Emergence d'une révolution
Tuesday, 19. February 2008, 12:51:47
Dans mon billet précédent je disais que l'on vivait l'émergence d'un monde nouveau. Puis j'équilibrais aussitôt en disant que j'exagérais sans doute un peu. Eh bien peut-être pas finalement.
J'ai écouté la conférence sur les nouvelles technologies et la connaissance que Michel Serres a faite à l'INRIA en décembre dernier (j'ai écouté le mp3 parce que le streaming video au format Real n'arrête pas de planter, comme quoi les formats ouverts ont bien de l'avenir).
Il faudra donc rehausser la réflexion d'un niveau, même de plusieurs, pour découvrir non seulement que je n'exagère peut-être pas, mais que selon Michel Serres le changement qui s'annonce est un vrai tournant de civilisation.
Pourquoi ? Parce qu'il porte sur un fondamental de la communication: le couplage support/message.
La première observation qu'il fait se situe dans le temps. Les précédents changements de ce type (couplage support/message) ont eu lieu lorsque du stade oral l'homme est passé au stade écrit, puis lorsque l'imprimerie a donné à l'écrit la dimension que l'on connait.
Progressivement la mémoire est devenue inutile, progressivement la capacité de diffusion de l'information d'une génération aux autres, puis massivement d'un individu à une collectivité est devenue majeure.
Avec l'écrit naît la monnaie (troc universel), le droit, la ville, l'état, les religions des livres (monothéistes)...
Avec l'imprimerie naît le chèque, la banque, la comptabilité, la science expérimentale, le réforme avec Luther...
En fait, chacun des changements dans le couplage support/message a engendré une transformation complète de la totalité de la culture et de la civilisation.
Si nous sommes à l'aube d'un nouveau changement de ce type, nous devrions voir apparaitre les signes de transformation sur le même spectre que pour les révolutions précédentes: la relation au monde, le commerce, la science, l'éducation, les religions... Dans cette perspective, une réflexion sur la mondialisation, le e-commerce, l'éducation et le retour du religieux ne sont pas inintéressantes.
La seconde observation que fait Michel Serres se situe dans l'espace. L'espace d'autrefois était celui des réseaux (de transport principalement). Le repérage se faisait de façon géographique, l'adresse était l'endroit ou l'on vivait. Ce repérage était également la référence par rapport à laquelle s'exerçait le droit et la politique.
L'adresse d'aujourd'hui se déconnecte de la réalité de l'espace que l'on connaissait. Mon adresse mail, mon numéro de téléphone portable son mes adresses, là ou l'on peut me trouver, me parler, c'est de là que j'émets, je stocke, je traite ... l'information.
Pour le philosophe, il est faux de dire que les nouvelles technologies ont raccourci les distances, elle nous ont transportés dans un autre espace non repéré, non repérable.
Les conséquences culturelles en sont considérable. Les lieux de concentration (bibliothèques, université,...) deviennent désuets. Le droit et le politique basé sur l'espace géométrique n'ont pas (pas encore) de prise sur le nouvel espace, et les moyens de repère des communautés humaines sont bouleversés.
Dans ces conditions le maniement de la connaissance va se trouver complètement modifié. On passe une nouvelle étape dans l'affranchissement de la nécessité de notre mémoire. Nous n'avons plus besoin de mémoire pour stocker du contenu, celle-ci est passée dans l'ordinateur. Il nous suffit de stocker des points de repères.
Michel Serres conclut en disant que les nouvelles technologies nous ont condamné à devenir intelligents, nous sommes à distance du savoir, il ne nous reste que l'inventivité, le travail est destiné à devenir intelligent et ne peut plus être répétitif.
Il va falloir que je remette l'intelligence distribuée en perspective...
J'ai écouté la conférence sur les nouvelles technologies et la connaissance que Michel Serres a faite à l'INRIA en décembre dernier (j'ai écouté le mp3 parce que le streaming video au format Real n'arrête pas de planter, comme quoi les formats ouverts ont bien de l'avenir).
Il faudra donc rehausser la réflexion d'un niveau, même de plusieurs, pour découvrir non seulement que je n'exagère peut-être pas, mais que selon Michel Serres le changement qui s'annonce est un vrai tournant de civilisation.
Pourquoi ? Parce qu'il porte sur un fondamental de la communication: le couplage support/message.
La première observation qu'il fait se situe dans le temps. Les précédents changements de ce type (couplage support/message) ont eu lieu lorsque du stade oral l'homme est passé au stade écrit, puis lorsque l'imprimerie a donné à l'écrit la dimension que l'on connait.
Progressivement la mémoire est devenue inutile, progressivement la capacité de diffusion de l'information d'une génération aux autres, puis massivement d'un individu à une collectivité est devenue majeure.
Avec l'écrit naît la monnaie (troc universel), le droit, la ville, l'état, les religions des livres (monothéistes)...
Avec l'imprimerie naît le chèque, la banque, la comptabilité, la science expérimentale, le réforme avec Luther...
En fait, chacun des changements dans le couplage support/message a engendré une transformation complète de la totalité de la culture et de la civilisation.
Si nous sommes à l'aube d'un nouveau changement de ce type, nous devrions voir apparaitre les signes de transformation sur le même spectre que pour les révolutions précédentes: la relation au monde, le commerce, la science, l'éducation, les religions... Dans cette perspective, une réflexion sur la mondialisation, le e-commerce, l'éducation et le retour du religieux ne sont pas inintéressantes.
La seconde observation que fait Michel Serres se situe dans l'espace. L'espace d'autrefois était celui des réseaux (de transport principalement). Le repérage se faisait de façon géographique, l'adresse était l'endroit ou l'on vivait. Ce repérage était également la référence par rapport à laquelle s'exerçait le droit et la politique.
L'adresse d'aujourd'hui se déconnecte de la réalité de l'espace que l'on connaissait. Mon adresse mail, mon numéro de téléphone portable son mes adresses, là ou l'on peut me trouver, me parler, c'est de là que j'émets, je stocke, je traite ... l'information.
Pour le philosophe, il est faux de dire que les nouvelles technologies ont raccourci les distances, elle nous ont transportés dans un autre espace non repéré, non repérable.
Les conséquences culturelles en sont considérable. Les lieux de concentration (bibliothèques, université,...) deviennent désuets. Le droit et le politique basé sur l'espace géométrique n'ont pas (pas encore) de prise sur le nouvel espace, et les moyens de repère des communautés humaines sont bouleversés.
Dans ces conditions le maniement de la connaissance va se trouver complètement modifié. On passe une nouvelle étape dans l'affranchissement de la nécessité de notre mémoire. Nous n'avons plus besoin de mémoire pour stocker du contenu, celle-ci est passée dans l'ordinateur. Il nous suffit de stocker des points de repères.
Michel Serres conclut en disant que les nouvelles technologies nous ont condamné à devenir intelligents, nous sommes à distance du savoir, il ne nous reste que l'inventivité, le travail est destiné à devenir intelligent et ne peut plus être répétitif.
Il va falloir que je remette l'intelligence distribuée en perspective...










