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Philo SI

Jean-François Jagodzinski - Le Blog

A propos du ROI

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Le ROI (Return On Invest) , en français "retour sur investissement" est une question sans cesse présente dans l'entreprise et pourtant rarement exprimée:
- Si j'investi X dans une action, quels sont les gains que je vais en retirer et en combien de temps ceux-ci dépasseront-ils ma mise de départ ?


On utilise un comportement analogue au niveau personnel, guidés par le rapport plaisir/énergie : je dépense une quantité d'énergie mais j'en espère en retour un gain en plaisir à plus ou moins long terme. Si le retour "long terme" est supérieur à ma durée de vie, la quantité d'énergie investie est inutile (et je détruis ma planète … mais c'est une autre histoire).

Le retour sur investissement en entreprise se traduit par des gains plus importants que les dépenses engagées, à un horizon intéressant dans le cycle de vie de l'entreprise. Cela nécessite une bonne idée de ce que sera l'avenir dans cet horizon du ROI. Et l'époque étant ce qu'elle est, les certitudes ne sont plus ce qu'elles étaient.

La question est alors récursive, le temps que l'on passe à discuter du ROI est il bien investi ?

L'Agilité nous donne une règle qui n'existe pas dans les autres modes de gestion de projet : éviter de prédire ce qui va se passer, se baser sur ce que l'on sait davantage que sur ce que l'on croit.

Je n'emploie pas souvent le terme de ROI mais la question du rapport dépense/gain est implicite en permanence dans les actions du projet Agile. Cette question n'est pas facile pour les équipes, elle fait appel à de la projection pour estimer ce qui pourrait se passer dans un cas ou dans un autre mais elle demande de vérifier ce qui nous semble être évident. Il faut souvent accepter de reconnaître que l'on ne sait pas (et cette réflexion ne doit pas prendre davantage qu'une poignée de secondes !).

La production Agile amène à une sorte de conscience permanent du ROI, mouvement naturel finalement, qui introduit dans le choix des actions la notion de meilleur "probable" comme critère de décision. Ce probable n'étant pas une certitude, l'étape d'après est hypothétique, et la meilleure décision est celle qui est parfaitement adaptée à l'action présente tout en laissant les options ouvertes pour l'avenir. Point final.

Le point problématique de la documentation en mode Agile est un bon exemple des difficultés que pose cette vision pragmatique des choses. Faut-il de la documentation dans un projet, si oui, laquelle ? C'est un point sensible, une question qui se pose à chaque fois qu'un nouveau client découvre l'agilité.

Pourquoi pose-ton cette question ? Parce qu'on n'a jamais réussi sans doute à poser correctement le ROI sur la documentation. Si on peut dire ce que ça coûte, on ne sait pas ce que cela rapporte. Il y a une sorte d'évidence à cette nécessité de rédiger avant de développer. Le besoin évident n'est pas celui auquel on pense, la documentation permet davantage de se rassurer que de bien communiquer.

Posons la question au métier et voyons sa réponse : je vous donne un premier livrable dans 2 mois.
Pour le même effort on peut vous fournir :
- des spécifications complètes et détaillées ainsi que le PAQ et le schéma de la base de données,
- ou bien une première version du logiciel pleinement opérationnelle qui vous permettra déjà de faire les devis automatiquement même s'il ne permettra pas encore d'enregistrer les commandes ?

- d'accord posé de cette façon bien évidemment … sauf que si on a pas la documentation vous ne pourrez pas développer.
- si, on sait le faire. On a l'expérience, on a juste besoin que vous soyez accessible pour répondre aux questions de l'équipe chaque jour. Ça peut paraître contraignant mais vous verrez vite que c'est très efficace et que ça va vous plaire.
- admettons, mais quand même, à un moment ou à un autre il faudra bien la documentation de toute façon.
- oui bien sur, pas de problème , vous nous direz simplement quand vous en avez absolument besoin et on suspendra le développement pour rédiger la documentation en priorité.
- ah oui mais alors je vais devoir payer pour la documentation plutôt que pour du développement !
- hé bien étudiez le ROI généré par la documentation et vous fixerez le budget documentation en conséquence. On s'adaptera...


... mais ne vous penchez pas sur le ROI de la documentation maintenant, le temps que vous allez investir à calculer votre ROI risque d'être perdu, attendez d'être certain de ce dont vous avez besoin.

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Nouvelles


Un long silence depuis mon dernier billet , pourtant bien des choses qui se sont passées.

Tout d'abord j'ai quitté le monde salarié fin juillet . Je l'ai fait après avoir mené à bien ma dernière mission pour la société de service qui m'employait : gagner un contrat en forfait adapté pour l'agilité, former une équipe à Scrum (coté métier et coté informatique) et l'accompagner jusqu'au succès de la première release.

Un autre aventure commence celle de l'entreprise qui sera la mienne.

Septembre à été riche avec un séjour plutôt agréable en Californie à La Jolla ou j'ai eu la chance de passer une semaine avec Mike Cohn à l'occasion des sessions de certifications Scrum Master et Product Owner.
Je n'ai pas choisi Mike par hasard, j'ai vraiment une communauté de vue avec ce gars là. J'ai beaucoup appris à son contact, mais aussi à celui de la centaine de personnes (moitié venant du métiers, moitié d'informaticiens) concernées par l'agilité que j'ai côtoyé à cette occasion.
L'orientation de mes prestations va beaucoup s'inspirer de ce que j'ai appris et compris là-bas.

Octobre était pas mal non plus avec l'organisation de l'Agile Tour 2009 à Grenoble. J'ai participé à la dernière ligne droite de l'organisation. J'ai aussi passé pas mal de temps à préparer ma conférence que j'ai eu beaucoup de plaisir à présenter devant un excellent public.
Elisabeth Hendrickson On avait passé un très bon moment la veille en buvant une bière avec Henrik Kniberg et Elisabeth Hendrickson (et son mari), une compagnie vraiment très agréable.

On a discuté entre autre de Toyota, maitres du Lean dans l'industrie mais dont les équipes informatiques n'ont pas encore fait le pas vers l'Agilité. La discussion est venue sur la conscience que peut avoir un précurseur d'un mouvement généré par ses pratiques.
Cela m'a rappelé un reportage que j'avais vu à propos de Jean-Luc Godart, cinéaste de la nouvelle vague. Dans une interview à propos du mépris, Fritz Lang expliquait que la façon dont Godart présentait sous forme d'ellipse la mort de Camille dans un accident de voiture était tout à fait est géniale et innovante : le plan est fixe, la voiture démarre et sort du champ, un extrait de lettre défile à l'écran. On entend un brouhaha, le plan suivant montre la voiture accidentée.
Interrogé sur le sujet Godart à répondu qu'il ne savait pas filmer un accident de voiture, ça lui semblait trop compliqué à mettre en scène et il a donc décidé … de ne pas le filmer.

Et puis novembre , qui a été pour moi l'occasion d'entrer au conseil d'administration du CARA et d'y occuper le poste de secrétaire. Le CARA est un lieu de rencontre privilégié à Grenoble, je suis heureux d'y participer activement.

Coté philosophie, après la pause estivale avec Darwin "Voyage d'un naturaliste autour du monde", j'ai repris mes investigations sur la place de l'empirisme dans l'agilité.
J'avais précédemment exploré le scepticisme antique de Sextus Empiricus, entrepris de comprendre les divergences des "modernes": le rationalisme de Descartes, le scepticisme de Hume et l'approche critique de Kant. Puis j'avais découvert avec surprise que le scepticisme était encore vivace avec le très contemporain N.N.Taleb et son "Cygne noir".
J'ai cherché cet été une ouverture vers l'épistémologie contemporaine qui tente de minimiser les clivages. Je viens de terminer Gaston Bachelard "Le nouvel esprit scientifique" , mon livre du moment est "La connaissance objective" de Karl Popper.
J'ai en réserve Ferdinand Saussure (qui est mon inspiration pour l'analogie jeu d'échec / jeu de bridge dans ma présentation Agile Tour)et son "Traité de Linguistique générale" dans ma liste des lectures prochaines .

Plein de découvertes et de réflexions qui se mettent en place et me confortent dans la conviction que la démarche agile à des racines profondes.

Indépendamment du fait de savoir si elles seront suffisantes...

la photo de Elisabeth est empruntée à http://www.gointeractive.se/articles/girls-and-boys.html.

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L'équipe est un écosystème

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Je l'avoue, je suis un peu démuni face à toutes les théories qui cherchent à donner des modèles chiffrés à l'agilité et à Scrum en particulier.
Je regarde avec intérêt toutes les expériences. Je note avec intérêt le fait qu'un ratio ait pu être tiré d'un certain nombre de sprints sur ce projet ci ou que l'on ait constaté la véracité d'une théorie sur le coût de correction des bugs sur ce projet là.
Mais je suis mitigé sur les généralisations qui s'en suivent souvent implicitement.

C'est une tendance naturelle de l'humain de vouloir rationaliser et trouver des lois générales à partir d'expériences (ce que l'on appelle en philosophie l'induction). Je me demande s'il n'est pas imprudent de généraliser si rapidement à partir d'éléments factuels (les projets, les équipes, le degré de pratique) si différents, d'ailleurs sans les considérer tous ensembles.
Et tant qu'a chercher des modèles, je crois qu'il faudrait intégrer dans notre réflexion ceux de notre temps et ré-interroger les vérités dogmatiques pré-agile.

Il y a un terme utilisé en écologie qui est absent de l'entreprise et qu'il faudrait je pense intégrer dans notre réflexion : "écosystème"

La notion d'écosystème concerne une communauté d'êtres vivants ainsi que les conditions de son environnement. Il est caractérisé par ses interactions dans ses aspects biotiques et abiotiques (Source wikipedia).
La composante biotique se rapporte à l'intéraction du vivant sur le vivant (compétition, prédation, symbiose...), la composante abiotique se rapporte à l'action du non-vivant sur le vivant (sol, climat,...).

Les modèles écologiques ne se traduisent pas simplement. Enfin pas toujours. Je veux dire par là qu'ils peuvent être temporairement simples et prédictifs et puis basculer dans quelque chose d'imprévisible. Ce n'est pas que l'équation soit complexe, au contraire elle peut-être trés simple. Mais elle est fortement liée aux conditions initiales de l'expérience. Ce type de modèles est appelé chaotique.

Un bon exemple est donné par la fonction logistique de Robert May . Le diagramme de bifurcation ci-dessous montre les variations possibles dans la production du vivant en fonction de son environnement(aspects biotiques et abiotiques confondus). La population est exprimée en % de la capacité maximale du territoire considéré.
On peut lire en ordonnée (nommée "x") le % de population animale de l'année prochaine (calculée à partir d'une population actuelle de 25%) en tenant compte du facteur correctif ("r") qui matérialise les conditions particulières propre à l'environnement.

Lorsque le coefficient traduisant le facteur environnemental est inférieur à 3,5 les choses sont assez simples et prévisibles. Par la suite ça se gâte sérieusement et au dela de 3,57 toute infime modification, que ce soit du coefficient "r" ou bien de la population initiale, affiche un résultat qu'on ne pouvait prévoir.

Si l'on veut apporter un regard neuf sur notre travail, il peut-être intéressant d'aborder la réflexion sous cet aspect. D'un point de vue du projet informatique, la partie environnementale (non vivante) se rapporterait aux éléments tangibles (locaux de l'entreprise mais aussi équipement du projet - serveur d'intégration par exemple). La partie biotique serait composée des relations entre membres de l'équipe, hiérarchie, client ..etc

L'écosystème du projet est sensible à ces 2 composantes.

Un bon environnement de travail, un équipement de haut niveau, est facteur de facilité de travail mais aussi de motivation. Cette partie est assez simple à identifier en général, les actions d'amélioration sont souvent facilement quantifiables, cette partie est plutôt rationnelle.

Le fait qu'une équipe s'entende bien ou pas, qu'un "prédateur" se manifeste, qu'un "leader" soit en vacances, que la confiance soit là ou qu'elle n'y soit plus,... sont des éléments irrationnels. Il n'y a pas de loi simple qui puisse de l'une de ces causes quantifier un effet.
On saurait sans doute dire dans quel sens l'un de ces éléments fait avancer le curseur "r" mais on ne sait pas dire de combien (et quid s'il y a plus de 2 élèments?). Difficile d'identifier l'impact. Pire, on pourrait croire que l'impact est faible alors qu'il vient de pousser le curseur en zone rouge...vers les 3,56 disons.

Je ne sais pas qu'elle est la fonction qui permettra de modéliser la production agile. Mais il me semble clair qu'elle sera plus proche de celle de May que de la droite euclidienne ou de la courbe en cloche de notre ami Gauss.

C'est pourquoi le rôle du Scrum Master n'est pas de mettre en pratique des lois tirées sur les nombres mais d'observer et d'être attentif en permanence aux conditions de l'écosystème. Il remet toujours en question son jugement, il n'intervient pas en dogmatique mais dose ses interventions en fonction de l'état (biotique / abiotique) de l'environnement.

C'est une fonction davantage sensible que rationnelle.

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Du bon usage des post-it

En Scrum l'usage des post-it est un bon moyen pour donner de la visibilité et favoriser un esprit d'engagement.
Mais on peut aller plus loin.
Nous avons trouvé un maître...

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Connaissez-vous NKM ?

Vous la connaissez ?

Nathalie Kosciusko-Morizet est la Secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique.
Je la suis sur Twitter depuis que Tristan Nitot (président de Mozilla) a parlé dans son blog d'un twit plutôt sympa que NKM avait fait à l'occasion d'une rencontre avec l'équipe Mozilla.
Et je suis sur Twitter depuis que Eric Lefevre-Ardant (à qui je dois d'être Scrum Master) a publié sur son blog un avis intéressant sur ce moyen de communication.

Pourquoi je vous dit tout ça ? Parcequ'il y a une heure NKM vient de twitter le message suivant


Vous m aimez? Prouvez le sur http://htxt.it/Sae2 (il y a environ 1 heure depuis HelloTxt)



Quand vous suivez le lien vous arrivez sur http://www.agora-politique.com/ ou il y a un sondage sur la popularité des membres du gouvernement.

Voici le résultat :


... on appelle ça le Buzz, efficace ?

Vouloir être grand

James Shore fait partie de ces gens que j'aime bien. Son discours sur l'agilité dérange parfois mais il sonde des vérités et nous fait réfléchir.

Son billet "Stumbling Through Mediocrity" parle de la difficulté à mener l'agilité dans un contexte qui ne favorise pas la performance. Ce qui est communément appelé "le monde réel" par les acteurs qui voudraient être agile sous conditions.

La question souvent posée aux évangélistes Agile est "Est-ce que l'agile peut s'adapter à mon cas ?". Question qui peut-être sincère ou teintée de malice (être agile c'est être adaptatif non ?).
Sous entendu : dans la vrai vie ce n'est pas comme dans les manuels agiles, les développeurs ne sont pas forcément disponibles à temps plein, il faut composer avec les budgets (limiter à priori l'acceptation du changement), mener une phase amont d'analyse pour rassurer les investisseurs, ... etc, etc.

C'est une mauvaise question.

C'est un peu comme demander à son garagiste s'il est possible de rouler avec une voiture ayant les pneus à moitié gonflés, les bougies totalement encrassées et le niveau d'huile en dessous du mini.

Oui bien sur c'est possible... si vous n'êtes pas opposé à avoir des performances médiocres et une sur exposition à la panne.

L'agilité repose sur des bases très simples :
1 - produire de la valeur
2 - favoriser tout ce qui contribue à produire cette valeur, éliminer tout ce qui représente un frein.
3 - identifier en permanence ce qui contribue à la règle 2 en prenant soin de ne pas contrevenir
à la règle première

En production logicielle il est assez simple d'identifier ce qui a de la valeur, les pratiques qui contribuent à y parvenir commencent à être connues.

L'agilité est un processus qui vise à l'excellence. Les gens aiment bien être bon et ils détestent être mauvais, le processus agile passe donc aussi par le plaisir. Les équipes en route vers l'excellence n'ont pas envie que leur management les ralentissent.

Alors la bonne question est : "Est-ce que mon Organisation peut être adaptée à un mode de production agile de mes équipes ? ".

S'ensuivront alors logiquement les questions qui sont le leitmotiv des équipes agiles :
- Y a t-il des obstacles que je dois lever ?
- Comment est-ce que je peux t'aider ?

Tiens... vous venez d'entrer dans l'agilité.

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Changer le monde

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Depuis le dernier billet il s'est passé pas mal de choses, j'ai beaucoup gambergé mais pas beaucoup écrit. Deux rencontres aux CARA on apporté comme d'habitude leur bouffée d'air agile d'altitude.

Je viens de terminer le "Cygne Noir" de N. N. Taleb. Je vous mets un lien vers le blog d'Alexandre Delivré qui résume le propos de Taleb de façon très agréable. C'est un livre qui évoque des choses plus profondes que le résumé de la plupart des chroniques ne le laisse percevoir.

A la rencontre du Cara de mars, Jérôme Barrand nous a présenté en avant première (bon ok, on était pas en "avant première", on a été les cobaye :smile: ) la poursuite de sa réflexion sur le management agile. J'ai un petit problème de cohérence par rapport à l'approche de Jérôme. Je suis totalement en phase avec ses fondamentaux mais je n'arrive pas à adhérer complètement à l'énoncé des axes du management agile... Bon, on verra. Je ne demande pas mieux que de constater que je me trompe en voyant que les manager viennent vraiment à l'agilité par ce biais.
Il y a un point cependant sur lequel je resterai en désaccord, c'est la mise à l'écart du système d'information au prétexte que c'est un point "technique".

Quoiqu'il en soit Jérôme a évoqué le désir (partagé avec d'autre agilistes) de "changer le monde".

Change le monde c'est une perspective sympa...

...mais je ne crois pas que le monde nous attende pour changer.

En fait je crois que le monde à déja changé, et c'est la que je rejoins N.N. Taleb, les Cygnes Noirs changent le monde, les gagnants raflent la mise et les autres subissent.
Un Cygne Noir, c'est un événement imprévisible (rien dans le passé ne nous permet de savoir qu'il a des chances de se produire), qui a un impact majeur, et que notre nature nous porte à analyser après coup comme une chose que l'on aurait pu prévoir.

Cela ne veut pas dire que l'apparition d'un Cygne Noir soit nécessairement soudaine. Un événement comme l'apparition de l'Internet est un Cygne Noir. Ce n'est pas le seul.

L'homme est essentiellement un système d'information mais la nature ne l'a pas doté de la capacité à gérer avec sagacité des flux d'information aussi important que ceux que le monde lui envoie aujourd'hui. Comme le dit Michel Serres (voir ce billet de l'année dernière) nous vivons une révolution de l'importance de l'apparition de l'imprimerie, et en confiant notre mémoire au système nous perdons notre tête.

Nos modèles vieillissants nous permettront ils de faire face à ces changements ? La science du chaos nous montre les limites de la pensée cartésienne, de notre capacité à appréhender le monde par décomposition en éléments simples et compréhensibles. Le scepticisme de Hume (notre vision du lien cause-effet n'est qu'une généralisation abusive de notre perception d'événements qui se suivent systématiquement) reprend finalement une nouvelle jeunesse à l'éclairage de cette même science.

Apprivoiser le doute plutôt que de pousser hors de leur limites des raisonnements destinés à satisfaire notre besoin de certitude.

Si la philosophie rationnelle ne positionne plus ses adeptes comme les mieux adaptés à l'environnement qui se prépare, les pragmatiques, les empiristes, les sceptiques..., seront ils mieux à même de s'en sortir puisqu'ils l'appréhendent d'une autre façon ?

Il ne s'agirait plus alors de "changer le monde" mais d'être dans le groupe de ceux qui seront adaptés à un monde qui a déjà changé. Et se reconnecter avec la connaissance sensible, c'est peut-être devenir plus "humain".

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Méthode agile quand même ?

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J'ai pas mal tourné autour des concepts de méthode et d'agilité, principalement pour réfuter le terme de méthode au profit de mots comme "principe" ou "pratique".

Pourtant, à y regarder de plus près, il est bien possible que des méthodes soient à l'action. Mais leurs racines sont plongées ailleurs que dans le simple plan rationnel.

Quelques pistes de réflexion m'ont été données par l'écoute de FC d'une part et aussi par la lecture de Claude Lévi-Strauss.

La première concernait une émission à propos de l'utilité des fertilisants en Afrique et des actions d'une ONG. Des études ont été faites pour valider que l'usage de fertilisant était une bonne idée pour augmenter la production sans appauvrir le paysan, bref pour aider à sortir de la misère.
La conclusion était que oui, les champs fertilisés sont plus productif, permettent de mieux vivre, et laissent au paysan de quoi s'acheter à nouveau des fertilisants pour l'année suivante.

Je n'ai pas d'avis particulier la-dessus, mais la suite est intéressante.

Les paysans ont assez d'argent après la vente des excédents de récolte pour acheter les fertilisants de l'année suivante... sauf que le printemps venu, l'argent a été dépensé à autre chose.
La politique de gestion habituelle est d'attribuer des subventions pour permettre à l'agriculture de continuer. L'ONG en question a mis en place une solution intéressante, plutôt qu'une subvention, elle donne une incitation (gratuité de la livraison) mais uniquement dans le temps qui suit la récolte, c'est à dire au moment ou l'argent est encore disponible.

La responsable de l'ONG explique qu'elle agit de cette façon sur la procrastination. Ce mot désigne l'attitude qui consiste à remettre à plus tard les choses à faire. Les raisons sont variées, chacun procrastine au moins une fois dans sa vie.

Ce qui est intéressant c'est d'observer notre relation à la décision en fonction du temps qui la sépare de l'action. Les fumeurs qui vont bientôt arrêter de fumer le savent (comme ceux qui vont bientôt se mettre au sport, se mettre au régime...).

Premier principe donc: intégrer la gestion des tentations de procrastination (décider tard mais produire vite par exemple).

Dans Race et Histoire, Lévi-Strauss bouscule quelques certitudes quand à cette notion tellement évidente d'évolution de civilisations. Ces idées sont discutées bien sur, et l'un des aspects de cette discussion porte sur la valeur que l'on accorde à la temporalité, et il est fait référence aux travaux de Saussure.

Dans son Cours de linguistique générale Saussure définit certains concepts et notamment ceux de synchronie et diachronie.
Un bon exemple permet de saisir de quoi il s'agit. Une partie est en cours, un joueur s'en va et vous demande de prendre sa place. Avez vous autant de chance de gagner que les autres joueurs autour de la table ?
Oui si c'est une partie d'échec. Non si c'est une partie de bridge.

Ce qui intéresse les analystes dans ce domaine, c'est ce que l'on peut espérer faire à partir d'un ordre que l'on identifie.

Ce qui nous intéresse en agile, c'est la conclusion inverse :
La quantité d'information signifiante est totalement disponible quel que soit l'instant dans un ordre diachronique. Une certaine quantité d'information signifiante est perdue définitivement avec le temps dans un ordre synchronique. L'absence de cette information dans le second cas compromet la réussite du projet.

Les projets traditionnels fondent leur progression sur l'hypothèse qu'ils évoluent sur un ordre diachronique. L'information est sensée progresser par le biais des procédures et des documents. Le système mis en place à pour objectif d'atteindre ce but.

Second principe: la gestion d'un projet agile intègre la prise en compte de l'ordre synchronique (travailler ensemble et en interaction par exemple).
Elle possède des états "stables" (livraison de produit fini) qui permettent de progresser par jalon, mais sait bien qu'un changement complet d'équipe entre 2 jalons remet en cause la réussite du projet.

Bon, c'est tout pour aujourd'hui, la prochaine fois on parlera des post-it, de l'action sensible et de son incidence sur l'engagement :D

Mettre en place des mécanismes qui prennent en compte le comportement humain et la métaphysique, est-ce que ça fait une méthode ?

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L'agilité est un état d'esprit

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Le terme d'agile est apparu pour nommer une attitude dans la gestion des projets informatique, peut-être au-delà, dans une façon d'être en tant que manager.

Le fait de donner un nom à ce qui n'en avait pas permet à la chose d'exister. Cette attitude "agile" faisait déjà parti du paysage depuis longtemps, c'est fondamentalement dans la nature de certains individus, qui, pour cette raison même, n'ont jamais beaucoup progressé en entreprise (sauf à mettre ces fondamentaux en sommeil).

Elle est faite de certaines caractéristiques (qualités et défauts) qui font qu'un individu s'épanouisse plutôt dans la collaboration, les relations d'égale à égale, la non compétitivité... et aussi sans doute d'autres choses. Peut-être qu'une forme de paresse qui concentre l'énergie sur ce qui est d'abord nécessaire est aussi utile, une réflexion sur la nature des choses et un peu de courage pour affronter ses principes sont sans doute les bienvenus.

Je travaille en ce moment à convaincre que des réponses agiles sur certains projets sont raisonnables. Les objections que je reçois sont normales, il est assez inconcevable de jeter à priori ses pratiques prédictives pour passer dans l'inconnu. Ça demande sans doute du courage de la part de ceux qui doivent "faire confiance".

Je regardais une émission sur Jean-Louis Trintignant ce matin.

Bel acteur, honnête homme en effet, je l'entendais parler simplement de choses simples qui me parlent bien.

Il parlait du théâtre que par opposition avec le cinéma il qualifiait, sans chercher à être péjoratif, de "conserve" ("cela peut-être de la bonne conserve, mais c'est quand même de la conserve"). Le théâtre au contraire est une représentation permanente.

Il parlait aussi de sa relation à la peur et de la nécessité de se mettre en danger.


J'aime bien me mettre en danger, j'aime bien oublier mon texte, ne pas savoir ce que je vais dire, et puis l'inventer au moment où je le dis...
Si on ne fait pas cet effort de tout oublier on ne peut pas être bien, on est un perroquet.


Certes, mais on maîtrise.

On maîtrise quoi ? Sa peur.

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Le blog des philosophes

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En lisant "Le Gai Savoir", je ne peux m'empêcher de penser qu'à une autre époque, notre époque, Nietzsche aurait écrit une bonne partie de son œuvre sous forme de blog.

Il aurait ajouté des hyperliens vers le blog de Stendhal assurément, il aurait sans doute posté des commentaires sur les blogs de Schopenhauer et de Wagner avec des retro liens "je vous ai commenté sur mon blog".
Et comme il l'évoque dans "Soupir", il avait aussi, parfois, le blues du bloggeur:


J'ai saisi cette idée en passant, et vite j'ai pris les premiers mots venus pour la fixer, de crainte qu'elle ne s'envole de nouveau.
Et maintenant elle est morte de ces mots stériles; elle est là suspendue, flasque sous ce lambeau verbal et, en la regardant, je me rappelle à peine encore comment j'ai pu avoir un tel bonheur en attrapant cet oiseau.


J'avais déja eu un sentiment analogue avec Rousseau mais d'une façon différente.

Alors que "Le Gai Savoir" est en bonne partie articulé sous forme de billets, c'est ailleurs que se situe le point de comparaison dans une œuvre comme Le Discours sur les Sciences et les Arts .

Dans le livre que j'ai, celui de la collection du monde philosophique, le Discours est suivi par les échanges de lettres, contradiction d'opposants et réponses de Rousseau.
Ces échanges sont très éclairants par ailleurs, et je les vois bien dans un fil de commentaires. Sans doute cela aurait-il été repris et poursuivi sur un forum...

Sacré Rousseau, il répond à tout, il ne savait pas encore qu'il ne faut argumenter avec les trolls :D

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