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Jean-François Jagodzinski - Le Blog

Posts tagged with "Philosophie"

Plan-Do-Check-Act et la mouche dans la bouteille

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J'ai assisté lors d'une présentation de l'Agilité et du management d'entreprise ( rien à voir avec l'informatique) à un bref échange entre le conférencier et un membre de l'assemblée à propos de la roue de Deming.



La roue de Deming décrit une forme de processus d'amélioration continue (Planifier, faire, vérifier, corriger) qui semblait aller à l'appui d'un propos avancé dans la conférence et un intervenant le dit.
Le présentateur conteste cette vision des chose en traçant au tableau le dessin d'une bouteille couchée. Avec son crayon il trace des zig zag à l'intérieur de cette bouteille et il explique que la roue de Deming c'est comme cette mouche dont il trace le parcours dans sa tentative de sortir d'une bouteille .



Pratique contestable.



C'est un stratagème dialectique, une manière facile de démonter une affirmation en amenant le public à suivre l'antithèse sans se poser de question parce que l'exemple donné est limpide, facile à comprendre, et que tout le monde croit y retrouver une vérité dont il a été le témoin. Cet argument est faux bien évidemment (il n'est même pas conforme à l'exposé du problème) mais on est plus sur le terrain de la raison.



Cela permet de clore la discussion car en déplaçant le champ du problème, le teneur de la thèse n'est pas en mesure d'argumenter.

Il le pourrait s'il était venu débattre, mais ce n'est pas le cas, il est venu assister et à proposé une idée. Cette idée était peut-être juste, en tout cas le contradicteur n'a pas prouvé qu'elle ne l'était pas. Il aurait pu laisser ouverte la question en l'évacuant s'il ne voulait pas en discuter dans le cadre de son exposé.

Il n'a pas fait ce choix.



Ce qui me fait réagir particulièrement, ce n'est pas le fait en soi mais les circonstances dans lesquelles le fait est apparu : un discours sur l'Agilité.



Le raccourci dialectique est par nature non Agile parce que sont but est d'évacuer rapidement une discussion sur le fond d'un problème pour imposer son point de vue.

Il y a une incohérence profonde entre un discours qui loue l'exemplarité comme pratique du management Agile et qui donne dans le même temps un exemple d'anti-agilité.



La ou c'est intéressant, c'est que si la thèse de "la mouche dans la bouteille" est une facilité non Agile, la réfutation de cette thèse, elle, permet de mettre en avant une pratique qui est en cohérence avec l'agilité : regarder les choses telles qu'elles sont et non telles que l'on nous dit qu'elles sont.



Cette image si évidente d'une mouche qui volette dans tous les sens dans une bouteille est elle juste ? (je suis à peu prés certain que non, personnellement je la verrais plutôt se poser et marcher - à vérifier).
Mais admettons que l'exemple soit juste, qu'est-ce qui peut bien justifier un raccourci qui permet sans davantage réfléchir de juger le comportement de l'un à partir du mode de pensée de l'autre. Après tout, cette mouche met peut-être en œuvre une sorte de loi chaotique qui permet finalement de se sortir du problème (loi qui échappe à notre intuition).

Et si cette mouche était dotée de capacité de raisonnement à l'identique d'un homme (sans bien évidemment disposer de l'expérience humaine). Serait elle quand même en mesure, en face d'un obstacle transparent dont elle ne peut saisir la nature, serait elle en mesure donc, de s'asseoir et de raisonner jusqu'à formuler une théorie pour s'en sortir ?



Le manager assis au fond de sa bouteille et qui projette des théories pour se sortir d'un problème dont le contour lui échappe, c'est lui le manager Agile ?


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L'équipe est un écosystème

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Je l'avoue, je suis un peu démuni face à toutes les théories qui cherchent à donner des modèles chiffrés à l'agilité et à Scrum en particulier.
Je regarde avec intérêt toutes les expériences. Je note avec intérêt le fait qu'un ratio ait pu être tiré d'un certain nombre de sprints sur ce projet ci ou que l'on ait constaté la véracité d'une théorie sur le coût de correction des bugs sur ce projet là.
Mais je suis mitigé sur les généralisations qui s'en suivent souvent implicitement.

C'est une tendance naturelle de l'humain de vouloir rationaliser et trouver des lois générales à partir d'expériences (ce que l'on appelle en philosophie l'induction). Je me demande s'il n'est pas imprudent de généraliser si rapidement à partir d'éléments factuels (les projets, les équipes, le degré de pratique) si différents, d'ailleurs sans les considérer tous ensembles.
Et tant qu'a chercher des modèles, je crois qu'il faudrait intégrer dans notre réflexion ceux de notre temps et ré-interroger les vérités dogmatiques pré-agile.

Il y a un terme utilisé en écologie qui est absent de l'entreprise et qu'il faudrait je pense intégrer dans notre réflexion : "écosystème"

La notion d'écosystème concerne une communauté d'êtres vivants ainsi que les conditions de son environnement. Il est caractérisé par ses interactions dans ses aspects biotiques et abiotiques (Source wikipedia).
La composante biotique se rapporte à l'intéraction du vivant sur le vivant (compétition, prédation, symbiose...), la composante abiotique se rapporte à l'action du non-vivant sur le vivant (sol, climat,...).

Les modèles écologiques ne se traduisent pas simplement. Enfin pas toujours. Je veux dire par là qu'ils peuvent être temporairement simples et prédictifs et puis basculer dans quelque chose d'imprévisible. Ce n'est pas que l'équation soit complexe, au contraire elle peut-être trés simple. Mais elle est fortement liée aux conditions initiales de l'expérience. Ce type de modèles est appelé chaotique.

Un bon exemple est donné par la fonction logistique de Robert May . Le diagramme de bifurcation ci-dessous montre les variations possibles dans la production du vivant en fonction de son environnement(aspects biotiques et abiotiques confondus). La population est exprimée en % de la capacité maximale du territoire considéré.
On peut lire en ordonnée (nommée "x") le % de population animale de l'année prochaine (calculée à partir d'une population actuelle de 25%) en tenant compte du facteur correctif ("r") qui matérialise les conditions particulières propre à l'environnement.

Lorsque le coefficient traduisant le facteur environnemental est inférieur à 3,5 les choses sont assez simples et prévisibles. Par la suite ça se gâte sérieusement et au dela de 3,57 toute infime modification, que ce soit du coefficient "r" ou bien de la population initiale, affiche un résultat qu'on ne pouvait prévoir.

Si l'on veut apporter un regard neuf sur notre travail, il peut-être intéressant d'aborder la réflexion sous cet aspect. D'un point de vue du projet informatique, la partie environnementale (non vivante) se rapporterait aux éléments tangibles (locaux de l'entreprise mais aussi équipement du projet - serveur d'intégration par exemple). La partie biotique serait composée des relations entre membres de l'équipe, hiérarchie, client ..etc

L'écosystème du projet est sensible à ces 2 composantes.

Un bon environnement de travail, un équipement de haut niveau, est facteur de facilité de travail mais aussi de motivation. Cette partie est assez simple à identifier en général, les actions d'amélioration sont souvent facilement quantifiables, cette partie est plutôt rationnelle.

Le fait qu'une équipe s'entende bien ou pas, qu'un "prédateur" se manifeste, qu'un "leader" soit en vacances, que la confiance soit là ou qu'elle n'y soit plus,... sont des éléments irrationnels. Il n'y a pas de loi simple qui puisse de l'une de ces causes quantifier un effet.
On saurait sans doute dire dans quel sens l'un de ces éléments fait avancer le curseur "r" mais on ne sait pas dire de combien (et quid s'il y a plus de 2 élèments?). Difficile d'identifier l'impact. Pire, on pourrait croire que l'impact est faible alors qu'il vient de pousser le curseur en zone rouge...vers les 3,56 disons.

Je ne sais pas qu'elle est la fonction qui permettra de modéliser la production agile. Mais il me semble clair qu'elle sera plus proche de celle de May que de la droite euclidienne ou de la courbe en cloche de notre ami Gauss.

C'est pourquoi le rôle du Scrum Master n'est pas de mettre en pratique des lois tirées sur les nombres mais d'observer et d'être attentif en permanence aux conditions de l'écosystème. Il remet toujours en question son jugement, il n'intervient pas en dogmatique mais dose ses interventions en fonction de l'état (biotique / abiotique) de l'environnement.

C'est une fonction davantage sensible que rationnelle.

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Changer le monde

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Depuis le dernier billet il s'est passé pas mal de choses, j'ai beaucoup gambergé mais pas beaucoup écrit. Deux rencontres aux CARA on apporté comme d'habitude leur bouffée d'air agile d'altitude.

Je viens de terminer le "Cygne Noir" de N. N. Taleb. Je vous mets un lien vers le blog d'Alexandre Delivré qui résume le propos de Taleb de façon très agréable. C'est un livre qui évoque des choses plus profondes que le résumé de la plupart des chroniques ne le laisse percevoir.

A la rencontre du Cara de mars, Jérôme Barrand nous a présenté en avant première (bon ok, on était pas en "avant première", on a été les cobaye :smile: ) la poursuite de sa réflexion sur le management agile. J'ai un petit problème de cohérence par rapport à l'approche de Jérôme. Je suis totalement en phase avec ses fondamentaux mais je n'arrive pas à adhérer complètement à l'énoncé des axes du management agile... Bon, on verra. Je ne demande pas mieux que de constater que je me trompe en voyant que les manager viennent vraiment à l'agilité par ce biais.
Il y a un point cependant sur lequel je resterai en désaccord, c'est la mise à l'écart du système d'information au prétexte que c'est un point "technique".

Quoiqu'il en soit Jérôme a évoqué le désir (partagé avec d'autre agilistes) de "changer le monde".

Change le monde c'est une perspective sympa...

...mais je ne crois pas que le monde nous attende pour changer.

En fait je crois que le monde à déja changé, et c'est la que je rejoins N.N. Taleb, les Cygnes Noirs changent le monde, les gagnants raflent la mise et les autres subissent.
Un Cygne Noir, c'est un événement imprévisible (rien dans le passé ne nous permet de savoir qu'il a des chances de se produire), qui a un impact majeur, et que notre nature nous porte à analyser après coup comme une chose que l'on aurait pu prévoir.

Cela ne veut pas dire que l'apparition d'un Cygne Noir soit nécessairement soudaine. Un événement comme l'apparition de l'Internet est un Cygne Noir. Ce n'est pas le seul.

L'homme est essentiellement un système d'information mais la nature ne l'a pas doté de la capacité à gérer avec sagacité des flux d'information aussi important que ceux que le monde lui envoie aujourd'hui. Comme le dit Michel Serres (voir ce billet de l'année dernière) nous vivons une révolution de l'importance de l'apparition de l'imprimerie, et en confiant notre mémoire au système nous perdons notre tête.

Nos modèles vieillissants nous permettront ils de faire face à ces changements ? La science du chaos nous montre les limites de la pensée cartésienne, de notre capacité à appréhender le monde par décomposition en éléments simples et compréhensibles. Le scepticisme de Hume (notre vision du lien cause-effet n'est qu'une généralisation abusive de notre perception d'événements qui se suivent systématiquement) reprend finalement une nouvelle jeunesse à l'éclairage de cette même science.

Apprivoiser le doute plutôt que de pousser hors de leur limites des raisonnements destinés à satisfaire notre besoin de certitude.

Si la philosophie rationnelle ne positionne plus ses adeptes comme les mieux adaptés à l'environnement qui se prépare, les pragmatiques, les empiristes, les sceptiques..., seront ils mieux à même de s'en sortir puisqu'ils l'appréhendent d'une autre façon ?

Il ne s'agirait plus alors de "changer le monde" mais d'être dans le groupe de ceux qui seront adaptés à un monde qui a déjà changé. Et se reconnecter avec la connaissance sensible, c'est peut-être devenir plus "humain".

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Méthode agile quand même ?

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J'ai pas mal tourné autour des concepts de méthode et d'agilité, principalement pour réfuter le terme de méthode au profit de mots comme "principe" ou "pratique".

Pourtant, à y regarder de plus près, il est bien possible que des méthodes soient à l'action. Mais leurs racines sont plongées ailleurs que dans le simple plan rationnel.

Quelques pistes de réflexion m'ont été données par l'écoute de FC d'une part et aussi par la lecture de Claude Lévi-Strauss.

La première concernait une émission à propos de l'utilité des fertilisants en Afrique et des actions d'une ONG. Des études ont été faites pour valider que l'usage de fertilisant était une bonne idée pour augmenter la production sans appauvrir le paysan, bref pour aider à sortir de la misère.
La conclusion était que oui, les champs fertilisés sont plus productif, permettent de mieux vivre, et laissent au paysan de quoi s'acheter à nouveau des fertilisants pour l'année suivante.

Je n'ai pas d'avis particulier la-dessus, mais la suite est intéressante.

Les paysans ont assez d'argent après la vente des excédents de récolte pour acheter les fertilisants de l'année suivante... sauf que le printemps venu, l'argent a été dépensé à autre chose.
La politique de gestion habituelle est d'attribuer des subventions pour permettre à l'agriculture de continuer. L'ONG en question a mis en place une solution intéressante, plutôt qu'une subvention, elle donne une incitation (gratuité de la livraison) mais uniquement dans le temps qui suit la récolte, c'est à dire au moment ou l'argent est encore disponible.

La responsable de l'ONG explique qu'elle agit de cette façon sur la procrastination. Ce mot désigne l'attitude qui consiste à remettre à plus tard les choses à faire. Les raisons sont variées, chacun procrastine au moins une fois dans sa vie.

Ce qui est intéressant c'est d'observer notre relation à la décision en fonction du temps qui la sépare de l'action. Les fumeurs qui vont bientôt arrêter de fumer le savent (comme ceux qui vont bientôt se mettre au sport, se mettre au régime...).

Premier principe donc: intégrer la gestion des tentations de procrastination (décider tard mais produire vite par exemple).

Dans Race et Histoire, Lévi-Strauss bouscule quelques certitudes quand à cette notion tellement évidente d'évolution de civilisations. Ces idées sont discutées bien sur, et l'un des aspects de cette discussion porte sur la valeur que l'on accorde à la temporalité, et il est fait référence aux travaux de Saussure.

Dans son Cours de linguistique générale Saussure définit certains concepts et notamment ceux de synchronie et diachronie.
Un bon exemple permet de saisir de quoi il s'agit. Une partie est en cours, un joueur s'en va et vous demande de prendre sa place. Avez vous autant de chance de gagner que les autres joueurs autour de la table ?
Oui si c'est une partie d'échec. Non si c'est une partie de bridge.

Ce qui intéresse les analystes dans ce domaine, c'est ce que l'on peut espérer faire à partir d'un ordre que l'on identifie.

Ce qui nous intéresse en agile, c'est la conclusion inverse :
La quantité d'information signifiante est totalement disponible quel que soit l'instant dans un ordre diachronique. Une certaine quantité d'information signifiante est perdue définitivement avec le temps dans un ordre synchronique. L'absence de cette information dans le second cas compromet la réussite du projet.

Les projets traditionnels fondent leur progression sur l'hypothèse qu'ils évoluent sur un ordre diachronique. L'information est sensée progresser par le biais des procédures et des documents. Le système mis en place à pour objectif d'atteindre ce but.

Second principe: la gestion d'un projet agile intègre la prise en compte de l'ordre synchronique (travailler ensemble et en interaction par exemple).
Elle possède des états "stables" (livraison de produit fini) qui permettent de progresser par jalon, mais sait bien qu'un changement complet d'équipe entre 2 jalons remet en cause la réussite du projet.

Bon, c'est tout pour aujourd'hui, la prochaine fois on parlera des post-it, de l'action sensible et de son incidence sur l'engagement :D

Mettre en place des mécanismes qui prennent en compte le comportement humain et la métaphysique, est-ce que ça fait une méthode ?

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L'agilité est un état d'esprit

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Le terme d'agile est apparu pour nommer une attitude dans la gestion des projets informatique, peut-être au-delà, dans une façon d'être en tant que manager.

Le fait de donner un nom à ce qui n'en avait pas permet à la chose d'exister. Cette attitude "agile" faisait déjà parti du paysage depuis longtemps, c'est fondamentalement dans la nature de certains individus, qui, pour cette raison même, n'ont jamais beaucoup progressé en entreprise (sauf à mettre ces fondamentaux en sommeil).

Elle est faite de certaines caractéristiques (qualités et défauts) qui font qu'un individu s'épanouisse plutôt dans la collaboration, les relations d'égale à égale, la non compétitivité... et aussi sans doute d'autres choses. Peut-être qu'une forme de paresse qui concentre l'énergie sur ce qui est d'abord nécessaire est aussi utile, une réflexion sur la nature des choses et un peu de courage pour affronter ses principes sont sans doute les bienvenus.

Je travaille en ce moment à convaincre que des réponses agiles sur certains projets sont raisonnables. Les objections que je reçois sont normales, il est assez inconcevable de jeter à priori ses pratiques prédictives pour passer dans l'inconnu. Ça demande sans doute du courage de la part de ceux qui doivent "faire confiance".

Je regardais une émission sur Jean-Louis Trintignant ce matin.

Bel acteur, honnête homme en effet, je l'entendais parler simplement de choses simples qui me parlent bien.

Il parlait du théâtre que par opposition avec le cinéma il qualifiait, sans chercher à être péjoratif, de "conserve" ("cela peut-être de la bonne conserve, mais c'est quand même de la conserve"). Le théâtre au contraire est une représentation permanente.

Il parlait aussi de sa relation à la peur et de la nécessité de se mettre en danger.


J'aime bien me mettre en danger, j'aime bien oublier mon texte, ne pas savoir ce que je vais dire, et puis l'inventer au moment où je le dis...
Si on ne fait pas cet effort de tout oublier on ne peut pas être bien, on est un perroquet.


Certes, mais on maîtrise.

On maîtrise quoi ? Sa peur.

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Le blog des philosophes

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En lisant "Le Gai Savoir", je ne peux m'empêcher de penser qu'à une autre époque, notre époque, Nietzsche aurait écrit une bonne partie de son œuvre sous forme de blog.

Il aurait ajouté des hyperliens vers le blog de Stendhal assurément, il aurait sans doute posté des commentaires sur les blogs de Schopenhauer et de Wagner avec des retro liens "je vous ai commenté sur mon blog".
Et comme il l'évoque dans "Soupir", il avait aussi, parfois, le blues du bloggeur:


J'ai saisi cette idée en passant, et vite j'ai pris les premiers mots venus pour la fixer, de crainte qu'elle ne s'envole de nouveau.
Et maintenant elle est morte de ces mots stériles; elle est là suspendue, flasque sous ce lambeau verbal et, en la regardant, je me rappelle à peine encore comment j'ai pu avoir un tel bonheur en attrapant cet oiseau.


J'avais déja eu un sentiment analogue avec Rousseau mais d'une façon différente.

Alors que "Le Gai Savoir" est en bonne partie articulé sous forme de billets, c'est ailleurs que se situe le point de comparaison dans une œuvre comme Le Discours sur les Sciences et les Arts .

Dans le livre que j'ai, celui de la collection du monde philosophique, le Discours est suivi par les échanges de lettres, contradiction d'opposants et réponses de Rousseau.
Ces échanges sont très éclairants par ailleurs, et je les vois bien dans un fil de commentaires. Sans doute cela aurait-il été repris et poursuivi sur un forum...

Sacré Rousseau, il répond à tout, il ne savait pas encore qu'il ne faut argumenter avec les trolls :D

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Pratique et méthode

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On parle ici et là de méthodes Agile. Avec un grand A. Je crois bien l'avoir orthographié de cette manière dans pas mal de billets.
Pourtant je passe mon temps à éviter ce terme et à lui préférer celui de "pratique" quand je parle de l'agilité. Le terme de "méthode" entraine aussitôt dans nos esprit cartésiens les réflexes de rationalisation: petit 1, petit 2... qu'elle est votre méthode ?

On a eu en France précédemment la méthode Merise : d'abord nous parlons de conception - à ce niveau on élude toute question qui à trait au "comment", on parle du "quoi". Comme il y a deux composantes, les "données" et les "traitements", on va donc scinder en deux notre réflexion...ça c'est une méthode.

Nous est venue par la suite d'outre atlantique UML. UML n'est pas une méthode mais un outil de modélisation. J'ai entendu parlé de "méthode UML" (ou peut-être ai je inféré le terme "méthode" quand on m'a parlé d'UML ?) longtemps avant d'avoir à l'utiliser. Je m'y étais intéressé plusieurs fois mais ne trouvant pas le bout du fil pour dérouler la pelote, j'ai remisé à plus tard ma compréhension d'UML.

Jusqu'au jour ou il a fallu mettre UML en pratique. Ca m'a donné un peu de mal, cherchant une "méthode", à comprendre, un niveau auquel rattacher une information. Et puis j'ai compris qu'il n'y avait pas de niveau, pas de rapport entre le type d'information et le diagramme dans lequel on doit la mettre, pas de lien nécessaire entre les types de diagramme...bref pas de méthode.

Comme le dit Bernard Morand (que je cite de mémoire) "comme il faisaient bien du Merise, ils ont bien fait de l'UML". Maîtriser un démarche méthodologique aide grandement à utiliser un modèle pour la représenter.

Quand on parle d'agilité, on y associe des démarches dans lesquelles ont codifie surtout des attitudes en posant des principes (privilégions les interactions entre les individus, privilégions l'acceptation du changement, ...).

Ces principes sont davantage proche de maximes qui fondent une sorte de "morale" que de préceptes décomposant des étapes qui aboutiraient à faire une méthode. En mode agile, on prend en compte nos perceptions davantage que notre raison, même si celle-ci est éminemment mise à contribution. On trouve des décompositions, des hiérarchisations, des étapes ... qui peuvent conduire à croire à de nouveaux processus que l'on doit suivre de façon dogmatique.

Il faut sortir des anciens schémas, rester sur le terrain de la méthode c'est passer à coté du principe.
Il y a une prise en compte davantage d'information quand on est plus prêt du but que lorsqu'on dessine un plan. Les arbres et le maisons sont présents partout ou je voyage. Mais plus je me rapproche de chez moi, plus les arbres et les maisons ont du sens, ils portent en eux le parfum du foyer.

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Le temps du projet

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Dans le cas d'un projet de prestation en ingénierie informatique dont l'objectif est de produire un logiciel (un outil à destination d'utilisateurs), le prix de la prestation peut-être ramené au coût du temps passé.
Le nombre de personnes que multiplie le nombre de jours nécessaires donne le prix du projet, les autres frais (déplacement, achat logiciel spécifique,...) sont en proportion la plupart du temps négligeables.

Pour le Chef de Projet de la SSII qui va réaliser cette prestation, le budget de réalisation va ainsi être un budget en "jours". Piloter le projet revient à estimer, compter, agencer du temps.

Le temps est un concept des plus trompeurs. On le ramène naturellement à des chiffres puisqu'on sait le mesurer, et à partir de chiffres on maîtrise tout.
Tout ce passe comme s'il existait du temps dans la nature, de la même façon qu'il y a des arbres, des virus ou des phénomènes électromagnétiques. Une fois identifié, analysé et confronté à notre collection d'êtres mathématiques on modélise. Maîtriser le modèle c'est pouvoir transmettre et partager la "connaissance" de la chose.

Et pourtant, entre une période de stress et une période d'ennui on a bien du mal à accorder le modèle à la chose. Un plus un ne font pas deux dans notre perception.
Si par ailleurs j'essaie de me souvenir des évènements passés, je me rend compte que je suis bien incapable de les situer de façon objective. J'associe simplement des pensées qui me permettent de trouver un point d'accroche sur mon référentiel (c'était avant la visite du client que je me rappelle être le 6 novembre, mais après la fourniture de la spécification, et je me souviens que c'était un mardi parce j'ai mangé des raviolis ce jour là).

J'entendais l'autre jour Albert Jacquart qui citait Saint Augustin pour qui

s'il ne se passait rien, le temps n'existerait pas

et lui opposait la vision d'Einstein pour qui

le temps c'est ce qui passe quand rien ne se passe.



La vision exprimée par Kant de façon plus rationnelle analyse le temps comme un "concept transcendantal de l'intuition". C'est ce que l'on appellerait en informatique un "méta concept", c'est un concept qui permet de construire d'autres concepts.
L'intuition est l'endroit de notre conscience qui assemble les éléments de la perception, ceux qui nous sont donnés par nos sens. Puisque nous percevons notre environnement de façon multiple (on a 5 sens) et progressive (on ne voit pas tout à la fois) il est bien nécessaire de pouvoir assembler ces informations pour en déduire des objets. Deux concepts permettent de le faire, le Temps et l'Espace.

L'une des différences de la pratique Agile par rapport à la pratique classique prédictive réside dans la relation au temps.

Il ne s'agit plus de faire comme si l'on pouvait contrôler les évènements par rapport à un temps vu comme un élément externe et objectif. La pratique Agile intègre le fait que, pendant que le temps passe, c'est par une intensification de la perception et par une extension de celle-ci dans le périmètre des compétences que vient la maîtrise du projet.

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Je veux des chiffres

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L'une des choses dont l'homme a besoin, c'est de maîtriser son environnement. Il n'y a rien de plus désagréable que d'avoir le sentiment de ne pas avoir de prise sur ce qui se passe.

C'est vrai dans les projets informatiques comme ailleurs. Ou en est-on ? qu'est-ce qui reste à faire ? est-ce qu'on va dépasser, de combien ?

Voila, la messe est dite : combien ?

L'homme saisit son environnement au moyen de concepts. La plupart des concepts sont acquis au moyen de l'expérience. C'est en voyant, entendant, touchant les choses que l'on arrive à assembler des connaissances et à en concevoir des règles que l'on réutilise pour appréhender d'autres choses. Une voiture ça roule, un vélo ça roule, une poussette ça roule... s'il y a des roues il est vraisemblable que ça roule.

Dans les cas qui touchent à notre rapport à notre environnement nous travaillons par utilisation des concepts. Beaucoup d'interprétations sont discutées autour de ces notions qui sont forts intéressantes. On s'aperçoit alors que les choses ne sont pas simples. Tout ou presque est contestable. La notion de cause et d'effet par exemple, qui semble généralement admise est habilement discutée par les sceptiques (une chose est la cause d'une autre, qu'est-ce qui le prouve ? une chose est observée en compagnie d'une autre , je constate que ce phénomène ce répète et de là j'en déduit que la première est à l'origine de la seconde - mais c'est juste un abus de ma part).

Les concepts qui nous sont nécessaire à connaître notre environnement ne sont donc pas exacts ou tout au moins n'ont pas une acceptation commune à l'ensemble de l'espèce.

Il en va autrement des concepts créés par l'homme. Puisqu'ils n'ont pas d'existence en dehors de la raison humaine il ne sont pas soumis à interprétation. Ces concepts sont regroupés sous le nom de "mathématiques".
Le père de ces concepts est le nombre. Les nombres sont rassurants. Ils suivent des règles rigoureuses, on ajoute 3 on retire 3 on retrouve le nombre du début. Même quand ça ne marche pas ça peut quand même marcher. J'ai 5 j'ajoute 7 je trouve 12, NON c'est faux !
- C'est faux ?
- Oui c'est faux !
- Ah ah facile tu est informaticien tu compte en hexadécimal. Le résultat est donc égal à "C" (oui, C a aussi le droit d'être un nombre).

La raison humaine à besoin de tranquillité (elle a inventé Dieu, l'inconditionné, pour être tranquille avec les concepts de causes et d'effet). Avec les mathématiques elle est tranquille: tout à une cause, les même causes produisent les mêmes effets, tout est maîtrisé.

Il n'est pas étonnant alors que face à nos problèmes métaphysiques de gestion de projet la tentation soit grande de se raccrocher à des choses qui nous stabilisent : combien ?

A partir de chiffres je suis en terrain connu. La somme des jours sur les taches est égale à la somme du temps prévu pour chacun ? Parfait. Ah, mais attention, le nombre de jours des mois considérés, compte tenu du pont du 11, n'est pas égal aux nombres précédents. Il faut ajuster quelque chose: réduisons la tache d'analyse OK ? J'ajoute, je compare au prévu... c'est trop ? Je soustrait, on va dire que ces jours passés sur un nouveau logiciel ne font pas partie du projet, on va les passer en formation. Je maîtrise.

Aborder le projet par des chiffres est bien entendu nécessaire à un certain moment, au bout du compte on va bien devoir compter l'argent et calculer une rentabilité. Mais j'observe souvent que l'énergie passée à ce jeu dépasse le nécessaire. Il y a une sorte de confusion entre la maîtrise des chiffres et la maîtrise du projet.
Ce qui est fait (en substance, pas en jours) comme ce qui reste à faire (en substance aussi) ne sont jamais que des concepts posés sur des informations tirés de l'expérience et soumis aux aléas des lois de la nature. On ne peut espérer qu'ils puissent se soumettre à notre volonté.

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Réflexions d' Agile Tour

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Agile Tour à Grenoble c'était jeudi dernier. Et c'était drôlement bien.

D'abord parce que c'est bon pour le moral de voir 200 personnes à Grenoble répondre à cette invitation pour une première manifestation du genre. Çà démontre un intérêt pour l'idée d'Agilité d'entreprise.

Jérôme Barrand en invité d'honneur pour faire la conférence d'ouverture c'était un trés bonne idée. Il a mis d'emblée la barre la où elle doit être : partout.
Grosso modo le modèle industriel du siècle passé est dépassé. Principe de management, comportement commercial, "business modèle" tout est à revoir. La réussite passera par la collaboration, le modèle gagnant-gagnant, le travail POUR les autres. Il ne s'agit pas d'altruisme, on arrive à un niveau de partage de connaissances qui ne permet plus d'asseoir des pouvoirs sur la maitrise du circuit d'information. Il faut donc prendre en compte cette composante, si on veut du chiffre il faudra de la fidélité, si on veut de la fidélité, il faudra de la transparence.

Beaucoup de SSII étaient là et je ne suis pas certains que c'était ce qu'elles étaient venu chercher. Mais il restait à venir plein d'exposés de retour d'expérience et d'explications de méthode qui les ont je pense pleinement satisfaites.

Et pourtant, celles qui auront bien entendu le discours de Jérôme en auront tiré les idées pour s'imposer sur le marché du développement informatique agile.

J'ai entendu parler (et même vu dans ma pochette Agile Tour) des méthodes agiles dont je n'avais jamais entendu le nom, la méthode maison de chaque SSII. Gros avantage d'avoir sa méthode. D'abord elle ne peut pas être comparée facilement avec celle des concurrents, elle permet au management de prendre le contrôle, elle permet de contourner les obstacles du forfait classique en injectant quelques clauses limitant l'acceptation du changement...

Bref elle permet de se présenter sur le marché avec des habits agile en gardant sa personnalité SSIIesque

Arrêtez donc d'investir dans des processus d'élaboration, de formation, de marketing... de nouveaux masques.

N'avez vous pas entendu souffler le vent de l'agilité ?
Gardez cet argent et investissez le ailleurs. Mettez le dans l'apprentissage de nouvelles pratiques et dans l'amélioration continue. Faites des estimations en point de vos cahier des charges, faites le faire par des équipes de développeurs, inventez de nouveaux modes de contrats forfaitisés, prenez des affaires en acceptant de payer le prix sur les premières de la découverte du chemin...

Bref, arrêtez de vouloir paraître, changez de voie, devenez Agile !