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journal d'un miroir

par Zak Michigan

Posts tagged with "fermier"

fractales - l'oeil 1.11 + le fermier de la noosfère 5

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mystère d'objet

orfeline, la parallèle contacte Sol
translate, spin nucléus, music
et se durabilise en taches fotosférics

continents cyclones, corridors que la matière prolifère
magmas, océans granulaires dans quoi surnage le pluriplan
crépite, masses a-mensurables, intercepte les icônes
illuminant les segments, segmentant les lumelies

halluciné(e)s au visage les parois ne cessent
intense grandeur inaccessible, passage déformé du code
s'enfile une ellipse tragi connecté(e)
d'où sonde, infra, l'énergie rectiligne

fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
XI - mystère d'objet

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.



le fermier de la noosfère 5

ça sentait l'humidité dehors, il faisait chaud, mais une petite brise s'était mise à souffler, le soleil démesurait les maisons sur les pelouses et dans la rue et enflammait par en-dessous les cirrus sur nos têtes, si on s'étirait le cou pour essayer de voir par-dessus les toits on apercevait des roulos bleux, mauves et magentas,
"on va avoir d' l'orage à soir," dit Marguerite,
"mets-en, toé, sti," dis-je,
"en èsti," dit ti-Pierre,
on avait déplié les trois chaises accotées au mur sous la grande fenêtre du salon, Marguerite et ti-Pierre s'installèrent le long du mur, elle devant la fenêtre, lui entre celle-ci et la porte, je pris place dans le coin de la rampe, à la droite de Marguerite, de façon à regarder ses cuisses et peut-être voir ses p'tites culottes en faisant le décontracté, tous les trois une cigarette à la main, un gros cendrier sur pied et à couvercle trônait sur le balson, on finissait notre bière,
"ah, bonsoir madame Frenette," lança Marguerite,
elle envoya la main à madame Frenette qui passait en bas sur le trottoir, madame Frenette habitait dans le duplex voisin, au premier, elle s'arrêta pour regarder en haut,
"ah, bonsoir Marguerite, comment ça va?"
"ah, moi, ça va," répondit Marguerite, elle déposa sa bière par terre au pied du mur, avança sa chaise et se pencha les bras croisés sur la rampe pour regarder en bas, "pis vous, comment ça va?"
sa jupe avait remonté sur ses cuisses, ses totons remplissaient sa blouse, si près que j'aurais pu les caresser juste en m'étirant le bras,
"ah, moi, ça va," répondit madame Frenette, "j' vois qu' t'as d' la visite à ch'veux longs à soir," ajouta-t-elle, le sourire en coin, elle nous aimait bien, elle nous trouvait bien polis et très serviables,
"bonsoir, madame Frenette," dit ti-Pierre,
"bonsoir, madame Frenette," dis-je,
on châtiait notre langue quand on s'adressait à elle,
"bonsoir, vous deux," dit-elle,
"ben oui, y sont icitte pour la fin d' semaine," dit Marguerite, "y sont v'nus faire du troub', com d'habitude,"
"m'ouin, ben en ôtan qu' c'est juste du trouble à ch'veux longs," dit madame Frenette, "parce que parlant d' trouble, ma soeur à La Tuque, elle, Lucille, a l'en a du trouble a'c son ivrogne de mari, maudit bon à rien, celui-là, y a encor trouvé l' moyen de s' faire ramasser par la police y a trois jours,"
"qu'est-ce qu'y a faite c'te fois-citte?" demanda Marguerite,
"imagine-toé donc qu'y s'est mis à sonner chez son voisin pis à cogner dans sa porte à deux heures du matin parce qu'y voulait y emprunter sa tondeuse, tu t' rends-tu compte? y paraît qu'y criait à tue-tête qu'y allait défoncer 'a porte pis sacrer une volée à son voisin si y ouvrait pas pis qu'y y passait pas sa tondeuse, ben c'est ça qu' Lucille a disait au téléphone quand a m'a appelé pour m' raconter ça, pis j'y ai dit, à Lucille, j'y ai dit, viens donc m' voir icitte à Trois-Rivières, viens passer une semaine a'c nous ôtres, Armand y s'rait content d' te voir, pis on irait visiter Isabelle à Pointe-du-Lac,"
Armand était le mari de madame Frenette, Isabelle leur fille,
"a va ben, Isabelle?" demanda Marguerite,
"ah oui, a va ben," répondit madame Frenette, en faisant la moue, "a m'a dit l'ôt jour qu'y ont déjà deux fois plus de commandes pour leu' légumes à c' temps-citte d' l'année qu'y en avaient l'année passée, a m'a dit qu' les légumes organics sont en demande croissante, c'est ça qu'a m'a dit,"
"c'est les temps qui changent, ça, madame Frenette," expliqua Marguerite, "les gens sont plus conscients d' leu' santé, c'est pour ça, pis c' t'année, j' sais pas si vous l' savez, mais leu' légumes, ben on peut les acheter chez Picard asteur,"
"ah oui? chez Picard?" dit madame Frenette, "Picard y vend des légumes d' la ferme à ma fille?"
"certainement," dit Marguerite, "pis y est t'en train d' dev'nir un gros client d' Isabelle, y a commencé ça au printemps,"
"Picard?" dit madame Frenette,
"vous l' saviez pas?" dit Marguerite, "Isabelle vous l'a pas dit?"
"ben on s' parle pas toultemps, tu comprends," dit madame Frenette, "c'est qu'y sont ben occupés s'a ferme, pis ben oui, a me l'a peut-êt' dit, mais j'ai pas faite attention, com ça Picard leu' z'achète des légumes,"
"ben oui, y s'arrête à leu' ferme toué mercredi asteur, c'est l' jour qu'y fait sa runne, pis y dit qu'y font pousser des légumes très en santé, chez Isabelle,"
"c'est vrai qu'y sont bons, ses légumes, à Isabelle, mais c'est pas la question," la question était que faire pousser des légumes organics, ossi bons soient-ils, ne constituait pas selon elle un choix de carrière sérieux, "mais si Picard les trouve assez bons pour les acheter, ses légumes, c'est qu' moi j' vas toujours chez IGA, c'est plus proche,"
"ben dans c' cas-là," dit Marguerite, "d'mandez donc au manager chez IGA, là, comment qu'y s'appelle, donc,"
"monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette,
"oui, monsieur Saint-Onge," dit Marguerite, "d'mandez-y si y irait pas faire un tour à ferme juste pour voir, qu'y va êt' surpris,"
"d'mander ça à monsieur Saint-Onge?" dit madame Frenette, "ah non, j' s'rais ben trop gênée, pis d' toute façon tu l' sais ben qu' c'est Isabelle qui m' fournit l' gros d' mes légumes,"
"ben oui, je l' sais ben, mais c'est pas ça l'affaire," dit Marguerite, "pensez-y, là, ça s'rait bon pour leu' bizness, à Isabelle pis à son chum, là, si en plus de Picard y aurait IGA qui vendrait leu' légumes,"
"m'ouin," dit madame Frenette,
l'ôtre affaire qui chicotait madame Frenette, c'était que sa fille vivait accotée, pas mariée,
"mais vot' soeur, là, à La Tuque, Lucille, là," poursuivit Marguerite, "a va-tu v'nir vous voir?"
"je l' sais pas," répondit madame Frenette, "c'est pas la première fois que j' lui d'mande de v'nir, pis à chaque fois a s' trouve une escuse pour pas v'nir, ben, l'ôt soir, quand a m'a appelé pour m' raconter les dernières frasqu' à son bon à rien, quand j'y ai dit d' v'nir faire un tour, a m'a dit comme escuse qu'a l'avait eu la grippe pis qu'a l'attendrait encor un peu avant d' se mett' à voyager, c'est ça qu'a l'a dit, qu'a l'attendrait un peu avant d' se mett' à voyager, com si j'y avais d'mandé d' s'en aller jusqu'en Chine a'c moé, tabarouette," elle partit à rire, "pis d'abord, j' saurais pas par quel boutte commencer pour leur parler, aux Chinois, moé," elle rit de plus belle, puis redevint sérieuse, "j' sais pu quoi y dire, à Lucille, une vraie tête de cochon, celle-là,"
"pourquoi qu' vous montez pas à La Tuque, vous?" demanda Marguerite,
"moé, monter à La Tuque?" dit madame Frenette, "ben sais-tu, j'y ai pensé, mais chu pas sûre qu' j' s'rais capab' d'endurer son ivrogne de mari, par exemp',"
"mais elle, là, Lucille," reprit Marguerite, "si a vient pas, c'est peut-êt' parce qu'a l'est empêchée par son mari, vot' beau-frère, là, comment qu'y s'appelle, déjà?"
"Roger," dit madame Frenette,
"oui, Roger," dit Marguerite, "peut-êt' qu'a n'a peur, de Roger, Lucille, peut-êt' qu'y a menace, lui là, là, d'après tout c' que vous m' dites su' lui, y m'a pas mal l'air du genre à faire ça, lui,"
"ouin, c'est c' que j' pense moé si," dit madame Frenette, "a m'en a jamais parlé ouvertement, mais un moment donné, com on dit, tu commences à deviner ben des choses, tsé?"
"ouin," dit Marguerite, "écoutez, là, v'nez donc m' voir un soir d' la s'maine prochaine, j' lisais un article y a pas longtemps dans un magazine su' c' problème-là, d' l'alcoolisme dans un ménage, j' vous l' f'rai lire, j' l'ai icitte, pis on en jasera, d' tout ça,"
"oui, c' t'une bonne idée, ça," dit madame Frenette, "j' vas passer t' voir, ça m'intéresse, c' t'artic'-là," elle regarda le ciel, "on va avoir d' l'orage à soir," elle nous envoya la main, "bon ben bonsoir, là,"
"bonsoir, madame Frenette," dit Marguerite,
"bonsoir, là," dit ti-Pierre,
"bonsoir, là," dis-je,
"ah, v'là mes deux minous qui m'attendent dans f'nêt' du salon," dit madame Frenette en s'en allant, "j'espère qu' Armand a pas oublié d' leu' donner leur collation, c' te fois-citte,"
"est ben fine," dit Marguerite,
on entendait madame Frenette parler à ses chats en sortant ses clés de sa sacoche, Marguerite avait repris sa place devant la fenêtre, elle avait croisé les jambes et je n'en revenais pas du galbe de ses cuisses, on placota de choses et d'ôtres, puis on retourna à l'intérieur pour le dessert,
"j' vas appeler ti-Bill, èsti," dit ti-Pierre,
il prit place sur la chaise attachée au petit meuble en fer forgé dans le corridor à côté de la cuisine pour le téléfone, une lampe, un cendrier, un bloc-note, un stylo et, dans la tablette en-dessous, l'annuair,
Marguerite disposa sur la table les fraises, lavées et tranchées, la crème, le sucre, le pot de petites cuillères et les plats à dessert, je préparai le café dans la cafetière électric,
"ti-Bill va nous r'joindr' au carré d' l'hôtel de ville," dit ti-Pierre, revenant dans la cuisine, "j'y ai dit qu'on arriverait vers neuf heures, èsti,"
on dégusta nos fraises à la crème, on sirota un bon café sur le balcon en fumant une cigarette, le temps avait viré au sombre, la masse violette, mauve et grise des nuages pesait sur les toits, une bande translucide s'effilochait dans le soleil couchant, on fit la vaisselle, ti-Pierre et moi, pendant que Marguerite prenait une douche, puis ce fut au tour de ti-Pierre, de moi ensuite, on fuma un joint dans le salon avant de partir rejoindre ti-Bill, Marguerite finissait de se préparer dans sa chambre, ça ne la dérangeait pas qu'on tôke, en ôtan qu'on le fasse à l'intérieur, pas sur le balcon en avant, encor moins sur la galerie en arrière pour ne pas que ça sente jusque chez les voisins, cela fait on ramassa notre jeancoat,
"bon ben on s'en va, là, matante," lança ti-Pierre à la porte de la chambre à Marguerite, "passe une bonne soirée, là, èsti,"
"c'est ça, là, bonsoir," lança Marguerite du fond de sa chambre, "amusez-vous bien, vous ôt' ossi, là,"
je l'imaginais en brassière et en p'tites culottes se brossant les cheveux devant sa vanité et qui tournait la tête par-dessus son épaule pour elle ossi s'adresser à sa porte fermée,
"c'est ça, là, bonsoir, sti," dis-je,

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.

fractales - l'oeil 1.8 + le fermier de la noosfère 4

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saisi vent

on songe tout de suite à l'interstice géomètre des barlongues nuits jaunes
au détour de soi-même décoiffé décoloré, l'oeil en jointure d'inexorables ramanchures
de lieux dominants, d'îlots de symboles et de guignols grandiloquents
projections sélectives au lourd déplacement des pluralités
com un exode des flots glaciaux de vivre, lointains ramages paralunaires

fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
VIII - saisi vent

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.





le fermier de la noosfère 4

la tante à ti-Pierre vivait dans un quartier à l'aise, sur une rue pas encombrée, au deuxième étage d'un duplex pas vieux, elle s'appelait Marguerite, elle nous recevait toujours avec plaisir, elle nous prêtait une clé de son appartement pour la durée de notre séjour, nous ôts, même avec nos cheveux longs et nos airs de révoltés, on restions polis et reconnaissants, on se ramassions, on aidions avec la vaisselle, on faisions des commissions si ça adonnait, le printemps dernier on lui avait repeinturé sa chambre d'amis, celle qu'on occupait quand on débarquait chez elle,
Marguerite nous ouvrit toute grande sa porte d'en bas, elle nous avait aperçus au bout de la rue et nous avait lancé des grands signes de son balcon,
"allô lé gâs, comment ça va? entrez, entrez,"
j'aimais beaucoup Marguerite, elle insistait pour que je l'appelle par son nom, pas par madame, "j'ai yenq' vingt-trois ans, ça fait que l' madame, tu m' laisses tomber ça, okay? tu m'appelles Marguerite," m'avait-elle dit, elle sentait toujours bon, elle était toujours de bonne humeur,
"vous d'vez avoir faim," disait-elle pendant qu'on montait l'escalier, "toutt é prête, pis si vous avez soif, j'ai d' la bière dans l' frigidaire, du crème soda, du ginger ale," elle prononçait djinndjarel, "pis j'ai ossi du jus d' pomme, du vra, là, direct d'un verger organic,"
ti-Pierre était monté le premier, Marguerite m'avait frôlé de ses totons en refermant la porte d'en bas, puis elle était montée devant moi, elle portait une jupe courte, elle était dans le vent, j'étais hypnotisé par ses longues cuisses, rendue aux trois-quarts de l'escalier elle se pencha pour ramasser une cochonnerie sur une marche et je vis ses p'tites culottes, j'essayai de ne pas avoir une érection instantannée, Marguerite vivait tuseul dans son quatre et demi, elle travaillait com archiviste pour la ville, elle se faisait des bonnes payes, on avait déposé nos affaires dans la chambre d'amis, ti-Pierre passa aux toilettes, je passai à la cuisine avec Marguerite pour boire un verre d'eau,
"sers-toé dans l' frigidaire, là, gêne-toé pas,"
"ah, chu pas gêné, sti, fais-toé-z'en pas pour ça, mais pas tusuite, tantôt, là, c' que j' veux, c' 't'un grand verre d'eau froide, après j' vas aller m' rafraîchir din toilettes, après ça j' vas m' prend' une bière, sti,"
"bon ben parle-moé de t' ça, toé,"
elle s'était installé devant le comptoir pour couper du pain croûté et disposer les tranches dans une corbeille, un rayon de soleil passé par la fenêtre traversait sa blouse et découpait sa poitrine avec une telle netteté que je ne pouvais que faire semblant de rien, ti-Pierre entra dans la cuisine en déclarant que ça serait super en èsti, une bonne bière froide,
"han, èsti?" me lança-t-il,
"en osti, sti," lui lançai-je,
je vidai mon verre d'eau, le déposai dans l'évier, passai aux toilettes, je pissai, cela fait j'ôtai mes lunettes et me rinçai les mains et le visage, la belle Marguerite avait disposé notre set de serviettes sur le porte-serviettes derrière la porte, la grande serviette, la moyenne et la débarbouillette en diamant, "on dit pas un set," disait ma mère, "on dit un ensemble, à la rigueur un jeu," "ben non moman," qu'on répliquait, "pas un jeu d' serviettes, ça fait ben qu' trop Français, ça là, là, un ensemble, okay, quoique, mais pas un jeu," le set vert pour le peintre, le set bleu pour le poète, je nettoyai mes lunettes, les rechaussai, me zyeutai dans le miroir, je me trouvais beau garçon genre intellectual à muscles, je sortis des toilettes,
"bon, moé là, j' me prends une bière, sti," annonçai-je, en entrant dans la cuisine,
je m'en sortis une du frigidaire et la débouchai après le débouche-bouteille vissé dans le mur au-dessus de la poubelle à pédale, on s'installa tous les trois à la table pour manger notre spaghetti, Marguerite était jolie, rigoleuse, délurée, intelligente et, malgré son joual, éduquée, on la taquinait souvent à ce sujet,
"t'as d' l'éducation, matante," lui avait lancé ti-Pierre une fois, "mais t'as pas d'élocution, èsti,"
"vâ donc chier, toé," avait-elle répliqué en partant à rire, "moé j' parle la langue de par chenous, pis peut-êt' que tu devrais t'écouter parler des fois, t'es pas ben ben mieux,"
célibataire dans l'âme, elle ne voulait pas se marier, elle avait bien un chum ou deux ici et là, mais jamais rien de sérieux, au grand dam de sa soeur aînée, la mère à ti-Pierre,
"a va arriver su' ses trente ans pis a se s'ra pas trouvée d' mari encor," se plaignait celle-ci, "j' veux ben croire qu' les temps ont changé, pis qu' les femmes sont plus libéréres qu'avant, mais une vieille fille, ça reste une vieille fille, pis ça paraît mal dans une famille,"
"ben woèyons donc, moman," rétorquait ti-Pierre, "qu'a s' marie ou qu'a s' marie pas, matante, ça dérange rien, du moment qu'a l'est ben com a l'est èsti,"
"ben oui, je l' sais ben," disait la mère à ti-Pierre, résignée, en plus que Marguerite ne voulait pas d'enfant, en tout cas pas tout de suite, "ça s'ra pu l' temps d' penser à partir en famille rendue à quarante ans," disait-elle, "pis d'abord, a l' f'rait avec qui, c' t'enfant-là? a'c un d' ses chums de passage, taboère? quelle sorte de famille qu' ça f'rait, ça, han? tu peux-tu me l' dire, toé?"
Marguerite alimenta la conversation tout au long du souper, parlant de tout et de rien, de sa job à l'hôtel de ville, de ses voisins, du bien bon monde, de la famille, à la fois conservatrice et libérale, de ses chums de filles et de ses chums de gars, du cinéma, du rock & roll, de l'exploration spatiale, on avait marché sur la Lune deux ans auparavant, -- ce jour-là, jour mémorable, on s'était toulmonde, le personnel et les clients, à la brasserie où je travaillais, regroupé devant la télévision en noir et blanc sur une tablette au coin du bar pour assister à l'événement en direct com une fenêtre ouverte sur la noosfère, -- Marguerite parla ossi du chalet pas cher qu'elle songeait acquérir dans le bout de Shawinigan avec Rose, une de ses amies de filles,
"pas un gros chalet, là, pis pas neuf non plus," expliquait-elle, "on l'a visité avec Paul, un ami contracteur, y s'y connaît en bâtisses, pis selon lui le chalet est en très bon état, y est su' l' bord du lac à Tortue,"
elle gesticulait beaucoup et je faisais semblant de ne pas remarquer sa blouse qui s'ouvrait et se refermait sur son toton droit dans mes lunettes rondes, elle rêvait de voyager dans le monde, elle désirait tout voir, rencontrer toutes sortes de gens, découvrir toutes sortes de coutumes, apprendre toutes sortes d'expressions dans toutes sortes de langues,
"mais j' partirais pas tuseul par exemp', no way ôzé, on partirait à deux amies d' filles, peut-êt' a'c Violette, on en a déjà parlé, elle pis moi, mais y a rien d' sûr encor, moi j' pourrais prend' une année off d' la job, en fait, quand j'en ai parlé à mon boss y m'a dit que j' pourrais en profiter pour observer comment d'ôts cultures conservent leur mémoire collective, quelles sortes d'archives y z'ont, comment yé collect', selon quel système, j'en r'viendrais enrichie, qu'y m'a dit, pis pas juste su' l' plan travail com de raison, su' l' plan humain ossi, y m'a même dit qu'y pourrait s'arranger pour faire passer ça com un voyage d'études et de perfectionnement, c' qui fait qu' j'aurais mon chômage plus une partie d' mes dépenses payées, pis la job qui m'attendrait à mon r'tour, mais pour Violette c'est une toute ôtr' histoire, si a part a perd sa job, pis y faut qu'a s'en trouve une ôt' en r'venant,"
"a travaille dans quoi, elle, èsti?" demanda ti-Pierre,
"ben pour le moment est secrétaire dans un bureau d' notaires, a l'aime ben sa job, est ben payée, mais c'est pas ça qu'a veut faire dans vie,"
"pis c'est quoi qu'a veut faire, sti?" demandai-je,
"avocate, c'est ça qu'a veut faire, avocate pour la défense des femmes abusées pour êt' plus précise, pis c'est certain qu' voyager ça peut qu' l'enrichir elle ossi, enfin, on verra comment ça tourne, pis si y faut, ben cicroche j' f'rai une grande de moé pis j' partirai tusel, c'est toute,"
"tu commencerais par où, èsti?"
"m'ouin, sti?"
elle n'attendait que ça pour nous décrire son voyage ôtour du monde, elle irait d'abord en Europe, en France pour commencer, à Paris, elle voudrait commencer par Paris, puis qui sait, peut-être ne voudrait-elle plus en repartir,
"moé, si j'allais à Paris," dit ti-Pierre, "j'irais faire un tour du côté du Louvres, ça c'est certain, èsti,"
"moé ça s'rait pour aller m' promener din rues hantées par Baudelaire, sti,"
"ben moi ça s'rait pour fouiner du côté des archives," reprit Marguerite, "juste pour voir, ensuite j'essayerais d' faire le tour d' l' Europe, pis j' voyagerais en char, c'est sûr, un char de là-bas, j' monterais vers le Nord d'abord, jusqu'en Angleterre pis même jusqu'en Suède, après je r'descendrais dans l' Sud jusqu'en Italie pis en Grèce,"
elle décrivait les itinéraires dans l'air, pointant de l'index vers le nord au plafond, puis vers le sud sur la table, sa blouse s'ouvrit plus grande pour me dévoiler tout son toton rose dans sa brassière blanche, je manquai avaler ma bouchée de spaghetti de travers,
"ça va?" me demanda-t-elle,
"ça va, sti," dis-je, la voix rauque,
elle me décrocha un grand sourire éclatant, elle prendrait des notes tout au long de son périple, reprit-elle, en fait elle tiendrait un journal de voyage, ensuite, une fois l' Europe visitée, elle ne savait pas trop, peut-être dans les pays d' Afric, ou dans ceux de l' Asie, mais ça lui faisait un peu peur, ces pays-là,
"c'est drôle, han? mais j' me sentirais plus en sécurité d' l'ôt côté du rideau d' fer, dans un pays communisse, a'c un permis d' séjour pis un guide, peut-êt' un beau grand Russe musclé, han? j' me sentirais plus en sécurité là qu' dans un pays d' Afric ou d' Asie, c'est drôle, han?"
"c'est parce qu'y sont des occidentaux," observa ti-Pierre, "y sont des Européens même si y sont pognés d' l'ôt bord du rideau d' fer, c'est pour ça, èsti,"
"ben, y sont pas toutt si Européens qu' ça, sti," intervins-je, "dans l'ouest des pays communisses, okay, mais pas dans l'est,"
"ben je l' sais ben," répliqua-t-il, "mais tu voés c' que j' veux dire, èsti,"
"ah, j' le voé, fais-toé-z'en pas pour ça, sti, j' le voé,"
"mais c'est pour ça quoi, là?" demanda Marguerite,
"qu' tu t' sentirais plus en sécurité din pays communisses," expliqua ti-Pierre, "en Afric ou en Asie, t'es vraiment ailleurs, t'es dans d'ôts cultures pis pas yenqu'un peu, èsti, c'est d'ôts races, ça là, là, mais d' l'ôt côté du rideau d' fer t'es quand même toujours dans l' monde occidental, ben en ôtan qu' tu restes dans l'ouest com dit ti-Jean, parce que plus à l'est, ben c'est l' Asie pis l' Moyen-Orient, pis ça change le visage du communisme, si tu vois c' que j' veux dire, èsti,"
"ôtrement dit, si tu veux pas êt' trop dépaysée," dis-je, "tu restes dans l'ouest des pays du bloc de l' Est, sti,"
"mets-en, èsti,"
"c'est pas bête c' que vous dites là, vous ôt," dit Marguerite, après y avoir réfléchi un moment,
"moé, par exemp'," enchaîna ti-Pierre, "j' partirais pour Tahiti, èsti, j'irais voir la lumière à Gauguin,"
"pis toé," me demanda Marguerite, "à part Paris, c'est où qu' t'irais?"
"en Russie, sti, à Saint-Pétersbourg, ben en fait asteur Léningrad, pour y r'trouver Dostoievski, sti,"
on s,entendait bien, Marguerite, ti-Pierre et moi,
"qu'est-ce tu fais à soir, matante?" lui demanda-t-il,
"j' m'en vas din party d' fête, c'tait la fête à une amie avant-hier pis on la fête à soir, j' vas rentrer tard, si j' rent'," précisa-t-elle, l'air coquin, "vous ôts, vous allez r'joind' ti-Bill, j'imagine?"
"com d'habitude, èsti," dit ti-Pierre, il se tourna vers moi, "yé quelle heure, là?" mais au moment même qu'il me demandait l'heure il réalisa son étourderie et tourna la tête pour lire l'heure sur l'horloge en forme de pomme accrochée au mur, "sept heures et quart, j' vas l'appeler tantôt,"
on appelait toujours ti-Bill vers sept heures et demi, huit heures, Marguerite l'avertissait à l'avance qu'on s'en venait en visite,
"y était bon en èsti ton spaghetti à soir, matante, merci," dit ti-Pierre,
"ouin, y était bon en osti, merci beaucoup, là, sti," dis-je,
"bienvenue vous deux," dit-elle, "bon ben chu ben contente, pis c'est vrai que j' fais du bon spaghetti," elle se leva, "pis là, on s'en va fumer une cigarette su' l' balcon, moi j'emporte ma bière, si vous voulez du café ou du thé, vous savez quoi faire, pis com dessert tantôt j'ai des fraises à ' crème,"
"parfait, èsti," dit ti-Pierre, en se levant,
"parfait, sti," dis-je, en me levant,
on ramassa la table, on rinça les assiettes et les ustensiles et on les déposa dans l'évier, j'avais raté les cuisses de Marguerite quand elle s'était levée, mais j'avais bénéficié d'une généreuse vue plongeante dans sa blouse quand elle s'était penchée pour ramasser le pot de piments forts séchés et celui du fromage parmesan râpé,

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.

fractales - l'oeil 1.6 + télégrafic'man vôtre

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d'abri

les tueries pleuvent au mieux
besoin portatif, métier des lèvres
soulignées remuées par les refrains

chairs si crues, caches mystérieuses
lumens d'eau saline
zones émeraudes kidnappées sur
la rive asséchée des esprits

infografies chevelues arythmics
trafic des suicides sur longue distance
sexe pulsar, à
l'aplat variable des seins blanchis

fractales poésie désossée
Livre 1 – l'oeil
Première partie: ailé, sur la nervure bleue des consciences
VI - d'abri

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.



télégrafic'man vôtre

la forêt du langage, soumis sur deviantART, révisé de fond en comble, prêt à être (re)soumis pour publication, justement, y a pas deux semaines, mon éditrice me contactait par courriel pour me demander que ça s'en vient, oui, ce manuscrit?
l'ange, ça aura été mon plus difficile à pondre, celui-là, mais j'y ai parviend, dirait mon père, j'y suis parvenu, dirait ma mère, du moins quasiman presque, signalerais-je, son noeud émotionnel défait pour qu'enfin son sang coule,
le fermier de la noosfère, en cours d'écriture, quoique suspendu provisoirement...
l'exotrip et c'est là que ça me turlupine parce que j'ai beau m'acharner ôtan com ôtan, j'arrive pas à le pondre, ou plus précisément je ne le ponds que par bouts, invariablement, à chaque fois que je m'y remets, au bout de deux semaines, trois maximum, ce qui avait bloqué dans les ôtres romans, en particulier l'ange, débloque et c'est l'exotrip qui bloque osti, j'imagine que les excursions galaxics à vélocité supraluminic de Sand Darsan permettent au narrateur des romans terrestres de prendre le recul nécessaire à leur continuation, mais je me suis pratiqué un détour par lequel le garder en cours, une façon de l'écrire sans l'écrire, d'en intégrer l'essence dans l'ici-bas, vous verrez bien dans le fermier de la noosfère :sherlock:
fractales, les 43 poèmes de l'oeil, les 69 poèmes de l'âme et les 51 poèmes du sexe, ça nous en fait combien en tout? ...hum... attendez, je vais consulter ma calculatrice virtuelle ... 163, à raison de deux ou trois poèmes par semaine, parce que taire le poète c'est assoiffer un arbre et c'est pas beau,

le fermier de la noosfère 1

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Ceux qui par accident détiennent les richesses
de la terre n'ont pas le droit d'affamer les autres.
Ceux qui possèdent l'eau ne peuvent les assoiffer.
P. Labarde, B. Maris, Malheur aux vaincus.



je sème des graines d'humanité
dans les champs étoilés de la Voie Lactée


le mot noosfère, qu'on écrit ossi noosphère, forgé à partir du mot grec noos, ou noûs, qui veut dire esprit et du mot sfère, ou sphère, que toulmonde sait c'est quoi, ici pris dans son sens de sfère terrestre, représente l'ensemble des pensées de l'humanité de la même manière que la biosfère représente la masse des êtres vivants et l'écosfère l'éventail de leur environnement, la noosfère, c'est la sfère de l'activité psychic de l'humanité, notre vision du monde en gang, c'est notre ciboulot collectif, notre vervo commun com la Terre est notre lieu commun, c'est la dimension spirituelle de l'humanité, son imaginaire aux mille couleurs déployé dans ses cultures aux mille contours,
toujours est-il qu'un vendredi d'été qu'on s'en allions à Trois-Rivières on avait été chanceux, ti-Pierre et moi, on s'était pogné un lift direct sur la toute nouvelle autoroute 40, bien commode parce qu'avant oubindon tu faisais du pouce sur la route 138, la 2 de mon enfance, et des fois c'était long, tu sautillais entre les villages égrenés le long du fleuve, de temps en temps tu te retrouvais à l'embranchement d'une route secondaire avec rien alentour, juste des champs agrémentés d'une grange au loin et coupés rectilignement par la route en terre au bout de laquelle ton lift disparaissait dans un nuage de poussière, ton trajet d'asfalte immobile sous tes pieds, le Saint-Laurent majestueux à côté, oubindon tu traversais le pont Jacques-Cartier, mon disneyland quand j'avions cinq ans et que popa nous emportait visiter l'île Sainte-Hélène, "pas emporter, mais emmener," disait ma mère, "du monde ça s'emporte pas, ça s'emmène", et que t'allais faire du pouce sur l'autoroute 20 où t'avais des bonnes chances de pogner et d'arriver direct à Trois-Rivières via le pont Laviolette, mais asteur avec la 40 transiter sur la rive nord était devenu un charme,
ti-Pierre s'était assis en avant, moi en arrière avec nos backpacks, le chauffeur, un mec dans la quarantaine pas trop effarouché par nos cheveux longs, nous avait demandé ousqu'on s'en allions,
"à Trois-Rivières!"
"good! cé là que j' m'en vas, embarquez!"
il s'appelait Marcel, on parla de tout et de rien et surtout de chars, il les aimait gros et américains, il conduisait un Buick rouge vin genre bateau, ti-Pierre vanta les chars européens, j'y allai des chars de course, ma mère, elle, nous répétait qu'on ne dit pas des chars, mais des automobiles ou des autos, ou encore des voitures,
de lourds nuages gris crachant la pluie s'amoncelaient au-dessus du fleuve et roulaient vers nous d'ôtant plus vite qu'on fonçait vers eux,
"tabarnac!" s'exclama Marcel, "on dira ben qu'on va s' faire arroser, hé môdi crisse! pâs moyen d' pâsser une fin d' semaine sans d' l'osti d' pluie, crisse que j' crissera mon camp din pays ousqu'y fa toujours soleil, moé, môdi viarge!"
c'est vrai qu'il avait beaucoup plu ces dernières semaines, au grand mécontentement de toulmonde,
"c'est parce qu'on pense négatif qu'y fait mauvais, sti," dis-je,
Marcel me lança un oeil interrogateur dans le rétroviseur,
"han? répète donc voir, toé là, là,"
je m'avançai sur mon banc,
"c'est parce qu'on pense négatif qu'y fait mauvais, toutes les pensées négatives qu'on a toulmonde affectent not' environnement, tout simplement, si on pensait plus souvent positif y f'rait plus souvent soleil, sti,"
Marcel se tourna vers ti-Pierre,
"de que cé qu'y parle, lui là, là?"
"ben," répondit ti-Pierre, "qu' not' environnement est affecté par nos états d'esprit, èsti,"
Marcel fixa la route devant lui sans rien dire, les nuages déboulaient dans le ciel,
"vous êtes pas drogués, vous ôt là, là?" finit-il par nous demander, en jetant un regard furtif sur ti-Pierre, puis dans le rétroviseur sur moi,
"non! non! pas pantoute!!" qu'on s'exclamâmes à l'unisson, ce qui était une belle menterie vu qu'on avait fumé un joint avant d'embarquer sur l'autoroute,
"m'ouin," marmonna-t-il, l'air pas convaincu, "entoucâ, crisse, arrêtez-moé ça, vos histoères, là, d' négatif pis d' positif pis d'environnement, sans ça j' vous débarque, tabarnac!"
on le rassurâmes, on se remit à parler de chars, les nuages sprintaient sur la rive, Marcel remonta les vitres électrics et la pluie nous tomba dessus en tapant dur sur le métal,
"môdite pluie d' crisse," dit Marcel,
il actionna les wipers, ma mère répétait qu'on ne dit pas "les waïpeurz, on dit les essuie-glaces," tout a viré gris pour la dizaine de minutes qu'a duré l'averse, on n'y voyait plus grand-chose, on roulait au ralenti, puis le soleil réapparut, Marcel arrêta les wipers et rabaissa les vitres, ça sentait le paysage frais lavé, le gros soleil sècherait tout ça que ça prendrait pas des heures, on se remit à parler de chars,
la noosfère, c'est ça, c'est notre pensée collective, c'est nous ôtres toulmonde qui pensons le monde, prenez la manifestation matérielle de nos civilisations et de nos cultures: nos buildings, nos centre-d'achats, nos églises, nos écoles, nos banques, temples du diable, nos arénas, nos palais, nos prisons, nos maisons; nos routes, nos ponts, nos passages, nos carrefours, nos corridors, nos rues, nos ruelles, nos allées, nos culs-de-sac, nos chemins, prenez nos chars, nos trains, nos bateaux, nos avions, nos fusées, nos bécik' à pédales, nos bécik' à gaz, mon bpc à moé (bécik' à pédales cosmic), considérez l'inscription dans la matière de nos lois, de nos arts, de nos croyances, de nos idéologies, de nos systèmes, de nos sciences, contemplez tout ce qu'on invente, tout ce qu'on imagine, tout ce qu'on patente, tout ce qui prend forme et substance entre nos mains et dans nos machines, tout ce qu'on réalise et tout ce qu'on virtualise, et dites-vous que tout ça, ça se passe dans la tête à tout un chacun et que multiplié par toulmonde ça forme la nossfère,
"un gros char qui tire pis ousqu'y a d' la place en masse," disait Marcel en tapotant sur son steering, "pis a'c toutes les manettes pis les pitons à porté d' la main, osti,"
"on dit pas le stéring," disait ma mère, "on dit le volant,"
"mont'-moé pas un ti char de trou d' cul, osti," continuait-il, "j'ai rien qu'envie d'y rentrer d'dans pou' l'envoyer s' balader dans l' champ, sacraman, quin, en v'là un justement en avant d' nous ôt,"
il désigna du menton le p'tit char en avant qu'on rattrapait,
"c' t'un Gremlin, èsti," dit ti-Pierre, qui avait de bons yeux et qui s'y connaissait en chars,
"oui, t'as raison, toé, c' t'un Gremlin," dit Marcel, "sacraman qu' c'est lète com char, ça,"
en effet, ce n'était pas un beau char, j'eus subitement l'idée de parler des chars à hydrogène, mais je me retins pour ne pas se faire débarquer,
"ciboère qu'y roule pas vite," observa Marcel, "m'a vous dire, moé, les gâs, ça prend yènqu'un osti d' taon frappé pour s' payer un char de même, oubindon c' t'une femme, parsqu'on sait pu asteur a'c vot' manie à vous ôt les jeunes d' vous faire pousser les ch'veux,"
la personne derrière le volant portait les cheveux longs, on arriva à sa hauteur, on jeta un coup d'oeil pour voir en dépassant, il s'agissait d'un conducteur, lequel nous toisa lui ossi, un type pas beaucoup plus vieux que ti-Pierre et moi, aux cheveux longs et à la barbichette com nous, Marcel pesa sur le gaz, "on dit l'accélérateur", disait ma mère, la Buick bondit par en avant en nous écrasant dans notre siège, la Gremlin disparut derrière, Marcel avait l'air contrarié, puis il éclata de rire en décélérant quelque peu,
"hey, les gâs," lança-t-il, "allez pas penser que j' vous prends pour des taons frappés, là, han?"
on éclata de rire de concert,
"non, non," répliqua ti-Pierre, "des taons frappés, si tu veux que j' te dise, y en a d' toué âges pis d' toué couleurs, èsti,"
"cé ben vra, ça," approuva Marcel,
"m'a t' dire une chose, moé, sti," intervins-je, "si j'avais un char ça s'rait un char com le tien qu' j'aurais, parle-moé pas moé non plus d'un p'tit char, chu com toé, chu pas capab' d' les sentir, d'mand' à ti-Pierre, y l' sait, lui, sti," ti-Pierre confirma d'un signe de tête, "pis c'est sûr que j' comprends les avantages des chars européens com y disait tantôt," je pointai du pouce sur mon pote, Marcel approuva dans le rétroviseur pour montrer qu'il en avait saisi les avantages lui ossi, "mais donne-moé n'importe quand un gros char américain com ta Buick, ou une Cadillac, ou la Lincoln Continental, ça c'est du char, sti,"
"la Lincoln? oui monsieur, ça cé du char en sacraman," dit Marcel,
la noosfère, donc, c'est la matière du monde transformée dans nos têtes avant de redevenir matière, ses arbres, son eau, sa terre, ses roches, son air, son vivant, y compris nous ôtres, c'est nos pensées à toulmonde en mouvement constant ôtour du globe com des nuages, c'est notre imaginaire collectif déployé toultour de la planète, notre Terre baigne com une grosse patate dans l'huile de notre intelligence et com le monde est d'abord une idée qu'on s'en fait, un effet de nos pensées décrivant une parabole noosféric dans l'univers relativiste, et qu'aux jours d'aujourd'hui l'obsession du ca$h runne le show, le monde est devenu un centre d'achats existentiel standardisé,
"moé, quand j' 'tais plus jeune," dis-je, "j' voulais une Corvette, pis ossi une Mustang,"
"ah oui, ah oui," dit Marcel, "cé pas super gros, mais y en a d'dans comme on dit, pis cé du beau char, quoique j' préfère la Mustang à ' Corvette, est plus racée y m' semb', qu'est-ce t'en penses?"
"en vieillissant j' tends à penser com toé," répondis-je, "mais cela dit, donne-moé ton Buick n'importe quand pour la Mustang pis la Corvette, sti,"
"ben dit, crisse," approuva Marcel, "ben dit,"
ti-Pierre pointa du doigt sur le fleuve au loin,
"on arrive, èsti," dit-il, "j' voé l' pont Laviolette là-bas,"
"ouin, on arrive," dit Marcel, "hey, les gâs, où cé que j' vous débarque, vous ôt, là? j' peux vous laisser au terminus su' Des Forges si vous voulez, cé dans c' coin-là que j' m'en vas d' toute façon,"
"le terminus c'est parfait, èsti," dit ti-Pierre,
Marcel lâcha l'autoroute à Cap-de-la-Madeleine et longea le fleuve jusqu'au terminus, on le remerciâmes, on se ramassâmes et on sortit de son gros Buick rouge vin, il se passa la tête par sa portière,
"hey, lé taons," il souriait à pleines dents, "frappez-vous pâs trop a'c d' la drogue, là, mé ciboères,"
"pis toé écrase pas trop de p'tits chars a'c ton tank, là, sti," rétorquai-je,
on éclata de rire toué trois, on se salua une dernière fois, Marcel recula dans le traffic, il faisait un beau soleil, ça grouillait de monde, ti-Pierre indiqua du menton le bar dans l'immeuble jouxtant le terminus,
"on va-tu prend' une bière? j'ai soif, moé-là, èsti,"
"ouin, j'ai soif moé 'si, sti,"
"yé quelle heure là?"
je jetai un coup d'oeil sur ma montre futuriste,
"yé quatre heures et d'mi passé,"
"ouin, j' s'rais mieux d'appeler ma tante, a l'a dit qu'a r'viendrait d' travailler d' bonne heure aujourd'hui,"
il s'engouffra dans le terminus, je l'attendis dehors avec nos deux sacs, j'étais content de venir passer ma fin de semaine á Trois-Rivières, j'aimais ses vieux quartiers aux maisons flattes sur le trottoir et sur lesquels flottait en permanence la senteur d'eau de javel toastée de ses moulins à papier, j'aimais ses entrepôts du port survolés par les mouettes et enlignés com des boîtes de fer blanc pas modernes au bord du beau Saint-Laurent, notre fleuve à nous ôtres com d'ôtres parties du monde sont à d'ôtre monde et que le tout appartient à toulmonde, d'où j'étais, planté entre nos deux sacs devant le terminus, avec un autobus à ma droite qui se déchargeait et un ôtre à ma gauche qui reculait lentement dans le traffic pour entreprendre son périple, j'aurais eu qu'à descendre Des Forges pour me retrouver en deux minutes sur les quais, ti-Pierre revenait,
"a nous attend pour souper, j'y ai dit qu'on arriverait aux alentours de six heures, six heures et d'mi,"
"que c'est qu'a nous fait, a te l'a-tu dit?"
"du spaghèt, èsti,"
"good, sti, a fait l' meilleur spaghetti en ville, ta tante,"
on ramassa nos sacs et on s'en alla prendre une bière au bar à côté, mais non sans avoir fait un crochet inaperçu dans la cour arrière de l'immeuble pour fumer un joint,

(c) 2009 Jean Chicoine
Toute reproduction interdite sans autorisation.

feuilleton hebdomadaire

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Un geste, un souffle, une pensée peuvent soudain changer le sens de tout le passé.
J.-P. Sartre, Baudelaire

le fermier de la noosfère, donc, roman en cours d'écriture que je soumettrai ici sous forme de feuilleton hebdomadaire à partir de lundi prochain le 21 septembre



Girl In A Box Screensaver apparu quelque part sur la toile, me souviens plus où.



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