Petit matin
Friday, 3. October 2008, 06:28:17
Des fois je me dis que j'aurais aimé faire un boulot qui oblige à se lever vers quatre-cinq heures du matin. Le réveil sonne trop tôt, cueillant la pensée au milieu d'un rêve; mais il y a cette étrange volupté à se faire violence et à s'extirper des draps douillets. Il y a le bol de café siroté dans le noir, avec juste la petite lampe pour ne pas agresser les yeux encore ensablés. Au loin, un lampadaire papillonne, comme un salut de connivence. Sous la table je masse d'une main la cuisse chaude, tendue des deux heures de trotte d'hier soir, juste une sensation ténue comme si encore couché je m'étirais de tout mon long de contentement. La rue sous la fenêtre est étonnamment calme, sans voiture, et les ouvriers des deux chantiers proches ne font qu'arriver à peine et bavardent naïvement ou cherchent des outils dans des bruits d'entrechoquements de métal qui rendent le son paisible d'une ferronnerie. Volets ouverts, une vibration agite les vitres: les deux-trois habituels coups de vent, descendus de la montagne surplombant le village, inévitables à cette heure-ci même les jours sans air, et qui, venus de nulle part, semblent toujours quelque peu l'œuvre d'un magicien. Je fais l'ouverture de la boulangerie et provision de croissants sortis du four, y croise le boucher clignant des yeux comme un hibou, le tablier déjà souillé de quelque mystérieux transport de carcasse de viande que je n'ai pas les moyens d'acheter chez lui. A cette heure, sans se concerter, les commandes et les salutations se chuchotent. Le jour se lève; à la lumière naissante, deux corneilles découvrent sur la chaussée l'aubaine d'un campagnol écrasé dans la nuit - comment a-t'il fait son compte? - et se le disputent comiquement à moi à moi non à moi. Petit à petit, le ciel se découvre comme le paysage: le relief perd sa forme monolithique noire et menaçante; l'adret se ponctue de bosquets, prairies, bergeries, rochers, pigmenté comme le poumon d'un fumeur. Le ciel est gris, par volutes successivement déposées en couche, une crème battue céleste qui garde encore la trace du dernier mouvement de fouet. J'ai un frissonnement d'aise à voir s'élever mon souffle dans l'air fraîchi, je tire sur mon col, on est parti. Quelques heures de tranquillité devant moi pour finir ce que j'ai à faire; la journée est commencée.












Dieu Anh Le Vu # 14. October 2008, 08:25
Tibere # 16. October 2008, 14:40
Etudiant- et tu es même passé sur mon campus d'ailleurs, si j'en crois votre blog!
(je n'ai pas pu me libérer ce jour-là...
Dieu Anh Le Vu # 16. October 2008, 14:44
Tibere # 16. October 2008, 15:06
Dieu Anh Le Vu # 16. October 2008, 15:30