La vie quotidienne à Madagascar
Friday, September 2, 2011 2:50:21 PM
Pour un retraité français, vivre à Madagascar c’est se sentir projeté au rang de multimillionnaire. On a droit à tous les égards de la part de la population ainsi que des autorités. En ce qui concerne les enfants ils poussent de grands cris de joie lorsqu’on passe avec la voiture ou le quad. Souvent j’attelle la remorque derrière la voiture pour aller chercher du matériel pour construire mon petit bungalow en attendant de construire une maison en dur et j’emprunte la rive du fleuve Mangoro avant de bifurquer à l’embouchure de celui-ci, puis je longe le littoral de l’océan indien pour traverser un bout de garrigue puis de brousse avant de rejoindre ma petite jungle que j’ai acquise au bord d’un lac niché dans un écrin de verdure. Je peux être assuré qu’une bonne dizaine, voire vingtaine de petits malgaches sont assis dans la remorque et poussent de grands cris de joie lorsque je traverse les petites dunes de sable qui font tressauter la remorque. J’ai embauché à plein temps quatre vigoureux jeunes malgaches que je rémunère à raison de soixante quatorze centimes d’€ chacun et naturellement s’il y en a un qui se blesse, je me sentirai obligé de fournir le désinfectant. Mais de ce côté il y a peu à craindre car depuis leur plus jeune âge les malgaches savent manier la machette mieux que personne car en très peu de temps les gamins arrivent à se confectionner des toupies qu’ils lancent sur la piste à l’aide d’une ficelle qui est embobinée sur la toupie. Le but est de faire tourner cette toupie dans un cercle tracé auparavant. J’ai vu certains gamins faire accélérer ou durer le tournoiement de la toupie à l’aide d’un petit fouet. La vie rudimentaire de ces villages de la brousse est rythmée par les jeunes qui jouent dehors toute la journée, les marins qui sont revenus de la mer où ils ont levés leurs filets dès cinq heures du matin et qui somnolent à l’ombre des cocotiers ou les femmes qui piétinent le vary (riz) pour en faire sortir les grains. D’autres font sécher leurs grains de café ou de girofle qu’ils ont récolté. Les nattes qui posées à même le sol font office de table ou tout simplement de matelas la nuit et sont tressées par les femmes âgées. Parfois aussi elles emploient des graminées séchées et teintées pour les entrelacer et après avoir fabriqué des bandes de deux centimètres de large les cousent ensemble pour faire de jolis chapeaux de soleil. La vaisselle, le linge ainsi que la baignade quotidienne se fait au bord du fleuve. L’eau du puits qui se trouve au centre du village sert à faire la cuisine ou de boisson. Le puits étant ouvert, il n’est pas exclu que des insectes ou des saletés tombent au fond. Les zébus et les cochons sont promenés avec une corde à la patte arrière afin de pouvoir facilement les rattraper au cas où ils voudraient se sauver. Même les taureaux assez impressionnants ne sont guère belliqueux et se laissent garder et guider par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Il faut dire que les enfants dès leur plus jeune âge sont obligés de participer aux travaux de la famille dans la mesure de leurs possibilités. Ainsi on voit quotidiennement des gamines de six à dix ans aller chercher de l’eau qu’elles puisent avec une corde au fond du puits communal qui se trouve au milieu du village. Les gamins de tous âges gardent les zébus ou vont couper du bois en forêt.
Les étrangers à Madagascar
De plus en plus de vazaha à la retraite viennent s’établir en bord de mer où les terrains sont bradés à près de 100€ l’hectare. Et pour construire une maison traditionnelle en bois avec toit en tôle ondulée il faut compter autour de 400€, poutres, planches, tôles et main-d’œuvre comprise pour une case de 8m sur 4m. Bien sûr si on veut l’électricité, il faut compter un groupe électrogène ou des panneaux solaires à moins d’être près de la mer et de pouvoir bénéficier du vent toute l’année avec une éolienne. Pour l’eau, il suffit de creuser un puits. Et pour les autorisations, il suffit de demander au président du village le plus proche et de le payer environs 2€ pour qu’il rédige cette autorisation. Pas besoin de permis de construire et encore moins d’un architecte car le menuisier qui va réaliser la bâtisse de A à Z connait son métier et chevillera le tout comme au moyen âge en France. Bien sûr il lui faudra au moins quinze jours pour découper et creuser à l’aide d’un ciseau rudimentaire fait à partir d’un morceau de fer à béton aplati à un bout et aiguisé et d’un maillet assez rustique qui se compose d’un manche et d’un morceau de bois carré taillé d’une seule pièce dans un bois dur. Quand tout est prêt, on fait appel à une bonne dizaine d’hommes valides qui aideront à creuser les trous pour les poteaux et à aider à l’assemblement de toutes les pièces de bois. Pour cette journée où on met un bouquet de fleur au sommet de la bâtisse, il faut compter une caisse de bière, quelques bouteilles de soda et naturellement deux bons litres de toakagasy (boisson alcoolisée issue du jus de canne à sucre fermenté). A la fin de la journée, l’ossature du bâtiment est debout mais les hommes sont couchés : maté (ivre-morts). Il faut dire qu’ici à Madagascar il existe encore des plages de sable blanc désertiques à acheter pour une bouchée de pain par exemple 100€ l’hectare et y construire son bungalow avec juste l’accord du président du village à qui on offre l’équivalent de quelques € pour la rédaction de l’autorisation et pour la modique somme de 2700€ on construit son bungalow avec les matériaux de la région : Quinine (genre d’eucalyptus) pour le bois et feuilles de ravinala pour le toit. Cela ressemble un peu à nos toits de chaume qui sont à un prix démesuré en France et dérisoire ici. Les gens sont très sympathiques et chose étonnante pour des individus qui vivent au seuil de la pauvreté : ils sont très honnêtes et pas voleurs du tout dans leur grande majorité. Mais là encore il faut bien dire que c’est spécifique à certaines régions seulement.
Puces des pieds (Paras)
Donc pour continuer les visions enchanteresses de ma vie malgache, je préciserais qu'il y a tout de même un tout petit inconvénient provoqué par les puces des sables qui ont la mauvaise habitude de pondre leurs oeufs sous le bout des ongles des doigts de pieds ou tout simplement dans les endroits des pieds où la peau est très fine. Au bout de quelques jours vous pensez avoir attrapé une minuscule ampoule au bout de votre orteil, mais en réalité c'est une petite larve qui vous parasite. J'ai eu la mauvaise surprise d'en avoir trois sous le bout de l'ongle de mon gros orteil gauche et une sous le bout de l'orteil de mon pied droit. Mais ici on a aucun mal à trouver une personne compatissante qui vous débarrassera de ces hôtes indésirables en un tour d’aiguille. Ces puces ne s'attaquent jamais aux autres parties du corps selon les malgaches.
Autres bestioles dangereuses :
En ce qui concerne les moustiques qui est l'animal le plus commun et le plus accablant à Madagascar au lever et au coucher du soleil, il suffit de bien se couvrir ou de tendre des moustiquaires sur toutes les issues. Il y aurait également de petits scorpions à piqûres douloureuses mais non toxiques. Pour ce qui est des crocodiles, c'est comme les monstres du Lockness, on n'en voit plus guère que dans des régions très isolées ou dans les parcs zoologiques. Il y a de nombreux serpents mais là encore pas de dangers réels car ils ne sont pas très dangereux. Beaucoup de jeunes requins se font manger par les malgaches qui semblent apprécier la chair de ce redoutable et dangereux prédateur.
La fibre optique dans la brousse
Ici de nombreux arbres sont en fleurs, caféiers, orangers, manguiers etc. et de nombreux fruits seront au rendez-vous au mois de décembre. Je reviendrai en France pour quelques jours seulement à la mi-octobre et je retournerai bien vite dans mon paradis sur terre où, surprise de ma part, on est en train d'enterrer la première fibre optique de l'île qui longera à moins de deux cents mètres l'endroit où je veux m'établir. A raison d'un ouvrier tous les cinq mètres pour creuser le fossé le long de la route, c'est sur des kilomètres que j'ai vu et photographié ce chapelet humain au service de l’informatique.
Matériaux de construction
J’ai entrepris tout d’abord la construction de la case du gardien car je n’ai pas l’intention de laisser sans surveillance mes affaires qui feraient l’affaire de plus d’une personne ici où la plupart sont démunis même du minimum vital parfois. Une marmite, un outil ou même une bouteille en plastique vide feraient bien des heureux. Donc pour construire la maison du gardien il me faut du Ravunpuntz (Feuilles de Ravinala madagascarensis) pour le toit, du falafa (Nervures des feuilles de Ravinala) pour les murs qui sont doublé de rapaka (écorce de Ravinala). Mais avant tout il me faut du bois carré ainsi que du bois rond.
Ma jungle.
Assis à ma table rustique taillée au coupe-coupe dans des planches non rabotées d’eucalyptus, j’entends dans le calme de la nuit tombée les vagues de l’océan indien qui s’écrasent au loin sur la plage de sable fin et à dix mètres de moi le clapotement des vaguelettes sur les berges du lac de Salehy bé. Une douce nuit caressée par une brise rafraichissante se prépare et je tient à profiter de ce calme pour savourer pleinement la chance que j’ai d’être en mesure de réaliser le rêve de ma vie : trouver un coin de la terre ou l’homme n’est pas arrivé à maîtriser entièrement la nature et où il m’est encore possible de faire des découvertes qui me font ressentir un certain émerveillement. Aujourd’hui ce fut le cas pour un champignon des tropiques Une merveille de la nature car imaginez un champignon qui porte sous sa tête une collerette assez importante d’un beau jaune d’or. Délicatement j’ai déterré l’œuf dans lequel s’est formé le carpophore afin de pouvoir le détailler plus aisément puis je l’ai remis à sa place car les piles de mon appareil photo étaient déchargées. Dix minutes plus tard je suis retourné voir ce champignon et à ma vive surprise, le voile qui était plutôt retombant s’était relevé légèrement vers le haut. Le soir alors que je suis retourné pour photographier le champignon avec un autre appareil, j’ai été déçu en constatant qu’il était totalement en état de décomposition.
Une soirée malgache
A présent que la nuit est tombée et que tout le monde dort, faute d’électricité dans le village distant de quelques centaines de mètres, je suis envahi par une nuée d’insectes qui sont attirés par la lumière de l’ordinateur. Si certains me piquent à travers la chemise, d’autres se promènent sur mon écran et je suis persuadé que beaucoup d’entre eux ne sont même pas encore répertoriés et ne sont donc pas nommés. Cela ne les gène pourtant pas le moins du monde car ils existent de la même manière et peut-être s’éteindront-ils sans que l’homme ne soupçonne un jour qu’ils aient existés à moins qu’ils survivent à l’homo sapiens et cela ne changera rien à leur niveau .Il faut dire qu’ici à Madagascar, le niveau de la recherche est pratiquement au point mort car les scientifiques ne vont à leur travail que pour s’entretenir de la politique ou du temps qu’il va faire car le manque de moyens ne leur permet pas de pousser bien loin les portes de la connaissance et le découragement est ressenti à tous les niveaux de la population.
Tracasseries
Il est pourtant trop tard pour continuer à jouir pour le moment de ce calme car dans peu de temps je devrai rejoindre l’hexagone car la durée de mon visa de trois mois est de nouveau écoulée. Cette fois je suis bien décidé à faire la demande d’un visa renouvelable qui me permettra de demander une carte de résident et dans ce cas je reviendrai quand cela me plaira. Mais avant cela, il me faut un tas de certificats, des copies certifiées avec une multitude de tampons. Oui, les malgaches adorent les tampons. Ainsi pour une simple copie de pièce d’identité, j’ai compté huit tampons différents. Il faut bien qu’ils justifient les 0,10€ qu’il faut payer pour certifier ce bout de papier. Mon dossier se compose déjà de sept photos d’identité, un justificatif de compte en banque malgache qui ne pourra être alimenté que par virement de l’étranger, un justificatif de revenus et même un certificat de changement de résidence délivré par le maire de la commune en France ainsi qu’un certificat de résidence à Madagascar délivré par le Fokontany (le sorcier du village qui connait tout le monde). C’est un véritable parcours du combattant car ce dossier est à déposer dans un premier temps à l’Ambassade de Madagascar à Paris avant de faire la demande de d’un visa de longue durée qui se fait au ministère de l’intérieur à Madagascar. Mais ce ne sont là que quelques documents car lorsque j’aurai terminé, le dossier aura presque l’épaisseur d’un bottin. Il faut rajouter des enveloppes timbrées à mon adresse malgache, certificat d’hébergement avec signature légalisée à la mairie de la personne qui vous accueille, lettre motivé au ministre de l’intérieur et j’en passe et des meilleures.
Passage éclair en France
A présent que je suis assis dans l’avion qui me ramène vers la France, je peux distinguer à travers le hublot le peu de neiges dites « éternelles »qui recouvrent encore le Kilimanjaro. Il est vraiment majestueux et domine les nuages qui semblent former une couche de ouate à son pied comme un tapis cotonneux qui cachent la terre. Nous sommes à près de onze kilomètres de hauteur avec une forte luminosité provoquée par un magnifique soleil.
Visa :
Ouf, c’est une histoire de Fou que d’essayer de faire un visa de longue durée. En effet il me faut présenter des documents à l’ambassade de Madagascar en France qui délivre un visa renouvelable avant de se présenter au ministère de l’intérieur à Madagascar avec une copie de ce visa certifiée et puis c’est la course à la préfecture de police où un double de certains de ces documents sont exigés afin d’être inscrit sur la liste de recensement des étrangers avec naturellement une lettre motivée au préfet de police… Mais après maints allers-retours en France et au Ministère de l’intérieur malgache, je crois que c’est bien parti car mon dossier semble à présent bien ficelé et je pense avoir droit à un visa de longue durée d’un an pour commencer avant de faire une autre demande et tout cela bien évidement contre des € bien sonnants et trébuchants. Même ici la monnaie locale n’a plus grande valeur car elle ne permet même pas de payer les importations qui sont parfois vitales pour la population.
Civelles
Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, ce sont de minuscules anguilles transparentes qui migrent par millions des fleuves vers la mer où elles se transformeront en anguilles adultes avant d’aller se reproduire de nouveau dans les cours d’eau douce.
Non content de pêcher facilement ces larves d’anguilles d’environ cinq centimètres de long avec des filets pour leur consommation personnelle, les malgaches ont trouvé un acheteur en une société qui est venue planter ses tentes et rachète pour un prix dérisoire ces civelles qui sont acheminée vers le port le plus proche avant d’être mis sur le marché mondial. J’ai donc moi aussi voulu gouter ces fameuses civelles qui, sous forme de beignets frits dans l’huile ont simplement une saveur de poisson sans arêtes.
Litchis
Nous sommes fin novembre et en pleine période de cueillette de litchis. De nombreux camions sillonnent les campagnes pour venir acheter des corbeilles remplis d’environs dix kilos de ces délicieux fruits. Chaque corbeille de 10 kg est payée environs 0,80€. Ce qui nous fait environs 0,08€ au kg. Je ne sais pas ce que coûte le kg de litchis en France, mais je ne crois pas que c’est le producteur malgache qui en tire le plus gros profit. Ici, en cette période de l’année, les chemins et les routes sont parsemés d’enveloppes rougeâtres de ces fruits que consomme toute la population, petits et grands.
Pour ma part, j’ai voulu donner un coup de main à transporter ces corbeilles en lanières de raphia entrecroisées et garnies de feuilles de bananiers pour boucher les trous. Cela donne une contenance assez raisonnable pour un poids minime.
J’ai donc suivi une troupe qui s’enfonce dans la brousse sur de minces passerelles de terre entre les rizières qui parfois s’écroulent si vous ne faites pas très attention et vous vous retrouvez les quatre fers en l’air à patauger dans les rizières. J’ai donc voulu montrer que porter une charge d’une vingtaine de kg était un amusement pour moi, mais dès les premiers cent mètres j’étais obligé de constater que je n’étais pas fait du tout pour ce genre de travail et les bras commençaient à fatiguer. J’ai donc opté pour le système dit de balancier en prenant un bâton et en plaçant une corbeille à chacune des extrémités, mais là encore au bout de quelques centaines de mètres, mon épaule commençait à me lanciner et j’avais beau changer d’épaule tous les cent mètres, je devais me rendre à l’évidence que j’avais sous estimé mes forces et que soit les kg devenaient plus lourds ou alors ce sont mes forces qui s’amenuisaient au fil du temps qui passe. Enfin au bout du rouleau, je vis au loin la voiture où j’allais pouvoir me débarrasser de ces maudits sacs de litchis. Il y avait encore une bonne dizaine d’autres sacs qui attendaient au fond de la brousse qu’on aille les chercher mais je n’avais plus du tout envie de recommencer cette expérience et je laissais donc le soin aux autres personnes qui récoltaient ces litchis de faire le transport à pied à travers les rizières sous un soleil accablant. Bientôt toutes les corbeilles de litchis sont dans mon pick up et en laissant la porte arrière ouverte pour gagner de la place pour deux ou trois passagers supplémentaires qui n’entraient plus dans l’habitacle du véhicule : N’Daouen( allons-y en malgache). La troupe de malgache à qui j’avais rendu ce service en transportant jusqu’au camion de collecte une bonne vingtaine de paniers de litchis ne savaient plus comment me remercier car sans mon aide ils auraient été obligés de laisser plus de la moitié des litchis sur les arbres faute de moyen de transport autre que pédestre. Je pense que cette maigre récolte de litchis va leur permettre de tenir jusqu’à la prochaine moisson de riz en fabriquant quelques chapeaux en feuilles de raphia qui sont eux aussi vendus pour moins d’une bouchée de pain.
Docteur de la brousse
Comme je suis en train de construire ma case dans la brousse, les petits bobos éraflures, échardes, coupures ne sont pas rares pour moi-même comme pour les ouvriers que j’emploie à plein temps. Comme je suis d’une nature plutôt prévoyante en ce qui concerne la santé, je préfère avoir un minimum de matériel sous la main en ce qui concerne les médicaments ainsi que le nécessaire de première urgence car les centre médicaux ou encore les médecins dignes de cette appellation sont plutôt rares. Pour les pharmacies, n’en parlons pas car ce ne sont que des dépôts de médicaments dans des épiceries ou autres gargotes à hygiène douteuse.
Donc pour chaque cas, j’applique le produit miracle qui désinfecte et j’applique consciencieusement un bout de sparadrap sur les moindres blessures. Bien sûr cette procédure peu courante dans la jungle s’est propagée comme un feu de brousse et j’ai maintenant tous les éclopés de la région qui viennent se faire soigner gratis chez moi. Heureusement que j’avais prévu quelques doses individuelle de désinfectant et quelques paquets de compresses que j’offre à chaque patient pour qu’il puisse lui-même continuer son traitement pendant quelques jours en leur recommandant de ne surtout pas laver la plaie qu’avec de l’eau bouillie. Dernièrement j’ai vu arriver en clopinant un homme avec sa machette à la main sur laquelle il s’aidait à marcher. Il avait un morceau de cinq centimètres sur deux de son mollet qui manquait. Il s’était coupé ce morceau de « viande » en voulant couper du bois. Il faut dire que les machettes qui sont enfilées sur un manche en bois ne sont pas fixées solidement et souvent la partie tranchante métallique se désolidarise du manche et s’envole.
Les guêpes tueuses
Il n’y a plus vraiment de grands dangers en ce qui concerne la faune de Madagascar, à part les requins assez nombreux sur la côte Est au bord de l’océan Indien et quelques crocodiles dans les régions vraiment très peu peuplées de l’île. Ce seraient plutôt les insectes qui sont le plus à craindre car les moustiques qui transmettent le paludisme ne sont pas à négliger et si les moustiquaires sont distribuées gratuitement dans le moindre village, ce n’est pas par hasard.
Lors d’une sortie botanique après une journée de pluie due à un cyclone qui s’est perdu au large de Madagascar, je suis attiré par le bruit d’une perche de bambou plongée violement dans l’eau du lac pour effrayer les poissons et les chasser vers un filet tendu un peu plus loin, je décide de grimper sur un tronc de badamier afin de mieux jouir du spectacle. Manque de chance pour moi, je suis attaqué par plusieurs guêpes qui avaient décidées elles aussi de se poster sur cet arbre. Après une piqûre au front et une autre au bras, je saute de l’arbre et je m’éloigne le plus vite possible de cet endroit inhospitalier. En retournant vers mon campement, je sens un étrange malaise comme si ma boîte crânienne allait être paralysée. Je me frotte vigoureusement la tête et j’essaie de bouger autant que possible afin que le venin qui venait de m’être injecté puisse se diluer au maximum en espérant ainsi qu’il perde de sa virulence. Après quelques heures, j’avais une belle bosse sur le front à l’endroit de la piqûre et la paupière de mon œil le plus proche commençait à gonfler. Le lendemain je me retrouvais avec deux belles poches sous les yeux.
Inconvénients de la brousse
Rien de neuf sous le soleil des tropiques, mais par contre sous cette pluie battante qui persiste depuis deux jours, il faut se faire une raison d’autant plus que le lanceur du démarreur de mon groupe électrogène semble avoir rendu l’âme par faute d’une vis mal serrée par le fabriquant chinois. C’est déjà la deuxième panne en moins de trois mois à cause de vis ou d’écrous mal serrés sur cet engin. Je commence sérieusement à suspecter les fabriquant chinois de faire en sorte que leur matériel se détériore le plus vite possible pour obliger les acheteurs qui ne trouveront pas de pièces de rechange à changer leur matériel le plus souvent possible. Il en va ainsi des forets à percer la ferraille qui ne supporte que le perçage d’un seul trou, puis il faut se rendre à l’évidence que même si on essaie de refaire les faces de coupe, il n’est plus possible de se servir de ce foret autrement que pour percer des trous dans le bois. Il m’est même arrivé de cintrer un foret de 6m/m à 90° en essayant de percer une tôle. Ce sont des choses irréalistes car ce matériel n’a même pas l’autorisation d’être mis en vente en Europe. Mais ici dans un des pays les plus pauvres au monde, tous est permis et les chinois inondent littéralement le marché avec ce matériel de quat’sous. Acheter français ! J’aimerai bien… A condition de trouver du matériel français qui n’a pas été contrefait en Chine. Ici il y a peu de jeunes filles qui n’ont pas dans leur garde-robe du Dior, du D&G, du Chanel etc… Chose d’autant plus étonnante qu’elles courent souvent pieds nus faute de moyens pour s’offrir une paire de sandales.
Aujourd’hui avec ce cyclone qui a frôlé la côte Est de Madagascar avant d’aller se perdre dans l’océan indien, mon éolienne tourne dans tous les sens car s’il y a un bon vent, celui-ci malheureusement est tournoyant. Ainsi si par moment les pâles ronronnent bien, elles sont freinée l’instant d’après par un vent qui vient d’une autre direction et qui oblige l’éolienne à jouer à la girouette. J’ai l’intention de remonter l’éolienne de trois mètres car il se peut également que des perturbations soient également causées par la végétation environnante. Toujours est-il que sans soleil pour charger la batterie du panneau solaire, sans démarreur au groupe et avec une éolienne qui joue les filles de l’air, j’en suis réduit à brancher mon convertisseur sur la batterie de la voiture qui est mon dernier recours pour recharger les batteries de mon ordinateur. Quoi faire d’autre quand une pluie battante vous cloue dans un petit local de trois mètres sur quatre qui m’abrite en attendant que la maison soit terminée. Pour le moment, si la charpente est debout, et si les lattes de toit sont également clouées, le charpentier a décidé qu’il était plus urgent de continuer en faisant le plancher avant de couvrir le toit. Ce qui fait que son travail prend du retard car il est évident qu’on ne peut pas travailler par ce temps de pluie dans une maison qui n’est pas couverte. Enfin, c’est lui qui s’en mordra les doigts car pas de travail, pas de paye et si on sait que chaque sou est vital ici. Pour la fin de l’année il m’a demandé un acompte et il a fêté pendant quatre jours et quand il est revenu, la première chose qu’il m’a demandé, c’est un autre acompte. Je commence à être habitué à la manière de vivre de certains malgaches qui vivent au jour le jour sans se préoccuper le moins du monde de quoi sera fait le lendemain. Il faut simplement s’adapter sans heurter personne quand on est occidental et il faut trouver des parades pour ne pas être pris pour une vache à lait. J’ai donc décidé malgré ses réticences à ne lui payer que le tarif des autres travailleurs tous les soirs et de déduire à la fin des travaux ce qu’il a déjà touché. Ainsi, tout en lui accordant un minimum journalier, il lui reste la motivation de terminer au plus vite les travaux pour pouvoir toucher une somme un peu plus importante. Heureusement qu’à Madagascar le mot syndicat est encore totalement inconnu. De toutes les façons, il n’y a guère de travail ici et la majorité de la population est obligée de se contenter de vendre les produits de la nature de la pêche ou la maigre récolte d’une agriculture balbutiante et vacillante. Seuls quelques privilégiés du fonctionnariat, héritage d’un colonialisme d’un autre siècle, peuvent compter sur un salaire qui leur permet de maintenir la tête hors de l’eau. Bien sûr il y aussi de riches malgaches qui ont réussi dans le commerce. Mais ce sont souvent des malgaches de descendance chinoise ou encore ceux que les malgaches désignent sous le terme karanes.
La rate qui se dilate
En attendant que la maison soit terminée, je suis encore obligé de « camper » dans un abri en planches peu étanche et où s’entasse toutes mes provisions, ainsi que des outils, le bateau et tous les appareils qui attendent de trouver leur place définitive dès l’achèvement de la maison. Je dors mal la nuit car on ne peut pas dire qu’un bateau, garni d’un matelas soit un lit idéal. En plus de cela, comme mon groupe électrogène tout neuf vient de me laisser tomber pour la seconde fois, je ne peux plus compter ni sur le soleil ni sur le vent pour brancher mon réfrigérateur et les aliments non consommés le jour même doivent être jeté car ici, l’humidité et la chaleur accélère le processus de dégradation. Je me suis piégé une fois en consommant le soir des haricots verts en salade qui avaient séjournés une journée à la température ambiante et deux jours plus tard j’ai consommé au dîner une omelette qui restait du déjeuner. A chaque fois, j’ai été réveillé la nuit pour rendre cette nourriture que mon estomac refusait de digérer entièrement. Bien sûr le tout accompagné d’une bonne diarrhée. Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les nuits je suis réveillé par un froissement de feuilles, des couinements, enfin, un véritable tapage nocturne qui se traduit par des courses-poursuites sur les planches en bousculant les objets qui se trouvent sur le passage. Je décide donc une nuit de me lever car dès que la lumière est éteinte et que je suis dans un demi-sommeil, le vacarme reprend. Je décide donc de poser des pièges à rats qui me permettent de capturer trois gros rats et puis c’est de nouveaux des nuits calmes… mais pas pour longtemps car quelques jours plus tard, cela recommence et cette fois, les pièges restent vides, malgré les choses appétissantes que j’y avais placé. Les rats avaient évolués et savaient déjouer le piège tout en se nourrissant de ce que j’y plaçais. Une nuit, je n’y tenais plus car dès que j’allumais la lumière, le bruit s’arrêtait pour reprendre dès que je retrouvais le sommeil. Je me lève donc cette nuit là avec l’intention de chasser l’intrus qui à mon humble avis devait être une intruse car derrière une multitude de bottes de Ravounpunts (feuilles de Ravinala séchées) destinées à confectionner la couverture de la toiture et qui étaient appuyées contre le mur de planches de mon abri sommaire je découvre un magnifique nid composé de morceaux de journaux, de feuillages et de tout ce qui peut rendre un nid douillet et sec. Je déplace donc tout ce tas de bottes de Ravounpunts et je m’empresse de mouiller le nid ainsi que le sol aux alentours afin de rendre ce lieu inhospitalier pour une rate qui se respecte. Je suis à peine entré dans mon lit que j’entends des couinements de désespoir, puis de petits grognements de rage dont je n’interprèterai pas la traduction tant ils étaient irrespectueux et grossiers. Comme cela ne suffisait pas, la rate s’est introduite par un des nombreux interstices de mon abri sommaire et recommence son tintamarre. Je suis donc obligé de me lever une fois de plus et à l’aide d’une perche fine je déloge mon squatter en le forçant à abandonner la place. Et même à l’extérieur où il s’est caché à proximité dans un buisson, je suis forcé de le chasser à grand coups de bâton sur la végétation. Enfin j’entends les grognements de désespoir s’estomper dans la nuit au fur et à mesure de l’éloignement. Il faut dire que cette rate commençait à prendre ses aises et considérait que tout ce qui était à l’abri lui appartenait car elle commençait à grignoter les vêtements ainsi que mes filets de pêche dont je ne me suis même pas servi encore en ne respectant pas même ma vie privée et mon sommeil. Sa dernière trouvaille a été de percer avec ses dents tranchantes une bouteille d’huile d’olive en plastique et naturellement au matin j’ai été contraint à un nettoyage de tout ce qui était rangé sur les étagères en-dessous y compris mes CDs et DVDs.
Téléphone de brousse (à ne pas confondre avec le téléphone arabe)
Comme je trouve que les malgaches se laissent beaucoup de temps pour la construction d’une petite maison de 64m2, je décide donc d’embaucher une seconde équipe pour commencer la construction d’un bungalow pour invités de 16m2 avec juste une chambre, des toilettes et une douche.
Après la confection des différentes pièces de charpente, voici arrivé le jour de dresser la structure et de monter la charpente, ce qui se réalisera en un jour grâce à l’aide de plusieurs bénévoles du village qui se réjouissent déjà de pouvoir faire une bonne bringue traditionnelle arrosée du fameux tokagasy (l’équivalent du schnaps de l’Est de la France).
Mais pour l’heure, c’est le traditionnel discours d’un ancien du village qui, le corps tourné vers Rano massen (la mer) invoque je ne sais quel esprit pour protéger la future construction. Pour clore cette cérémonie, il verse un peu du précieux tokagasy sur les quatre coins des poutres sommairement assemblées qui vont soutenir la construction. Puis les hommes prennent vaillamment chacun une pelle et commencent à creuser le sable aux endroits où seront enterrées une partie des poutres verticales. Vers le milieu du jour, la construction ainsi que la charpente du toit dont toutes les pièces ont été assemblées à l’aide de chevilles en bois est debout et sur le faîte de la construction on fixe un bouquet composé de la très commune mais néanmoins endémique Pervenche de Madagascar.
Un des travailleurs est attiré par la douche sommaire que j’ai installé non loin de là avec naturellement le flexible au bout duquel est vissé le pommeau de douche. Il fait une remarque à ce sujet en malgache et le mot fatal qui en ressort en français est « téléphone ». Il faut dire que tous les mots désignant des éléments « modernes » n’ont pas encore été inventé en langue malgache et sont donc désignés en français.
Ainsi la cuillère, la fourchette, l’assiette ou simplement un verre ne peuvent pas être traduits en malgache car ces mots n’existent pas et sont donc empruntés à la langue française avec parfois une petite variante sur la prononciation ou sur la terminaison du mot auquel on rajoute parfois une voyelle.
Insecte peu ordinaire.
Comme tous les matins, je profite du soleil levant pour ma cure quotidienne de luminothérapie. Assis derrière la table de mon abri de jardin qui naturellement ne comporte que quatre piliers et un toit en feuilles de Ravinala, je remarque sur la table en planches brutes une espèce de tube en bois de moins de deux cm de long sur à peine cinq mm de diamètre. Ce tube semble collé à la table et incliné à une trentaine de degrés par rapport à son support. Lorsque je décide de décoller avec mille précautions ce « tube », je découvre à l’intérieur la tête et les pattes avant d’une espèce de mille-pattes. Je n’ai pas voulu sortir de son abri par crainte de blesser cet insecte qui a trouvé un moyen astucieux pour se protéger de ses prédateurs.
Le charme fou des femmes de la brousse.
Comme il n’y a ni toilettes ni eau dans les habitations, l’hygiène corporelle est quelque peu aléatoire. Si vous rajouter à cela l’odeur persistante de la fumée produite par les petits fourneaux à bois ou charbon de bois, vous obtenez une odeur qui est loin d’être suave. Si vous adressez un regard à une femme plutôt jolie, généralement elle vous souri de toutes ses dents manquantes, ce qui lui confère le charme d’une personne qui n’a plus rien à perdre et qui lui donne un air plein de béatitude. Souvent elles se cherchent des poux sur la tête, puis avec une grande adresse, elles se tressent mutuellement les cheveux avant de les nouer sur la tête. Ce qui est amusant pour les étrangers, c’est de les voir dès le lever du soleil au bord du lac, ou du fleuve s’asperger longuement le visage, puis les jambes avant de faire deux ou trois pas dans l’eau, de lever bien haut leur robe ou l’étoffe dont elles sont ceintes et de plonger leurs fesses ainsi dénudées dans l’eau et de frotter vigoureusement leurs parties intimes. Pendant ce temps là, d’autres femmes font la vaisselle à deux pas en frottant avec un pied mouillé ou est collé du sable qui sert d’abrasif le cul des marmites noircies par la fumée. Un peu plus loin d’autres femmes battent à grands coups dans l’eau leur linge pour en sortir la crasse et la sueur accumulée.. Comme la plupart de ces femmes n’ont pas été à l’école, il ne sert à rien de leur adresser la parole à moins de leur faire plaisir en les saluant d’un cordial « accouria bé » auquel elles vous répondant par « Tsara bé » et si vous avez de la chance, par « acouria tsara bé » ce que je traduirai peut-être à tort par un grand bonjour très bon…
Si elles veulent exprimer leur grande satisfaction ou dire qu’un met est délicieux, elles font souvent entendre un claquement de la langue sur le palais, ce qui correspond au nec plus ultra doublé d’étonnement.
Pour ce qui est de leur bonheur, il correspond à un baluchon accroché au bas de leur dos et qu’elles trimballent partout avec elles dès l’âge de quinze ou seize ans. Et quand le contenu de ce baluchon à faim, qu’elles soient dans la rue ou ailleurs, elles sortent prestement un sein gonflé auquel elles accrochent un bébé dont la tête est de la grosseur d’une orange. Ces biberons maternels qu’elles appellent nono et qui produit un lait qu’on désigne sous le nom de ronono sont souvent déformés et pendent parfois jusqu’au ventre.
Peu de femmes vivent avec un homme car ces derniers n’ayant pas de travail sont souvent une charge de plus. Elles savent pêcher les civelles, les bichiques ou des alevins au bord e la mer, du fleuve ou du lac. Souvent elles vont dans la brousse cueillir des fruits sauvages qu’elles revendent parfois au bazar bé (marché) de la ville la plus proche. Elles savent également travailler les produits naturels comme les feuilles de raphia, différentes herbes ou joncs qu’elles sèchent au soleil avant de les assembler souvent par tressage pour les coudre ensemble et produire des chapeaux de soleil, des sacs à provisions ou encore des tapis de sol. Les produits naturels ont une importance capitale dans la vie rurale des malgaches. On commence pourtant à voir les nouvelles technologies occidentales faire leur apparition, en commençant par les téléphones portables. Même si ces personnes courent toute l’année pieds nus. Il faut dire que souvent les chaussures ou même les tongs sont une gène et sur la piste il n’est pas rare de croiser des personnes marchant pieds nus avec leur chaussures à la main. Pour les étrangers cela peut constituer une aberration mais pour les indigènes c’est tout à fait naturel.
Je n’ai jamais vu une femme aller à la pêche en pirogue à la mer, et cela semble être un privilège qu’i n’est accordé aux hommes que pour montrer leur virilité à combattre les vagues fougueuses de l’ Océan indien.
Pour certaines jeunes filles qui veulent échapper à cette vie campagnarde sans aucune chance d’évoluer, elles n’ont qu’une seule issue, partir vers les cinq ou six grands centres urbains de la Grande Ile. Là bas elles tenteront de se « débrouiller » comme elles disent. Cela veut dire qu’elles chercheront dans un premier temps du travail dans les entreprises, chez les commerçants ou dans la restauration, souvent pour un salaire ridiculement bas. Comme ces places sont relativement rares, elles n’ont comme choix que de revenir bredouille dans leur campagne ou alors si elles trouvent un touriste, elles resteront avec lui jusqu’à ce qu’il quitte le pays en essayant de lui faire croire qu’elles sont prêtes à l’attendre aussi longtemps qu’il le voudra à condition qu’il lui envoie régulièrement un peu d’argent par l’intermédiaire de la Western Union. Ils y a ainsi des jeunes femmes malgaches qui ont plusieurs fiancés qui leur envoient de l’argent. Certaines d’entre elles ont même la chance de tomber sur un commerçant aisé ou encore un touriste qui leur offrira des bijoux en or qu’elles revendront à moitié prix en cas de besoin. La plupart s’empressent pourtant de se faire offrir une garde robe qui rendrai jalouses beaucoup de jeunes françaises car les plus grandes marques mondiales comme par exemple Dior, Channel, D&G et bien d’autres se vendent pour une bouchée de pain à tous les coins de rue. Bien sûr il faut tourner le regard vers la Chine qui inonde littéralement le marché du tiers monde avec ces produits contrefaits. Même les montres, les lunettes et autres produits de luxe sont bradés à des prix dérisoires. Ainsi on peut se promener sans être autrement inquiété avec une rolex au poignet, des chaussures et ceinture en crocodile véritable et des vêtements avec ce même sigle du crocodile sur la poitrine.
Mai 2010
Aujourd’hui j’ai décidé que ce serait fête au village. En effet, pour créer des liens forts avec les habitants et pour l’obtention d’une certaine indulgence de la part des habitants qui voient en moi une espèce d’intrus qui peut tout se permettre car il possède ce qu’aucun autre villageois ne possède : assez d’argent pour réaliser beaucoup de ses rêves qui sont également les rêves de la majorité des malgaches.
Pourtant il ne faut pas croire que cette fête se décide tout seul. En effet il a fallu consulter les « Tangalamenas » (sortes de sorciers qui font parti des anciens et qui résouent également les problèmes de certains habitants par des palabres avec les autres Tangalamenas du village qui peuvent être très nombreux. Il faut même un document établi en bonne et due forme avec la signature du « Président fokontany » (sorte de chef du village) et naturellement l’accord du maire qui est l’autorité suprême.
Donc il s’est tenu une première réunion bien arrosée avec le célèbre tokagasy et la besa besa qui sont des alcool de canne à sucre. J’ai fait distribuer après la réunion une poignée de « madinka » (billets de banque de peu de valeur pour un étranger) à l’ensemble des personnes présentes selon la tradition malgache de cette région. Suite à cette réunion qui ne comptait pas moins de 36 Tangalamenas ou sages du village, il a été décidé qu’un « aombé mena » (taureau zébu roux) serait sacrifié au bord sud du lac où les pêcheurs passent tous les jours pour aller à la mer, et où, en cas de décès de nouveaux nés, ceux-ci étaient enterrés sous les arbres au petit matin sans aucune forme de cérémonie car ici la mortalité infantile est encore très élevée et que ce n’est que le destin qui décide si un enfant est assez fort pour résister aux dures réalités de la vie. Donc le sang du zébu sera répandu sur la terre à l’emplacement où ont été enterrés jadis ces nouveaux nés. Le zébu égorgé, il est découpé en petits morceaux à la hache puis ces petits morceaux formeront de petits tas où seront mêlés différentes parties de l’animal pour éviter le plus possible le favoritisme. Puis après d’âpres palabres, chacun se voit attribuer une poignée de viande sanguinolente. Ceux qui découpent la viande ne se gênent pas le moins du monde pour manger cru un petit morceau qui est resté accroché à la lame du couteau.
Une nuée de gamins sont sagement assis à même le sol et à part quelques jeunes qui ont un peu forcé sur les boissons alcoolisées et qui font leur possible pour se faire remarquer, cette petite fête s’est déroulée sans anicroches. De nombreuses personnes se sont déjà manifestés en m’affirmant que cela renforcera le respect pour ma personne et le fokontany dans son discours à engagé toute la population à me venir en aide en cas de besoin. Ce qui était déjà le cas auparavant. Même le commissaire de police de la petite ville proche de dix kilomètres que j’ai conduit à la station de bus m’a félicité dans mon initiative pour cette fête destinée au rapprochement de la population. Beaucoup de jeunes femmes dont certaines étaient trois fois plus jeunes que moi m’ont adressé des sourires prometteurs et m’ont clairement signifié leur intérêt pour moi… mais sachant que ce n’est que l’argent que je possède qui les intéresse, j’ai préféré après cette journée me coucher sur mon lit avec mon ordinateur pour lui confier le fil de ces événements. Comme c’est bizarre que les plus belles femmes perdent tout intérêt aux yeux des hommes quand elles s’offrent délibérément et qu’on est simplement considéré comme un objet de valeur et non une personne de valeur (Etre ou avoir..That is the question).
Le « diskjokey » du village qui possède un petit groupe électrogène s’est proposé de créer une ambiance musicale pour célébrer cette fête et les femmes du village ont déjà fait griller le jour précédent trois kilo de café local. Bien sûr il ne fallait pas compter moins d’un jerrycan de 20 litres de besa besa et deux petits bidons de 5 litres de tokagasy dont un seul litre foudroierait un cheval et naturellement des caisses de bières, de Coca Cola, de soda et la fameuse limonade au goût de bonbon anglais.
Les fruits à Madagascar
Cette année j’ai vraiment été gâté car je me suis gavé de fruits malgache dont pour certains, je ne soupçonnais même pas l’existence. Ainsi j’ai appris à connaitre et à goûter trois sortes de gaves sans compter : goyaves, oranges vertes, citrons de toutes variétés, des bongalas qui ressemblent à des citrons sucrés et beaucoup moins acides. Certains fruits comme des bananes géantes ou franpins peuvent être préparés cuits ou frits. Il y a également le long de l’océan indien de petits buissons qui font à peine quelques dizaines de cm de haut et qui portent de petits fruits qui ressemblent à nos cerises noires mais qui n’ont pas le même goût. Même les raphias qui poussent comme de la « mauvaise herbe » portent des grappes dont les petits fruits ont une saveur semblable à celle des dattes. En ce qui concerne les ananas, il suffit des détacher les feuilles du fruit et de les replanter dans le sable et un an plus tard, un nouvel ananas pourra être dégusté, puis on refait l’opération pour replanter les feuilles de ce nouveau fruit. Chaque période de l’année apporte d’autres fruits ou légumes dont certains se récoltent cependant toute l’année.
En ce qui concerne les fruits de la mer ou des eaux douces, il suffit d’attendre le retour des pêcheurs et de leur demander : « Misy loko » ? S’ils répondent par : « sisy », cela signifie qu’ils rentrent bredouille. S’ils répondent par : « kely kely », cela veut dire qu’ils ont attrapé du menu fretin. Par contre s’ils répondent par : « misy », cela signifie qu’ils ont des choses intéressantes comme des camarons (sortes de grosses crevettesque je paye ici environs 2,30€/kg), du thon, du «trois dents », du « soumpneu », des « tilapias » ou d’autres poissons frais comme le capitaine que l’on négocie à moins d’un € le kilo. Dernièrement j’ai négocié un « soumpneu » de près de quatre kilos pour environs deux € car il n’aurait plus été très frais pour le marché du lendemain dans la petite ville proche de dix km. J’ai coupé ce délicieux poisson en morceaux que j’ai immédiatement fais cuire avant de le mettre au réfrigérateur pour le déjeuner du lendemain où nous étions à une demi-douzaine de personnes à table pour le déguster.
Il est 3h du matin
Etant donné qu’il fait nuit noire vers 7h du soir et que pour économiser le courant qui est une denrée rare dans la brousse, la seule chose sensée est de se coucher tôt. Pour produire du courant, il y a bien des groupes électrogènes, très bruyants et surtout gourmands en carburant, il existe aussi les éoliennes mais il faudrait peut être les accrocher à un mât très haut pour qu’elles soient d’une certaine efficacité et en cas de cyclone, il faudrait les démâter. Mon expérience d’éolienne a été plutôt négative car à une élévation d’environs 3m au-dessus de la toiture, la douce brise qui vient de la mer ne suffit pas à faire tourner les pales assez rapidement et de façon constante pour espérer en tirer le moindre bénéfice.
Par contre, en ce qui concerne les panneaux solaires, une demi-douzaine de ces panneaux et autant de batteries de 12V ainsi qu’un bon convertisseur-inverseur est intéressant car le taux d’ensoleillement est assez constant pour une production d’énergie domestique. En ce qui concerne la rentabilité de ce matériel, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour car ce matériel possède une longévité assez limitée qui ne permet pas d’amortir son prix de revient, contrairement à ce qu’affirment les revendeurs de ce matériel.
L’aide humanitaire ou certains moyens d’avoir de l’argent à Madagascar
En France il m’arrivait de faire des dons soit en numéraires ou encore en habits qui étaient devenu trop étroits pour moi. Quand je suis arrivé à Madagascar, je me suis rendu compte que ces habits qui arrivent d’occident ne sont pas du tout distribués gratuitement aux nécessiteux mais au contraire, ils font l’objet d’un commerce qui rapporte de l’argent non seulement à des transporteurs ainsi qu’à des conditionneurs qui en font des balles de 40Kg et pour finir à des commerçants qui les vendent directement étalés sur les trottoirs ou parfois sur le sol des marchés du pays. Souvent ces balles de fripes sont attachés sur le toit des taxi-brousses qui sillonnent le pays et sont vendus jusqu’aux moindres recoins de la brousse madécasse. Bien sûr ce ne sont pas les commerçants qui sont au bout de cette chaîne qui font les plus gros bénéfices mais bien les organisations qui récoltent gratuitement ces vêtements dans les pays occidentaux car ils ont des moyens énormes pour disposer jusque dans la moindre des communes des containers destinés à la récupération de ces habits usagés dont la plupart sont pratiquement neufs. J’ai ainsi vu dans une petite ville de la brousse un tas de vêtements venus du Canada dont certains portaient encore les étiquettes de prix en Dollar canadien. Bien sûr la taille des canadiens ne correspond en rien aux mensurations de la majorité des malgaches qui pourraient entrer à trois dans un short canadien.
Ici il n’est pas besoin de faire des dons car si on donne de l’argent aux malgaches, ce ne sera pas leur venir en aide car le jour suivant ils auront dépensé cette aide et en seront réduit au même point. La meilleure aide qu’on peut leur apporter, c’est de leur fournir du travail et ils gagneront de façon respectable leur vie. Ainsi on peut embaucher un personnel nombreux car à raison de 0,77 € par jour avec une poignée de riz qui coûte environ 0,10€, il est possible pour un européen d’aider les plus démunis de la brousse sans que plus de la moitié des dons qui proviennent des occidentaux ne servent au fonctionnement des associations qui collectent ces fonds.
Ici tout est payant et une jeune personne qui désire apprendre un métier est obligée de payer les cours. Par exemple un cours pour apprendre le métier de coiffeur en cours accéléré, coûte environs trois ou quatre mois de salaire d’un employé. Pour un apprentissage complet de plusieurs mois, il faut multiplier selon la durée du stage. Donc celui qui n’a pas de travail à Madagascar et qui veut apprendre un métier, c’est pratiquement mission impossible car le peu d’argent qu’il arrivera à glaner à gauche ou à droite par de petits emplois ponctuels ne lui rapportent même pas assez pour couvrir ses besoins personnels.
La seule façon pour d’innombrables malgaches d’avoir une petite rentrée d’argent est liée la plupart du temps au commerce informel. Ce commerce s’exonère de taxes et possède l’avantage pour les marchands qui l’exercent de gagner rapidement un peu d’argent s’ils trouvent une bonne place et s’ils sont capables d’écouler une marchandise facilement renouvelable. Ainsi dans la capitale ou les grandes villes, ce qui se vend le mieux sont les tomates, les oignons, l’ail, le gingembre et dans le registre des fritures on trouve des nems, sambos, beignets de pommes de terre ou autres et naturellement à côté des tas de fripes, des chaussures et des sacs on trouve des téléphones portables d’occasion, des montres des lunettes, enfin toutes les marchandises qui se transportent dans un sac ou un panier car à la moindre alerte il faut être capable de tout remballer dès l’apparition de la police des marché qui souvent fait des rondes avec un camion et confisque tout. Il est inutile de faire de la résistance car cette police se compose généralement d’une dizaine de gros bras qui n’hésitent pas à courser les marchands à la sauvette. Il faut dire aussi que certaines rues dans le centre de la capitale sont envahie jusque sur la moitié de la voie par ces marchands qui empêchent la circulation des véhicules et obstruent entièrement certaines autres rues. Si on ajoute à cela les nombreux badauds pour qui tous ces étalages sont une distraction, cela devient un engorgement où les véhicules ne trouvent plus leur place pour circuler. Si on circule à pied dans ces rues, il est parfois difficile de se frayer un chemin sans se faire écraser un pied par un véhicule ou de trouver un passage entre les badauds qui s’arrêtent pour fouiller dans un tas de marchandises étalées sur une bâche à même le sol. Il faut en outre être attentif à ses biens car de nombreux pickpockets ont choisi justement ces endroits pour essayer maladroitement le plus souvent de subtiliser un portefeuille ou le contenu d’un sac à main. Dans l’ensemble cette population est très conviviale, ouverte au dialogue et pas du tout rancunière. Vous pouvez demander n’importe quoi et contre quelques menues monnaies vous l’obtiendrez. Ainsi si vous cherchez une place de parking dans le centre ville de la capitale ou ailleurs, il sera facile de trouver un gardien qui vous aidera à trouver et restera debout à côté de votre véhicule le temps qu’il faudra pour 0,10 ou 0,15€. Si vous avez fait des courses et pour vous éviter de faire plusieurs fois le trajet entre le véhicule et le magasin ou le domicile, il y a de nombreux porteurs qui vous proposeront leur aide. Leur sport favori reste pourtant le lavage de voiture qui les occupe un bon moment pour une rétribution un peu plus substantielle.
Il faut bien reconnaître que les femmes ou plutôt les jeunes femmes qui ont une silhouette gracieuse ont bien plus de facilités pour acquérir de l’argent car il leur suffit de faire les yeux doux à des hommes qui possèdent de l’argent et généralement elles obtiennent ce qu’elles désirent. Certaines villes comme Tamatave sur la côte Est est envahie par des scooters dont la plus grande majorité est pilotée par de belles jeunes femmes. Donc plusieurs possibilités s’offrent à celui qui veut savoir d’où provient l’argent pour acheter ces scooters : soit toutes les belles jeunes femmes sont de condition aisée et celles qui ne sont pas belles sont de condition modestes, soit la beauté de certaines jeunes femmes leur permet plus facilement d’avoir la possibilité de rencontrer des hommes qui leur font des cadeaux sous la forme de ces fameux scooters tant convoités par ces jeunes femmes… Allez donc savoir…
Il va de soi que les belles jeunes femmes sont très « débrouillardes » et qu’elles n’ont pas froid aux yeux sous les tropiques. C’est certainement cela aussi qui attire bon nombre de retraités chauves, bedonnants avec une petite retraite en France qui pourtant leur permet de passer pour Crésus à Madagascar et qui attirent les belles jeunes malgaches comme un pot de miel attirerait les abeilles. Mais tout ceci n’est que mon opinion personnelle et je ne voudrai en aucun cas généraliser car mon attention n’est peut-être guidée que par mon esprit tortueux.













