Saturday, 6. September 2008, 16:57:17
...
Il assure longtemps sa place de second personnage du régime. Soudain, vers les quarante ans, au faîte de sa puissance, en pleine santé et dans la force de l'âge, il annonce à sa mère et à Auguste stupéfaits qu'il renonce à tout, postes, honneurs, privilèges. On tente de le dissuader; il cesse de s'alimenter pour montrer sa détermination, et au bout de quatre jours, arrache la permission de partir, pour l'île de Rhodes. Là encore, tout Rome n'en revient pas - sans compter la bizarrerie anachronique de sa "grève de la faim".
Les années passent et la deuxième génération - les petits-enfants d'Auguste - arrive à l'âge adulte et aux premières responsabilités politiques - bientôt, pour l'un d'eux, le trône impérial, pense-t'on; on oublie vite l'énigmatique homme de guerre sur son île lointaine, qu'on croit perdu pour les affaires, se consacrant à sa villa, à son écurie, à sa bibliothèque, à l'astronomie.
Tibère se rend alors soudain compte que sa tête ne tient qu'à un fil: à la mort d'Auguste, on enverra des soldats l'exécuter, pour ne pas laisser vivant un ancien "numéro deux" qui pourrait susciter de l'opposition : il abandonne Rhodes et "retourne chez sa mère", qui, comme épouse de l'Empereur est la seule à pouvoir protéger sa vie.
Il n'est encore que simple citoyen romain, mais là encore, la roue tourne. La fièvre jaune et un poignard arménien enlèvent à Auguste ses deux petits-fils, tandis qu'un désastre militaire survient sur la frontière de la Germanie. L'Empereur propulse à nouveau ce quinquagénaire comme successeur, qui va passer les années suivantes à guerroyer dans les pires conditions pour sauver l'Empire.
A la mort d'Auguste, Tibère devient Empereur, déjà bien âgé. Tout le monde s'attend à un règne court, il régnera plus de vingt ans.
Pour abréger, comme son prédécesseur, sa longévité lui causera la douleur de voir ses successeurs présumés les plus prometteurs -fils et neveu - mourir avant lui; et une décevante génération suivante, grandie dans la débauche et la facilité.
Au fil des ans, il délaissera Rome, ses jeux, ses dénonciations, ses procès, ses complots, pour Capri, déléguant les affaires courantes à un homme de main, Séjan. Celui-ci intriguera patiemment pour prendre le pouvoir; presque parvenu à ses fins et prêt au coup d'état, il est dénoncé à Tibère, et on voit le vieillard, pourtant sans véritable appui politique dans la ville, réussir, à écraser à distance en une journée la conjuration, en montant son propre coup d'état.
Cette trahison et l'aveu par la femme de Séjan que le fils de Tibère, mort quelques années avant, avait été en fait empoisonné, finissent de dégoûter le vieillard, qui ne bougera plus de Capri pour enfin y mourir: après lui, le Déluge! Il laisse un Empire solide et riche; et comme successeur, son petit-neveu juste adolescent, dont on sait pas encore qu'il deviendra un fou sanguinaire: Caïus, alias Caligula.
Fin de l'histoire. Ouf! Voilà pour la vie de mon homonyme... Heureusement pour moi, j'ai très mal choisi mon pseudo': on ne se ressemble pas du tout...