Méthode agile quand même ?
Friday, 27. February 2009, 17:43:07
J'ai pas mal tourné autour des concepts de méthode et d'agilité, principalement pour réfuter le terme de méthode au profit de mots comme "principe" ou "pratique".
Pourtant, à y regarder de plus près, il est bien possible que des méthodes soient à l'action. Mais leurs racines sont plongées ailleurs que dans le simple plan rationnel.
Quelques pistes de réflexion m'ont été données par l'écoute de FC d'une part et aussi par la lecture de Claude Lévi-Strauss.
La première concernait une émission à propos de l'utilité des fertilisants en Afrique et des actions d'une ONG. Des études ont été faites pour valider que l'usage de fertilisant était une bonne idée pour augmenter la production sans appauvrir le paysan, bref pour aider à sortir de la misère.
La conclusion était que oui, les champs fertilisés sont plus productif, permettent de mieux vivre, et laissent au paysan de quoi s'acheter à nouveau des fertilisants pour l'année suivante.
Je n'ai pas d'avis particulier la-dessus, mais la suite est intéressante.
Les paysans ont assez d'argent après la vente des excédents de récolte pour acheter les fertilisants de l'année suivante... sauf que le printemps venu, l'argent a été dépensé à autre chose.
La politique de gestion habituelle est d'attribuer des subventions pour permettre à l'agriculture de continuer. L'ONG en question a mis en place une solution intéressante, plutôt qu'une subvention, elle donne une incitation (gratuité de la livraison) mais uniquement dans le temps qui suit la récolte, c'est à dire au moment ou l'argent est encore disponible.
La responsable de l'ONG explique qu'elle agit de cette façon sur la procrastination. Ce mot désigne l'attitude qui consiste à remettre à plus tard les choses à faire. Les raisons sont variées, chacun procrastine au moins une fois dans sa vie.
Ce qui est intéressant c'est d'observer notre relation à la décision en fonction du temps qui la sépare de l'action. Les fumeurs qui vont bientôt arrêter de fumer le savent (comme ceux qui vont bientôt se mettre au sport, se mettre au régime...).
Premier principe donc: intégrer la gestion des tentations de procrastination (décider tard mais produire vite par exemple).
Dans Race et Histoire, Lévi-Strauss bouscule quelques certitudes quand à cette notion tellement évidente d'évolution de civilisations. Ces idées sont discutées bien sur, et l'un des aspects de cette discussion porte sur la valeur que l'on accorde à la temporalité, et il est fait référence aux travaux de Saussure.
Dans son Cours de linguistique générale Saussure définit certains concepts et notamment ceux de synchronie et diachronie.
Un bon exemple permet de saisir de quoi il s'agit. Une partie est en cours, un joueur s'en va et vous demande de prendre sa place. Avez vous autant de chance de gagner que les autres joueurs autour de la table ?
Oui si c'est une partie d'échec. Non si c'est une partie de bridge.
Ce qui intéresse les analystes dans ce domaine, c'est ce que l'on peut espérer faire à partir d'un ordre que l'on identifie.
Ce qui nous intéresse en agile, c'est la conclusion inverse :
La quantité d'information signifiante est totalement disponible quel que soit l'instant dans un ordre diachronique. Une certaine quantité d'information signifiante est perdue définitivement avec le temps dans un ordre synchronique. L'absence de cette information dans le second cas compromet la réussite du projet.
Les projets traditionnels fondent leur progression sur l'hypothèse qu'ils évoluent sur un ordre diachronique. L'information est sensée progresser par le biais des procédures et des documents. Le système mis en place à pour objectif d'atteindre ce but.
Second principe: la gestion d'un projet agile intègre la prise en compte de l'ordre synchronique (travailler ensemble et en interaction par exemple).
Elle possède des états "stables" (livraison de produit fini) qui permettent de progresser par jalon, mais sait bien qu'un changement complet d'équipe entre 2 jalons remet en cause la réussite du projet.
Bon, c'est tout pour aujourd'hui, la prochaine fois on parlera des post-it, de l'action sensible et de son incidence sur l'engagement
Mettre en place des mécanismes qui prennent en compte le comportement humain et la métaphysique, est-ce que ça fait une méthode ?
Pourtant, à y regarder de plus près, il est bien possible que des méthodes soient à l'action. Mais leurs racines sont plongées ailleurs que dans le simple plan rationnel.
Quelques pistes de réflexion m'ont été données par l'écoute de FC d'une part et aussi par la lecture de Claude Lévi-Strauss.
La première concernait une émission à propos de l'utilité des fertilisants en Afrique et des actions d'une ONG. Des études ont été faites pour valider que l'usage de fertilisant était une bonne idée pour augmenter la production sans appauvrir le paysan, bref pour aider à sortir de la misère.
La conclusion était que oui, les champs fertilisés sont plus productif, permettent de mieux vivre, et laissent au paysan de quoi s'acheter à nouveau des fertilisants pour l'année suivante.
Je n'ai pas d'avis particulier la-dessus, mais la suite est intéressante.
Les paysans ont assez d'argent après la vente des excédents de récolte pour acheter les fertilisants de l'année suivante... sauf que le printemps venu, l'argent a été dépensé à autre chose.
La politique de gestion habituelle est d'attribuer des subventions pour permettre à l'agriculture de continuer. L'ONG en question a mis en place une solution intéressante, plutôt qu'une subvention, elle donne une incitation (gratuité de la livraison) mais uniquement dans le temps qui suit la récolte, c'est à dire au moment ou l'argent est encore disponible.
La responsable de l'ONG explique qu'elle agit de cette façon sur la procrastination. Ce mot désigne l'attitude qui consiste à remettre à plus tard les choses à faire. Les raisons sont variées, chacun procrastine au moins une fois dans sa vie.
Ce qui est intéressant c'est d'observer notre relation à la décision en fonction du temps qui la sépare de l'action. Les fumeurs qui vont bientôt arrêter de fumer le savent (comme ceux qui vont bientôt se mettre au sport, se mettre au régime...).
Premier principe donc: intégrer la gestion des tentations de procrastination (décider tard mais produire vite par exemple).
Dans Race et Histoire, Lévi-Strauss bouscule quelques certitudes quand à cette notion tellement évidente d'évolution de civilisations. Ces idées sont discutées bien sur, et l'un des aspects de cette discussion porte sur la valeur que l'on accorde à la temporalité, et il est fait référence aux travaux de Saussure.
Dans son Cours de linguistique générale Saussure définit certains concepts et notamment ceux de synchronie et diachronie.
Un bon exemple permet de saisir de quoi il s'agit. Une partie est en cours, un joueur s'en va et vous demande de prendre sa place. Avez vous autant de chance de gagner que les autres joueurs autour de la table ?
Oui si c'est une partie d'échec. Non si c'est une partie de bridge.
Ce qui intéresse les analystes dans ce domaine, c'est ce que l'on peut espérer faire à partir d'un ordre que l'on identifie.
Ce qui nous intéresse en agile, c'est la conclusion inverse :
La quantité d'information signifiante est totalement disponible quel que soit l'instant dans un ordre diachronique. Une certaine quantité d'information signifiante est perdue définitivement avec le temps dans un ordre synchronique. L'absence de cette information dans le second cas compromet la réussite du projet.
Les projets traditionnels fondent leur progression sur l'hypothèse qu'ils évoluent sur un ordre diachronique. L'information est sensée progresser par le biais des procédures et des documents. Le système mis en place à pour objectif d'atteindre ce but.
Second principe: la gestion d'un projet agile intègre la prise en compte de l'ordre synchronique (travailler ensemble et en interaction par exemple).
Elle possède des états "stables" (livraison de produit fini) qui permettent de progresser par jalon, mais sait bien qu'un changement complet d'équipe entre 2 jalons remet en cause la réussite du projet.
Bon, c'est tout pour aujourd'hui, la prochaine fois on parlera des post-it, de l'action sensible et de son incidence sur l'engagement
Mettre en place des mécanismes qui prennent en compte le comportement humain et la métaphysique, est-ce que ça fait une méthode ?











