journal d'un miroir

par Zak Michigan

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en proie au devenir

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Je rêve a Rio devant ma radio.
J'habite un p'tit haut dans l'est sur Viau.
C'est pas chaud, chaud, chaud.
J'me baigne en photos dans les p'tits journaux.
Je vois les vedettes qui paient pas leurs dettes
Se pousser du frette avec la palette.
Moi j'mange mon spaguette.
J'ai l'cœur en mille miettes, gros comme Lise Payette.
C'est pas pour moi, tout ça, tout ça,
C'est pour les rois, là-bas, là-bas.
J'suis qu'un pauvr'homme qui chôme, qui chôme
Au royaume du calcium.

Robert Charlebois, Je rêve à Rio.


moi je rêve à Montréal en écoutant de la music sur mon Quod Libet,
j'habite au troisième d'un building adossé à la rivière Assiniboine à Winnipeg, où, ciboère, y s'est mis à neiger, câlisse, de la neige mouillée dégueulasse larguée par un vent du nord pas amical, c'est bien chauffé, mon appartement, peux pas me plaindre, quand même, de la neige début octobre alors qu'il y a pas cinq jours le mercure grimpait jusqu'à 27,
moi aussi je regarde les riches qui se préparent à flyer vers le sud avec les canards et je me dis, bon ben, tant mieux pour eux autres,
pis moi aussi je mange du spaghetti, sauce tomate à l'ail et aux panchignons, pardon, champignons, que j'appelle aussi les moshrons, de l'anglais mushrooms pour les ceusses et les celles qui se demanderaient,
contrairement à Robert cependant j'ai pas le coeur en mille miettes, je l'ai plutôt qui soupire après Ville-Marie, ma ville à moé, j'y parle toutes les langues en français,
ici, à Winnipeg, je parle toutes les langues en anglais, c'est pas que j'ai de quoi contre la langue anglaise, ben sûr que non, mais quand je reviendrai à Montréal, pas dans un grand Boeing bleu de mer et pas nécessairement pour revoir l'hiver, ça m'aura fait un quart de siècle en anglais et ça fera,

j'écris l'ange, une fée qui danse dans les rues drabes de Winnipeg, elle tombe aussi, une sorcière sans malice qui perce le coeur des hommes sans le faire exprès, pense-t-elle, une gypsy extravagante qui voudrait bien des fois se fondre dans le milieu rassurant des choses et ne plus paraître, elle connaît trop bien les extrêmes pour ne pas les craindre,
le narrateur, lui, ben, un poète qui ne voit plus clair dans ses lunettes,
j'écris des bouts du fermier, une farandole filosofic pleine de lumière même la nuit, musicale et bruyante au possible,
je pense constamment à l'exotrip, faut dire, au risque de me répéter: j'ai toujours eu l'imaginaire galaxic et pas question d'en revenir,
je m'emballe pour Charlotte, vous ai-je parlé de Charlotte? elle est winnipégoise, née à Saint-Boniface, parfaite bilingue, elle a 12 ou 13 ans, elle fait partie de la génération connectée, au moment du récit elle vit avec son grand-frère dans l'Exchange District, il est détective privé, bilingue lui aussi, son demi-frère en fait, d'une vingtaine d'année son aîné, il travaille des heures impossibles, souvent parti pendant des jours, des fois hors de la ville ou même de la province, et d'où qu'il soit il ne manque jamais de contacter Charlotte aux 24 heures, 36 top, des fois un message bref, tout va bien, d'autres fois plus longs, com de ne pas oublier de faire ses devoirs, Charlotte est habituée, elle se débrouille,
mais voilà, il est parti il y trois jours et il ne l'a pas encore contactée, elle s'inquiète, elle était plus agitée que d'habitude à l'école aujourd'hui, en fouillant dans l'ordinateur à son frère elle tombe sur un début de piste et Les aventures de Charlotte prennent leur envol,
thus start The Adventures of Charlotte,
bon, je verrai pour le titre,
j'ai une idée pour pour le noeud du récit, mais je vous dirai pas, tout ce que je vous dirai c'est que ça tient dans un bout de code de logiciel,
je veux en faire un feuilleton dromadaire, non, hebdomadaire en ligne, bilingue, des épisodes de 600 à 700 mots, les deux versions com des oeufs au miroir, écrites normal'man, avec les majuscules et le point à la ligne, pour les jeunes ados de la génération connectée,
com j'aime les enfants, l'avenir, même si je les trouve bien tannants, ça sera le fun à écrire,




c'est Jimi Hendrix, là, qui joue

Le Salon du livre de Montréal + la forêt du langage (extrait 13)

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Le Salon du livre de Montréal

or donc, je me retrouverai la semaine prochaine au Salon du livre de Montréal, j'y aurai un stand, le stand 422, du 19 au 21, en tant qu'auteur en dédicaces parmi des centaines d'autres, sans compter bien entendu les invités d'honneur,
ça me flatte, c'est sûr, mais je vais vous dire, ça me surprend encore plus, jamais je ne me serais attendu à ça, moi, le petit écrivain de pas grand-chose, m'enfin,
cela dit, mon éditrice m'a demandé d'écrire un blog, ici, sur Opera, pendant mon séjour au Salon, alors restez à l'écoute, comme on dit, parce que dès vendredi prochain, je m'y mets, ouais,





la forêt du langage
horreur ! la langue anglaise !

horreur, scandale et misère !
je me suis pogné en flagrant délit d’anglicisation !
j’ai formulé ma pensée dans ma tête en anglais !

viol, injure et insulte !
pauvreté, atrocité, obscénité !

je me retrouvais le cervo saturé d’anglais,
le bateau de ma langue sombrait dans la mer à boire du langage,
le cœur me serrait,

mais cibolac de crisse !
je me démènerais com un diable dans l’eau bénite pour vous en repêcher des débris !

alors que lorsqu’on étions bonhoms, mon frère et moi, et pour vous montrer que plus ça change, plus c’est pareil, on faisions semblant dans nos aventures tumultueuses de causer en anglais, la langue d’ Elvis et des agents secrets, on avions beau être preux et valeureux com Tintin, forts et courageux com Bob Morane, fins et rusés com Nick Jordan, hardis et gouailleurs com Lemmy Caution, on l’étions toujours en anglais, qu’on baragouinions résolument en pourfendant les méchants, si on étions pris on disions pas un mot, ni en anglais, ni en français, même sous la torture, du reste on parvenions toujours à s’échapper,
à vivre au Manitoba, donc, la langue anglaise s’insinuait perfidement dans mon crâne, je parlais français avec les flos com de raison, il n’a jamais été question de communiquer en anglais entre nous, jamais dans cent ans, c’eût été une honte, une trahison, un coup vicieux au cœur de ma culture, ils allaient à l’école en français, ils fréquentaient la bibliothèc française, s’intéressaient à un minimum de music et de télévision francofones, n’empêche, l’anglais les assaillait de partout, que voulez-vous, on est rarement maître de sa destinée, j’ai d’ailleurs compris très jeune qu’en mon pays j’ai les deux pieds sur une planète, qu’au sein du peuple canadien je fais partie de la race humaine et que je parle les langues à toulmonde dans ma langue dévergondée,
guerre sauvage des langues, langues vivantes, langues mortelles, langues qui renaissent com des foenix, langues qui changent, qui se transforment, qui s’adaptent et rien ne sert finalement de s’inquiéter de l’érosion du français sous les coups de butoir de l’anglais, ces deux langues au miroir com des œufs, rien ne sert de se lamenter sur le rôle en apparence moins pertinent du français dans les affaires du monde puisqu’en vérité le monde s’en fout et qu’ôcune des langues parlées et écrites aujourd’hui ne le sera pareillement dans cent ans, déjà que les ordinateurs sont à l’œuvre, si l’anglais a viré international pour nous envahir nos parlures, celles-ci à leur tour le contaminent et le colonisent, rien ne sert, dis-je, de s’évertuer à protéger la langue française, mais la protéger contre quoi, seigneur de bon yenne ? contre qui ? quand au contraire il faut la diffuser dans la planétarisation des consciences, pas la globalisation des marchés, ça c’est de la marde, la propager dans le rhizome noosféric des langues d’asteur pour l’avènement d’une communication multiple, complexe et mobile, puis c’est sûr que c’est pas du tout cuit,
or voici qu’au moment où j’écrivais ces lignes follement linguistics Charlebois me chantait qu’il reviendrait se marier avec l’hiver, moi je rêvais, je ne faisais que rêver, je me fichais du réel com de l’an quarante, le plat réel farceur farci, la douteuse réalité trompeuse, je m’en fichais, de notre fiction sociale commercialisée à outrance, ça nous passerait com un comédon sur le front du genre humain, je rêvais que je pondais les livres charnières qui rimeraient avec le passage des millénaires,
la lune s’ébaudirait,
les planètes se rangeraient sagement pour un florilège,
les étoiles scintilleraient com des enluminures moyenâgeuses,
l’ange, de son côté, en a vu, elle ossi, des étoiles, étant donné qu’elle s’est tapé un orgasme du tonnerre de Brest l’ôtre soir, oui madame, un orgasme, affirmat-elle, le regard pétillant, à côté duquel ceux qu’elle s’envoyait avec le jet de la douche pâlissaient drastiquement d’intensité,
« like, so far, it was tremors », expliqua-t-elle, « now i’ve been through an earthquake, no less »,
son travail acharné de plusieurs mois sur sa sexualité, avec l’apport entre ôtres de l’information et des outils disponibles à la boutic où je bossais, avait finalement porté fruit, elle est venue dans un grand jet qu’on pensait d’abord qu’il s’agissait de pisse, mais non, il s’agissait de jus féminin, on a éclaté de rire, on s’était embrassé en se caressant pendant cent sept ans sur mon sofa, puis on était passé dans ma chambre pour se mettre sur mon lit, je la pistonnais du doigt après l’avoir pompée au totem quand brusquement l’orgasme s’est jeté sur elle com un oizo sur sa proie, elle fut ravie, elle rayonnait, c’était beau à voir, son jus giclait sur ma main, d’un geste vif de l’ôtre j’agrippai mon t-shirt au bord du lit pour le lui glisser sous les fesses, elle continuait de venir, j’ai retiré mon doigt pour la renfiler au totem, on a lévité jusqu’au septième ciel, on en est redescendu de fort bonne humeur, on s’est interrogé sur son jus, on l’a reniflé, du moins ce qui n’avait pas été mélangé au mien, ça sentait
le trèfle concentré, on l’a roulé entre nos doigts, c’était lisse et huileux, on l’a goûté du bout de la langue, ça goûtait suret, on a beaucoup rigolé,
mais le monde m’échappe, les frontières de mon identité s’estompent, des fractales malicieuses se baladent dans mes pages, je perds mon écriture, mon écriture se perd, je m’y perds, elle n’est plus réelle, ne l’a jamais été, dépossédée elle disparaît ligne après ligne dans l’illusoire alentour bétonné, puis elle se transforme en rivière souterraine que je remonte pour cueillir sur sa rive des miettes de sens, des brisures de métafores et des éclats d’allégorie,
tout finit, tout recommence, rien n’arrête, l’individu passe, les peuples survivent, puis les peuples passent et c’est l’humanité toute entière qui survit et qui part à la chasse aux aliens dans l’impensable cosmos,
le vent souffle, la lumière fléchit, il neige,
j’écris pour ne pas succomber à la folie catapultante de mes contemporains les mercantiles, moi-même crackpot dans le délire général, jeté vif dans la progression des hamburgers,
poète idéaliste, insurgé et plus qu’abracadabré, de ce fait désaxé, je m’imagine géant et je vais m’assoir au bord du disc galaxic com au bout d’un quai, je me penche dans le vide pour y regarder s’allumer les galaxies nos voisines et je leur lis Proust d’une traite, elles aiment bien, quoique le concept de monuments articulés dans la durée d’un temps retrouvé les fasse rigoler,
poète vieilli, mais au cœur fier et hardi com quand jeune hom j’avais mangé un quart d’once de gros morceaux de champignons dans une sauce brun verdâtre poisseuse, ça goûtait le fond de culottes beurré à la confiture d’orteils, mais j’avais tripé com un dieu en buvant com un trou, j’avais marché dans un kaléidoscope assourdissant de ruines nucléaires encor fumantes et j’avais dansé sur des musics apocalyptics dans des bars éventrés, j’avais perdu connaissance, une copine pas sobre elle non plus m’avait ramassé pour m’emmener chez elle, au matin elle était venue me rejoindre dans la chambre d’ami où j’avais dormi, elle ne portait que ses p’tites culottes, elle s’était étendue de tout son long sur moi, ses petits totons écrasés sur ma poitrine pas velue, on s’était embrassé, toué deux la bouche asséchée par l’alcool, j’avais bandé, elle avait senti le feu monter en elle, puis sans crier gare elle avait décidé que non, elle ne voulait pas faire ça à son chum, absent pour quelques jours, elle s’était excusée en se relevant, moi, raide, mais bon prince, et non sans lui avoir au préalable demandé la permission, qu’elle m’avait accordée, de lui pogner et de lui licher les totons un peu, j’allai me travailler dans les toilettes,
poète débranché, je ne tiens envers et contre tous qu’à un fil de rallonge existentiel, celui de ma phrase, fil anticonformiste pour me soustraire à la raison lunatic de mes semblables les insensés, je m’amuse à vraire le vratoutim, ni vu ni connu d’avance dans l’accablante platitude des mégalogiciels englobinisés par la restructuration des tourments,
les saisons déglinguées reculent à pas comptés dans mon appartement, saisons mortes, pourtant éternellement resplendissantes dans l’obscure mémoire collective d’où, du fond d’un album foto, je scintille com un feu follet,
mes laborieux bouts de phrases s’émiettent dans des coins reculés,
à peine des linéatures de sens, de la limaille de significations, des paraboles par azar,
le temps s’envoyait en l’air avant le prochain vol,

Jean Chicoine, la forêt du langage
Éditions du Blé, 2010, Collection Rouge, pp. 52 - 57
http://www.livres-disques.ca/editions_ble/products/product_detail.cfm?id=6869
Toute reproduction interdite sans autorisation.

la forêt du langage (extrait 6)

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raisons du monde

tasse brisée

un samedi matin au chant des oizos l’ange partit en voyage pour une semaine en char avec une copine, le mari et leur flo, ce jour-là, en lavant la vaisselle, j’ai échappé et brisé la tasse que l’ange gardait chez moi pour son thé, une sensation désagréable com un rasoir me parcourut le dos alors que je contemplais bêtement les éclats par terre, c’était un mauvais présage, me disais-je, un signe de mauvais augure, il arriverait quelque chose à l’ange, le destin malcommode me l’arracherait, le Grand Wazou me la ravirait pour Se la garder à Soi tuseul, je me morfondrais la semaine durant c’est sûr,
pareil avec les flos, ils m’avaient demandé si on pouvait aller à la bibliothèc française à Saint-Boniface, de l’ôtre côté de la Rouge, ça ne me tentait pas, j’avais encor beaucoup à faire dans notre nouvel appartement, je leur dis de s’y rendre tuseuls, ils connaissaient le chemin, je leur donnai l’argent pour l’autobus et du change extra au cas où, ils sont partis à une heure de l’après-midi, trois-quarts d’heure pour l’aller-retour, une
heure, deux heures max sur place, je les attendais vers trois heures, trois heures trente, peut-être quatre heures, ils ont rebondi à six heures, bourrés de livres,
« qu’est-ce qu’on mange pour souper ? »
ils avaient écouté un film à la bibliothèc,
« pourquoi vous avez pas ap’lé, sti ? »
je m’étais fait installer le téléfone quelques jours auparavant,
« on y a pas pensé », dit ma jeune,
« on s’ souv’nait pu du numéro », renchérit mon jeune,
« j’ l’ai écrit sur un bout d’ papier, pis tu l’as dans ta poche de jeans », lui dis-je,
« ah oui, c’est vrai, oups »,
un parent, ça se démène quotidiennement à la vie à la mort, un amant ossi, mais crampé différemment, je m’ennuyais de l’ange, même si son absence serait de courte durée, je m’ennuyais de sa beauté diafane, de sa féminité résolue, de son bon sens incorruptible, de la justesse intuitive de ses sentiments, de la tempête de ses émotions ossi, com quand la colère s’emparait d’elle et que d’angélic elle virait démone, de rage elle fracassait un objet sur un mur, si ça la pognait dehors en bécik, c’est à celui-ci qu’elle s’en prenait, elle le kickait dans les broches, le soulevait pour le jeter sur un poto, lui assenait des coups de cadenas sur le panier ou sur le siège, un gros cadenas en U, bien souvent après devait-elle contacter notre copain Jack D. Zaster, réparateur de béciks, crises qui ne duraient jamais longtemps, parfois provoquées par l’inconsidération des gens, leur manque de civilité, com l’automobiliste aveugle aux béciks à pédales, plus souvent enflammées par sa propre inadéquation à elle, à cause de sa dystonie, sa difficulté à accomplir sans incident les actes les plus simples de tous les jours, crises qui stoppaient ossi brusquement qu’elles avaient éclaté et qui, après l’avoir embarrassée, la rendaient pensive pour un temps, puis elle se remettait à sourire,
elle me manquait, la chaleur de sa bonne humeur me manquait, l’éclat de son rire, sa droiture, sa générosité, ses gros totons, son ti con parfumé au trèfle, son humour corrosif, son profond respect pour tout ce qui vit, l’acuité de son regard sur le monde en même temps que sa confusion face aux raisons de ce monde, ses grands yeux clairs com des matins d’hiver, sa franchise et son courage, l’avoir perdue m’aurait fractionné en cent vingt-trois millions de moignons saignants, je me serais recousu com de raison pour l’amour des flos, mais un de mes springs vitaux aurait cassé, un voile serait descendu sur mon âme,
je m’étais morfondu pour rien, elle était de retour le samedi suivant au chant vespéral des oizos, elle avait bien apprécié le voyage, cependant ça n’avait pas été qu’agréments, la copine n’avait pas cessé d’engueuler le flo qui fatiguait dans le char et qu’elle menaçait d’abandonner sur le bord de la route pour le ramasser en revenant – que le Grand Wazou nous pardonne la cruauté de nos paroles! – le mari, pas plus fin, avait décidé de visiter tout le nord-est des USA jusqu’à New York en roulant toultemps pour stopper partout en se dépêchant de tout voir pour repartir au plus vite pour ne rien manquer ailleurs,
« therefore the broken cup », me murmura l’ange à l’oreille,

Jean Chicoine, la forêt du langage
Éditions du Blé, 2010, Collection Rouge, pp. 29 - 31
http://www.livres-disques.ca/editions_ble/products/product_detail.cfm?id=6869
Toute reproduction interdite sans autorisation.

la forêt du langage (extrait 2)

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de la gratuité du monde
com accès à la richesse


le corps est un pylône, l’esprit une parabole

j’écrivais par les temps qui courent, j’écrivais dans la démesure aléatoire des convictions achalandées qui dérivent com des chalands au frisou de berges malencontreuses, j’écrivais à tire-larigot en refusant d’écrire com il faut pour ne pas donner prise à la conformité, j’écrivais à l’emporte-pièce com une délivrance magnétic sertie de résidus inconscients, en m’obstinant le mécréant, échappant de peu aux effluves des danses programmées, ne prenant appui que dans un imaginaire tissé de brins de réalité, imaginaire à travers lequel je suspendais des ponts noosférics et où j’allais à l’occasion consulter le profète reclus dans son gîte au fin fond de la forêt du langage, je m’assoyais en face de lui et je buvais ses paroles,
« on est toute la gang une seule race », disait-il, intouchable com un miroir, « on est la race humaine, c’est pourtant simple, et il incombe à chacun d’entre nous d’abreuver et de nourrir toulmonde sur la planète sans condition et sans exception, l’eau et la nourriture du monde appartiennent à toulmonde, pas à une poignée d’enflés assis au sommet de la fiction sociale »,
« c’est ben vrai, ça, sti », dis-je,
« un jour », reprit-il, en me faisant signe de ne pas l’interrompre, « quand on abreuverons et qu’on nourrirons toulmonde une bonne fois pour toutes, on passerons à l’étape suivante de notre évolution, laquelle consistera à sexuer toulmonde en toute liberté dans une magnific orgie de singes et de guenons et c’est alors seulement qu’on deviendrons complètement humains et qu’on s’envolerons dans l’espace com des astronefs biocosmics, mais c’est pas demain la veille »,
« c’est ben vrai ça ossi, sti »,
j’écrivais com on respire, pantelant d’amour, j’écrivais com on vit, la mort au bout du nez, j’écrivais pour survivre, c’est certain, j’écrivais par esprit de bottine au cul d’un monde esclavagiste, j’écrivais de la nullité concassée que je ressassais ôtour de pondicules figuratifs com si je m’aventurais sur de l’illimité ou com si je me prenais pour un reflet, j’écrivais pour que mes mots explosent en ôtant de sens que la totalité se dévoile les dentelles et que l’ange retroussait les siennes pour que je bande pour qu’on se mette, fam délicieuse au goût de trèfle à cause de sa skincream, je finissais par venir com un missile, elle, de son côté, n’arrivait pas à venir, même en prenant tout notre temps, elle éprouvait beaucoup de plaisir, mais sans aboutir,
« it’s there in me », disait-elle, « but it won’t come out, it’s like my skin’s too tight, it wants to burst open, but it can’t ! »
je lui rappelais qu’elle arrivait à venir dans le bain avec le jet de la douche décrochable,
« yes, I know ! » répliquait-elle, entre deux sanglots, le visage dans ses mains com prise en faute, « but I want to come with you ! »
j’écrivais en conjuguant le passé et l’avenir à la géométrie variable du présent, relevant du passé non pas tant ce que je croyais y découvrir que ce que j’en imaginais, n’en récoltant que ce que j’y semais, les racines et les ruines que j’en tirais au grand jour vibrant en phase avec les signes et les reliefs d’un avenir qui me visitait en visions, com cette vision que j’avais d’enfants-fleurs sur lesquels je veillais, j’étais en effet une machine vivante, je déambulais avec ma précieuse cargaison dans une dimension inaccoutumée, je lévitais au-dessus des océans et des continents, je contournais habilement les montagnes, j’effectuais des acrobaties dans les nuages com un ovni pas achalé pour amuser l’esprit des enfants-fleurs, lesquels n’étaient encor qu’en germe com du blé dans des sacs pour ensemencer la Terre une fois que l’homo économicus se serait exterminé dans le hurlement de ses sirènes et le fléchissement de ses pas hâtifs, sa cupidité craquant com un fouet sur les crânes encapsulés,

Jean Chicoine, la forêt du langage
Éditions du Blé, 2010, Collection Rouge, pp. 16 - 18
http://www.livres-disques.ca/editions_ble/products/product_detail.cfm?id=6869
Toute reproduction interdite sans autorisation.


photo ©2009-2010 MissViolaX
http://missviolax.deviantart.com/
http://my.opera.com/VelvetViola/albums/

fractales - l'oeil 1.6 + télégrafic'man vôtre

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d'abri

les tueries pleuvent au mieux
besoin portatif, métier des lèvres
soulignées remuées par les refrains

chairs si crues, caches mystérieuses
lumens d'eau saline
zones émeraudes kidnappées sur
la rive asséchée des esprits

infografies chevelues arythmics
trafic des suicides sur longue distance
sexe pulsar, à
l'aplat variable des seins blanchis

fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
VI - d'abri

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.



télégrafic'man vôtre

la forêt du langage, soumis sur deviantART, révisé de fond en comble, prêt à être (re)soumis pour publication, justement, y a pas deux semaines, mon éditrice me contactait par courriel pour me demander que ça s'en vient, oui, ce manuscrit?
l'ange, ça aura été mon plus difficile à pondre, celui-là, mais j'y ai parviend, dirait mon père, j'y suis parvenu, dirait ma mère, du moins quasiman presque, signalerais-je, son noeud émotionnel défait pour qu'enfin son sang coule,
le fermier de la noosfère, en cours d'écriture, quoique suspendu provisoirement...
l'exotrip et c'est là que ça me turlupine parce que j'ai beau m'acharner ôtan com ôtan, j'arrive pas à le pondre, ou plus précisément je ne le ponds que par bouts, invariablement, à chaque fois que je m'y remets, au bout de deux semaines, trois maximum, ce qui avait bloqué dans les ôtres romans, en particulier l'ange, débloque et c'est l'exotrip qui bloque osti, j'imagine que les excursions galaxics à vélocité supraluminic de Sand Darsan permettent au narrateur des romans terrestres de prendre le recul nécessaire à leur continuation, mais je me suis pratiqué un détour par lequel le garder en cours, une façon de l'écrire sans l'écrire, d'en intégrer l'essence dans l'ici-bas, vous verrez bien dans le fermier de la noosfère sherlock
fractales, les 43 poèmes de l'oeil, les 69 poèmes de l'âme et les 51 poèmes du sexe, ça nous en fait combien en tout? ...hum... attendez, je vais consulter ma calculatrice virtuelle ... 163, à raison de deux ou trois poèmes par semaine, parce que taire le poète c'est assoiffer un arbre et c'est pas beau,

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