Wednesday, 11. March 2009, 21:52:44
Pourquoi l'achat d'un logement en location-accession (ou location-vente) est-il inexistant en France, alors que le "rent to own" existe et se développe en Grande-Bretagne ou en Espagne pour faciliter l'écoulement de biens qui se vendaient moins bien? Il n'y a pas d'explications économiques ou juridiques au refus de développer entre particuliers ce contrat intermédiaire entre la vente et la location. La loi n°84-595 du 12 juillet 1984 définissant la location-accession à la propriété immobilière peut être appliquée en l'état, en dehors du champ réservé des programmes de logement social dans le neuf.Les principes de la location-accessionLa location-vente en immobilier est appelée juridiquement location-accession. Elle se caractérise par un report dans le temps de la vente définitive, le transfert de propriété intervenant après une période de location du logement par l'acheteur.
Le locataire-accédant ne fait pas d'apport personnel à la signature du contrat passé obligatoirement devant un notaire : il le constitue par une partie des redevances qu'il a payées pendant la période de location, en addition du loyer correspondant à l'occupation du logement.
En revanche, un dépôt de garantie au plus égal à 5% du prix de vente pourra être versé à la signature d'un avant-contrat, comme dans une vente classique, chez un notaire qui le conservera sur un compte-séquestre au nom de l'acheteur.
La loi du 12 juillet 1984 ne prévoit aucune limite de durée à la période d'occupation, qui sera librement déterminée par les parties, et à l'issue de laquelle le locataire-accédant aura à lever l'option d'achat ou y renoncer. S'il lève l'option, l'acheteur paye le solde et la vente devient définitive. Si au contraire le locataire-accédant renonce à l'achat, il obtient la restitution par le vendeur de la seule part des redevances mensuelles constituant son apport diminuée d'une indemnité de 1% ou 3% du prix de vente du bien -suivant que le bien a plus ou moins de 5 ans. En revanche, les loyers versés reste acquis au vendeur et le locataire-accédant doit quitter les lieux dans un délai de 3 mois- mais ne dispose d'aucun droit de rester dans qu'il .
La loi prévoit d'autres mesures en cas de renonciation à la vente du fait du vendeur et sur la prise en charge des dépenses indispensables au bien avant l'issue du délai.
Les avantages de la formuleIl faut comprendre que le régime de la location-accession est totalement indépendant du régime classique du bail d'habitation. La relation entre le vendeur et le locataire-accédant est très différente de celle existant entre le bailleur et le locataire simple : le locataire-accédant est motivé par l'acquisition future du bien et va donc logiquement chercher à constituer le financement de l'achat et à préserver l'intégrité du bien occupé.
Lorsque j'exerçais comme agent immobilier, j'ai rencontré quantité de propriétaires qui ne voulaient plus entendre parler de locataires pour leur bien pourtant inutilisé, en raison de trop nombreuses expériences de dégâts et impayés. C'est un fait qu'il faut entendre, de la même façon que certains propriétaires proposent à la location à des prix déraisonnables des biens qu'ils n'auraient aucune chance de vendre en l'état. La location-accession est l'instrument juridique idéal pour deux parties qui ont un égal intérêt à faire affaire autour d'un bien.
Cette formule convient pour des personnes ayant une confiance réciproque -parents et enfants, amis proches- et des intérêts complémentaires : plutôt que de garder un bien qu'il n'occupe pas sans en tirer de revenus,donc perdre de l'argent, le propriétaire pourrait le louer au futur acheteur qui n'a pas encore les moyens de l'acheter.
Car c'est là l'idée centrale de la location-accession : permettre au futur acheteur de constituer progressivement un apport suffisant pour pouvoir acheter comptant plus tard ou bien obtenir un crédit à un meilleur taux. On sait qu'un apport de 25 à 30% fait une différence considérable pour le banquier, et pouvoir justifier de plusieurs années de versement d'une redevance est également déterminant.
Les raisons du silenceLa location-vente existe dans d'innombrables secteurs commerciaux, il n'y a qu'à voir les
offres des constructeurs automobiles en matière de financement de leurs véhicules. La Location avec Option d'Achat vise une clientèle plutôt innovante et le message suggère que le constructeur s'adresse à de fidèles clients pour adopter une formule plus originale que l'achat ou le crédit classiques.
Par conséquent, pourquoi en France ce mécanisme existe exclusivement comme "mode d’accession à la propriété réservé aux plus modestes", pour citer le site de la Fédération Nationale des Sociétés Coopératives d'HLM, qui en fait une
présentation détaillée? Nous avons vu que la loi du 12 juillet 1984 l'autorise expressément pour les logements anciens et entre particuliers.
Quant aux autres pays, ils y ont recours sans hésitation. Les États-Unis depuis longtemps (voir par exemple
ces annonces), l'Angleterre et surtout l'Espagne plus récemment, pour faire face à un excès de biens immobiliers sur le marché par rapport à un nombre restreint d'acheteurs, avec moins de capacité de financement qui plus est (voir
cette présentation très explicite en anglais de la formule de "rent to own" par une agence spécialisée).
Alors pourquoi la location-accession entre particuliers est-elle totalement absente du marché immobilier français malgré son adaptation à la conjoncture actuelle et l'existence d'un texte spécifique? Parce qu'elle contredit le sacro-saint principe de l'immédiateté de la vente sur lequel repose toute la transaction immobilière : l'État et les collectivités territoriales prélèvent les frais de mutation, les officiers ministériels que sont les notaires perçoivent leurs émoluments et les intermédiaires comme les agences ou les entreprises de diagnostics leurs honoraires. Aucun d'entre eux ne peut envisager de reporter dans le temps tout ou partie de ces versements, d'autant plus que le locataire-accédant pourrait au bout du délai d'occupation avoir l'idée saugrenue mais parfaitement légale de ne pas acheter... Trop compliqué, trop incertain, hop... la formule est envoyée au cimetière des textes encombrants.
Je repose donc la question : pourquoi tous les autres pays y arrivent et pas la France? Et j'en ajoute une dernière : est-ce que la formule aurait été vue comme concurrente du circuit traditionnel du crédit? Je serais heureux de connaître vos avis et suggestions sur ce sujet. Il faut essayer toutes les pistes de sortie de crise et l'on ne peut pas faire l'impasse sur les solutions innovantes et qui marchent.