fractales - l'oeil 1.11 + le fermier de la noosfère 5
Monday, 26. October 2009, 21:26:58
mystère d'objet
orfeline, la parallèle contacte Sol
translate, spin nucléus, music
et se durabilise en taches fotosférics
continents cyclones, corridors que la matière prolifère
magmas, océans granulaires dans quoi surnage le pluriplan
crépite, masses a-mensurables, intercepte les icônes
illuminant les segments, segmentant les lumelies
halluciné(e)s au visage les parois ne cessent
intense grandeur inaccessible, passage déformé du code
s'enfile une ellipse tragi connecté(e)
d'où sonde, infra, l'énergie rectiligne
fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
XI - mystère d'objet
(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.
le fermier de la noosfère 5
ça sentait l'humidité dehors, il faisait chaud, mais une petite brise s'était mise à souffler, le soleil démesurait les maisons sur les pelouses et dans la rue et enflammait par en-dessous les cirrus sur nos têtes, si on s'étirait le cou pour essayer de voir par-dessus les toits on apercevait des roulos bleux, mauves et magentas,
"on va avoir d' l'orage à soir," dit Marguerite,
"mets-en, toé, sti," dis-je,
"en èsti," dit ti-Pierre,
on avait déplié les trois chaises accotées au mur sous la grande fenêtre du salon, Marguerite et ti-Pierre s'installèrent le long du mur, elle devant la fenêtre, lui entre celle-ci et la porte, je pris place dans le coin de la rampe, à la droite de Marguerite, de façon à regarder ses cuisses et peut-être voir ses p'tites culottes en faisant le décontracté, tous les trois une cigarette à la main, un gros cendrier sur pied et à couvercle trônait sur le balson, on finissait notre bière,
"ah, bonsoir madame Frenette," lança Marguerite,
elle envoya la main à madame Frenette qui passait en bas sur le trottoir, madame Frenette habitait dans le duplex voisin, au premier, elle s'arrêta pour regarder en haut,
"ah, bonsoir Marguerite, comment ça va?"
"ah, moi, ça va," répondit Marguerite, elle déposa sa bière par terre au pied du mur, avança sa chaise et se pencha les bras croisés sur la rampe pour regarder en bas, "pis vous, comment ça va?"
sa jupe avait remonté sur ses cuisses, ses totons remplissaient sa blouse, si près que j'aurais pu les caresser juste en m'étirant le bras,
"ah, moi, ça va," répondit madame Frenette, "j' vois qu' t'as d' la visite à ch'veux longs à soir," ajouta-t-elle, le sourire en coin, elle nous aimait bien, elle nous trouvait bien polis et très serviables,
"bonsoir, madame Frenette," dit ti-Pierre,
"bonsoir, madame Frenette," dis-je,
on châtiait notre langue quand on s'adressait à elle,
"bonsoir, vous deux," dit-elle,
"ben oui, y sont icitte pour la fin d' semaine," dit Marguerite, "y sont v'nus faire du troub', com d'habitude,"
"m'ouin, ben en ôtan qu' c'est juste du trouble à ch'veux longs," dit madame Frenette, "parce que parlant d' trouble, ma soeur à La Tuque, elle, Lucille, a l'en a du trouble a'c son ivrogne de mari, maudit bon à rien, celui-là, y a encor trouvé l' moyen de s' faire ramasser par la police y a trois jours,"
"qu'est-ce qu'y a faite c'te fois-citte?" demanda Marguerite,
"imagine-toé donc qu'y s'est mis à sonner chez son voisin pis à cogner dans sa porte à deux heures du matin parce qu'y voulait y emprunter sa tondeuse, tu t' rends-tu compte? y paraît qu'y criait à tue-tête qu'y allait défoncer 'a porte pis sacrer une volée à son voisin si y ouvrait pas pis qu'y y passait pas sa tondeuse, ben c'est ça qu' Lucille a disait au téléphone quand a m'a appelé pour m' raconter ça, pis j'y ai dit, à Lucille, j'y ai dit, viens donc m' voir icitte à Trois-Rivières, viens passer une semaine a'c nous ôtres, Armand y s'rait content d' te voir, pis on irait visiter Isabelle à Pointe-du-Lac,"
Armand était le mari de madame Frenette, Isabelle leur fille,
"a va ben, Isabelle?" demanda Marguerite,
"ah oui, a va ben," répondit madame Frenette, en faisant la moue, "a m'a dit l'ôt jour qu'y ont déjà deux fois plus de commandes pour leu' légumes à c' temps-citte d' l'année qu'y en avaient l'année passée, a m'a dit qu' les légumes organics sont en demande croissante, c'est ça qu'a m'a dit,"
"c'est les temps qui changent, ça, madame Frenette," expliqua Marguerite, "les gens sont plus conscients d' leu' santé, c'est pour ça, pis c' t'année, j' sais pas si vous l' savez, mais leu' légumes, ben on peut les acheter chez Picard asteur,"
"ah oui? chez Picard?" dit madame Frenette, "Picard y vend des légumes d' la ferme à ma fille?"
"certainement," dit Marguerite, "pis y est t'en train d' dev'nir un gros client d' Isabelle, y a commencé ça au printemps,"
"Picard?" dit madame Frenette,
"vous l' saviez pas?" dit Marguerite, "Isabelle vous l'a pas dit?"
"ben on s' parle pas toultemps, tu comprends," dit madame Frenette, "c'est qu'y sont ben occupés s'a ferme, pis ben oui, a me l'a peut-êt' dit, mais j'ai pas faite attention, com ça Picard leu' z'achète des légumes,"
"ben oui, y s'arrête à leu' ferme toué mercredi asteur, c'est l' jour qu'y fait sa runne, pis y dit qu'y font pousser des légumes très en santé, chez Isabelle,"
"c'est vrai qu'y sont bons, ses légumes, à Isabelle, mais c'est pas la question," la question était que faire pousser des légumes organics, ossi bons soient-ils, ne constituait pas selon elle un choix de carrière sérieux, "mais si Picard les trouve assez bons pour les acheter, ses légumes, c'est qu' moi j' vas toujours chez IGA, c'est plus proche,"
"ben dans c' cas-là," dit Marguerite, "d'mandez donc au manager chez IGA, là, comment qu'y s'appelle, donc,"
"monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette,
"oui, monsieur Saint-Onge," dit Marguerite, "d'mandez-y si y irait pas faire un tour à ferme juste pour voir, qu'y va êt' surpris,"
"d'mander ça à monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette, "ah non, j' s'rais ben trop gênée, pis d' toute façon tu l' sais ben qu' c'est Isabelle qui m' fournit l' gros d' mes légumes,"
"ben oui, je l' sais ben, mais c'est pas ça l'affaire," dit Marguerite, "pensez-y, là, ça s'rait bon pour leu' bizness, à Isabelle pis à son chum, là, si en plus de Picard y aurait IGA qui vendrait leu' légumes,"
"m'ouin," dit madame Frenette,
l'ôtre affaire qui chicotait madame Frenette, c'était que sa fille vivait accotée, pas mariée,
"mais vot' soeur, là, à La Tuque, Lucille, là," poursuivit Marguerite, "a va-tu v'nir vous voir?"
"je l' sais pas," répondit madame Frenette, "c'est pas la première fois que j' lui d'mande de v'nir, pis à chaque fois a s' trouve une escuse pour pas v'nir, ben, l'ôt soir, quand a m'a appelé pour m' raconter les dernières frasqu' à son bon à rien, quand j'y ai dit d' v'nir faire un tour, a m'a dit comme escuse qu'a l'avait eu la grippe pis qu'a l'attendrait encor un peu avant d' se mett' à voyager, c'est ça qu'a l'a dit, qu'a l'attendrait un peu avant d' se mett' à voyager, com si j'y avais d'mandé d' s'en aller jusqu'en Chine a'c moé, tabarouette," elle partit à rire, "pis d'abord, j' saurais pas par quel boutte commencer pour leur parler, aux Chinois, moé," elle rit de plus belle, puis redevint sérieuse, "j' sais pu quoi y dire, à Lucille, une vraie tête de cochon, celle-là,"
"pourquoi qu' vous montez pas à La Tuque, vous?" demanda Marguerite,
"moé, monter à La Tuque?" dit madame Frenette, "ben sais-tu, j'y ai pensé, mais chu pas sûre qu' j' s'rais capab' d'endurer son ivrogne de mari, par exemp',"
"mais elle, là, Lucille," reprit Marguerite, "si a vient pas, c'est peut-êt' parce qu'a l'est empêchée par son mari, vot' beau-frère, là, comment qu'y s'appelle, déjà?"
"Roger," dit madame Frenette,
"oui, Roger," dit Marguerite, "peut-êt' qu'a n'a peur, de Roger, Lucille, peut-êt' qu'y a menace, lui là, là, d'après tout c' que vous m' dites su' lui, y m'a pas mal l'air du genre à faire ça, lui,"
"ouin, c'est c' que j' pense moé si," dit madame Frenette, "a m'en a jamais parlé ouvertement, mais un moment donné, com on dit, tu commences à deviner ben des choses, tsé?"
"ouin," dit Marguerite, "écoutez, là, v'nez donc m' voir un soir d' la s'maine prochaine, j' lisais un article y a pas longtemps dans un magazine su' c' problème-là, d' l'alcoolisme dans un ménage, j' vous l' f'rai lire, j' l'ai icitte, pis on en jasera, d' tout ça,"
"oui, c' t'une bonne idée, ça," dit madame Frenette, "j' vas passer t' voir, ça m'intéresse, c' t'artic'-là," elle regarda le ciel, "on va avoir d' l'orage à soir," elle nous envoya la main, "bon ben bonsoir, là,"
"bonsoir, madame Frenette," dit Marguerite,
"bonsoir, là," dit ti-Pierre,
"bonsoir, là," dis-je,
"ah, v'là mes deux minous qui m'attendent dans f'nêt' du salon," dit madame Frenette en s'en allant, "j'espère qu' Armand a pas oublié d' leu' donner leur collation, c' te fois-citte,"
"est ben fine," dit Marguerite,
on entendait madame Frenette parler à ses chats en sortant ses clés de sa sacoche, Marguerite avait repris sa place devant la fenêtre, elle avait croisé les jambes et je n'en revenais pas du galbe de ses cuisses, on placota de choses et d'ôtres, puis on retourna à l'intérieur pour le dessert,
"j' vas appeler ti-Bill, èsti," dit ti-Pierre,
il prit place sur la chaise attachée au petit meuble en fer forgé dans le corridor à côté de la cuisine pour le téléfone, une lampe, un cendrier, un bloc-note, un stylo et, dans la tablette en-dessous, l'annuair,
Marguerite disposa sur la table les fraises, lavées et tranchées, la crème, le sucre, le pot de petites cuillères et les plats à dessert, je préparai le café dans la cafetière électric,
"ti-Bill va nous r'joindr' au carré d' l'hôtel de ville," dit ti-Pierre, revenant dans la cuisine, "j'y ai dit qu'on arriverait vers neuf heures, èsti,"
on dégusta nos fraises à la crème, on sirota un bon café sur le balcon en fumant une cigarette, le temps avait viré au sombre, la masse violette, mauve et grise des nuages pesait sur les toits, une bande translucide s'effilochait dans le soleil couchant, on fit la vaisselle, ti-Pierre et moi, pendant que Marguerite prenait une douche, puis ce fut au tour de ti-Pierre, de moi ensuite, on fuma un joint dans le salon avant de partir rejoindre ti-Bill, Marguerite finissait de se préparer dans sa chambre, ça ne la dérangeait pas qu'on tôke, en ôtan qu'on le fasse à l'intérieur, pas sur le balcon en avant, encor moins sur la galerie en arrière pour ne pas que ça sente jusque chez les voisins, cela fait on ramassa notre jeancoat,
"bon ben on s'en va, là, matante," lança ti-Pierre à la porte de la chambre à Marguerite, "passe une bonne soirée, là, èsti,"
"c'est ça, là, bonsoir," lança Marguerite du fond de sa chambre, "amusez-vous bien, vous ôt' ossi, là,"
je l'imaginais en brassière et en p'tites culottes se brossant les cheveux devant sa vanité et qui tournait la tête par-dessus son épaule pour elle ossi s'adresser à sa porte fermée,
"c'est ça, là, bonsoir, sti," dis-je,
(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.
orfeline, la parallèle contacte Sol
translate, spin nucléus, music
et se durabilise en taches fotosférics
continents cyclones, corridors que la matière prolifère
magmas, océans granulaires dans quoi surnage le pluriplan
crépite, masses a-mensurables, intercepte les icônes
illuminant les segments, segmentant les lumelies
halluciné(e)s au visage les parois ne cessent
intense grandeur inaccessible, passage déformé du code
s'enfile une ellipse tragi connecté(e)
d'où sonde, infra, l'énergie rectiligne
fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
XI - mystère d'objet
(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.
le fermier de la noosfère 5
ça sentait l'humidité dehors, il faisait chaud, mais une petite brise s'était mise à souffler, le soleil démesurait les maisons sur les pelouses et dans la rue et enflammait par en-dessous les cirrus sur nos têtes, si on s'étirait le cou pour essayer de voir par-dessus les toits on apercevait des roulos bleux, mauves et magentas,
"on va avoir d' l'orage à soir," dit Marguerite,
"mets-en, toé, sti," dis-je,
"en èsti," dit ti-Pierre,
on avait déplié les trois chaises accotées au mur sous la grande fenêtre du salon, Marguerite et ti-Pierre s'installèrent le long du mur, elle devant la fenêtre, lui entre celle-ci et la porte, je pris place dans le coin de la rampe, à la droite de Marguerite, de façon à regarder ses cuisses et peut-être voir ses p'tites culottes en faisant le décontracté, tous les trois une cigarette à la main, un gros cendrier sur pied et à couvercle trônait sur le balson, on finissait notre bière,
"ah, bonsoir madame Frenette," lança Marguerite,
elle envoya la main à madame Frenette qui passait en bas sur le trottoir, madame Frenette habitait dans le duplex voisin, au premier, elle s'arrêta pour regarder en haut,
"ah, bonsoir Marguerite, comment ça va?"
"ah, moi, ça va," répondit Marguerite, elle déposa sa bière par terre au pied du mur, avança sa chaise et se pencha les bras croisés sur la rampe pour regarder en bas, "pis vous, comment ça va?"
sa jupe avait remonté sur ses cuisses, ses totons remplissaient sa blouse, si près que j'aurais pu les caresser juste en m'étirant le bras,
"ah, moi, ça va," répondit madame Frenette, "j' vois qu' t'as d' la visite à ch'veux longs à soir," ajouta-t-elle, le sourire en coin, elle nous aimait bien, elle nous trouvait bien polis et très serviables,
"bonsoir, madame Frenette," dit ti-Pierre,
"bonsoir, madame Frenette," dis-je,
on châtiait notre langue quand on s'adressait à elle,
"bonsoir, vous deux," dit-elle,
"ben oui, y sont icitte pour la fin d' semaine," dit Marguerite, "y sont v'nus faire du troub', com d'habitude,"
"m'ouin, ben en ôtan qu' c'est juste du trouble à ch'veux longs," dit madame Frenette, "parce que parlant d' trouble, ma soeur à La Tuque, elle, Lucille, a l'en a du trouble a'c son ivrogne de mari, maudit bon à rien, celui-là, y a encor trouvé l' moyen de s' faire ramasser par la police y a trois jours,"
"qu'est-ce qu'y a faite c'te fois-citte?" demanda Marguerite,
"imagine-toé donc qu'y s'est mis à sonner chez son voisin pis à cogner dans sa porte à deux heures du matin parce qu'y voulait y emprunter sa tondeuse, tu t' rends-tu compte? y paraît qu'y criait à tue-tête qu'y allait défoncer 'a porte pis sacrer une volée à son voisin si y ouvrait pas pis qu'y y passait pas sa tondeuse, ben c'est ça qu' Lucille a disait au téléphone quand a m'a appelé pour m' raconter ça, pis j'y ai dit, à Lucille, j'y ai dit, viens donc m' voir icitte à Trois-Rivières, viens passer une semaine a'c nous ôtres, Armand y s'rait content d' te voir, pis on irait visiter Isabelle à Pointe-du-Lac,"
Armand était le mari de madame Frenette, Isabelle leur fille,
"a va ben, Isabelle?" demanda Marguerite,
"ah oui, a va ben," répondit madame Frenette, en faisant la moue, "a m'a dit l'ôt jour qu'y ont déjà deux fois plus de commandes pour leu' légumes à c' temps-citte d' l'année qu'y en avaient l'année passée, a m'a dit qu' les légumes organics sont en demande croissante, c'est ça qu'a m'a dit,"
"c'est les temps qui changent, ça, madame Frenette," expliqua Marguerite, "les gens sont plus conscients d' leu' santé, c'est pour ça, pis c' t'année, j' sais pas si vous l' savez, mais leu' légumes, ben on peut les acheter chez Picard asteur,"
"ah oui? chez Picard?" dit madame Frenette, "Picard y vend des légumes d' la ferme à ma fille?"
"certainement," dit Marguerite, "pis y est t'en train d' dev'nir un gros client d' Isabelle, y a commencé ça au printemps,"
"Picard?" dit madame Frenette,
"vous l' saviez pas?" dit Marguerite, "Isabelle vous l'a pas dit?"
"ben on s' parle pas toultemps, tu comprends," dit madame Frenette, "c'est qu'y sont ben occupés s'a ferme, pis ben oui, a me l'a peut-êt' dit, mais j'ai pas faite attention, com ça Picard leu' z'achète des légumes,"
"ben oui, y s'arrête à leu' ferme toué mercredi asteur, c'est l' jour qu'y fait sa runne, pis y dit qu'y font pousser des légumes très en santé, chez Isabelle,"
"c'est vrai qu'y sont bons, ses légumes, à Isabelle, mais c'est pas la question," la question était que faire pousser des légumes organics, ossi bons soient-ils, ne constituait pas selon elle un choix de carrière sérieux, "mais si Picard les trouve assez bons pour les acheter, ses légumes, c'est qu' moi j' vas toujours chez IGA, c'est plus proche,"
"ben dans c' cas-là," dit Marguerite, "d'mandez donc au manager chez IGA, là, comment qu'y s'appelle, donc,"
"monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette,
"oui, monsieur Saint-Onge," dit Marguerite, "d'mandez-y si y irait pas faire un tour à ferme juste pour voir, qu'y va êt' surpris,"
"d'mander ça à monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette, "ah non, j' s'rais ben trop gênée, pis d' toute façon tu l' sais ben qu' c'est Isabelle qui m' fournit l' gros d' mes légumes,"
"ben oui, je l' sais ben, mais c'est pas ça l'affaire," dit Marguerite, "pensez-y, là, ça s'rait bon pour leu' bizness, à Isabelle pis à son chum, là, si en plus de Picard y aurait IGA qui vendrait leu' légumes,"
"m'ouin," dit madame Frenette,
l'ôtre affaire qui chicotait madame Frenette, c'était que sa fille vivait accotée, pas mariée,
"mais vot' soeur, là, à La Tuque, Lucille, là," poursuivit Marguerite, "a va-tu v'nir vous voir?"
"je l' sais pas," répondit madame Frenette, "c'est pas la première fois que j' lui d'mande de v'nir, pis à chaque fois a s' trouve une escuse pour pas v'nir, ben, l'ôt soir, quand a m'a appelé pour m' raconter les dernières frasqu' à son bon à rien, quand j'y ai dit d' v'nir faire un tour, a m'a dit comme escuse qu'a l'avait eu la grippe pis qu'a l'attendrait encor un peu avant d' se mett' à voyager, c'est ça qu'a l'a dit, qu'a l'attendrait un peu avant d' se mett' à voyager, com si j'y avais d'mandé d' s'en aller jusqu'en Chine a'c moé, tabarouette," elle partit à rire, "pis d'abord, j' saurais pas par quel boutte commencer pour leur parler, aux Chinois, moé," elle rit de plus belle, puis redevint sérieuse, "j' sais pu quoi y dire, à Lucille, une vraie tête de cochon, celle-là,"
"pourquoi qu' vous montez pas à La Tuque, vous?" demanda Marguerite,
"moé, monter à La Tuque?" dit madame Frenette, "ben sais-tu, j'y ai pensé, mais chu pas sûre qu' j' s'rais capab' d'endurer son ivrogne de mari, par exemp',"
"mais elle, là, Lucille," reprit Marguerite, "si a vient pas, c'est peut-êt' parce qu'a l'est empêchée par son mari, vot' beau-frère, là, comment qu'y s'appelle, déjà?"
"Roger," dit madame Frenette,
"oui, Roger," dit Marguerite, "peut-êt' qu'a n'a peur, de Roger, Lucille, peut-êt' qu'y a menace, lui là, là, d'après tout c' que vous m' dites su' lui, y m'a pas mal l'air du genre à faire ça, lui,"
"ouin, c'est c' que j' pense moé si," dit madame Frenette, "a m'en a jamais parlé ouvertement, mais un moment donné, com on dit, tu commences à deviner ben des choses, tsé?"
"ouin," dit Marguerite, "écoutez, là, v'nez donc m' voir un soir d' la s'maine prochaine, j' lisais un article y a pas longtemps dans un magazine su' c' problème-là, d' l'alcoolisme dans un ménage, j' vous l' f'rai lire, j' l'ai icitte, pis on en jasera, d' tout ça,"
"oui, c' t'une bonne idée, ça," dit madame Frenette, "j' vas passer t' voir, ça m'intéresse, c' t'artic'-là," elle regarda le ciel, "on va avoir d' l'orage à soir," elle nous envoya la main, "bon ben bonsoir, là,"
"bonsoir, madame Frenette," dit Marguerite,
"bonsoir, là," dit ti-Pierre,
"bonsoir, là," dis-je,
"ah, v'là mes deux minous qui m'attendent dans f'nêt' du salon," dit madame Frenette en s'en allant, "j'espère qu' Armand a pas oublié d' leu' donner leur collation, c' te fois-citte,"
"est ben fine," dit Marguerite,
on entendait madame Frenette parler à ses chats en sortant ses clés de sa sacoche, Marguerite avait repris sa place devant la fenêtre, elle avait croisé les jambes et je n'en revenais pas du galbe de ses cuisses, on placota de choses et d'ôtres, puis on retourna à l'intérieur pour le dessert,
"j' vas appeler ti-Bill, èsti," dit ti-Pierre,
il prit place sur la chaise attachée au petit meuble en fer forgé dans le corridor à côté de la cuisine pour le téléfone, une lampe, un cendrier, un bloc-note, un stylo et, dans la tablette en-dessous, l'annuair,
Marguerite disposa sur la table les fraises, lavées et tranchées, la crème, le sucre, le pot de petites cuillères et les plats à dessert, je préparai le café dans la cafetière électric,
"ti-Bill va nous r'joindr' au carré d' l'hôtel de ville," dit ti-Pierre, revenant dans la cuisine, "j'y ai dit qu'on arriverait vers neuf heures, èsti,"
on dégusta nos fraises à la crème, on sirota un bon café sur le balcon en fumant une cigarette, le temps avait viré au sombre, la masse violette, mauve et grise des nuages pesait sur les toits, une bande translucide s'effilochait dans le soleil couchant, on fit la vaisselle, ti-Pierre et moi, pendant que Marguerite prenait une douche, puis ce fut au tour de ti-Pierre, de moi ensuite, on fuma un joint dans le salon avant de partir rejoindre ti-Bill, Marguerite finissait de se préparer dans sa chambre, ça ne la dérangeait pas qu'on tôke, en ôtan qu'on le fasse à l'intérieur, pas sur le balcon en avant, encor moins sur la galerie en arrière pour ne pas que ça sente jusque chez les voisins, cela fait on ramassa notre jeancoat,
"bon ben on s'en va, là, matante," lança ti-Pierre à la porte de la chambre à Marguerite, "passe une bonne soirée, là, èsti,"
"c'est ça, là, bonsoir," lança Marguerite du fond de sa chambre, "amusez-vous bien, vous ôt' ossi, là,"
je l'imaginais en brassière et en p'tites culottes se brossant les cheveux devant sa vanité et qui tournait la tête par-dessus son épaule pour elle ossi s'adresser à sa porte fermée,
"c'est ça, là, bonsoir, sti," dis-je,
(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.






