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Jean-François Jagodzinski - Le Blog

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Posts tagged with "Projet"

Communication et modèle

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On ne sait pas transmettre nos idées par duplication de cerveau à cerveau. C'est bien embêtant.

On a donc du avoir recours à différentes techniques qui nous permettent de communiquer les idées. On sait bien que nous communiquons par divers moyens, voix, gestes, expression, écrits… On connaît moins qu'il existe des niveaux d'échange différents selon les différentes idées que l'on cherche à communiquer.
En fait on peut reconnaître 4 niveaux de communication qui correspondent à 4 niveaux d'idées.

  • Au premier niveau le message permet de faire passer les informations sur soi "au secours!".
  • Au second niveau le message apporte une information simple à la communauté "Attention!".

    Ces 2 niveaux sont partagés par les animaux et sans doute également par les plantes si on en croit les études les plus récentes.
    Les circuits qui permettent de gérer cette information sont donc basiques, primaires, "hardcodé" dirait-on dans notre monde informatique. Ils sont très rapides et peu sujet à l'erreur.
  • Au troisième niveau notre message porte sur la description. C'est un messages complexe adressé à la communauté "la nourriture est abondante dans le champs de l'autre côté de la rivière". C'est un niveau essentiellement humain mais on peut penser que certains animaux le partagent (je pense à l'abeille).
  • Au quatrième niveau notre message porte sur l'argumentation. Niveau exclusivement humain qui met en œuvre notre matière cérébrale particulière, le neocortex, ça fonctionne moins vite mais ça a son efficacité.

On est assez fiers de notre capacité d'abstraction. Les animaux savent bâtir un modèle mental de leur environnement, très peu savent le transmettre à leurs congénères, mais aucun ne sait argumenter avec ces derniers sur l'opportunité d'aller chercher sa nourriture plutôt ici que là.

Nous si. On excelle dans ces 2 disciplines que sont la description et l'argumentation.
Enfin, on excelle… on sait communiquer des messages à ces niveaux.

Mais comme on ne sait pas répliquer nos pensées dans le cerveau de notre interlocuteur on utilise différents modèles. Pour que ces modèles soient efficaces, il faut une parfaite adéquation de toutes les parties quand au code utilisé. Si j'articule un son, par exemple "chaise", il faut que ce son évoque dans l'esprit de mon interlocuteur la même idée que j'ai présentement à l'esprit.

Avec mon fils qui vit dans la même maison que moi, il y a des chance que nos idées soient assez semblables. Avec d'autres ça dépend. On a de bonnes chances d'avoir nos idées en phase sur le nombre de pieds je pense, bois ou métal là nos idées pourraient ne pas se ressembler.

Modéliser lorsqu'il 's'agit d'éléments de notre environnement correspond toujours à généraliser. Et généraliser c'est perdre de l'information. Toujours.

Il existe une option.

Je peux t'apporter ma chaise. J'activerai alors la communication sur le niveau 2 "regarde!" et au niveau 3 je dirais juste un mot "chaise".
Quand on en parlera de chaise, je sais que l'idée que tu formeras est assez proche de celle que je forme moi-même.

Mais tu ne pourras quand même pas t'assurer qu'en en parlant à quelqu'un d'autre le message passe aussi clairement.

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Le manager est il au dessus du cadre Agile ?

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Une équipe que je coache s'est laissé imposé par le management métier le remplacement d'une story en cours de sprint. Le PO était en vacances, le manager de la partie métier a directement fait sa demande au management du SI qui a redescendu la demande à l'équipe.

Les équipiers sont mal à l'aise, mais disent ils, c'est difficile d'aller à l'encontre d'un ordre qui vient du management.

La question fondamentale n'est pas tant de savoir s'il fallait le faire. C'est plutôt pour l'équipe de juger de la force qu'elle a mise, de l'ensemble des mesures et des alternatives qu'elle a proposées pour défendre le cadre Scrum.

Je discutais de ce point avec le responsable des projets Agiles de l'entreprise. Son opinion est qu'il ne faut pas être trop rigoureux, tout au moins pas rigoriste.
L'Agilité c'est aussi l'adaptation. Il peut arriver qu'un PO demande un changement et s'il a de très bonnes raisons ont peut considérer sa demande.
Du point de vue de ce responsable on a trop souffert dans nos systèmes passés (projets à cycle en V) de l'excés de rigueur.

Je déteste la rigidité, la rigueur, les cadres imposés...je suis par nature un homme de service et de compromis.
Mais je ne suis pas de son avis

Scrum est fait de 2 choses :
  • Un espace de liberté au profit de la création et de l'adaptation au service desquels le chaos est sollicité.
  • Un cadre strict et une discipline forte qui permettent d'empêcher la propagation du chaos au projet lui-même .



C'est le principe du moteur à explosion . L'énergie est générée dans une chambre de combustion qui permet de la contenir.
La récupération de l'énergie est maîtrisée : celle-ci est dirigée pour générer une puissance utile.
Retirez la chambre de combustion et provoquez l'explosion, comme dirait notre ancien président ça fait pschiiiiit.

Nos problème passés venaient il vraiment de la rigidité du process ?
Parmi les raisons qui font que l'on prône la rigueur en gestion traditionnelle de projets on peut ressortir la longueur du cycle de production et la dépendance hiérarchique des tâches. Une gestion rigoureuse était mise en place pour tenter de garder la maîtrise des budgets et des délais.

La contrepartie en est que l'obtention d'un produit à la fois minimal et parfaitement adapté à l'utilisateur tenait du challenge.

Pour tenter de corriger les erreurs d'appréciation initiales, il existe un processus de gestion des exceptions. C'est ce que l'on appelle l'"escalade" auprès du manager.

Les managers ont le pouvoir de briser les règles pour arranger des écarts fonctionnels ou des reports de délai.
En réalité ce processus est un dysfonctionnement qui répond à un dysfonctionnement (mais qui a aussi bien d'autres logiques d'existence)

La philosophie Scrum est de proposer des cycles courts dans lesquels des fonctions finalisées sont livrées.
Le risque de ne pas produire une fonctionnalité prioritaire dans un délai compatible avec un besoin métier réel est sinon nul du moins très limité. Et dans le cas ou il est avéré, ce risque peut sans doute se gérer sans briser le cadre Scrum (par une solution dégradée temporaire).

Le recours à l'escalade doit être vue comme une facilité du projet traditionnel , dans lequel le manager a le pouvoir de déroger au processus.

En passant en organisation Agile le manager a délégué son pouvoir.

S'il veut favoriser la progression vers l'agilité alors il doit aussi se soumettre à la discipline que demande le cadre Scrum.


Comme disait un manager aux débuts de ma carrière : passées les bornes, il n'y a plus de limites.



Crédits : perso: Auguste - Musée du Vatican
http://lemondedekoulou.over-blog.com/40-categorie-705456.html
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Moteur_plan.PNG
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tableau_SYMPHONIA.jpg

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La fin du mode projet

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Je remercie Jean de m'avoir par son article décidé à enfin écrire ce billet.

Si je me souviens bien c'était en 2003, sur un projet important de refonte et d'uniformisation des systèmes Gestion comptable et Gestion commerciale dans un grand groupe pétrolier.
Un groupe d'utilisateurs référents avait été constitué pour la circonstance. Ils venaient des 6 coins de l'hexagone pour représenter les besoins de leur filiale. Ils avaient été rassemblés à Paris "La Défense" pour des ateliers de rédaction de spécification qui devaient durer un an.


Les chefs de projets informatiques pestaient devant la difficulté à faire comprendre aux référents utilisateurs qu'ils devaient travailler en "mode projet" (en fait tout décomposer en niveaux d'abstractions et en fonctionnalités selon les attentes des informaticiens). Ces super utilisateurs étaient pour la plupart issus de directions opérationnelles et leur environnement était plutôt le "mode production" .

Avant ça, je n'avais jamais réalisé pour ma part que je travaillais en "mode projet".

S'il est difficile à quelqu'un de basculer son comportement vers le "mode projet", c'est sans doute que ce dernier ne doit pas être trés naturel. Si faire des projets est un penchant humain, la façon d'aborder ceux-ci est loin d'être conforme à la méthode conçue dans le monde de l' informatique traditionnelle. J'ai d'ailleurs tendance à penser qu'il y a autant de méthodes que d'individus.

Le "mode projet" dont il est question dans le système d'information (mais pas que) est un comportement imposé, codifié, qui démarre par une étude théorique et qui termine par un tampon d'acceptation. Le chemin est balisé, il y a des passages obligés... bref ce mode de comportement doit obligatoirement être appris (et il n'est jamais totalement maîtrisé).

On peut parler longtemps du "mode projet" , en préciser le plan, la durée, les intervenants, le plan qualité, les risques… sans jamais définir quel est l'objet du projet. Le projet est un objet manipulable en soi.

On peut d'ailleurs définir quelques caractéristiques de cet objet : Il a une limite dans le temps, il est borné par un début et une fin, c'est une sorte de trou noir, l'information n'en sort pas naturellement…
Cet objet se manipule à l'aide de méthodes (il y en a plein) qui donnent les outils pour gérer le temps du projet, extraire l'information sélectionnée pour la diffusion…etc.

Ces méthodes ont toutes le même ADN de base , on y trouve inscrit les facteur temps (début-fin), information (validée), tâche(spécialisée), responsable(coupable), qualité (projet)... etc

Lorsqu'on aborde l'Agilité, on parle encore de projet. Méthode, pratique, nouveau type d'organisation….de projet.

J'accepte et j'utilise ce vocable principalement pour des raisons pratiques.

Pourtant, la mutation informatique vers l'Agilité (si elle réussit) remisera le "mode projet" au musée comme elle a remisé le langage procédural ou la base de données hierarchique (mais l'impact en sera sans doute bien plus grand).

Le mode de production Agile possède un génôme très différent de l'ADN des méthodes de projet. On y trouve des traces de temps (cycle), information(émulsion), taches(auto-affectées), responsable (collectif), qualité (produit) … etc.

Cet animal n'est pas équipé pour répondre au mode projet. Il est équipé pour attaquer la production logicielle comme celle d'un produit manufacturé. Un processus continu, une chaine de production qui adresse simplement des produits différents des assemblages matériels, des produits spécifiques au monde des théories (le monde 3 de Popper).

Cet ADN Agile est constitué de molécules "lean" adaptées au cycle de production matériel, ainsi que de molécules nouvelles, adaptées à l'injection de créativité tout au long du processus de production. Cet ADN évoluera avec la sélection naturelle mais jamais dans le sens du "mode projet".

Pour autant le projet n'est pas mort, il n'a pas vocation à disparaître. Il devrait même se renforcer, mais au niveau qui est le sien, celui de l'entreprise, celui des métiers.
Le projet c'est celui de l'entreprise, aborder un nouveau marché, simplifier la gestion comptable, réduire les coûts des opérations d'audit….

Le besoin de logiciel dans ces projets reviendra à lancer un nouveau besoin dans la chaine de production. Le lancement est standard, simple, rapide. La chaîne livre tôt et régulièrement du produit fini.
Bien sur, la façon de faire des projets va évoluer puisqu'elle était fortement empreinte des règles imposées par le "mode projet" du système d'information.

Cela va permettre d'adresser les besoins des projets métiers de façon plus rapide, plus intensive, de mettre en concurrence des solutions et de sélectionner ensuite les plus pertinentes, de répartir les budgets sur davantage de projets et de les pousser plus ou moins loin plus ou moins vite … et d'avoir la puissance des utilisateurs (ceux qui connaissent le micro management des informations) dans la boucle.

Mais ceci n'est pas encore écrit. Ou bien ça l'est ? Seulement si la fin des dinosaures était inéluctables...

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un bon chef de projet

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Supposons que votre patron vous demande de mettre en place une solution informatique pour octobre prochain (on est en décembre).
Vous vous renseignez auprès de quelques fournisseurs habituels et ils vous disent qu'il semble assez improbable de développer la solution avant décembre.
Vous en faites part à votre patron qui refuse un report de délai. Débrouillez-vous pour que ce soit octobre.!

A partir de là, la procédure est connue au bon chef de projet que vous êtes. Vous consultez en gardant la date initiale (octobre), les fournisseurs vont bien faire avec. Les honnêtes qui ont leur carnet de commande bien rempli déclinent, ceux qui sont moins honnête, ou moins expérimenté, ou qui ont absolument besoin d'une commande vont rivaliser d'astuce pour se convaincre et vous convaincre qu'ils peuvent le faire.

Vous passez commande à l'un d'entre eux.

Votre problème maintenant va être de gérer la colère de votre patron s'il n'a pas sa livraison en octobre. Attention, dans ce cas la faute ne doit pas être la votre mais bien celle du fournisseur ou du métier, ou un mixte ... il faut donc bien gérer ces relations (ainsi que celle avec le patron, plus délicat,le mouiller un peu mais pas trop, il doit s'en sortir au final).

Vous allez donc gérer le projet:
     - Envoyer des mails chaque fois qu'un jalon n'est pas respecté, faire des comité de pilotage qui montrent des plannings rassurants sur lesquels les autres s'engagent…etc (ce n'est pas toujours facile, il sont expérimentés aussi et voient bien la corde…un bien beau combat).
     - Avec de la chance le métier peut venir avec une demande non prévue. C'est toujours une bonne occasion d'être contraint malgré soi de reculer la livraison.
     -Une chose à ne jamais oublier est d'insister auprès du fournisseur sur le fait que l'on veut absolument de la qualité, le PAQ (plan d'assurance qualité) est un bon outil, faites bien valider la partie qualité logicielle. Mais attention, il ne faut pas s'impliquer au-delà, ce serait se compromettre. Le but est surtout que le fournisseur livre en octobre (en s'arrangeant bien comme il veut).
A ce moment là, votre patron ne pourra rien nous reprocher.

Le temps nécessaire à corriger les bugs du logiciel est de toute façon totalement imputable au fournisseur (qu'est-ce qu'on aurait bien pu y faire ?).
Bien sûr, celui-ci va chercher à requalifier quelques bugs en demandes d'évolutions non prévues au départ, mais si on à bien gardé trace des mails, des compte-rendus, etc. on doit s'en sortir à moindre frais.

C'est à ça qu'on voit le bon chef de projet, il sait satisfaire son patron.
Il peut s'engager sur l'impossible, faire en sorte de trouver quelqu'un qui veuille bien le fournir, justifier qu'il a atteint l'objectif.
Avec talent, il n'aura jamais montré que chaque évènement qui permet de le dégager d'une responsabilité est une bonne nouvelle. Au contraire ! il aura paru préoccupé par les obstacles.

Par la faute des autres (qui n'ont pas respecté leurs engagements pourtant on leur avait bien dit) le résultat n'est pas utilisable en l'état, mais la charge financière est largement reportée sur le coupable (et tout est bien dans le meilleur des mondes possibles).

Le patron à son tour dispose de tous les arguments pour justifier auprès de sa direction que le projet est un succès(quelques couacs à cause de <liste de coupables> mais financièrement ont s'en sort bien). Il est reconnaissant au chef de projet et après quelques succès de ce type lui offre une promotion.

Et c'est là le problème ! Les bon chefs de projet ne restent pas longtemps en place (puisqu'ils ont promus) et sont souvent remplacés par des inexpérimentés qui causent beaucoup de souci à leur patrons.

Du coup celui-ci est stressé et tout le monde en pâti...

Maintenant c'est pire, ils veulent nous mettre des Screeeuum Maaaster qui comprennent rien ... mais alors rien au projet !

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L'équipe est un écosystème

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Je l'avoue, je suis un peu démuni face à toutes les théories qui cherchent à donner des modèles chiffrés à l'agilité et à Scrum en particulier.
Je regarde avec intérêt toutes les expériences. Je note avec intérêt le fait qu'un ratio ait pu être tiré d'un certain nombre de sprints sur ce projet ci ou que l'on ait constaté la véracité d'une théorie sur le coût de correction des bugs sur ce projet là.
Mais je suis mitigé sur les généralisations qui s'en suivent souvent implicitement.

C'est une tendance naturelle de l'humain de vouloir rationaliser et trouver des lois générales à partir d'expériences (ce que l'on appelle en philosophie l'induction). Je me demande s'il n'est pas imprudent de généraliser si rapidement à partir d'éléments factuels (les projets, les équipes, le degré de pratique) si différents, d'ailleurs sans les considérer tous ensembles.
Et tant qu'a chercher des modèles, je crois qu'il faudrait intégrer dans notre réflexion ceux de notre temps et ré-interroger les vérités dogmatiques pré-agile.

Il y a un terme utilisé en écologie qui est absent de l'entreprise et qu'il faudrait je pense intégrer dans notre réflexion : "écosystème"

La notion d'écosystème concerne une communauté d'êtres vivants ainsi que les conditions de son environnement. Il est caractérisé par ses interactions dans ses aspects biotiques et abiotiques (Source wikipedia).
La composante biotique se rapporte à l'intéraction du vivant sur le vivant (compétition, prédation, symbiose...), la composante abiotique se rapporte à l'action du non-vivant sur le vivant (sol, climat,...).

Les modèles écologiques ne se traduisent pas simplement. Enfin pas toujours. Je veux dire par là qu'ils peuvent être temporairement simples et prédictifs et puis basculer dans quelque chose d'imprévisible. Ce n'est pas que l'équation soit complexe, au contraire elle peut-être trés simple. Mais elle est fortement liée aux conditions initiales de l'expérience. Ce type de modèles est appelé chaotique.

Un bon exemple est donné par la fonction logistique de Robert May . Le diagramme de bifurcation ci-dessous montre les variations possibles dans la production du vivant en fonction de son environnement(aspects biotiques et abiotiques confondus). La population est exprimée en % de la capacité maximale du territoire considéré.
On peut lire en ordonnée (nommée "x") le % de population animale de l'année prochaine (calculée à partir d'une population actuelle de 25%) en tenant compte du facteur correctif ("r") qui matérialise les conditions particulières propre à l'environnement.

Lorsque le coefficient traduisant le facteur environnemental est inférieur à 3,5 les choses sont assez simples et prévisibles. Par la suite ça se gâte sérieusement et au dela de 3,57 toute infime modification, que ce soit du coefficient "r" ou bien de la population initiale, affiche un résultat qu'on ne pouvait prévoir.

Si l'on veut apporter un regard neuf sur notre travail, il peut-être intéressant d'aborder la réflexion sous cet aspect. D'un point de vue du projet informatique, la partie environnementale (non vivante) se rapporterait aux éléments tangibles (locaux de l'entreprise mais aussi équipement du projet - serveur d'intégration par exemple). La partie biotique serait composée des relations entre membres de l'équipe, hiérarchie, client ..etc

L'écosystème du projet est sensible à ces 2 composantes.

Un bon environnement de travail, un équipement de haut niveau, est facteur de facilité de travail mais aussi de motivation. Cette partie est assez simple à identifier en général, les actions d'amélioration sont souvent facilement quantifiables, cette partie est plutôt rationnelle.

Le fait qu'une équipe s'entende bien ou pas, qu'un "prédateur" se manifeste, qu'un "leader" soit en vacances, que la confiance soit là ou qu'elle n'y soit plus,... sont des éléments irrationnels. Il n'y a pas de loi simple qui puisse de l'une de ces causes quantifier un effet.
On saurait sans doute dire dans quel sens l'un de ces éléments fait avancer le curseur "r" mais on ne sait pas dire de combien (et quid s'il y a plus de 2 élèments?). Difficile d'identifier l'impact. Pire, on pourrait croire que l'impact est faible alors qu'il vient de pousser le curseur en zone rouge...vers les 3,56 disons.

Je ne sais pas qu'elle est la fonction qui permettra de modéliser la production agile. Mais il me semble clair qu'elle sera plus proche de celle de May que de la droite euclidienne ou de la courbe en cloche de notre ami Gauss.

C'est pourquoi le rôle du Scrum Master n'est pas de mettre en pratique des lois tirées sur les nombres mais d'observer et d'être attentif en permanence aux conditions de l'écosystème. Il remet toujours en question son jugement, il n'intervient pas en dogmatique mais dose ses interventions en fonction de l'état (biotique / abiotique) de l'environnement.

C'est une fonction davantage sensible que rationnelle.

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Le temps du projet

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Dans le cas d'un projet de prestation en ingénierie informatique dont l'objectif est de produire un logiciel (un outil à destination d'utilisateurs), le prix de la prestation peut-être ramené au coût du temps passé.
Le nombre de personnes que multiplie le nombre de jours nécessaires donne le prix du projet, les autres frais (déplacement, achat logiciel spécifique,...) sont en proportion la plupart du temps négligeables.

Pour le Chef de Projet de la SSII qui va réaliser cette prestation, le budget de réalisation va ainsi être un budget en "jours". Piloter le projet revient à estimer, compter, agencer du temps.

Le temps est un concept des plus trompeurs. On le ramène naturellement à des chiffres puisqu'on sait le mesurer, et à partir de chiffres on maîtrise tout.
Tout ce passe comme s'il existait du temps dans la nature, de la même façon qu'il y a des arbres, des virus ou des phénomènes électromagnétiques. Une fois identifié, analysé et confronté à notre collection d'êtres mathématiques on modélise. Maîtriser le modèle c'est pouvoir transmettre et partager la "connaissance" de la chose.

Et pourtant, entre une période de stress et une période d'ennui on a bien du mal à accorder le modèle à la chose. Un plus un ne font pas deux dans notre perception.
Si par ailleurs j'essaie de me souvenir des évènements passés, je me rend compte que je suis bien incapable de les situer de façon objective. J'associe simplement des pensées qui me permettent de trouver un point d'accroche sur mon référentiel (c'était avant la visite du client que je me rappelle être le 6 novembre, mais après la fourniture de la spécification, et je me souviens que c'était un mardi parce j'ai mangé des raviolis ce jour là).

J'entendais l'autre jour Albert Jacquart qui citait Saint Augustin pour qui

s'il ne se passait rien, le temps n'existerait pas

et lui opposait la vision d'Einstein pour qui

le temps c'est ce qui passe quand rien ne se passe.



La vision exprimée par Kant de façon plus rationnelle analyse le temps comme un "concept transcendantal de l'intuition". C'est ce que l'on appellerait en informatique un "méta concept", c'est un concept qui permet de construire d'autres concepts.
L'intuition est l'endroit de notre conscience qui assemble les éléments de la perception, ceux qui nous sont donnés par nos sens. Puisque nous percevons notre environnement de façon multiple (on a 5 sens) et progressive (on ne voit pas tout à la fois) il est bien nécessaire de pouvoir assembler ces informations pour en déduire des objets. Deux concepts permettent de le faire, le Temps et l'Espace.

L'une des différences de la pratique Agile par rapport à la pratique classique prédictive réside dans la relation au temps.

Il ne s'agit plus de faire comme si l'on pouvait contrôler les évènements par rapport à un temps vu comme un élément externe et objectif. La pratique Agile intègre le fait que, pendant que le temps passe, c'est par une intensification de la perception et par une extension de celle-ci dans le périmètre des compétences que vient la maîtrise du projet.

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Je veux des chiffres

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L'une des choses dont l'homme a besoin, c'est de maîtriser son environnement. Il n'y a rien de plus désagréable que d'avoir le sentiment de ne pas avoir de prise sur ce qui se passe.

C'est vrai dans les projets informatiques comme ailleurs. Ou en est-on ? qu'est-ce qui reste à faire ? est-ce qu'on va dépasser, de combien ?

Voila, la messe est dite : combien ?

L'homme saisit son environnement au moyen de concepts. La plupart des concepts sont acquis au moyen de l'expérience. C'est en voyant, entendant, touchant les choses que l'on arrive à assembler des connaissances et à en concevoir des règles que l'on réutilise pour appréhender d'autres choses. Une voiture ça roule, un vélo ça roule, une poussette ça roule... s'il y a des roues il est vraisemblable que ça roule.

Dans les cas qui touchent à notre rapport à notre environnement nous travaillons par utilisation des concepts. Beaucoup d'interprétations sont discutées autour de ces notions qui sont forts intéressantes. On s'aperçoit alors que les choses ne sont pas simples. Tout ou presque est contestable. La notion de cause et d'effet par exemple, qui semble généralement admise est habilement discutée par les sceptiques (une chose est la cause d'une autre, qu'est-ce qui le prouve ? une chose est observée en compagnie d'une autre , je constate que ce phénomène ce répète et de là j'en déduit que la première est à l'origine de la seconde - mais c'est juste un abus de ma part).

Les concepts qui nous sont nécessaire à connaître notre environnement ne sont donc pas exacts ou tout au moins n'ont pas une acceptation commune à l'ensemble de l'espèce.

Il en va autrement des concepts créés par l'homme. Puisqu'ils n'ont pas d'existence en dehors de la raison humaine il ne sont pas soumis à interprétation. Ces concepts sont regroupés sous le nom de "mathématiques".
Le père de ces concepts est le nombre. Les nombres sont rassurants. Ils suivent des règles rigoureuses, on ajoute 3 on retire 3 on retrouve le nombre du début. Même quand ça ne marche pas ça peut quand même marcher. J'ai 5 j'ajoute 7 je trouve 12, NON c'est faux !
- C'est faux ?
- Oui c'est faux !
- Ah ah facile tu est informaticien tu compte en hexadécimal. Le résultat est donc égal à "C" (oui, C a aussi le droit d'être un nombre).

La raison humaine à besoin de tranquillité (elle a inventé Dieu, l'inconditionné, pour être tranquille avec les concepts de causes et d'effet). Avec les mathématiques elle est tranquille: tout à une cause, les même causes produisent les mêmes effets, tout est maîtrisé.

Il n'est pas étonnant alors que face à nos problèmes métaphysiques de gestion de projet la tentation soit grande de se raccrocher à des choses qui nous stabilisent : combien ?

A partir de chiffres je suis en terrain connu. La somme des jours sur les taches est égale à la somme du temps prévu pour chacun ? Parfait. Ah, mais attention, le nombre de jours des mois considérés, compte tenu du pont du 11, n'est pas égal aux nombres précédents. Il faut ajuster quelque chose: réduisons la tache d'analyse OK ? J'ajoute, je compare au prévu... c'est trop ? Je soustrait, on va dire que ces jours passés sur un nouveau logiciel ne font pas partie du projet, on va les passer en formation. Je maîtrise.

Aborder le projet par des chiffres est bien entendu nécessaire à un certain moment, au bout du compte on va bien devoir compter l'argent et calculer une rentabilité. Mais j'observe souvent que l'énergie passée à ce jeu dépasse le nécessaire. Il y a une sorte de confusion entre la maîtrise des chiffres et la maîtrise du projet.
Ce qui est fait (en substance, pas en jours) comme ce qui reste à faire (en substance aussi) ne sont jamais que des concepts posés sur des informations tirés de l'expérience et soumis aux aléas des lois de la nature. On ne peut espérer qu'ils puissent se soumettre à notre volonté.

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