Le petit chaperon rouge
Sunday, 26. August 2007, 15:25:05
Le Petit Chaperon Rouge
Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu'on eût
su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore.
Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait
si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon rouge.
Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes, lui dit :
Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était
malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit
Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui
demeurait dans un autre Village. En passant dans un bois elle rencontra
compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à
cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt. Il lui demanda
où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux
de s'arrêter à écouter un Loup, lui dit : Je vais voir ma Mère-grand, et
lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma Mère lui
envoie.
Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup. Oh ! oui, dit le Petit
Chaperon rouge, c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas,
là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux
l'aller voir aussi ; je m'y en vais par ce chemin ici, et toi par ce
chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le Loup se mit à courir
de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite
fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des
noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des
petites fleurs qu'elle rencontrait.
Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ;
il heurte :
Toc, toc. Qui est là ? C'est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit
le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un
petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère grand, qui
était dans son lit à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria :
Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Loup tira la chevillette et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la
bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de
trois jours qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s'alla
coucher dans le lit de la Mère grand, en attendant le Petit Chaperon
rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc.
Qui est là ?
Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur
d'abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit :
C'est votre fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette
et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. Le Loup lui cria en
adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer lui dit en se cachant dans le lit sous la
couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche,
et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille,
et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment
sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :
Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux
t'embrasser, ma fille. Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ?
C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de
grandes oreilles ?
C'est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de
grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que
vous avez de grandes dents ? C'est pour te manger. Et en disant ces
mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
MORALITÉ
On voit ici que de jeunes enfants, Surtout de jeunes filles Belles,
bien faites, et gentilles, Font très mal d'écouter toute sorte de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange, S'il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups ne sont pas de la même sorte ; Il en
est d'une humeur accorte, Sans bruit, sans fiel et sans courroux, Qui
privés, complaisants et doux, Suivent les jeunes Demoiselles jusque
dans les maisons, jusque dans les ruelles ; Mais hélas ! qui ne sait
que ces loups doucereux, De tous les loups sont les plus dangereux.
Charles Perrault
Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu'on eût
su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore.
Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait
si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon rouge.
Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes, lui dit :
Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était
malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit
Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui
demeurait dans un autre Village. En passant dans un bois elle rencontra
compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à
cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt. Il lui demanda
où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux
de s'arrêter à écouter un Loup, lui dit : Je vais voir ma Mère-grand, et
lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma Mère lui
envoie.
Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup. Oh ! oui, dit le Petit
Chaperon rouge, c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas,
là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux
l'aller voir aussi ; je m'y en vais par ce chemin ici, et toi par ce
chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le Loup se mit à courir
de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite
fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des
noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des
petites fleurs qu'elle rencontrait.
Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ;
il heurte :
Toc, toc. Qui est là ? C'est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit
le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un
petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère grand, qui
était dans son lit à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria :
Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Loup tira la chevillette et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la
bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de
trois jours qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s'alla
coucher dans le lit de la Mère grand, en attendant le Petit Chaperon
rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc.
Qui est là ?
Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur
d'abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit :
C'est votre fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette
et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. Le Loup lui cria en
adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer lui dit en se cachant dans le lit sous la
couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche,
et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille,
et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment
sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :
Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C'est pour mieux
t'embrasser, ma fille. Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ?
C'est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de
grandes oreilles ?
C'est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de
grands yeux ? C'est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que
vous avez de grandes dents ? C'est pour te manger. Et en disant ces
mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
MORALITÉ
On voit ici que de jeunes enfants, Surtout de jeunes filles Belles,
bien faites, et gentilles, Font très mal d'écouter toute sorte de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange, S'il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups ne sont pas de la même sorte ; Il en
est d'une humeur accorte, Sans bruit, sans fiel et sans courroux, Qui
privés, complaisants et doux, Suivent les jeunes Demoiselles jusque
dans les maisons, jusque dans les ruelles ; Mais hélas ! qui ne sait
que ces loups doucereux, De tous les loups sont les plus dangereux.
Charles Perrault













