Des yeux en amande au regard de velours
Thursday, 23. October 2008, 16:56:24
D'un vieux livre sur la Nature, parmi des poèmes ou des citations, un extrait inattendu de lettres de prison de la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg (fusillée en 1919) dont je ne connaissais rien de la vie: l'exemple d'une captive s'égayant au moindre signe du dehors, un nuage, un oiseau.
Un détail caché m'a intéressé. Rosa L. houspille ses correspondants; dans ses lettres, elle est d'une extrême sévérité pour ses compagnons de parti, pour d'autres sympathisants: trop lâches, mous, inconsistants, pusillanimes, tièdes - le pire défaut à ses yeux. Et elle rajoute: "à tout faire, je préfère le comte Westarp" [un monarchiste, ennemi, donc] "... c'est un homme, lui". Une petite note malicieuse de bas de page nous apprend que le comte W. avait, dans un violent discours, parlé à propos d'elle en plein Reichstag, le parlement allemand, de ses "yeux en amande au regard de velours".
De là, ma rêverie: un homme, une femme, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, opposés par une lutte à mort, séparés par tout: éducation, idéologie, milieu. Sans doute ne se sont-ils jamais parlés directement. Et pourtant, comme une affinité élective qu'ils ne s'avouent ni l'un ni l'autre, inexprimée mais pointant parfois entre les lignes des discours de l'un, les lettres de l'autre; le comte, impeccable, moustache prussienne, droit, brutal, sanguin, loyal, galonné, de l'ordre de l'ordre avant tout; la révolutionnaire, idéaliste, cérébrale, poète, intransigeante, débordée, amère, la mèche échappée du triste chignon. Et les yeux en amande au doux regard de velours.
Un détail caché m'a intéressé. Rosa L. houspille ses correspondants; dans ses lettres, elle est d'une extrême sévérité pour ses compagnons de parti, pour d'autres sympathisants: trop lâches, mous, inconsistants, pusillanimes, tièdes - le pire défaut à ses yeux. Et elle rajoute: "à tout faire, je préfère le comte Westarp" [un monarchiste, ennemi, donc] "... c'est un homme, lui". Une petite note malicieuse de bas de page nous apprend que le comte W. avait, dans un violent discours, parlé à propos d'elle en plein Reichstag, le parlement allemand, de ses "yeux en amande au regard de velours".
De là, ma rêverie: un homme, une femme, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, opposés par une lutte à mort, séparés par tout: éducation, idéologie, milieu. Sans doute ne se sont-ils jamais parlés directement. Et pourtant, comme une affinité élective qu'ils ne s'avouent ni l'un ni l'autre, inexprimée mais pointant parfois entre les lignes des discours de l'un, les lettres de l'autre; le comte, impeccable, moustache prussienne, droit, brutal, sanguin, loyal, galonné, de l'ordre de l'ordre avant tout; la révolutionnaire, idéaliste, cérébrale, poète, intransigeante, débordée, amère, la mèche échappée du triste chignon. Et les yeux en amande au doux regard de velours.











