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Jean-François Jagodzinski - Le Blog

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Penser n'est pas connaître

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En informatique on pense beaucoup. Un programme informatique n'est finalement qu'une vue de l'esprit. Traditionnellement, on commence par penser le travail à faire, à écrire ce que l'on pense, parfois à le modéliser, ce qui constitue un "contrat" de réalisation. La chose est ensuite développée, testée, etc.
C'est la façon historique de faire, connue sous le nom de "méthode cascade" parce que les étapes s'enchaînent, la fin de l'une donnant le signal de début de la suivante.

Quand je dis "façon historique" je veux dire que cette méthode de travail a été mise au point à un moment de l'histoire informatique et qu'elle a intégré les contraintes de cette époque. Les fondamentaux en étaient un environnement centralisé d'une part, un développement contraint d'autre part par des opérations longues de compilation et d'intégration. S'en suivaient des opérations de déploiement importantes et l'incapacité de montrer les résultats de la programmation aux utilisateurs avant plusieurs mois.

Les environnements ont changés, la programmation aussi. En environnement Web et en utilisant des technologies de scripting un développeur est pratiquement capable de montrer en temps réel la progression de son travail à un utilisateur situé dans un autre pays.
Les méthodes Agiles sont naturellement nées de ces nouveaux fondamentaux. Elle n'ont pourtant pas encore émergées et la grande majorité des projets nouvelles technologies sont encore pilotés à partir de méthodes cascades.

La méthode cascade repose sur une approche conceptuelle. On peut alors comme Kant se poser la question de savoir

jusqu'à quel point je puis espérer arriver à quelquechose avec la raison si me sont enlevés toute matière et tout concours venant de l'expérience


Les objets ne nous sont compréhensible qu'au travers d'une architecture complexe de ressentis, de concepts et de jugements. L'objet nous est donné dans l'intuition à travers nos sens sous ses multiples représentations. Ces représentations sont synthétisées et l'objet peut-être pensé dans l'entendement en relation avec nos concepts.
Au travers de l'expérience je passe en revue mes concepts si on peut dire pour y raccorder l'objet, et c'est mon jugement qui me permet de mettre en phase les uns avec l'autre.
Ceci posé, il est nécessaire de déterminer les limites de chaque élément. L'un des outils de maniement des concepts est la logique, et Kant établit ici la distinction entre ce qui constitue la partie analytique de cette logique et la partie qui en est dialectique. Cette notion est intéressante en ce qu'elle détermine les limites de l'emploi de nos concepts.

c'est une chose très séduisante et très engageante que de se servir de ses seules connaissances pure de l'entendement et de ces principes purs - et même en dépassant les bornes de l'expérience qui seule cependant peut nous fournir la matière à partir de laquelle ces concepts purs de l'entendement peuvent être appliqués (...) donc puisque la logique ne saurait être qu'un canon pour apprécier l'usage empirique, on en abuse quand on lui donne la valeur d'un organon (...) et quand on se hasarde avec le seul entendement pur, à juger, à affirmer, et à décider synthétiquement sur des objets en général.


Les Méthodes Agiles et SCRUM en particulier ont saisi l'opportunité de la disparition des contraintes informatiques pour se rapprocher de la connaissance de l'objet du développement qui est donnée par l'expérience. On élabore moins en pensée, on fait davantage intervenir les sens. Les divergences de jugement sont captées plus tôt dans le projet, partant, l'adéquation de l'objet aux concepts est mieux comprise et partagée.
Cela ne peut qu'être au bénéfice de l'utilisateur.

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