Un jour j'ai parlé à un druide
Friday, January 29, 2010 9:48:38 AM
Je ne sais pas s'il était breton ou belge. En tout cas, il parlait une drôle de langue, un étrange mélange de charabia et de sabir. J'ai écouté les histoires qu'il me racontait, ça parlait de charrues, de korrigans, de gueuse. On y apprenait que de personnages louches courraient dans la pampa (le premier qui me dit qu'il n'y a pas de pampa en Belgique ni en Bretagne gagne une cuillère à café à venir chercher dans les Vosges), qu'ils se frottaient aux arbres et crachaient des jurons dans leurs langues si complexe.
Ce druide m'intriguait. Je l'avais rencontré dans la salle d'attente de mon psychiatre où nous étions tous les deux en attente de rendez-vous. Chose rare que de croiser un autre patient (sic) chez un tel praticien. La norme étant de toujours faire en sorte qu'ils ne se croisent jamais. Pourtant, cette fois, la norme avait échoué. Ce qui me permit de lier connaissance avec cet étrange personnage.
C'était son accoutrement qui avait déjà titillé ma curiosité. Au lieu d'une robe blanche immaculée, il portait une carapace faite de plaques de plastique dur. Visiblement, cet accoutrement le gênait dans sa démarche et dans ses mouvements les plus banals. Lorsqu'il voulut se saisir du "Voici" qui trônait devant lui sur la table basse de la salle d'attente, ses mouvements apparaissaient saccadés. C’était assez étrange à voir. Voyant ma surprise, il engagea la conversation et c’est ainsi que j’eu l’honneur d’écouter ses histoires.
Il venait d’une ile perdue au milieu d’un océan lointain. Ca faisait mystérieux. C’est vrai que s’il m’avait dit qu’il venait du métro « Sévres-Babylone » par « Chatelet » ça aurait eu moins d’impact. Du coup, je fus curieux de connaître son histoire. C’est malheureusement à ce moment que, sans doute exalté par le récit qui débutait à peine, il reprit sa langue maternelle et me conta son histoire dont je n’entravai pas un seul mot. Mais je faisais semblant de le comprendre, tout en l’écoutant toujours attentivement. De temps en temps j’opinais de la tête pour donner le change.
Le récit s’emballait. Je le comprenais au débit des phrases. L’expression du visage de mon interlocuteur ne changeait jamais, je ne pouvais donc pas me baser dessus pour avoir cette impression. Pourtant, je le sentais bien, nous arrivions dans une phase du récit qui devenait cruciale. J’étais bouleversé.
C’est à ce moment là que la porte du cabinet s’est ouverte. Visiblement, c’était son tour. Cela brisa net le récit. D’une démarche chaotique, il s’avança vers la porte, entra dans le cabinet et la porte se referma sur lui me laissant seul dans la salle d’attente. Soudain, j’entendis des bruits mécaniques, de visseuse ou de perceuse de l’autre coté de la porte. Ma curiosité (et mon angoisse) me mirent en alerte. Des yeux je fouillai les murs à la recherche d’indices sur ce qu’il se passait de l’autre coté de la porte. C’est lorsque je tombai sur une vieille affiche pour les alternateurs « Ducelier » que je réalisai avec effroi que je n’étais pas chez mon psychiatre mais chez mon garagiste !
D’un seul coup, tout devint plus clair : Je n’avais pas parlé avec un Druide, mais avec un Droïde ! J’avais mal compris ou mal entendu.
Un jour je vous raconterai comment j’ai pu parler avec un tuyau de gaz. C’était bien aussi.





