Saturday, 23. September 2006, 12:33:00
Petite histoire de la désinformation est un essai de l'écrivain français
Vladimir Volkoff, paru en 1999.
Je désinforme, tu désinformes, il désinforme, nous désinformons, vous désinformez, ils désinforment mais surtout : nous sommes désinformés. La désinformation est partout, consciente ou non, et devient chaque jour plus présente dans les médias. Bien plus qu'une petite histoire de la désinformation, ce livre ne fait qu'utiliser des exemples historiques pour montrer l'évolution de la désinformation et aussi prouver que quelque soit le support (bouche à oreille, journaux, radio, photographies, télévision, Internet), l'information est toujours manipulable et modelable.
Pour tout dire, au fûr et à mesure des exemples donnés par l'auteur, et au fûr et à mesure que l'on avance dans le temps, on se rend compte que l'opinion publique accorde de plus en plus de crédit aux médias (avant on lisait, maintenant on voit et on entend), pourtant l'information est de plus en plus soumise à des manipulations, à des influences et en même temps moins recherchée, moins étudiée, moins vérifiée.
Dans le second chapitre, Volkoff, afin de mettre les choses au point pour le reste du livre, définit quatre techniques visant à influencer l'opinion :
- La propagande : transmission de l'information par une source qui a foi en cette information et pour qui l'information sera salutaire au destinataire. La propagande se reconnaît par le fait que les opinions de la source ne sont pas dissimulées mais au contraire ouvertement proclamées.
- La publicité : de par son irrationnalité (l'information a un objectif : vendre, mais pas forcément de signification en elle même), elle s'adresse plus à l'inconscient qu'à la conscience. L'irrationnalité de la publicité va jusqu'à faire provoquer des associations dans l'esprit de ses victimes (j'utilise le déodorant X donc les filles vont se battre pour moi

)
- L'intoxication : elle vise à donner des informations erronées à l'ennemi. La cible peut être la classe politique, une armée, un étât, mais dans tous les cas il s'agit de décideurs, de personnes haut-placés
- La désinformation : tout ce qui n'entre pas dans les autres techniques. La cible est l'opinion publique (sinon ce serais de l'intoxication), ses fins sont politiques (sinon ce serais de la publicité) et ses moyens sont détournés (sinon ce serais de la propagande)
Désinformation : manipulation de l'opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés.
Cette dernière technique est le thème principal du livre, mettant de côté les autres techniques, même si certains cas se rapprochent parfois de la propagande ou de l'intoxication.
Beaucoup de ces histoires ont eu lieu en temps de guerre et une bonne partie concerne le bloc soviétique (
Lénine,
Staline ou la
Pravda, le journal qui dictait la pensée communiste au jour le jour) ainsi que le département A du KGB, service inégalé dans l'art de la désinformation. Il faut dire que l'auteur maîtrise très bien le thème de la guerre froide.
On trouve d'autres sujets intéressant comme
Goebbels, la Bosnie ou encore l'incroyable histoire de l'
Opération Neptune (lire
ici,
là et encore un peu
là) ^_^
Mais d'autres exemples totalement indépendants des guerres sont présent : des livres scolaires d'histoire manipulés par le PC, un dictionnaire des synonymes d'extrême gauche (Larousse, 1997), un très bon chapitre sur la langue de bois ou encore les
messages subliminaux (le visage de
Mitterand qui apparaissait dans le générique du JT d'Antenne 2)
Les chapitres 10 et 11 (
"Comment c'est conçu" et
"Comment ça se pratique") permettent d'avoir une vision très analytique d'une opération de désinformation. Les différents protagonistes entrent en jeu (le client, la cible, le relais, l'agent, les caisses de résonnance...) suivi des trucages couremment utilisés (négation, inversion, modification des circonstances, estompement, généralisation, camouflage, variations, interprétations, parts égales/inégales...) Un vrai régal
Le livre se termine sur une partie pour le moins pessimiste entre l'auto-censure chez les pays démocratiques (on a placé tellement haut les valeurs de respect et de tolérance envers les autres quelles finissent par nous étouffer) et le pouvoir des multinationales de la consommation sur les médias (on est pas si éloigné des Ads de chez Google)
Bien sûr vous avez droit à un extrait du livre, tiré du passage sur la diabolisation de la Serbie par la Bosnie :
Une presse honête a essayé de montrer que le mot camp n'avait rien d'effrayant en soi, et que, sans même parler de camps scouts, il fallait distinguer entre les camps d'extermination, les camps de concentration, les camps d'internement, les camps de triage et les camps de réfugiés. Mais le cauchemar des camps hitleriens est tel que rien n'y fait : convenablement aiguillé, le lecteur voit partout des camps de la mort, magré des témoignages aussi avertis que ceux de Mme Simone Weil et de MM. Elie Wiesel et Simon Wiesenthal, qui ont pourtant bien déclaré que les camps (de prisonniers) serbes n'avaient rien à voir avec les camps (de concentration) nazis.
Au reste, une autre presse est allée beaucoup plus loin.
Certains lecteurs se rappellent une photo d'homme émacié se tenant derrière des barbelés, qui a fait le tour du monde et renforcé la campagne de diabolisation des Serbes. Il a fallu la vigilance d'une Allemande de bonne volonté, qui a remarqué que les barbelés étaient cloués du mauvais côté des piquets, pour que son mari, journaliste scrupuleux, se rendît sur place et fît une enquête approfondie laquelle devait révéler que :
- sur la photo originelle, l'homme émacié était entouré d'autres hommes qui ne l'étaient nullement ;
- l'homme émacié, nommé Fikret Alié, n'était pas un prisonier mais un réfugié ;
- les réfugiés se trouvaient au-dehors des barbelés et le photographe dedans ;
- les barbelés n'étaient pas ceux d'un camp mais d'un pâturage !
On dit souvent d'une chose qu'elle
"est vraie parce que je l'ai vu", je trouve que cet exemple montre parfaitement bien le contraire
Dommage que
Vladimir Volkoff ne soit plus de ce monde, il aurait sans aucun doute trouvé très amusant ces opérations de désinformations par généralisation, estompement, variation et bien plus encore autour du fameux
coup de boule de Zidane