraient l’affaire de plus d’une personne ici où la plupart sont démunis même du minimum vital parfois. Une marmite, un outil ou même une bouteille en plastique vide feraient bien des heureux.

34.2_ Donc pour construire une case il me faut du Ravunpuntz (Feuilles de Ravinala madagascarensis) pour le toit, du falafa (Nervures des feuilles de Ravinala) pour les murs qui sont doublé de rapaka (écorce de Ravinala). Mais avant tout il me faut du bois carré ainsi que du bois rond. Ces matériaux se trouvent facilement dans la brousse où de nombreuses personnes se garantissent ainsi un maigre revenu.

35_ Ma jungle.

35.1_ Aujourd’hui j’ai découvert un champignon des tropiques Une merveille de la nature car imaginez un champignon qui porte sous sa tête une collerette assez importante d’un beau jaune d’or. Délicatement j’ai déterré l’œuf dans lequel s’est formé le carpophore afin de pouvoir le détailler plus aisément puis je l’ai remis à sa place car les piles de mon appareil photo étaient déchargées. Dix minutes plus tard je suis retourné voir ce champignon et à ma vive surprise, le voile qui était plutôt retombant s’était relevé légèrement vers le haut. Le soir alors que je suis retourné pour photographier le champignon avec un autre appareil, j’ai été déçu en constatant qu’il était totalement en état de décomposition.

36_ Une soirée malgache

36.1_ Assis à ma table rustique taillée au coupe-coupe dans des planches non rabotées d’eucalyptus, j’entends dans le calme de la nuit tombée les vagues de l’océan indien qui s’écrasent au loin sur la plage de sable fin et à dix mètres de moi le clapotement des vaguelettes sur les berges du lac de Salehy. Une douce nuit caressée par une brise rafraichissante se prépare et je tient à profiter de ce calme pour savourer pleinement la chance que j’ai d’être en mesure de réaliser le rêve de ma vie : trouver un coin de la terre ou l’homme n’est pas arrivé à maîtriser entièrement la nature et où il m’est encore possible de faire des découvertes qui me font ressentir un certain émerveillement.

36.2_ A présent que la nuit est tombée et que tout le monde dort, faute d’électricité dans le village distant de quelques centaines de mètres, je suis envahi par une nuée d’insectes qui sont attirés par la lumière de l’ordinateur. Si certains me piquent à travers la chemise, d’autres se promènent sur mon écran et je suis persuadé que beaucoup d’entre eux ne sont même pas encore répertoriés et ne sont donc pas nommés. Cela ne les gêne pourtant pas le moins du monde car ils existent de la même manière et peut-être s’éteindront-ils sans que l’homme ne soupçonne un jour qu’ils aient existés à moins qu’ils survivent à l’homo sapiens et cela ne changera rien à leur niveau.

37_ Tracasseries

37.1_ Il est pourtant trop tard pour continuer à jouir pour le moment de ce calme car dans peu de temps je devrai rejoindre l’hexagone car la durée de mon visa de trois mois est de nouveau écoulée.

37.2_ Cette fois je suis bien décidé à faire la demande d’un visa renouvelable qui me permettra de demander une carte de résident et dans ce cas je reviendrai quand cela me plaira. Mais avant cela, il me faut un tas de certificats, des copies certifiées avec une multitude de tampons.

37.3_ Oui, les malgaches adorent les tampons. Ainsi pour une simple copie de pièce d’identité, j’ai compté huit tampons différents. Il faut bien qu’ils justifient les 0,10€ qu’il faut payer pour certifier ce bout de papier. Mon dossier se compose déjà de sept photos d’identité, un justificatif de compte en banque malgache qui ne pourra être alimenté que par virement de l’étranger, un justificatif de revenus et même un certificat de changement de résidence délivré par le maire de la commune en France ainsi qu’un certificat de résidence à Madagascar délivré par le Fokontany (le sorcier du village qui connait tout le monde).

37.4_ C’est un véritable parcours du combattant car ce dossier est à déposer dans un premier temps à l’Ambassade de Madagascar à Paris avant de faire la demande de d’un visa de longue durée qui se fait au ministère de l’intérieur à Madagascar. Mais ce ne sont là que quelques documents dont je vous parle car lorsque j’aurai terminé, le dossier aura presque l’épaisseur d’un bottin. Il faut rajouter des enveloppes timbrées à mon adresse malgache, certificat d’hébergement avec signature légalisée à la mairie de la personne qui vous accueille, lettre motivé au ministre de l’intérieur et j’en passe et des meilleures.

38_Passage éclair en France

38.1_ A présent que je suis assis dans l’avion qui me ramène vers la France, je peux distinguer à travers le hublot le peu de neiges dites « éternelles »qui recouvrent encore le Kilimanjaro. Il est vraiment majestueux et domine les nuages qui semblent former une couche de ouate à son pied comme un tapis cotonneux qui cache la terre. Nous sommes à près de onze kilomètres de hauteur avec une forte luminosité provoquée par un magnifique soleil.

39_ Visa
39.1_ Ouf, c’est une histoire de Fou que d’essayer de faire un visa de longue durée. En effet il me faut présenter des documents à l’ambassade de Madagascar en France qui délivre un visa renouvelable avant de se présenter au ministère de l’intérieur à Madagascar avec une copie de ce visa certifiée et puis c’est la course à la préfecture de police où un double de certains de ces documents sont exigés afin d’être inscrit sur la liste de recensement des étrangers avec naturellement une lettre motivée au préfet de police… Mais après maints allers-retours en France et au Ministère de l’intérieur malgache, je crois que c’est bien parti car mon dossier semble à présent bien ficelé et je pense avoir droit à un visa de longue durée d’un an pour commencer avant de faire une autre demande et tout cela bien évidement contre des € bien sonnants et trébuchants.

40_ La recherche scientifique

40.1_ Il faut dire qu’ici à Madagascar, le niveau de la recherche est pratiquement au point mort car de nombreux scientifiques ne vont à leur travail que pour s’entretenir de la politique ou du temps qu’il va faire car le manque de moyens ne leur permet pas de pousser bien loin les portes de la connaissance et le découragement est ressenti à tous les niveaux.

41_ Produits de consommation

41.1_ Les civelles sont de minuscules anguilles transparentes qui migrent par millions des fleuves vers la mer où elles se transformeront en anguilles adultes avant d’aller se reproduire de nouveau dans les cours d’eau douce. Non content de pêcher facilement ces alevins d’anguilles d’environ cinq centimètres de long avec des filets pour leur consommation personnelle, les malgaches ont trouvé un acheteur en une société qui est venue planter ses tentes et rachète pour un prix dérisoire ces civelles qui sont acheminée vers le port le plus proche avant d’être mis sur le marché mondial. J’ai donc moi aussi voulu gouter ces fameuses civelles qui, sous forme de beignets frits dans l’huile ont simplement une saveur de poisson sans arêtes.

41.2_ Nous sommes fin novembre et en pleine période de cueillette de litchis. De nombreux camions sillonnent les campagnes pour venir acheter des corbeilles remplis d’environs dix kilos de ces délicieux fruits. Chaque corbeille de 10 kg est payée environs 0,80€. Ce qui nous fait environs 0,08€ au kg. A l’île de la Réunion le coût du kg de litchis varie entre deux et trois € le g actuellement, le producteur malgache n’en tire qu’un maigre profit. Ici les chemins et les routes sont parsemés d’enveloppes rougeâtres de ces fruits que consomme toute la population, petits et grands.

41.3_ J’ai voulu donner un coup de main à transporter ces corbeilles en lanières de raphia entrecroisées et garnies de feuilles de bananiers pour boucher les trous. Cela donne une contenance assez raisonnable pour un poids minime. J’ai donc suivi une troupe qui s’enfonce dans la brousse sur de minces passerelles de terre entre les rizières qui parfois s’écroulent si vous ne faites pas très attention et vous vous retrouvez les quatre fers en l’air à patauger dans les rizières.

41.4_ J’ai donc voulu montrer que porter une charge d’une vingtaine de kg était un amusement pour moi, mais dès les premiers cent mètres j’étais obligé de constater que je n’étais pas fait du tout pour ce genre de travail et les bras commençaient à fatiguer. J’ai donc opté pour le système dit de balancier en prenant un bâton et en plaçant une corbeille à chacune des extrémités, mais là encore au bout de quelques centaines de mètres, mon épaule commençait à me lanciner et j’avais beau changer d’épaule tous les cent mètres, je devais me rendre à l’évidence que j’avais sous estimé mes forces et que soit les kg devenaient plus lourds ou alors ce sont mes forces qui s’amenuisaient au fil du temps qui passe. Enfin au bout du rouleau, je vis au loin la voiture où j’allais pouvoir me débarrasser de ces maudits sacs de litchis. Il y avait encore une bonne dizaine d’autres sacs qui attendaient au fond de la brousse qu’on aille les chercher mais je n’avais plus du tout envie de recommencer cette expérience et je laissais donc le soin aux autres personnes qui récoltaient ces litchis de faire le transport à pied à travers les rizières sous un soleil accablant.

41.5_ Bientôt toutes les corbeilles de litchis sont dans mon pick up et en laissant la porte arrière ouverte pour gagner de la place pour deux ou trois passagers supplémentaires qui n’entraient plus dans l’habitacle du véhicule : N’Daouen( allons-y en malgache). La troupe de malgache à qui j’avais rendu ce service en transportant jusqu’au camion de collecte une bonne vingtaine de paniers de litchis ne savaient plus comment me remercier car sans mon aide ils auraient été obligés de laisser plus de la moitié des litchis sur les arbres faute de moyen de transport autre que pédestre.

41.6_ Je pense que cette maigre récolte de litchis va leur permettre de tenir jusqu’à la prochaine moisson de riz en fabriquant quelques chapeaux en feuilles de raphia qui sont eux aussi vendus pour moins d’une bouchée de pain.

42_ Docteur de la brousse

42.1_ Comme je suis en train de construire ma case dans la brousse, les petits bobos éraflures, échardes, coupures ne sont pas rares pour moi-même comme pour les ouvriers que j’emploie à plein temps. Comme je suis d’une nature plutôt prévoyante en ce qui concerne la santé, je préfère avoir un minimum de matériel sous la main en ce qui concerne les médicaments ainsi que le nécessaire de première urgence car les centre médicaux ou encore les médecins dignes de cette appellation sont plutôt rares. Pour les pharmacies, n’en parlons pas car ce ne sont que des dépôts de médicaments dans des épiceries ou autres gargotes à hygiène douteuse.

42.2_ Donc pour chaque cas, j’applique le produit miracle qui désinfecte et j’applique consciencieusement un bout de sparadrap sur les moindres blessures. Bien sûr cette procédure peu courante dans la jungle s’est propagée comme un feu de brousse et j’ai maintenant tous les éclopés de la région qui viennent se faire soigner gratis chez moi. Heureusement que j’avais prévu quelques doses individuelle de désinfectant et quelques paquets de compresses que j’offre à chaque patient pour qu’il puisse lui-même continuer son traitement pendant quelques jours.

42.3_ Dernièrement j’ai vu arriver en clopinant un homme avec sa machette à la main sur laquelle il s’aidait à marcher. Il avait un morceau de cinq centimètres sur deux de son mollet qui manquait. Il s’était coupé ce morceau de « viande » en voulant couper du bois. Il faut dire que les machettes qui sont enfilées sur un manche en bois ne sont pas fixées solidement et souvent la partie tranchante métallique se désolidarise du manche et s’envole.


43_ Téléphone de brousse (à ne pas confondre avec le téléphone arabe)

43.1_ Comme je trouve que les malgaches se laissent beaucoup de temps pour la construction d’une petite maison de 64m2, je décide donc d’embaucher une seconde équipe pour commencer la construction d’un bungalow pour invités de 16m2 avec juste une chambre, des toilettes et une douche.

41.2_ Après la confection des différentes pièces de charpente, voici arrivé le jour de dresser la structure et de monter la charpente, ce qui se réalisera en un jour grâce à l’aide de plusieurs bénévoles du village qui se réjouissent déjà de pouvoir faire une bonne bringue traditionnelle arrosée du fameux tokagasy (l’équivalent du schnaps de l’Est de la France).

41.3_ Mais pour l’heure, c’est le traditionnel discours d’un ancien du village qui, le corps tourné vers Rano massen (la mer) invoque je ne sais quel esprit pour protéger la future construction. Pour clore cette cérémonie, il verse un peu du précieux tokagasy sur les quatre coins des poutres sommairement assemblées qui vont soutenir la construction.

41.4_ Un peu plus tard, les hommes prennent vaillamment chacun une pelle et commencent à creuser le sable aux endroits où seront enterrées une partie des poutres verticales. Vers le milieu du jour, la construction ainsi que la charpente du toit dont toutes les pièces ont été assemblées à l’aide de chevilles en bois est debout et sur le faîte de la construction on fixe un bouquet composé de la très commune mais néanmoins endémique Pervenche de Madagascar.

41.5_ Un des travailleurs est attiré par la douche sommaire que j’ai installé non loin de là avec naturellement le flexible au bout duquel est vissé le pommeau de douche. Il fait une remarque à ce sujet en malgache et le mot fatal qui en ressort en français est « téléphone ». Il faut dire que tous les mots désignant des éléments « modernes » n’ont pas encore été inventé en langue malgache et sont donc désignés en français.

41.6_ Ainsi la cuillère, la fourchette, l’assiette ou simplement un verre ne peuvent pas être traduits en malgache car ces mots n’existent pas et sont donc empruntés à la langue française avec parfois une petite variante sur la prononciation ou sur la terminaison du mot auquel on rajoute parfois une voyelle.




42_ Le charme fou des femmes de la brousse.

42.1_ Comme il n’y a ni toilettes ni eau dans les habitations, l’hygiène corporelle est quelque peu aléatoire. Si vous rajouter à cela l’odeur persistante de la fumée produite par les petits fourneaux à bois ou charbon de bois, ainsi qu’une mixture à base de noix de coco dont elles enduisent leurs cheveux, vous obtenez une odeur qui est loin d’être suave. Si vous adressez un regard à une femme plutôt jolie, généralement elle vous souri de toutes ses dents manquantes, ce qui lui confère le charme d’une personne qui n’a plus rien à perdre et qui lui donne un air plein de béatitude.

42.2_ Souvent elles se cherchent des poux sur la tête, puis avec une grande adresse, elles se tressent mutuellement les cheveux avant de les nouer sur la tête.

42.3_ Ce qui est amusant pour les étrangers, c’est de les voir dès le lever du soleil au bord du lac, ou du fleuve s’asperger longuement le visage, puis les jambes avant de faire deux ou trois pas dans l’eau, de lever bien haut leur robe ou l’étoffe dont elles sont ceintes et de plonger leurs fesses ainsi dénudées dans l’eau et de frotter vigoureusement leurs parties intimes.

42.4_ Pendant ce temps là, d’autres femmes font la vaisselle à deux pas en frottant avec un pied mouillé ou est collé du sable qui sert d’abrasif le cul des marmites noircies par la fumée.

42.5_ Pour les hommes, la toilette matinale se résume à se frotter vigoureusement le visage à grand renfort d'eau puis les avant bras et basta. Un peu plus loin d’autres femmes battent à grands coups dans l’eau leur linge pour en sortir la crasse et la sueur accumulée.

42.6_ Comme la plupart de ces femmes n’ont pas été à l’école, il ne sert à rien de leur adresser la parole à moins de leur faire plaisir en les saluant d’un cordial "accouria bé" auquel elles vous répondent par "tsara bé" et si vous avez de la chance, par "acouria tsara bé" ce que je traduirai peut-être à tort par un grand bonjour très bon.

43.7_ Parfois si elles veulent exprimer leur grande satisfaction ou dire qu’un met est délicieux, elles font souvent entendre un claquement de la langue sur le palais, ce qui correspond au nec plus ultra.

43.8_ Pour ce qui est de leur bonheur, il correspond à un baluchon accroché au bas de leur dos et qu’elles trimballent partout avec elles dès l’âge de quinze ou seize ans. Et quand le contenu de ce baluchon à faim, qu’elles soient dans la rue ou ailleurs, elles sortent prestement un sein gonflé auquel elles accrochent un bébé dont la tête est de la grosseur d’une orange. Ces biberons maternels qu’elles appellent nono et qui produit un lait qu’on désigne sous le nom de ronono sont souvent déformés et pendent parfois jusqu’au ventre.

43.9_ Peu de femmes vivent avec un homme car ces derniers n’ayant pas de travail sont souvent une charge de plus. Elles savent pêcher les civelles, les bichiques ou des alevins au bord de la mer, du fleuve ou du lac. Souvent elles vont dans la brousse cueillir des fruits sauvages qu’elles revendent parfois au bazar bé (marché) de la ville la plus proche. Elles savent également travailler les produits naturels comme les feuilles de raphia, différentes herbes ou joncs qu’elles sèchent au soleil avant de les assembler souvent par tressage pour les coudre ensemble et produire des chapeaux de soleil, des sacs à provisions ou encore des tapis de sol.

43.10_ Les produits naturels ont une importance capitale dans la vie rurale des malgaches. On commence pourtant à voir les nouvelles technologies occidentales faire leur apparition, en commençant par les téléphones portables. Même si ces personnes courent toute l’année pieds nus. Il faut dire que souvent les chaussures ou même les tongs sont une gêne et sur la piste il n’est pas rare de croiser des personnes marchant pieds nus avec leur chaussures à la main. Pour les étrangers cela peut constituer une aberration mais pour les indigènes c’est tout à fait naturel.

43.11_ Je n’ai jamais vu une femme aller à la pêche en pirogue à la mer, et cela semble être un privilège qui n’est accordé aux hommes que pour montrer leur virilité à combattre les vagues du fougueux océan indien.

43.12_ Pour certaines jeunes filles qui veulent échapper à cette vie campagnarde sans aucune chance d’évoluer, elles n’ont qu’une seule issue, partir vers les cinq ou six grands centres urbains de la Grande Ile. Là bas elles tenteront de se « débrouiller » comme elles disent. Cela veut dire qu’elles chercheront dans un premier temps du travail dans les entreprises, chez les commerçants ou dans la restauration, souvent pour un salaire ridiculement bas.

43.13_ Comme le travail est relativement rare, elles n’ont comme choix que de revenir bredouille dans leur campagne ou alors si elles trouvent un touriste, elles resteront avec lui jusqu’à ce qu’il quitte le pays en essayant de lui faire croire qu’elles sont prêtes à l’attendre aussi longtemps qu’il le voudra à condition qu’il lui envoie régulièrement un peu d’argent par l’intermédiaire de la Western Union.

43.14_ Ils y a ainsi des jeunes femmes malgaches qui ont plusieurs fiancés qui leur envoient de l’argent. Certaines d’entre elles ont même la chance de tomber sur un commerçant aisé ou encore un touriste qui leur offrira des bijoux en or qu’elles revendront à moitié prix en cas de besoin.

43.15_ La plupart s’empressent pourtant de se faire offrir une garde robe qui rendrai jalouses beaucoup de jeunes françaises car les plus grandes marques mondiales comme par exemple Dior, Channel, D&G et bien d’autres se vendent pour une bouchée de pain à tous les coins de rue. Bien sûr il faut tourner le regard vers la Chine qui inonde littéralement le marché des pays émergeants avec ces produits contrefaits. Même les montres, les lunettes et autres produits de luxe sont bradés à des prix dérisoires. Ainsi on peut se promener sans être autrement inquiété avec une Rolex à quat’sous au poignet, des chaussures et ceinture en crocodile véritable et des vêtements avec ce même sigle du crocodile sur la poitrine.

44_La fête au village

44.1_ Aujourd’hui j’ai décidé que ce serait fête au village. En effet, ceci pour créer des liens forts avec les habitants et pour l’obtention d’une certaine indulgence de la part des habitants qui voient en moi une espèce d’intrus qui peut tout se permettre car il possède ce qu’aucun autre villageois ne possède : assez d’argent pour réaliser beaucoup de ses rêves qui sont également les rêves de la majorité des malgaches.

44.2_ Pourtant il ne faut pas croire que cette fête se décide tout seul. En effet il a fallu consulter les « Tangalamena » (sortes de sorciers ou de sages qui font parti des anciens et qui aident à trouver des solutions aux problèmes des habitants par des palabres. Il faut même un document établi en bonne et due forme avec la signature du « Président fokontany » (sorte de chef du village) et naturellement l’accord du maire qui est l’autorité suprême.

44.3_ Donc il s’est tenu une première réunion bien arrosée avec le célèbre "tokagasy" et la "besa besa" qui sont des alcool de canne à sucre. J’ai fait distribuer après la réunion une poignée de «madinka» (billets de banque de peu de valeur pour un étranger) à l’ensemble des personnes présentes selon la tradition malgache de cette région.

44.4_ Suite à cette réunion qui ne comptait pas moins de 36 Tangalamenas ou sages du village, il a été décidé qu’un « aombé mena » (taureau zébu roux) serait sacrifié au bord sud du lac où les pêcheurs passent tous les jours pour aller à la mer, et où, en cas de décès de nouveaux nés, ceux-ci étaient enterrés sous les arbres au petit matin sans aucune forme de cérémonie car ici la mortalité infantile est encore très élevée et que ce n’est que le destin qui décide si un enfant est assez fort pour résister aux dures réalités de la vie.

44.5_ Donc le sang du zébu sera répandu sur la terre à l’emplacement où ont été enterrés jadis ces nouveaux nés. Le zébu égorgé, il est découpé en petits morceaux à la hache puis ces petits morceaux formeront de petits tas où seront mêlés différentes parties de l’animal pour éviter le plus possible le favoritisme. Puis après d’âpres palabres, chacun se voit attribuer une poignée de viande sanguinolente. Ceux qui découpent la viande ne se gênent pas le moins du monde pour manger cru un petit morceau qui est resté accroché à la lame du couteau.

44.6_ Une nuée de gamins sont sagement assis à même le sol et à part quelques jeunes qui ont un peu forcé sur les boissons alcoolisées et qui font leur possible pour se faire remarquer, cette petite fête s’est déroulée sans anicroches. De nombreuses personnes se sont déjà manifestés en m’affirmant que cela renforcera le respect pour ma personne et le "Tangalamena" dans son discours à engagé toute la population à me venir en aide en cas de besoin. Ce qui était déjà le cas auparavant. Même le commissaire de police de la petite ville proche de dix kilomètres que j’ai conduit à la station de bus m’a félicité dans mon initiative pour cette fête destinée au rapprochement de la population.

44.7_ Beaucoup de jeunes femmes dont certaines étaient trois fois plus jeunes que moi m’ont adressé des sourires prometteurs et m’ont clairement signifié leur intérêt, mais sachant que ce n’est que l’argent que je possède qui les intéresse, j’ai préféré après cette journée me coucher sur mon lit avec mon ordinateur pour lui confier le fil de ces événements.

44.8_ Comme c’est bizarre que les plus belles femmes perdent tout intérêt aux yeux des hommes quand elles s’offrent délibérément et qu’on est simplement considéré comme un objet de valeur et non une personne de valeur (Etre ou avoir..That is the question).

44.9_ Le « diskjokey » du village qui possède un petit groupe électrogène s’est proposé de créer une ambiance musicale pour célébrer cette fête et les femmes du village ont déjà fait griller le jour précédent trois kilo de café local. Bien sûr il ne fallait pas compter moins d’un jerrycan de 20 litres de "besa besa" et deux petits bidons de 5 litres de "tokagasy" dont un seul litre foudroierait un cheval et naturellement des caisses de bières, de Coca Cola, de soda et la fameuse limonade au goût de bonbon anglais.

45_ Les fruits à Madagascar

45.1_ Cette année j’ai vraiment été gâté car je me suis gavé de fruits malgache dont pour certains, je ne soupçonnais même pas l’existence. Ainsi j’ai appris à connaitre et à goûter trois sortes de gaves sans compter : goyaves, oranges vertes, citrons de toutes variétés, des vongalas qui ressemblent à des citrons sucrés et beaucoup moins acides.

45.2_ Certains fruits comme des bananes géantes ou franpins peuvent être préparés cuits ou frits. Il y a également le long de l’océan indien de petits buissons qui font à peine quelques dizaines de cm de haut et qui portent de petits fruits qui ressemblent à nos cerises noires mais qui n’ont pas le même goût. Même les palmiers à grandes épines qui poussent comme de la « mauvaise herbe » portent des grappes dont les petits fruits ont une saveur semblable à celle des dattes. En ce qui concerne les ananas, il suffit des détacher les feuilles du fruit et de les replanter dans le sable et deux an plus tard, un nouvel ananas pourra être dégusté, puis on refait l’opération pour replanter les feuilles de ce nouveau fruit.

45.3_ Chaque période de l’année apporte d’autres fruits ou légumes dont certains se récoltent cependant toute l’année.

45.4_ En ce qui concerne les fruits de la mer ou des eaux douces, il suffit d’attendre le retour des pêcheurs et de leur demander : « Misy loko » ? S’ils répondent par : « sisy », cela signifie qu’ils rentrent bredouille. S’ils répondent par : « kely kely », cela veut dire qu’ils ont attrapé du menu fretin. Par contre s’ils répondent par : « misy », cela signifie qu’ils ont des choses intéressantes comme des camarons (sortes de grosses crevettesque qui se négocient ici environs 2,30€/kg), du thon, du «trois dents », du « soumpneu », des « tilapias » ou d’autres poissons frais que l’on négocie à moins d’un € le kilo.

45.5_ Dernièrement j’ai négocié un « soumpneu » de près de quatre kilos pour environs deux € car il n’aurait plus été très frais pour le marché du lendemain dans la petite ville proche de dix km. J’ai coupé ce délicieux poisson en morceaux que j’ai immédiatement fais cuire avant de le mettre au réfrigérateur pour le déjeuner du lendemain où nous étions à une demi-douzaine de personnes à table pour le déguster.

46_ L’énergie dans la brousse

46.1_ Etant donné qu’il fait nuit noire vers 7h du soir et que pour économiser le courant qui est une denrée rare dans la brousse, la seule chose sensée est de se coucher tôt. Pour produire du courant, il y a bien des groupes électrogènes, très bruyants et surtout gourmands en carburant, il existe aussi les éoliennes mais il faudrait peut être les accrocher à un mât très haut pour qu’elles soient d’une certaine efficacité et en cas de cyclone, il faudrait les démâter. Mon expérience d’éolienne a été plutôt négative car à une élévation d’environs 3m au-dessus de la toiture, la douce brise qui vient de la mer ne suffit pas à faire tourner les pales assez rapidement et de façon constante pour espérer en tirer le moindre bénéfice.
Par contre, en ce qui concerne les panneaux solaires, une demi-douzaine de ces panneaux et autant de batteries de 12V ainsi qu’un bon convertisseur-inverseur est intéressant car le taux d’ensoleillement est assez constant pour une production d’énergie domestique. En ce qui concerne la rentabilité de ce matériel, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour car ce matériel possède une longévité assez limitée qui ne permet pas d’amortir son prix de revient, contrairement à ce qu’affirment les revendeurs de ce matériel.

47_L’aide humanitaire ou certains moyens d’avoir de l’argent à Madagascar

47.1_ En France il m’arrivait de faire des dons soit en numéraires ou encore en habits qui étaient devenu trop étroits pour moi. Quand je suis arrivé à Madagascar, je me suis rendu compte que ces habits qui arrivent d’occident ne sont pas du tout distribués gratuitement aux nécessiteux mais au contraire, ils font l’objet d’un commerce qui rapporte de l’argent non seulement à des transporteurs ainsi qu’à des conditionneurs qui en font des balles de 40Kg et pour finir à des commerçants qui les vendent directement étalés sur les trottoirs ou parfois sur le sol des marchés du pays.

47.2_ Souvent ces balles de fripes sont attachés sur le toit des taxi-brousses qui sillonnent le pays et sont vendus jusqu’aux moindres recoins de la brousse madécasse. Bien sûr ce ne sont pas les commerçants qui sont au bout de cette chaîne qui font les plus gros bénéfices mais bien les organisations qui récoltent gratuitement ces vêtements dans les pays occidentaux car ils ont des moyens énormes pour disposer jusque dans la moindre des communes des containers destinés à la récupération de ces habits usagés dont la plupart sont pratiquement neufs. Ces organisations prélèvent pour certaines jusqu'à plus de soixante pour cent en frais de fonctionnement.

47.3_ J’ai ainsi vu dans une petite ville de la brousse un tas de vêtements venus du Canada dont certains portaient encore les étiquettes de prix en Dollar canadien. Bien sûr la taille des canadiens ne correspond en rien aux mensurations de la majorité des malgaches qui pourraient entrer à trois dans un short canadien.

47.4_ Ici il n’est pas besoin de faire des dons car si on donne de l’argent aux malgaches, ce ne sera pas leur venir en aide car le jour suivant ils auront dépensé cette aide et en seront réduit au même point.

47.5_ Si vous achetez une canne à pêche à un malgache, il va la vendre et faire la fête en invitant sa famille et le lendemain il aura de nouveau faim. La meilleure aide qu’on peut leur apporter, c’est de leur fournir du travail et ils gagneront de façon respectable leur vie. Ainsi on peut embaucher un personnel nombreux car à raison de 0,77 € par jour avec une poignée de riz qui coûte environ 0,10€, il est ainsi possible pour un vazaha d’aider les plus démunis de la brousse sans que plus de la moitié des dons qui proviennent de l’étranger ne serve qu’au fonctionnement des associations qui collectent ces fonds.

47.6_ Ici tout est payant et une jeune personne qui désire apprendre un métier est obligée de payer les cours. Par exemple un cours pour apprendre le métier de coiffeur en cours accéléré, coûte environs trois ou quatre mois de salaire d’un employé. Pour un apprentissage complet de plusieurs mois, il faut multiplier selon la durée du stage. Donc celui qui n’a pas de travail à Madagascar et qui veut apprendre un métier, c’est pratiquement mission impossible car le peu d’argent qu’il arrivera à glaner à gauche ou à droite par de petits emplois ponctuels ne lui rapportent même pas assez pour couvrir ses besoins personnels.

47.8_ La seule façon pour d’innombrables malgaches d’avoir une petite rentrée d’argent est liée la plupart du temps au commerce informel. Ce commerce s’exonère de taxes et possède l’avantage pour les marchands qui l’exercent de gagner rapidement un peu d’argent s’ils trouvent une bonne place et s’ils sont capables d’écouler une marchandise facilement renouvelable.

47.9_ Ainsi dans la capitale ou les grandes villes, ce qui se vend le mieux sont les tomates, les oignons, l’ail, le gingembre et dans le registre des fritures on trouve des nems, sambos, beignets de pommes de terre ou autres et naturellement à côté des tas de fripes, des chaussures et des sacs on trouve des téléphones portables d’occasion, des montres des lunettes, enfin toutes les marchandises qui se transportent dans un sac ou un panier car à la moindre alerte il faut être capable de tout remballer dès l’apparition de la police des marché qui souvent fait des rondes avec un camion et confisque tout. Il est inutile de faire de la résistance car cette police se compose généralement d’une dizaine de gros bras qui n’hésitent pas à courser les marchands à la sauvette.

47.10_ Il faut dire aussi que certaines rues dans le centre de la capitale sont envahie jusque sur la moitié de la voie par ces marchands qui empêchent la circulation des véhicules et obstruent entièrement certaines autres rues. Si on ajoute à cela les nombreux badauds pour qui tous ces étalages sont une distraction, cela devient un engorgement où les véhicules ne trouvent plus leur place pour circuler.

47.11_ Si on circule à pied dans ces rues, il est parfois difficile de se frayer un chemin sans se faire écraser un pied par un véhicule ou de trouver un passage entre les badauds qui s’arrêtent pour fouiller dans un tas de marchandises étalées sur une bâche à même le sol. Il faut en outre être attentif à ses biens car de nombreux pickpockets ont choisi justement ces endroits pour essayer maladroitement le plus souvent de subtiliser un portefeuille ou le contenu d’un sac à main.

47.12_ Dans l’ensemble cette population est très conviviale, ouverte au dialogue et pas du tout rancunière. Vous pouvez demander n’importe quoi et contre quelques menues monnaies vous l’obtiendrez. Ainsi si vous cherchez une place de parking dans le centre ville de la capitale ou ailleurs, il sera facile de trouver un gardien qui vous aidera à trouver et restera debout à côté de votre véhicule le temps qu’il faudra pour 0,10 ou 0,15€.

47.13_ Si vous avez fait des courses et pour vous éviter de faire plusieurs fois le trajet entre le véhicule et le magasin ou le domicile, il y a de nombreux porteurs qui vous proposeront leur aide. Leur sport favori reste pourtant le lavage de voiture qui les occupe un bon moment pour une rétribution un peu plus substantielle.

47.14_ Il faut bien reconnaître que les femmes ou plutôt les jeunes femmes qui ont une silhouette gracieuse ont bien plus de facilités pour acquérir de l’argent car il leur suffit de faire les yeux doux à des hommes qui possèdent de l’argent et généralement elles obtiennent ce qu’elles désirent.

47.15_ Certaines villes comme Tamatave sur la côte Est est envahie par des scooters dont la plus grande majorité est pilotée par de belles jeunes femmes. Donc plusieurs possibilités s’offrent à celui qui veut savoir d’où provient l’argent pour acheter ces scooters : soit toutes les belles jeunes femmes sont de condition aisée et celles qui ne sont pas belles sont de condition modestes, soit la beauté de certaines jeunes femmes leur permet plus facilement d’avoir la possibilité de rencontrer des hommes qui leur font des cadeaux sous la forme de ces fameux scooters tant convoités par ces jeunes femmes… Allez donc savoir…

47.16_ Il va de soi que les belles jeunes femmes sont très « débrouillardes » et qu’elles n’ont pas froid aux yeux sous les tropiques. C’est certainement cela aussi qui attire bon nombre de retraités chauves, bedonnants avec une petite retraite en France qui pourtant leur permet de passer pour Crésus à Madagascar et qui attirent les belles jeunes malgaches comme un pot de miel attirerait les abeilles. Mais tout ceci n’est que mon opinion personnelle et je ne voudrai en aucun cas généraliser car mon attention n’est peut-être guidée que par mon esprit tortueux.

48_Juin 2010

48.1_ Ma vie est faite de petits bonheurs que j’apprécie jour après jour. Rien de bien prodigieux mais des satisfactions personnelles, des envies, des impulsions, des surprises, des découvertes et surtout le plaisir d’être présent pour beaucoup de personnes beaucoup moins chanceuses que moi.
Ainsi les jours s’écoulent sous le soleil avec mes projets qui suffisent à combler mes rêves qui améliorent également la vie des personnes qui m’entourent.

48.2_ Les ouvriers que j’emploie, la femme de ménage, plusieurs commerçants trouvent en moi une personne importante à leurs yeux car je ne lésine pas sur les tarifs contrairement aux gens d’ici qui achètent leurs produits au compte-gouttes et payent les services au lance-pierres.

48.3_ Bien sûr il ne faut pas être pressé car ici on prend le temps de vivre et quand on discute avec quelqu’un, on ne regarde pas l’heure. On se lève avec le jour, on se couche avec la nuit et on mange simplement quand on a faim. Pour le reste, il y a toujours le temps de faire ce qu’on a envie. Pourtant, ce qui est le plus appréciable est peut-être de pouvoir se couper du monde pour un temps et se retrouver dans sa bulle. Se déconnecter entièrement d’une vie antérieure et avoir le choix d’en reconstruire une autre à sa guise peut devenir jouissable dans la mesure où il est toujours possible de revenir en arrière ou encore de profiter pleinement de l’expérience et des richesses acquises et de les mettre à profit.

48.4_ Pourtant une impression de liberté, d’engagement personnel me coupe du monde que j’ai connu en France. De ce monde d’assistés où on pense injustement à mon avis que le fait d’avoir une couverture sociale nous positionne dans une situation invulnérable alors que cela nous affaibli. On pense que du fait qu’on est super protégé avec des caméras à tous les coins de rue, et qu’à l’aide d’une force de l’ordre parmi les mieux organisé au monde on est à l’abri du vol et qu’on est protégé de tous risques.

48.5_ Ici, paradoxalement à ce qu’on pourrait croire, on n’a même pas de verrou et la porte des cases est simplement constituée de nervures de grandes feuilles enfilées sur de fines lanières de bambous qu’on positionne devant l’entrée de la case pour indiquer qu’il n’y a personne à l’intérieur.

48.6_ Les vols sont rares dans les campagnes et on n’a pas besoin de faire appel aux policiers ou aux gendarmes qui créent plus de problèmes qu’ils n’en résoudraient car la corruption a la vie dure ici et fait partie des pratiques usuelles pour arrondir une rémunération trop faible. Et si vol il y a, c’est plutôt une marmite ou des denrées alimentaires qui seront en tête de liste parmi les choses qui seront les plus convoitées. Mais là encore si un voleur se fait pincer, il encoure de un ou deux ans de prison où il n’aura guère de loisir à part ceux d’exister et de se repentir de ce qu’il aura fait.

48.7_ Contrairement aux prisons françaises où les détenus disposent de télés ou d’autres avantages, ici les prisons sont crasseuses, et les détenus sont serrés comme des harengs dans une boîte et même la nourriture est apportée par la famille car en prison, le peu de nourriture qui est distribué ne suffit guère à satisfaire la faim.

La vie dans la brousse malgacheLes aléas de la vie dans la Grande île

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