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Jean-François Jagodzinski - Le Blog

Posts tagged with "Entreprise"

un bon chef de projet

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Supposons que votre patron vous demande de mettre en place une solution informatique pour octobre prochain (on est en décembre).
Vous vous renseignez auprès de quelques fournisseurs habituels et ils vous disent qu'il semble assez improbable de développer la solution avant décembre.
Vous en faites part à votre patron qui refuse un report de délai. Débrouillez-vous pour que ce soit octobre.!

A partir de là, la procédure est connue au bon chef de projet que vous êtes. Vous consultez en gardant la date initiale (octobre), les fournisseurs vont bien faire avec. Les honnêtes qui ont leur carnet de commande bien rempli déclinent, ceux qui sont moins honnête, ou moins expérimenté, ou qui ont absolument besoin d'une commande vont rivaliser d'astuce pour se convaincre et vous convaincre qu'ils peuvent le faire.

Vous passez commande à l'un d'entre eux.

Votre problème maintenant va être de gérer la colère de votre patron s'il n'a pas sa livraison en octobre. Attention, dans ce cas la faute ne doit pas être la votre mais bien celle du fournisseur ou du métier, ou un mixte ... il faut donc bien gérer ces relations (ainsi que celle avec le patron, plus délicat,le mouiller un peu mais pas trop, il doit s'en sortir au final).

Vous allez donc gérer le projet:
     - Envoyer des mails chaque fois qu'un jalon n'est pas respecté, faire des comité de pilotage qui montrent des plannings rassurants sur lesquels les autres s'engagent…etc (ce n'est pas toujours facile, il sont expérimentés aussi et voient bien la corde…un bien beau combat).
     - Avec de la chance le métier peut venir avec une demande non prévue. C'est toujours une bonne occasion d'être contraint malgré soi de reculer la livraison.
     -Une chose à ne jamais oublier est d'insister auprès du fournisseur sur le fait que l'on veut absolument de la qualité, le PAQ (plan d'assurance qualité) est un bon outil, faites bien valider la partie qualité logicielle. Mais attention, il ne faut pas s'impliquer au-delà, ce serait se compromettre. Le but est surtout que le fournisseur livre en octobre (en s'arrangeant bien comme il veut).
A ce moment là, votre patron ne pourra rien nous reprocher.

Le temps nécessaire à corriger les bugs du logiciel est de toute façon totalement imputable au fournisseur (qu'est-ce qu'on aurait bien pu y faire ?).
Bien sûr, celui-ci va chercher à requalifier quelques bugs en demandes d'évolutions non prévues au départ, mais si on à bien gardé trace des mails, des compte-rendus, etc. on doit s'en sortir à moindre frais.

C'est à ça qu'on voit le bon chef de projet, il sait satisfaire son patron.
Il peut s'engager sur l'impossible, faire en sorte de trouver quelqu'un qui veuille bien le fournir, justifier qu'il a atteint l'objectif.
Avec talent, il n'aura jamais montré que chaque évènement qui permet de le dégager d'une responsabilité est une bonne nouvelle. Au contraire ! il aura paru préoccupé par les obstacles.

Par la faute des autres (qui n'ont pas respecté leurs engagements pourtant on leur avait bien dit) le résultat n'est pas utilisable en l'état, mais la charge financière est largement reportée sur le coupable (et tout est bien dans le meilleur des mondes possibles).

Le patron à son tour dispose de tous les arguments pour justifier auprès de sa direction que le projet est un succès(quelques couacs à cause de <liste de coupables> mais financièrement ont s'en sort bien). Il est reconnaissant au chef de projet et après quelques succès de ce type lui offre une promotion.

Et c'est là le problème ! Les bon chefs de projet ne restent pas longtemps en place (puisqu'ils ont promus) et sont souvent remplacés par des inexpérimentés qui causent beaucoup de souci à leur patrons.

Du coup celui-ci est stressé et tout le monde en pâti...

Maintenant c'est pire, ils veulent nous mettre des Screeeuum Maaaster qui comprennent rien ... mais alors rien au projet !

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A propos du ROI

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Le ROI (Return On Invest) , en français "retour sur investissement" est une question sans cesse présente dans l'entreprise et pourtant rarement exprimée:
- Si j'investi X dans une action, quels sont les gains que je vais en retirer et en combien de temps ceux-ci dépasseront-ils ma mise de départ ?


On utilise un comportement analogue au niveau personnel, guidés par le rapport plaisir/énergie : je dépense une quantité d'énergie mais j'en espère en retour un gain en plaisir à plus ou moins long terme. Si le retour "long terme" est supérieur à ma durée de vie, la quantité d'énergie investie est inutile (et je détruis ma planète … mais c'est une autre histoire).

Le retour sur investissement en entreprise se traduit par des gains plus importants que les dépenses engagées, à un horizon intéressant dans le cycle de vie de l'entreprise. Cela nécessite une bonne idée de ce que sera l'avenir dans cet horizon du ROI. Et l'époque étant ce qu'elle est, les certitudes ne sont plus ce qu'elles étaient.

La question est alors récursive, le temps que l'on passe à discuter du ROI est il bien investi ?

L'Agilité nous donne une règle qui n'existe pas dans les autres modes de gestion de projet : éviter de prédire ce qui va se passer, se baser sur ce que l'on sait davantage que sur ce que l'on croit.

Je n'emploie pas souvent le terme de ROI mais la question du rapport dépense/gain est implicite en permanence dans les actions du projet Agile. Cette question n'est pas facile pour les équipes, elle fait appel à de la projection pour estimer ce qui pourrait se passer dans un cas ou dans un autre mais elle demande de vérifier ce qui nous semble être évident. Il faut souvent accepter de reconnaître que l'on ne sait pas (et cette réflexion ne doit pas prendre davantage qu'une poignée de secondes !).

La production Agile amène à une sorte de conscience permanent du ROI, mouvement naturel finalement, qui introduit dans le choix des actions la notion de meilleur "probable" comme critère de décision. Ce probable n'étant pas une certitude, l'étape d'après est hypothétique, et la meilleure décision est celle qui est parfaitement adaptée à l'action présente tout en laissant les options ouvertes pour l'avenir. Point final.

Le point problématique de la documentation en mode Agile est un bon exemple des difficultés que pose cette vision pragmatique des choses. Faut-il de la documentation dans un projet, si oui, laquelle ? C'est un point sensible, une question qui se pose à chaque fois qu'un nouveau client découvre l'agilité.

Pourquoi pose-ton cette question ? Parce qu'on n'a jamais réussi sans doute à poser correctement le ROI sur la documentation. Si on peut dire ce que ça coûte, on ne sait pas ce que cela rapporte. Il y a une sorte d'évidence à cette nécessité de rédiger avant de développer. Le besoin évident n'est pas celui auquel on pense, la documentation permet davantage de se rassurer que de bien communiquer.

Posons la question au métier et voyons sa réponse : je vous donne un premier livrable dans 2 mois.
Pour le même effort on peut vous fournir :
- des spécifications complètes et détaillées ainsi que le PAQ et le schéma de la base de données,
- ou bien une première version du logiciel pleinement opérationnelle qui vous permettra déjà de faire les devis automatiquement même s'il ne permettra pas encore d'enregistrer les commandes ?

- d'accord posé de cette façon bien évidemment … sauf que si on a pas la documentation vous ne pourrez pas développer.
- si, on sait le faire. On a l'expérience, on a juste besoin que vous soyez accessible pour répondre aux questions de l'équipe chaque jour. Ça peut paraître contraignant mais vous verrez vite que c'est très efficace et que ça va vous plaire.
- admettons, mais quand même, à un moment ou à un autre il faudra bien la documentation de toute façon.
- oui bien sur, pas de problème , vous nous direz simplement quand vous en avez absolument besoin et on suspendra le développement pour rédiger la documentation en priorité.
- ah oui mais alors je vais devoir payer pour la documentation plutôt que pour du développement !
- hé bien étudiez le ROI généré par la documentation et vous fixerez le budget documentation en conséquence. On s'adaptera...


... mais ne vous penchez pas sur le ROI de la documentation maintenant, le temps que vous allez investir à calculer votre ROI risque d'être perdu, attendez d'être certain de ce dont vous avez besoin.

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L'équipe est un écosystème

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Je l'avoue, je suis un peu démuni face à toutes les théories qui cherchent à donner des modèles chiffrés à l'agilité et à Scrum en particulier.
Je regarde avec intérêt toutes les expériences. Je note avec intérêt le fait qu'un ratio ait pu être tiré d'un certain nombre de sprints sur ce projet ci ou que l'on ait constaté la véracité d'une théorie sur le coût de correction des bugs sur ce projet là.
Mais je suis mitigé sur les généralisations qui s'en suivent souvent implicitement.

C'est une tendance naturelle de l'humain de vouloir rationaliser et trouver des lois générales à partir d'expériences (ce que l'on appelle en philosophie l'induction). Je me demande s'il n'est pas imprudent de généraliser si rapidement à partir d'éléments factuels (les projets, les équipes, le degré de pratique) si différents, d'ailleurs sans les considérer tous ensembles.
Et tant qu'a chercher des modèles, je crois qu'il faudrait intégrer dans notre réflexion ceux de notre temps et ré-interroger les vérités dogmatiques pré-agile.

Il y a un terme utilisé en écologie qui est absent de l'entreprise et qu'il faudrait je pense intégrer dans notre réflexion : "écosystème"

La notion d'écosystème concerne une communauté d'êtres vivants ainsi que les conditions de son environnement. Il est caractérisé par ses interactions dans ses aspects biotiques et abiotiques (Source wikipedia).
La composante biotique se rapporte à l'intéraction du vivant sur le vivant (compétition, prédation, symbiose...), la composante abiotique se rapporte à l'action du non-vivant sur le vivant (sol, climat,...).

Les modèles écologiques ne se traduisent pas simplement. Enfin pas toujours. Je veux dire par là qu'ils peuvent être temporairement simples et prédictifs et puis basculer dans quelque chose d'imprévisible. Ce n'est pas que l'équation soit complexe, au contraire elle peut-être trés simple. Mais elle est fortement liée aux conditions initiales de l'expérience. Ce type de modèles est appelé chaotique.

Un bon exemple est donné par la fonction logistique de Robert May . Le diagramme de bifurcation ci-dessous montre les variations possibles dans la production du vivant en fonction de son environnement(aspects biotiques et abiotiques confondus). La population est exprimée en % de la capacité maximale du territoire considéré.
On peut lire en ordonnée (nommée "x") le % de population animale de l'année prochaine (calculée à partir d'une population actuelle de 25%) en tenant compte du facteur correctif ("r") qui matérialise les conditions particulières propre à l'environnement.

Lorsque le coefficient traduisant le facteur environnemental est inférieur à 3,5 les choses sont assez simples et prévisibles. Par la suite ça se gâte sérieusement et au dela de 3,57 toute infime modification, que ce soit du coefficient "r" ou bien de la population initiale, affiche un résultat qu'on ne pouvait prévoir.

Si l'on veut apporter un regard neuf sur notre travail, il peut-être intéressant d'aborder la réflexion sous cet aspect. D'un point de vue du projet informatique, la partie environnementale (non vivante) se rapporterait aux éléments tangibles (locaux de l'entreprise mais aussi équipement du projet - serveur d'intégration par exemple). La partie biotique serait composée des relations entre membres de l'équipe, hiérarchie, client ..etc

L'écosystème du projet est sensible à ces 2 composantes.

Un bon environnement de travail, un équipement de haut niveau, est facteur de facilité de travail mais aussi de motivation. Cette partie est assez simple à identifier en général, les actions d'amélioration sont souvent facilement quantifiables, cette partie est plutôt rationnelle.

Le fait qu'une équipe s'entende bien ou pas, qu'un "prédateur" se manifeste, qu'un "leader" soit en vacances, que la confiance soit là ou qu'elle n'y soit plus,... sont des éléments irrationnels. Il n'y a pas de loi simple qui puisse de l'une de ces causes quantifier un effet.
On saurait sans doute dire dans quel sens l'un de ces éléments fait avancer le curseur "r" mais on ne sait pas dire de combien (et quid s'il y a plus de 2 élèments?). Difficile d'identifier l'impact. Pire, on pourrait croire que l'impact est faible alors qu'il vient de pousser le curseur en zone rouge...vers les 3,56 disons.

Je ne sais pas qu'elle est la fonction qui permettra de modéliser la production agile. Mais il me semble clair qu'elle sera plus proche de celle de May que de la droite euclidienne ou de la courbe en cloche de notre ami Gauss.

C'est pourquoi le rôle du Scrum Master n'est pas de mettre en pratique des lois tirées sur les nombres mais d'observer et d'être attentif en permanence aux conditions de l'écosystème. Il remet toujours en question son jugement, il n'intervient pas en dogmatique mais dose ses interventions en fonction de l'état (biotique / abiotique) de l'environnement.

C'est une fonction davantage sensible que rationnelle.

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Les règles du garage

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J'ai passé plus de 6 ans chez HP à Grenoble et c'est l'entreprise qui m'a le plus marqué dans ma carrière. J'en garde le souvenir heureux d'une entreprise ou tout était possible. N'étant pas collaborateur HP mais sous-traitant j'ai sans doute un regard un peu différent de ceux qui en ont été les employés. J'ai quand même le sentiment que ceux-ci s'y sentaient bien.

C'était avant le drame...bien entendu. Carly Fiorina est venue et les choses ont changé.

C'est inquiétant parce que l'une des premières choses qu'a faite Carly a été de sortir un manifeste qui véhiculait il me semble assez bien les idées qui fondaient la culture d'entreprise. C'était les "règles du garage" (image des débuts de l'entreprise par Bill et David)


* Believe you can change the world.
* Work quickly, keep the tools unlocked, work whenever.
* Know when to work alone and when to work together
* Share - tools, ideas. Trust your colleagues.
* No politics. No bureaucracy. (These are ridiculous in a garage.)
* The customer defines a job well done.
* Radical ideas are not bad ideas.
* Invent different ways of working.
* Make a contribution everyday. If it doesn't contribute, it doesn't leave the garage.
* Believe that together we can do anything.
* Invent.



On y retrouve en filigrane un certain nombre de concepts qui dessinent l'entreprise Agile.

On connait la communication d'entreprise. Les valeurs mises en avant qui ont surtout pour but de former une image pour l'extérieur mais dont les collaborateurs n'ont aucune perception.
J'avais le sentiment au contraire que ces règles collaient bien à l'entreprise. On y retrouve assez l'esprit de la Silicone Valley décrit par Steve Towers.

I y a apparemment une double grille de lecture. Celle que j'en faisait et qui mène à des entreprise comme Google. Et celle que Carly en faisait. Après tout, puisque "radical ideas are not bad ideas"...

Ces règles sont sorties, Compaq à été racheté, la concurrence entre les employés à été accrue, un plan de licenciement a été monté, mais il n'a pas été nécessaire. 800 personnes sur le site de Grenoble se sont montrées volontaires pour empocher la prime et démissionner. Ca a du se passer en moins de deux ans.

J'ai refait un petit passage chez HP il y a quelques années, j'ai vu que la règle numéro 2 était bien appliquée.

C'est marrant, j'accroche bien aux autres règles mais celle-là, je la retiens jamais.

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