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Le monde: Comme ça t'as flaubé toute ta subvention? T'as plus d'argent?
Moi: Ben, flaubé, pu d'argent, pas vraiment, mais quasiment, tsé?
Le monde: Explique!
Moi: Bon, y faut savoir que dès que j'ai reçu ma subvention, j'ai ouvert un compte de banque séparé dans lequel j'ai déposé la somme couvrant un an de loyers. Parce que j'ai déménagé, pis ça m'a coûté de l'argent, ça, déménager.
Le monde: Pourquoi t'es pas resté où t'étais? Tu vivais dans un logement subventionné, si je ne me trompe?
Moi: Ouin. Chu pas resté parce qu'avec le montant de la subvention, le double de ce que je touchais annuellement su' l' welfed, mon loyer aurait doublé en conséquence. As-tu déjà vécu dans un logement subventionné, toé?
Le monde: Non.
Moi: Ben, m'a t' dire, si t'avais, tu comprendrais que tant qu'à payer autant, aussi ben de faire affaire avec une agence privée.
Le monde: Okay, t'as déménagé, ensuite?
Moi: Bon, com j'ai dit, j'ai déposé les loyers d'un an dans un compte séparé, pis compte tenu du montant de ma subvention, c'est déjà presque la moitié de celle-ci de partie.
Le monde: Oui. Bien. Ensuite?
Moi: Me suis meublé un tant soit peu. Ce que j'avais commençait à tomber en morceaux. Pis y faut qu' tu comprennes que j'avais ni set de salon, ni set de cuisine. On vivait dans du dépareillé dans l'autre appartement, si tu veux que j' te dise.
Le monde: Qui ça, on?
Moi: Ma fashionista de onze ans, bientôt douze, qui vit avec moi. Et à ce propos, justement, le montant de la subvention, prévu pour une personne, ben il me sert à moi pour deux personnes.
Le monde: Bien. Ensuite?
Moi: Je nous ai habillés. Je nous ai actualisé côté ordinateurs. Je me suis mis à jour côté dictionnaires, y compris le logiciel Druide Antidote. Pourrais plus m'en passer, de ce logiciel. Pis j'ai été très généreux avec mes flos. J'en ai quatre, trois adultes et ma fashionista. Je leur ai fait chacun don d'un joli petit magot.
Le monde: Hum. T'aurais peut-être dû faire gaffe de ce côté-là et te montrer moins charitable.
Moi: No way hoosay! Ce sont mes flos et y z'ont autant droit que moi à des petites douceurs, sinon plus. Pis j'ai aussi fait un don à la mère de ma fashionista. Je lui devais bien ça.
Le monde: Ah misère! Ça reçoit un peu d'argent et ça se met à le distribuer d'un bord à l'autre comme s'il n'y avait pas de lendemain.
Moi: Ben oui. Or donc, si tu comptes tout ça, plus les bills mensuels et la nourriture, ben, la subvention, a l'a fondu pas mal vite.
Le monde: Et j'imagine que t'en as profité pour sortir aussi?
Moi: Ouais, mais sans exagérer. C'est pas ça qui m'a fait le plus de mal. Pis de toute façon je ne bois pas. Quelques bières me suffisent pour toute une soirée. Non, si tu veux que j' te dise, ce qui m'a achevé, c'est mon voyage au Québec.
Le monde: Ah! Parce que tu t'es permis un voyage au Québec en plus.
Moi: Ouais! Un voyage de deux semaines, avec ma fashionista, en avion. Je tenais à ce qu'elle rencontre ma famille, qu'elle ne connaissait pas encore. Pis m'a t' dire, ce voyage, qui fut superbe, ben, y m'a coûté beaucoup, beaucoup plus que ce que j'avais anticipé.
Le monde: T'aurais pu, je sais pas, ne partir que pour une semaine, non? Et prendre l'autobus plutôt que l'avion?
Moi: Et tout faire à la course? Non, deux semaines, et c'était pas de trop. Ma fashionista a finalement connu sa grand-mère, ses tantes, son oncle, ses cousins et ses cousines. Et comme tout ce beau monde vit un peu éparpillé dans la province, ça fait des déplacements qui reviennent chers.
Le monde: M'ouin.
Moi: Et on tenait, ma fashionista et moi, à passer quelques jours toué deux tuseuls à explorer Montréal, ma ville à moé. On s'est loué une chambre pour quelques jours dans une auberge et on a visité la ville. Pis je vais te dire, ma fashionista en est littéralement tombé amoureuse, de Montréal. Elle ne voulait plus revenir à Winnipeg. Encore y a deux jours, en faisant nos commissions sur Osborne, on se disait à quel point on aurait voulu être à Montréal plutôt qu'ici à Winnipeg.
Le monde: M'ouin.
Moi: C'est tout ce que t'as à dire, m'ouin?
Le monde: M'ouin.
Moi: Okay. Ah, et puis j'ai fait deux petites rencontres intéressantes au Québec. Un jeudi soir qu'on remontait la rue Saint-Denis, qui c'est, tu penses, qu'on a croisé? Han?
Le monde: Je l' sais-tu, moi?
Moi: Dany Laferrière. Ben oui. Je l'ai reconnu drèt là. Il était accompagné d'une dame. Je lui ai dit, "Bonsoir, monsieur Laferrière." Il m'a dit, avec un beau grand sourire "Bonsoir monsieur." Puis, s'adressant à ma fashionista, il a dit, "Bonsoir, mademoiselle." Un gentil bonhomme, ce Dany Laferrière. Savais-tu que je l'ai déjà rencontré, oh, ça fait longtemps. J'étais sur la rue Saint-Laurent, y s'est mis à pleuvoir à boire debout, je me suis réfugié dans l'entrée d'un magasin. Un grand noir m'a suivi tout de suite après. On s'est mis à placoter. Il venait de débarquer au Québec. Il rêvait d'écrire un roman. Il avait déjà le titre, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer. Il l'a écrit. Moi j'ai continué de rêver.
Le monde: Ah oui! Et l'autre rencontre?
Moi: Plume Latraverse. Dans les Laurentides. Un dimanche matin. Parti de chez ma mère je descendais au village m'acheter des cigarettes, à pied, tu comprends bien, j'ai pas de voiture, et je me suis perdu dans les montagnes. J'accoste un grand bonhomme qui avait l'air de faire sa promenade matinale. Je le reconnais. "Hey, t'es Plume Latraverse, toé?" Il me dit que non. "Ben oui qu' t'es Plume, fais-moé pas chier avec ça. Bon, tu veux pas t' faire achaler, okay, mais là chu perdu pis j' veux m' rend' au village. Comment j' fais?" Y m'a expliqué le chemin.
Le monde: C'est quasiment intéressant.
Moi: Ben oui.
Le monde: Donc, en résumé, t'es cassé.
Moi: Ben oui.
Le monde: Qu'est-ce que tu vas faire? T'as un enfant avec toi.
Moi: Ben oui.
Le monde: ...
Moi: Ben quoi! J' vais m' débrouiller.
Le monde: Comment?
Moi: Ben, des contrats de traduction et de révision de textes ici et là. Peut-être me trouver une job d'enseignant. Je l' sais pas. On verra.
Le monde: C'est pas très responsable comme attitude.
Moi: Responsable? Moi? Jamais! Tout ce que je veux faire c'est écrire. Rien d'autre. À part comme de raison élever ma fashionista. Je veux même pas de blonde à temps plein. Juste une madame consentante de temps en temps, histoire de faire le changement d'huile. J'ai deux romans d'une trilogie de publiés, chu t'en train de pondre le troisème, qui se trouve être le deuxième tome de la trilogie. En même temps je tiens deux sites d'écriture sur la toile, pis deux blogs. C'est ce que je fais, j'écris. Moins je bosse pour de l'argent et plus j'écris, mieux chu.
Le monde: M'ouin.
Moi: J'attends un miracle.
Le monde: Un miracle! T'en as de bonnes! Un miracle! Et puis quoi encore?
Moi: Et puis quoi encore? Un deuxième miracle, pardieu!
Le monde: Bon, allez, c'est bien beau, tout ça, mais j'ai pas que ça à faire. C'est que je suis responsable, moi. Bonne chance quand même. Un miracle! Ce qu'il faut pas entendre!
Moi: À la prochaine.
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