Wednesday, April 14, 2010 4:15:04 PM
brand, content
A la lecture récente d'un article traitant des usines à contenus, je souhaite revenir sur la question de l'Opinion publique justement nommée la doxa. Sur la
question du retour de cette doxa via le net, j'émettrais juste une nuance. Je pense qu'il n'y a à proprement parlé pas de retour de la doxa. L'opinion (qui, lorsqu'elle devient rance, s'appelle la rumeur) est vieille comme le monde. Par contre, l'appropriation des médias digitaux par le grand... enfin, un large public est désormais patente. Elle n'est certes pas accomplie mais le processus est désormais bien lancé. Donc, les avis, non seulement fusent de plus en plus, mais aussi de plus en plus "naturellement", c'est-à-dire sans ambages précautionneux. Mais de quelle opinion parle-t-on ? L'opinion des gens (les clients) ou l'opinion des marchands ? Quelle est la qualité de l'une ou l'autre? Existe-t-il réellement un contenu professionnel et un autre qui ne le serait pas? Ceci m'entraîne un pont plus loin.
Brand deus ex machina ?
On a tôt fait de distinguer radicalement marchands (y compris les non-marchands) et clients. Lorsqu'on parle de marque (brand), on a un peu tendance à localiser les marques dans un espace digne d'un Olympe lointain. Or, il ne faut pas oublier que derrière les marchands,les marques, il y a des gens pas très différents des clients, pas forcément plus experts. Ce qui induit que la notion de qualité de contenu, si elle prend des tournures très diverses dans le chef des clients, se cristallise de dix autres manières chez les marchands.
Marchand et marchand et marchand et ...Dans notre pratique quotidienne, nous le constatons sans cesse. Tous les marchands n'ont pas la même perception de la qualité du contenu (web) ni les mêmes ambitions, valeurs ou objectifs (humanistes). Pour certains, le copié collé d'un PDF aux qualités littéraires incontestables sur leur site web sera le nec plus ultra d'un contenu de qualité ; pour d'autres, une logghorée googlelienne sera pointée au firmament du webcopywrtiting ; pour encore d'autres, le moins cher sera le mieux ; etc.
Les marques existe aussi peu que les femmesBref, ce que je veux dire c'est que "les marques" existe aussi peu que "les femmes", "les roux", "les
gauchers", "le consommateur", etc. Ce qui compte surtout, c'est le caractère - ou le manque de - et l'éveil du décisionnaire responsable de la marque. Et bien souvent, on se retrouvera en face de deux cas de figures : le site type tel que conseillé par 90% des consultants marketing (càd par Seith Godin) ou un site qui sera le reflet des vélléités dudit décisionnaire. L'enjeu pour la direction de la marque, dans le second cas de figure, sera d'embaucher un décisionnaire et chef de projet qui, au pire, aura bien compris à quel public de clients il s'adresse, au mieux, fera partie de ce public.
Finalement, l'opinion sur le web fonctionne comme dans les débits de boisson. Il y a des cafés littéraires,des bistrots bobos, des brasseries de seniors, des cafés du commerce, etc. Evidemment, le rêve d'un responsable des budgets d'une marque serait de créer le débit ultime où chacun se retrouverait pour célébrer l'hagiographie de la marque. Reévidemment, c'est illusoire.
Donc, la qualité particulière du contenu est essentiellement déterminée par le lieu et la population qui habite ce lieu. Et le caractère du taulier.
Y compris si le(s) nom(s) de ce(s) lieu(x) commence par
http://...
Tuesday, June 6, 2006 8:04:01 AM
1. Le sursis qui ne comptait pas
Fin 80, j'étais à l'unif. Un matin, je reçois un papier qui m'enjoint de me présenter à ce qu'on appelait "le petit château", si je me souviens bien. En gros, c'était un amas de bâtiments carrés en béton à Evere et qui avait autant d'un monument historique qu'une Dacia d'un carrosse 18eS. Pour tous les jeunes hommes de l'époque, le petit château, c'était surtout la première case d'un jeu de plateau qui commençait par une visite médicale commune et qui s'appelait "service militaire : pendant un an tu vas jouer au soldat et perdre 9 mois de ta vie sous les ordres d'un encasqué débile et frustré".
Comme je l'ai dit, j'étais à l'unif et comme beaucoup d'étudiants, j'avais demandé et obtenu un "sursis". Et j'avais reçu cette convoc par erreur. Je sonne au ministère pour signaler le bug. On me dit : c embêtant mais on ne peut rien faire d'ici. Présentez-vous là-bas pour annuler le processus d'enrôlement. Premier truc débile.
Au jour précisé, j'y vais. Je me présente à l'accueil, explique mon cas. On me répond : on ne peut rien faire ici ; mettez-vous dans la file et expliquez votre cas au médecin militaire. Deuxième.
Je me mets dans la file et passe tous les stades de la visité médicale. A chaque poste où il y avait un médecin militaire, même simagrée. Troisième, quatrième, cinquième, ...
Arrivé au dernier poste (où un vieux médecin vérifie que vous avez bien une bite dans le slip ; à mon avis, y'a des filles qui par le passé ont bluffé la grande muette), le médecin me dit qu'il ne peut rien faire et que je dois intégrer ma caserne et en parler au chef de brigade.
Là, l'instinct du chasseur dont le QI dépasse 70 m'assaille. Depuis quelques heures, j'avais compris que je m'engouffrais vitesse vv', sinon dans un roman de Kafka (célèbre auteur né dans les années 80 ; non, on se calme, les années 1880...), du moins dans un film de Terry Gilliam (oui, Brazil, c'est dans les 80 aussi mais celles d'ici).
NOOOOON, hurlé-je ! L'acariâtre médecin prostatique souleva les yeux de ses lunettes ABL. Et là, je dis, le plus inspiré du monde : "Je suis asthmatique !"
J'aurais dit qu'il y avait une bombe dans le casier du général, ça n'eut pas provoqué moins d'émois... Il souleva le bic qu'il tenait en main et qui était déjà penché vers le document de mon incorporation et le dirigea illico presto vers un document autre : "test hôpital". Et je m'en allai, la t^te haute (povre andouille) sous les regards libidineux et envieux de mes corélégionnaires. Enfin, pas très Corée mais franchement légionnaires...
Je dois dire que je n'avais pas vraiment menti. Enfant, j'avais souffert de la chose. Mais l'adolescence venue et le goût des femmes m'ayant poussé depuis un certain temps à devenir taste-vin, cette délicieuse maladie m'avait quitté.
C'est donc avec une certaine appréhension que je présentai le lendemain à l'hôpital militaire. A tout hasard (jeune fou va!), je tentai d'expliquer mon cas à l'accueil. 4' 34'' plus tard, j'étais dans la file. On m'orienta vers le service de pneumatologie ou je me retrouvai avec deux camarades handicapés. Enfin... supputés handicapés. Je ne me souviens évidemment plus de leurs prénoms car nous ne nous sommes plus jamais revus ensuite. Pour la facilité de la narration, je les nommerai : Bernard et Philippe.
2. Bernard et Philippe
Philippe avait 18 ans. Son physique rachitique nous informait de 2 choses : la première est qu'il avait la santé fragile et l'asthme ne devait être qu'un des multiples avatars dont mêdême Nature l'avait infligé. La seconde est qu'il avait assurément le palais vierge en matière de dames, non pas qu'il n'en ait pas le goût mais la vie ne lui avait pas encore donné l'occasion d'exercer ses papilles sur quelque samaritaine au grand coeur.
Bernard quant à lui était un briscard du trafic. Un de ces types dont la pratique quotidienne en quelque matière que ce fut, ne pouvait jamais se départir d'une once de magouille, d'un mauvais plan ou d'une idée foireuse.
Lorsque le trio fut réuni à l'ombre d'un youka famélique, Bernard nous confia qu'il n'était absolument pas asthmatique. Mais qu'un "ami médecin" le gavait depuis trois jours, de médicaments pour le coeur et que depuis ces mêmes trois jours, il fumait 2 à 3 paquets de Johnson sans filtre. Le petit Philippe et moi nous regardâmes surpris. Ce type avait goupillé son truc : certes, les clopes de soudeur de chantier, on comprenait mais les médicaments pour le coeur : pourquoi ??!
C'est là que nous apprîmes notre prochaine douleur. A l'armée, on ne carotte pas monsieur ! On est asthmatique? On veut être réformé - ou pas - ? Il faut le prouver ! C'est ainsi que nous sûmes que nous passerions chacun dans une cabine et que nous devrions inhaler une tonne de crasse afin que des spécialistes puissent constater notre souffrance...
3. L’homme qui râle
Titubant, il revint s'asseoir à l'ombre du youka susnommé et nous dit, dans une espèce de râle catthareux : "ça a marché... mais un petit conseil les gars... inspirez bien à fond sinon... ça marche pas...". Et c'est là que je fus appelé.
Dans le local, 5 ou 6 mecs en blouse blanche s'affairaient en tout sens. Moi qui n'avais pas l'habitude des hôpitaux, je me sentais projeté dans un de ces films inquiétants où des médecins véreux et déments se prêtent passionnément à des expériences génétiques sur de pauvres clochards pêchés dans le ruisseau des turpitudes citadines, contre une miche de pain.
Au centre de la pièce toute carrelée de blanc passé, trônait une cabine opaque percée d'un seul hublot surgi d'une marine improbable et d'une porte imperméable de sous-marin russe. On m'y fit entrer. 1 mètre carré au sol. Un tabouret. Et lorsque que tu étais assis devant, l'hublot. Et un tuyau avec un embout qui goûtait le désinfectant, à te faire vomir toute ta vie sur le seuil de la Jefke. On referma la porte derrière moi. Dans un coin dissimulé, une voix surgit à travers un haut-parleur grésillant d'action man.
"Placez l'embout entre vos lèvres et inspirez normalement à mon signal... Allez-y !"
A ce moment précis, je me souvins des injonctions du Bernard. Et j'inspirai avec toute la force de mes poumons et toute la hargne de mon désir de ne pas faire ce PUTAIN DE SERVICE MILITAIRE !!!
Puis une panique me submergea. Car ... RIEN ! Je respirais du vide, de l'air normal, certes avec quelques relents d'u grenier mal aéré. Mais c'est tout. RIEN. Un rien angoissant. Un rien qui augurait les prochains mois que j'allais vivre, encaserné dans un camp absurde où j'entendais déjà résonner les aboiements stupides d'un caporal ivrogne, au rythme des milliers de patates que j'aurais à peler.
4. Je respirais du rien
Lorsque soudain, une vague oppressante envahit ma poitrine. A force de respirer du rien comme un fou, j'étais apparemment arrivé à un stade où je n'avais plus rien à respirer. Mon tein dû changer car à travers le hublot de ma capsule militaire, je vis le staff des blouses blanches s'immobiliser, tourner les yeux vers le carré de vitre et me fixer avec des regards angoissés. Ce qu'il advint ensuite, je n'en sais plus trop rien. On dut m'extraire, semi-conscient, à plusieurs, et me traîner sur le carrelage. Car c'est là que je réouvris les yeux. Un infirmier vidait une bonbonne de ventoline dans mon gosier pendant qu'un autre hurlait comme un goret dans mes oreilles : "respire, respire, respire !". Je suis certain que lorsque mon jour dernier viendra, ce sera exactement les mêmes paroles vaines qui résonneront tout d'un coup à mes oreilles...
On m'étendit sur un gravat d'hôpital, dans une pièce à côté. Je retrouvai peu à peu mon souffle. Mais impossible de faire autre chose que de péniblement respirer et sortir de cette crise d'asthme comme jamais je n'en eu. Pas moyen de bouger, pas moyen de parler. C'est à ce moment qu'à travers la porte qui séparait ce petit local de celui où se trouvait la funeste cabine, je vis entrer le petit Philippe. Le vrai asthmatique. Celui qui n'avait pas besoin de carotter.
Je tentai de lui faire des signes pour le prévenir, pour qu'il ne suive pas les conseils de cet imbécile de Bernard. Mais le pauvre petit Philippe interpréta mes sémaphores désordonnés comme des encouragements auxquels il répondit par un clin d'oeil. Pauvre Philippe... Un quart d'heure plus tard, on m'avait replacé à l'ombre du youka. Bernard était parti. Soudainement, dans le couloir, il y eut une grande agitation. Trois infirmiers déboulèrent avec un brancard et pénétrèrent dans la pièce à la cabine. Trois minutes après, Philippe en ressortit dessus, la face ligotée sur un masque relié à une grosse bonbonne. Et on l'emmena à toute vitesse je ne sais où.
Une secrétaire me convoqua ensuite à l'accueil et me donna un papier estampillé. J'étais réformé.
Je ne sais pas ce qu'est devenu le petit Philippe. Mais le service militaire, je peux dire que je l'ai fait.
En deux jours.